DECLARATION
COMMUNE DE L’OPPOSITION DEMOCRATIQUE RWANDAISE SUR LA CONFERENCE INTERNATIONALE
SUR LA REGION DES GRANDS LACS
Sauf imprévus, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs
devrait se tenir en novembre prochain à Dar Es-Salaam (Tanzanie). Il lui a été assigné l’objectif d’aboutir à
l’adoption et à l’application d’un Pacte de stabilité, de sécurité et de
développement, articulé autour de quatre grands domaines : paix et sécurité ;
démocratie et bonne gouvernance ; développement économique et intégration
régionale ; questions humanitaires et sociales.
Malgré les appels répétés et le souhait exprimé maintes fois par
l’opposition démocratique rwandaise pour prendre part à ces assises, des travaux préparatoires à cette Conférence
se poursuivent dans la totale exclusion d'un des principaux protagonistes dans
le dossier rwandais. En effet, tous les autres gouvernements, les partis
politiques et la société civile de la région ont été invités à y participer à
l’exception de l'opposition démocratique rwandaise.
Or, pour que cette conférence atteigne les résultats
escomptés, elle devrait ratisser large et être ouverte aux différents acteurs
dans chaque pays concerné de la région des Grands Lacs. Les membres de l'opposition démocratique rwandaise
signataires de la présente, tous aujourd'hui acculés à l'exil, restent d'avis
qu'il faudrait que cette Conférence soit un véritable forum où les différents
protagonistes, de l'intérieur comme de l'extérieur, armés ou non armés, s'expriment, s'engagent et proposent les
voies et moyens de nouer un Pacte de stabilité, combien essentiel pour la
région, pour l'Afrique et pour la Communauté internationale entière. C'est à cette seule condition que cette
conférence pourrait déboucher sur l’adoption d’un pacte de stabilité viable,
sans quoi tout effort de reconstruction politique et de développement
socio-économique serait voué à l'échec. Pour preuve, malgré plusieurs
tentatives de la Communauté Internationale de ramener la paix dans la région
des Grands Lacs, la crise persiste. Ces
échecs sont dus pour l’essentiel à la non-association de tous les protagonistes
politiques concernés et au mauvais diagnostic des vraies causes qui sont à
l’origine des guerres devenues endémiques dans cette région.
L'opposition démocratique rwandaise en exil sait gré à la communauté
internationale des efforts consentis afin d'aider à négocier et à conclure
plusieurs accords visant la stabilité de la Région des Grands. Il s'agit de
l’accord de Pretoria entre Kigali et Kinshasa , de celui de Luanda entre
Kinshasa et Kampala, ainsi que de l’Accord d’Arusha pour le Burundi. Ce sont
des étapes importantes dans la tentative de trouver la paix dans la sous-région
car ils s'inscrivent dans une démarche d'inclusion et d'interdépendance régionale.
Toutefois, ces différents accords resteront partiels et n'apporteront pas de
solution durable à la crise des Grands Lacs si en même temps l'épicentre du
séisme, qui secoue la région depuis bientôt quinze années, n'est pas traité en
profondeur. Il s'agit du Rwanda.
Voici en effet
un pays qui guerroie sans discontinuer dans toute la région, mais qui continue
de bénéficier d'une extrême et insoutenable tolérance internationale. Ses
crimes, pour avoir causé des victimes directes et indirectes de plusieurs
millions de vies humaines, restent impunis. Il en est de même du pillage
inconcevable d'un pays voisin, la République démocratique du Congo. Le système
politique en place qui repose sur une Constitution liberticide et un régime
totalitaire, a fermé tout l'espace d'expression politique aux partis
d'opposition et à la société civile critique sans que cela ne lui en coûte des
remontrances appuyées de la Communauté internationale.
L’opposition
démocratique rwandaise est fermement persuadée que la paix et la stabilité de
la région des Grands Lacs passent incontestablement par la démocratisation des
institutions politiques et la justice rendue à toutes les victimes de la
tragédie rwandaise sans discrimination aucune. Aussi longtemps que le régime du
FPR continuera à fermer l’espace politique et à exercer une justice inique,
tous les efforts investis par la Communauté internationale de recherche de la
stabilité, de reconstruction et de développement économique seront voués à
l'échec.
Une solution
uniquement limitée à la RDC et au Burundi, selon une certaine vision du moment,
ne sera que partielle et passagère. L'on aura traité les symptômes et non la
maladie. De même, les propositions actuelles, tendant à faire accréditer la
démobilisation et le rapatriement volontaire ou forcé de la rébellion rwandaise
comme seule question et seule solution du problème rwandais, courent le risque
fort de se révéler à moyen et à long terme inefficace et la paix tant attendue
une chimère. En effet, lorsque l'on écrase une rébellion aujourd'hui, sans que
l'on résolve les problèmes de fond de gouvernance démocratique et de justice,
il en naîtra d'autres le lendemain, beaucoup plus légitimes et cela jusqu'à ce
que l'Etat de droit et la souveraineté du Peuple soient définitivement rétablis.
En refusant la participation de l’opposition
démocratique rwandaise à cette Conférence, la Communauté internationale
n’est-elle pas en train de rééditer les mêmes erreurs que celles de 1994 ? Le
schéma qui avait conduit à la guerre de 1990, au génocide et aux nombreux
crimes contre l'humanité, risque, si l’on n'y prend garde, de se répéter. Il
convient assurément de prévenir toute évolution politique susceptible d’évoluer
vers des catastrophes similaires à celles de ces dernières années en s’assurant
d’une solution globale et définitive au lourd contentieux inter-rwandais
jusqu’ici non résolu et qui continue de contaminer toute la région des Grands
Lacs. L'opposition démocratique rwandaise reste déterminée à y contribuer
pleinement.
Aussi, l’opposition démocratique rwandaise
demande-t-elle au Secrétaire Général des Nations Unies de prendre en compte ses
revendications et de lui permettre de participer à cette Conférence afin qu'elle présente ses propositions de sécurité,
de stabilité et de paix.
Le 6 octobre 2004
Pour
l’ADR-Isangano Pour
Les FRD Pour le
RDR
Mberabahizi Jean
Baptiste Ndahayo Eugène Ingabire U. Victoire
Président Président Présidente