Lettre ouverte à Monsieur Louis Michel, Ministre Belge des Affaires Etrangères, sur le dépôt de plainte du 25 août 2000 contre Paul Kagame pour crimes contre l'humanité


Collectif du Six Avril 1994 Rwanda (COSAR)
Bruxelles
08.09.00

 

LETTRE OUVERTE

 

Monsieur Louis MICHEL

Ministre Belge des Affaires Etrangères du

Commerce Extérieur et de la

Coopération Internationale.

Rue des Petits Carmes, 15

1000 BRUXELLES.

Objet :

 

Monsieur le Ministre,

 

Le Collectif du Six Avril 1994 Rwanda rassemble des jeunes de la diaspora rwandaise en Belgique qui, de concert avec le peuple rwandais soumis au régime dictatorial de Paul KAGAME, dénonce les crimes contre l'humanité dont ils sont victimes. C'est la jeunesse rwandaise qui réclame une justice équitable et impartiale sans laquelle le Rwanda n'a pas d'espoir pour le bien - être des générations futures. C'est la raison pour laquelle elle en profite pour vous transmettre un message de félicitations pour votre engagement déterminé dans la lutte contre l'idéologie raciste ou des régimes auteurs des crimes contre l'humanité et de violation du droit international de la personne humaine.

Toutefois, c'est aussi l'occasion pour elle d'exprimer sa déception et son sentiment de mélancolie comme un enfant abandonné devant la gueule du lion alors que tous les moyens sont disponibles pour le sauver. Devant l'ampleur de la situation qui s'aggrave de jour en jour, en dépit des cris d'alarme et d'appels au secours des peuples des pays des grands lacs en agonie à cause des sentiments de haine et belliqueux du FPR et de son chef, la Belgique pour laquelle vous êtes Chef de Diplomatie n'ose pas faire un pas en avant pour répondre au secours des êtres humains en danger. Peut - on réellement croire que vous ignorez l 'ampleur des crimes contre l'humanité commis par KAGAME et son armée, au Rwanda et au Congo ? Quant à la dictature du régime, même des enfants nouveau-nés voyant les démissions en série des personnalités politiques, comme le Président de la République, le Président de l'Assemblée, deux Premiers Ministres, et beaucoup de ministres hutus et tutsis et que dire encore, n'hésiterait pas à conclure que c'est l'impasse.

La jeunesse rwandaise pour sa part, se pose la question de savoir qui travaille ou qui travaillera pour le Rwanda de demain : les prisons sont surpeuplées de plus de 150.000 personnes dont 100.000 jeunes. L'armée patriotique compte près de 150.000 hommes. Ce sont des jeunes rwandais !! Ces jeunes soldats qui sont forcés d'aller se battre au Congo sur un territoire immense, presque aussi grand que l'Europe Occidentale ont perdu la culture de la paix et de la tolérance. Ils sont éduqués dans la logique de guerre et ceux qui refusent d'adhérer à cette culture inhumaine sont tués, emprisonnés ou forcés à l'exil. Ainsi, aujourd'hui, le Rwanda compte plus de 500.000 réfugiés dans le monde dont les 2/3 sont des jeunes.

Dans le cadre de la justice cette jeunesse s'interroge :

L'injustice qui pèse sur les rwandais a conduit la jeunesse de la diaspora en Belgique à organiser des manifestations pour interpeller les autorités belges sur la nécessité d'aider le peuple rwandais à reprendre le chemin de la concorde nationale et à l'éradication de l'esprit de haine, d'injustice, ainsi que du sentiment belliqueux du régime de Kigali. A plusieurs reprises, des contacts avec vos collaborateurs ainsi que ceux du Ministre de la justice ont été faits. Malheureusement, la jeunesse de la diaspora rwandaise a l'impression que la Belgique n'est pas prête à tendre l'oreille à un peuple agonisant. Dans sa persévérance, cette jeunesse a jugé utile de mobiliser les rwandais rescapés des crimes dont le FPR est responsable pour témoigner auprès du juge d'instruction chargé du dossier Rwanda.

C'est ainsi que cinq rwandais appuyés par la manifestation du 25 août 2000, se sont constitués partie civile et on portait plainte contre KAGAME et le FPR pour crimes contre l'humanité dont les membres de leurs familles respectives ont été victimes. A cette occasion, plusieurs témoignages collectionnés par le COSAR auprès des rescapés rwandais et des différentes organisations des enquêteurs volontaires ont été remis mains à mains au juge d'instruction.

On peut citer notamment :

  1. Un document de 8 tomes de près de 2000 pages où sont recueillis plus de 20.000 victimes des atrocités commises par cette organisation, le FPR de Paul KAGAME. C'est un résultat d'une enquête partielle faite par un groupe de volontaires rwandais et belges ;
  2. Le témoignage sur les évêques sauvagement massacrés le 05 juin 1994 : témoignage fait par le rescapé lui - même de ces actes ignobles ;
  3. Le témoignage de HAKIZABERA Christophe qui est un ancien militaire du FPR et est aujourd'hui en exil aux USA ;
  4. Deux témoignages de Jean Pierre MUGABE, l'un sous la forme de plainte et l'autre comme témoignage édifiant sur les mobiles de l'attentant contre l'avion présidentiel ;
  5. Le témoignage des congolais sur les massacres à KISANGANI démontrant le caractère inhumain de l'armée de Paul KAGAME ;
  6. Cinq plaintes des rwandais contre KAGAME et son armée dans les massacres des populations civiles ;
  7. La copie du témoignage du capitaine BARRIL livré au journaliste Alain VAN DER EECKEN et publié dans le journal le soir illustré de mercredi 06 mai 1998 ;
  8. Le mémorandum de KANYAMIBWA Félicien fait en collaboration avec Organization for Peace, Justice and Development in RWANDA (OPJDR).

Toutes les plaintes et tous les témoignages démontrent avec certitude l'ampleur des crimes contre l'humanité dont KAGAME et le FPR sont responsables non seulement au Rwanda, mais aussi au Congo. Tout cela vient s'ajouter à la plainte déjà déposée au début de cette année contre la même personne et toujours pour ses crimes contre l'humanité. Il s'ajoute également à la plainte déjà déposée le 28 juillet 2000 par Avocats Sans Frontières toujours contre la même personne et pour des crimes contre l'humanité perpétrés au Congo. Toutes ces charges donnent à la Belgique la possibilité d'user de ses compétences en matière du respect du droit international humanitaire et ce conformément à la loi du 16 juin 1993 et modifiée le 10 février 1999 pour lancer un mandat d'arrêt international contre le général Paul KAGAME en question. C'est pourquoi, se référant à votre acte courageux de vous porter partie civile dans le procès contre le dictateur chilien Augusto PINOCHET, à votre acte courageux de vous insurger fermement contre la participation au gouvernement de l'extrême droite autrichienne de la FPÖ de Jörg HAIDER, la jeunesse rwandaise vous demande humblement d'avoir pitié aux rwandais et de tourner votre regard à leur souffrance en soutenant une cause juste : la traduction en justice de Paul KAGAME qui a commis, qui commet et qui continue à commettre des crimes contre l'humanité non seulement au Rwanda, mais aussi au Congo dans un pays voisin et frère.

Pour terminer, la jeunesse rwandaise sollicite votre soutien à l'égard de sa demande adressée aux autorités judiciaires belges en rapport avec la protection judiciaire sur le plan physique contre toutes représailles éventuels de la part des autorités rwandaises qui se sentiraient gênées par cet acte judiciaire des plaignants et les témoins dénonçant les exactions du FPR.

Comptant sur votre compréhension, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma très haute considération.

KALIHUNGU Adrien

Président du COSAR.

 

CPI à :