La coalition opposée au président de la
République démocratique du Congo (RDC), Laurent-Désiré Kabila,
regroupant la rébellion congolaise, le Rwanda et l'Ouganda, est
désormais divisée, et apparait en voie d'éclatement.
La division de cette coalition apparaît aussi bien sur le plan interne où le principal mouvement rebelle est en voie de scission, que sur le plan international où Kampala et Kigali ne parlent plus le même langage.
Alors que M. Kabila vient de fêter deux années au pouvoir à Kinshasa, ses opposants du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) se déchirent publiquement depuis lundi sur fond de lutte d'influence entre le Rwanda et l'Ouganda.
La direction du principal mouvement rebelle, dirigée par Ernest Wamba dia Wamba, et soutenue par l'Ouganda, a été remplacée lundi dernier par un Comité appuyé par les forces militaires rebelles et soutenu par le Rwanda.
Samedi à Kisangani (nord-est de la RDC), des combats ont eu lieu entre rebelles congolais des deux tendances, des soldats rwandais et l'armée ougandaise faisant 4 morts, dont deux soldats rwandais, et 10 blessés, selon un bilan provisoire fourni à l'AFP à Kigali par une source rebelle.
Cependant, la participation des forces rwandaises à ces combats a été démentie dimanche par plusieurs sources concordantes.
"L'accrochage a opposé des (rebelles) congolais entraînés par l'Ouganda et soutenant Ernest Wamba dia Wamba à des (rebelles) congolais favorables aux putschistes de Goma", a indiqué Willy Mishiki, l'un des proches de M. Wamba dia Wamba, ajoutant que l'armée ougandaise était intervenue.
Comme dans leur soutien au différents courants de la rébellion, Kigali et Kampala ont adopté des attitudes différentes dans les efforts diplomatiques en cours.
Le président ougandais Yoweri Museveni a accepté le 18 avril dernier de signer un accord de cessez le feu lors d'un mini-sommet organisé par le leader libyen Moammar Kadhafi à Syrte, sans le Rwanda. Cet accord est resté sans effet.
En revanche, l'homme fort du Rwanda Paul Kagame a estimé que "le Rwanda ne peut rien signer à moins d'avoir des garanties que ses préoccupations, en particulier dans le domaine de la sécurité, seront prises en compte", après une visite en Libye à la mi-mai où il a rencontré M. Kabila.
Ce dernier a estimé dimanche dernier qu'il n'y a pas de volonté de paix "du côté rwandais". "Le Rwanda s'entête à poursuivre la guerre", a-t-il ajouté.
En attendant, l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies Koffi Annan, l'ancien ministre sénégalais Moustapha Niasse, effectuent une tournée de tous les pays engagés dans la résolution du conflit congolais. Il était samedi à Kigali.
La division politique se retrouve sur le terrain où la rébellion contrôle environ un tiers du territoire de la RDC.
Dans le sud-est et l'est, au Kasaï et au nord du Katanga les forces rwandaises sont présentes aux côtés des forces rebelles. Les forces ougandaises se retrouvent principalement au nord-est, autour de Kisangani.
De violents combats ont eu lieu ces derniers jours autour de la localité de Kabinda, verrou de Mbuji Mayi, la ville du diamant, situé à 120 km à l'ouest. Une source officielle rwandaise avait annoncé la prise de la localité, ce qui a été démenti par Kinshasa.
Il y a deux mois, de violents combats avaient déjà opposé dans cette zone les Forces armées congolaises (FAC) du président Kabila appuyées par des troupes angolaises, zimbabwéennes, namibiennes et tchadiennes, aux rebelles.
Les forces gouvernementales avaient affirmé de leur côté vendredi avoir pris le contrôle de Kalémié, ville stratégique dans l'est de la RDC (1.600 km à l'est de Kinshasa), tenue par la rébellion depuis plusieurs mois.
"C'est totalement faux, Kalémié est toujours sous notre contrôle", a affirmé une source officielle à Kigali.
Des combats ont aussi lieu dans la province du Katanga (sud-est), notammnt autour du village natal de M. Kabila, Manono.
Au nord-ouest, le Mouvement de libération du Congo (MLC) dirigé par Jean-Pierre Bemba avec le soutien de Kampala a affirmé mardi avoir repris Businga, située à quelques 1.000 km au nord-est de Kinshasa.
Au contraire, a répliqué vendredi le porte-parole de l'armée zimbabwéenne, dans la zone de Kela, au sud de Kisangani, 120 soldats ennemis sont morts "au cours d'une attaque que trois bataillons constitués de soldats rwandais, ougandais et rebelles congolais".