Après dix mois de guerre, la coalition rebelle en République
démocratique du Congo (RDC) est en passe de jeter l'éponge faute d'avoir atteint ses objectifs:
renverser le président Laurent-Désiré Kabila et liquider les groupes armés hostiles aux régimes
rwandais et ougandais.
Déclenchée dans la nuit du 2 au 3 août 1998 par la rébellion de combattants banyamulenge, des Congolais tutsis d'origine rwandaise, la guerre a rapidement dégénéré en un conflit sans précédent sur le continent par le nombre de pays engagés dans les combats, huit au total.
D'un côté l'Angola, le Zimbabwe, la Namibie et le Tchad ont combattu aux côtés de forces gouvernementales, de l'autre le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, même si ce dernier pays nie tout engagement en RDC, soutiennent la rébellion.
Pendant des mois toutes les tentatives de médiation --de l'annonce prématurée d'un cessez-le-feu au sommet France-Afrique en novembre aux diverses initiatives sud-africaines-- ont fait long feu.
Aujourd'hui cependant, le conflit semble engagé sur la voie d'un règlement négocié sur la base de l'accord de paix de Syrte (Libye), signé le 18 avril par M. Kabila et son homologue ougandais Yoweri Museveni et du "processus de Lusaka", médiation dirigée par le président zambien Frederik Chiluba. L'Ouganda a assuré avoir cessé ses opérations militaires et retiré son armement lourd -artillerie de campagne et batteries anti-aériennes- prêté aux troupes rwndaises en RDC.
Le Tchad, également signataire de l'accord de Syrte, a retiré ces derniers jours son contingent de quelque 2.000 hommes l'ex-Zaïre.
La Libye, maître d'oeuvre de l'accord de Syrte, a envoyé un premier détachement en Ouganda de ce qui doit constituer une future "force d'interposition" dans l'est de la RDC actuellement sous contrôle rebelle pour notamment surperviser le retrait des troupes étrangères.
Mardi, Kampala et Kinshasa ont convenu de créer un "comité d'experts" chargé "des modalités pratiques" de l'accord de Syrte.
Le même jour, les présidents sud-africain Nelson Mandela et namibien Sam Nujoma ont annoncé la tenue, le 26 juin, d'un sommet régional à Lusaka sur la RDC. Ce sommet a été maintes fois annoncé et maintes fois reporté, faute d'un accord possible entre les belligérants.
Dans les tractations en cours, dans lesquelles la rébellion, en proie à des divisions internes, apparaît singulièrement absente, seul le Rwanda a choisi de faire cavalier seul pour l'instant.
Le 28 mai dernier, Kigali a annoncé une "cessation unilatérale des hostilités" en RDC. Pour Kinshasa il s'agit d'une "manoeuvre dilatoire" de l'armée rwandaise qui cherche à "gagner du temps et à souffler" après des "fiascos" sur le front. S'il désire la paix, le Rwanda doit se joindre à l'accord de Syrte, selon le gouvernement congolais.
"Le Rwanda ne peut pas mener cette guerre seul. (Le vice-président et ministre de la Défense rwandais) Paul Kagamé a besoin de son armée chez lui et il ne peut sacrifier ses troupes en RDC. Il n'a pas assez d'hommes pour ça", juge-t-on de source militaire à Kinshasa.
De source diplomatique, on estime que "militairement, la rébellion n'a plus d'issue".
La coalition rebelle était au portes de Kinshasa en août dernier, où elle a été battue par l'armée angolaise. Aujourd'hui les champs de bataille sont à plus de 1.000 km à l'est de la capitale.
Depuis plusieurs mois, les combats s'enlisent dans les savanes du Kasaï et du Katanga, conformément à la stratégie du président Kabila, qui dès le début du conflit a prôné "une guerre longue", convaincu que le Rwanda et l'Ouganda renonceraient avant lui.
Sur le plan sécuritaire, "il y a aujourd'hui beaucoup plus d'hommes en armes hostiles aux Rwandais et aux Ougandais dans le Kivu (frontalier du Rwanda et de l'Ouganda) qu'il y a un an", note-t-on de source diplomatique, ajoutant: "l'option militaire n'a pas marché pour Kigali et Kampala, il faut qu'ils trouvent autre chose".