Hier matin, sur mandat des autorités judiciaires, la police a procédé
à l'arrestation de l'évêque de Gikongoro, Mgr Augustin Misago, suspecté
d'être impliqué dans le génocide de 1994. Il a été interpellé non loin de
la Nonciature de Kigali. Mgr Misago est retenu responsable de la
disparition d'environ 30 adolescentes qui, en 1994, lui avaient demandé
protection. L'arrestation du prélat suscite trouble et préoccupation chez
les communautés catholiques du Rwanda. Dès 1992, ce pasteur s'est distingué
par son service épiscopal au diocèse de Gikongoro (sud-ouest du pays). Le
Président ruandais, Pasteur Bizimungu avait récemment déclaré que l'Etat
serait prêt à poursuivre Mgr Misago au cas où les autorités ecclésiastiques
ne le feraient pas. Le 9 avril dernier, l'évêque publia une lettre ouverte
dans laquelle il s'indignait des accusations (complètement infondées)
portées contre lui par le Président. Mons. Misago, 56 ans, semble donc être
la "victime par excellence" d'un système judiciaire dont le but est de
salir l'image de l'Eglise Catholique. En attendant son procès dont la date
n'est pas encore fixée, le prélat est détenu dans la prison militaire de
Muhima. Il convient de rappeler que 125.000 personnes en attente de
jugement croupissent toujours dans les prisons ruandaises. Seuls 350 procès
ont, jusqu'ici, eu lieu; cela en dit long sur les critères de justice
appliqués par le régime actuel.