Les enjeux de l'eau: une autre explication de la guerre contre la RDC


Kanku Nsanga
ACP
Kinshasa
09.12.99


Plusieurs scientifiques, érudits et autres chercheurs ont mené des études pour définir l'eau, son contenu, ses vertus; y compris dans le domaine ésotérique de la mystique ou de la foi. La mythologie grecque voua une dévotion au dieu des mers Poséidon, tandis que les Romains vénéraient Neptune. De nos jours, le réveil spirituel a mis en évidence la renaissance par l'eau et par l'esprit. Les effets de l'eau sont prodigieux : le baptême d'eau procure la renaissance, le changement qualitatif de l'homme dans ses élans charnels et spirituels; des malades se sont guéris d'eau, des paralytiques ont marché après un bain d'eau, des méchants se sont transformés par l'effet de l'eau! Dans nos cultures, pour appeler un excité ou un impatient à se calmer, on utilise cette belle image: «mela mayi» (bois de l'eau). L'eau, «masa», «mayi», «madji», «mema», «madiba»..., selon les langues du pays, reste incontestablement la source de toute vie sur terre, tant pour le monde humain, animal que végétal. Dans les débuts, la terre était informe et vide et l'esprit de Dieu ne se mouvait qu'au dessus des eaux. Toute création est venue après l'eau (Genèse 1,2).

L'eau: un trait caractéristique de la RDC

Très peu de gens réalisent à quel point l'eau est une donnée essentielle du visage de la RDC et que, par rapport au destin de ce pays, l'eau à une signification particulière et est appelée à jouer un rôle majeur dans le devenir du Congo. Déjà, dans les Ecritures Saintes millénaires, l'eau est mentionnée comme une marque de l'identité du Congo et une donne capitale au cœur de ses rapports avec les autres peuples. «Terre où retentit le cliquetis des armes, au-delà des fleuves de l'Ethiopie ! Toi qui envoies sur mer des messagers, dans des navires de jonc voguant à la surface des eaux du Nil! Allez, messagers rapides vers la nation forte et vigoureuse. Vers ce peuple redoutable depuis qu'il existe, nation puissante et qui écrase tout, et dont le pays est coupé par des fleuves!» (Esaïe 18,1-2). Le pays puissant et coupé par les fleuves dont question dans cette prophétie n'est autre que la RDC, renseigne une exégèse inspirée. Quoi qu'il en soit, la RDC est bien le pays de l'eau. Le fleuve Congo, deuxième du monde par son débit (42.000 m3 sec) demeure une fabuleuse richesse pour le monde, singulièrement dans le troisième millénaire naissant. L'immensité des eaux du fleuve Congo et la stabilité de son débit qui ne varie que du simple au double ont d'ores et déjà inspiré des projets qui permettraient, par exemple, de les transporter jusqu'en Libye pour arroser les terres arides de ce pays. Mais, au-delà, ce fleuve est le seul à présenter, sur son cours inférieur, une pente très forte et à développer une série de rapides (au niveau du site d'Inga) ce qui fait de lui le plus important gisement de puissance hydroélectrique concentrée en un seul point. L'énergie brute et incontrôlée qui s'y dégage est en effet de l'ordre de 370 milliards de Kwh. Le potentiel hydroélectrique d'Inga est si immense qu'il dépasse les seuls besoins de la RDC. Voilà pourquoi, grâce à une politique d'exportation, des projets d'interconnexion permettent l'utilisation de l'énergie d'Inga au profit d'autres pays. A l'heure actuelle, Inga, érigé grâce à l'eau du fleuve Congo, est relié aux réseaux interconnectés des pays de l'Afrique australe tels que la Zambie, le Zimbabwe, l'Afrique du Sud. Des études sont en cours pour une autre liaison énergétique avec l'Afrique australe, avec comme axe, Inga - Angola - Namibie - Afrique du Sud. Concernant l'Afrique centrale et de l'Ouest, Brazzaville est alimentée par l'énergie résultant du fleuve Congo, à travers Inga. Il est envisagé, dans le futur, la construction d'une ligne Inga - Pointe Noire - Cabinda (Angola) à partir de quoi pourrait s'opérer une interconnexion des réseaux aboutissant à la chaîne suivante : RDC-Congo-Gabon-Cameroun-Nigeria. Une telle connexion relierait de fait, grâce au Nigeria, le réseau RDC à ceux des pays de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au Mali. Pour l'Afrique du Nord, il existe le gigantesque projet de la ligne RDC - Egypte, en passant par la RCA, le Soudan et le Tchad. La réalisation de cette ligne implique la mise en œuvre du projet «Grand Inga», à partir des mêmes eaux du fleuve Congo. On le voit, grâce à l'eau de son fleuve, la RDC a des arguments pour exercer une espèce de leadership sur l'Afrique, du Nord au Sud, de l'Ouest au centre. Et, comme on va le constater, l'Est africain n'est pas en reste.

L'eau: une donnée de la géo-économie de la région des Grands lacs

Si on a ordinairement dit de la RDC que ce pays est un scandale géologique, et même un scandale agricole, on ne souligne pas souvent que le Congo est aussi un scandale énergétique. Mais lorsque l'on prend conscience et que l'on dit que le Congo représente tous ces trois scandales unis au même moment et sur une même terre, l'on se rend mieux compte pourquoi la RDC, pays béni de Dieu, pays de Dieu, fait peur, de sorte que des puissances impérialistes ont décidé de le détruire, de le contrôler ou de le balkaniser à partir de l'Est en se servant des crispations identitaires et expansionnistes des Hima-Tutsi du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda! Une fois encore, aussi bizarre que cela puisse paraître, les enjeux de l'eau ne sont pas étrangers à cette guerre qui secoue la RDC du fait de l'agression de ses voisins des Grands lacs. On ne le dit pas assez: le fleuve Nil prend sa source dans le massif du Ruwenzori, en R.D.C. Les eaux venues des collines et enrichies au passage des hautes terres d'Ethiopie alimentent enfin le fleuve qui donne la vie à l'Egypte. Ce n'est pas un hasard, sans doute, si tous les pays qui ont quelque chose à voir avec le Nil et ses sources sont impliqués dans la guerre au Congo. En fait, tout ce qui est en rapport avec la gestion de leurs eaux ou de nature à influencer leur alimentation en eau affecte directement les politiques et les attitudes des Etats des Grands lacs. Ceci concerne aussi bien le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, le Soudan, l'Erythrée que l'Ethiopie, voire l'Egypte. L'on sait qu'il fallait, en 1959, des accords sur les eaux du Nil pour parvenir à un modus vivendi entre l'Egypte et le Soudan. Ces équilibres seraient-ils devenus précaires du fait de l'évolution du temps et de nouvelles ambitions de développement au point que des Etats s'intéressent désormais à contrôler les sources du Nil? Après la chute et l'éclatement savamment orchestrés de l'ex-Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), ceux qui tiennent à rester les seuls maîtres du monde à l'orée du 3ème millénaire et qui ne s'embarrassent guère du respect des droits des autres, à l'image du sort qui est fait à l'homme noir (plus de 30% des Noirs vivent en dessous du seuil national de pauvreté aux USA), ceux-là donc auraient-ils pu hésiter de créer l'agitation des riverains du Nil; c'est-à-dire les «Nilotiques», en l'occurrence les Tutsi, en vue de désorganiser l'Afrique et assouvir leurs desseins d'hégémonie planétaire? L'eau est un puissant levier pour le développement. La RDC est une force incomparable en potentiel hydraulique. Qui contrôle la RDC contrôlera demain tout développement. C'est une raison suffisante pour faire la guerre à ce géant, de manière à lui ôter ce qu'il a et ainsi l'empêcher de se réveiller et de dominer, à son tour, demain! Mais, la RDC est un don de Dieu. Et la prophétie prévient bien qu'il viendra «un moment où retentira le son saccadé du cor à partir de ces montagnes-là, sur lesquelles l'on dressera un signal».