D'importantes dissensions "qui peuvent conduire à l'implosion du mouvement" sont apparues au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) la branche politique de la rébellion en République démocratique du Congo, a déclaré lundi à l'AFP un important responsable du RCD.
"L'assemblée générale a mis en évidence les graves dissensions qui existent au sein du RCD, coalition batarde qui regroupe des démocrates, des mobutistes (partisans de l'ancien président zaïrois, Mobutu Sese Seko) et des membres de l'AFDL (Alliances des Forces Démocratique de Libération qui a porté M. Kabila au pouvoir)", a déclaré cette source, qui a souhaité garder l'anonymat.
"Certains membres importants menacent même de quitter le mouvement", a ajouté cette source.
L'assemblée générale du RCD s'est réunie fin décembre à Goma (nord-Kivu) et poursuit ses travaux depuis. Composée de 28 membres, cette assemblée est présidée par le professeur Ernest Wamba dia Wamba, président du RCD.
"L'assemblée générale se poursuivra jusqu'à l'implosion ou la consolidation du mouvement. Mais il y a le risque que notre projet de société échoue", a souligné ce dirigeant du RCD.
"Les mobutistes, dont Lunda Bululu (ancien Premier ministre du maréchal Mubutu) est la partie émergée de l'iceberg, veulent renverser M. Wamba dia Wamba. Les anciens kabilistes ont des buts communs avec eux mais pour des motivations différentes. Les intérêts du pays ont été oubliés", a ajouté cette source.
"Certains croient qu'ils ont déjà gagné la guerre et commencent à se distribuer les postes. Ils refusent de donner la parole aux Congolais au sein de l'assemblée qui de ce fait ne peut se prévaloir d'aucune légitimité", a précisé la même source.
Interrogé par téléphone à Goma, un proche collaborateur du vice président du RCD Arthur Zahidi Ngoma a indiqué qu'une "motion a été déposée par M. Ngoma proposant l'élargissement de l'assemblée du RCD" à des personnalités de la zone sous contrôle de la rébellion. "Elle a été repoussée par 15 voix contre 4".
"L'objectif démocratique, la volonté du peuple a été oubliée. On risque de recommencer l'expérience Kabila et alors à quoi aura servi la guerre ? Nous estimons que la victoire militaire n'est pas dans l'intérêt du pays et aujourd'hui, la victoire politique paraît possible", a-t-il estimé précisant que des discussions avec le président Kabila seraient possibles.
Un autre membre du RCD, joint par l'AFP à Goma par téléphone a expliqué que "les divisions au sein du mouvement sont doubles: la première est dûe aux volontés de certains de prendre des postes et de continuer le pillage du pays. Ils veulent le pouvoir pour le pouvoir".
"L'autre dissension touche au fond, il faut savoir si nous allons aux négociations ou pas. Il faut réunir autour d'une table l'opposition armée, l'opposition politique et le gouvernement pour négocier parce qu'une solution politique est indispensable", a-t-il ajouté.