Brefs extraits du livre du Général Roméo Dallaire "Shake Hands with the Devil: The Failure of Humanity in Rwanda"


Général Roméo Dallaire
Ed. Random House
Canada
Octobre 2003


«Cela ne fait aucun doute : la responsabilité du génocide rwandais incombe exclusivement aux Rwandais qui l'ont planifié, commandé, supervisé et finalement dirigé. Leur extrémisme fut le fruit indestructible et horrible des années de luttes de pouvoir et d'insécurité entretenues habilement par leurs anciens maîtres coloniaux. Mais les morts rwandais peuvent aussi être attribués à Paul Kagamé, ce génie militaire qui n'a pas accéléré sa campagne quand l'envergure du génocide fut manifeste, et qui, en quelques occasions, m'a même entretenu avec candeur du prix que ses camarades tutsis auraient peut-être à payer pour la cause. Viennent ensuite la France etc...» (p.632)

«Au cours de notre entretien, j'ai demandé à Kagamé pourquoi il ne sautait pas directement à la gorge de ses ennemis à Kigali (en raison des massacres). Il a complètement ignoré les implications allant de pair avec ma question. Il savait très bien que chaque jour de bataille dans la périphérie de Kigali entraînait la mort de Tutsis qui se trouvaient encore derrière les lignes de l'AGR.» (p.413)

«J'ai fait part de mes inquiétudes au général Kagamé à propos du sort des Tutsis et des Hutus modérés bloqués à l'hôtel des Mille Collines ; Bizimungu avait menacé de les tuer si le FPR n'arrêtait pas de bombarder les positions de l'AGR à l'intérieur de la ville. Kagamé était pragmatique, l'image parfaite du guerrier qui sait garder son sang-froid. Ils continuent d'utiliser leur éternel chantage, mais ça ne fonctionne plus, a-t-il souligné. Cette guerre sera la cause de bien des sacrifices. Si le réfugiés doivent être sacrifiés pour la bonne cause, on considérera qu'ils étaient inclus dans le sacrifice» (p.451)

«Qui, au juste, avait tiré ses ficelles (celle de Kagamé) tout au long de la campagne? Je plongeai dans des pensées sinistres, me demandant si la campagne et le génocide n'avaient pas été orchestrés pour un retour du Rwanda au statu quo d'avant 1959, époque à laquelle les Tutsis dirigeaient tout. Les extrémistes hutus avaient-ils été plus dupes que je ne l'avais été moi-même? Dix ans plus tard, je ne peux toujours pas éluder cette troublante question, surtout à la lueur des événements qui, depuis, ont eu lieu dans la région». (p.588)