Llectif
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RWANDA
Monsieur Armand DE DECKER
Ministre de la Coopération au Développement
Rue des Petits Carmes 15
1000 Bruxelles
Objet : Cérémonies de
commémoration du 12ème triste
Anniversaire du génocide Rwandais.
Monsieur le Ministre,
voilà
déjà six ans, la jeunesse de la diaspora rwandaise en Belgique s’est organisée
et a créer le Collectif du Six Avril 1994 Rwanda ( COSAR asbl ). C’était pour
répondre à la question épineuse à laquelle elle est confrontée au jour le jour.
En
effet, sur le plan international et médiatique, une opinion s'est fort
répandue, présentant les Hutus comme les criminels et les Tutsis comme les
victimes de la cruauté des hutus. C'est toute une ethnie globalement diabolisée
et rendue injustement coupable par la
communauté internationale des crimes de génocide au moment où le FPR dont la responsabilité
est incontestablement évidente fait la
loi à travers le monde sans la moindre inquiétude.
Devant cette situation, les jeunes de la
diaspora rwandaise en Belgique renouvellent leur attachement à tous les
efforts de rétablir le caractère humain
dans sa dimension la plus totale non seulement au Rwanda, mais aussi dans toute
la région des grands lacs d’Afrique. En conséquence, toujours éprise de cette
louable volonté d'apporter sa contribution à la recherche d’une paix durable,
et afin de prendre en main sa destinée, la jeunesse rwandaise en Belgique
réunie au sein du Cosar asbl s’est fixé des objectifs notamment :
-
la justice pour tous et le respect des
libertés publiques comme valeurs fondamentales de l'inviolabilité des droits
humains au RWANDA ;
-
l’éducation de la jeunesse à la culture de
la vérité et du respect de la dignité humaine en luttant contre la haine et le
sentiment hégémonique basé sur des considérations ethniques ou régionales;
-
la réhabilitation de la coexistence
pacifique et complémentaire des différents groupes sociaux au Rwanda, une
qualité pour le moment mis en jeu à cause de la méfiance interethnique créée
par la guerre de 1990 et les massacres qui ont suivi l'attentat du 6 avril
1994;
-
le soutien de toutes les actions de
recherche de la paix et de la vérité;
-
la réhabilitation des hommes et des femmes
péris dans le combat pour la paix et la démocratie au Rwanda;
A présent, nos activités se sont groupées
en deux catégories à savoir :
-
informer la population d’accueil et la
communauté internationale de la réalité sur la situation du Rwanda ;
-
assister les victimes des atrocités commises
au Rwanda.
C’est dans ce cadre que nous avons organisé
ce 06/04/2006, la manifestation de commémoration du 12ème triste
anniversaire du génocide rwandais à la stèle commémorative érigée à
Woluwe-Saint-Pierre. La manifestation a eu lieu malgré que plusieurs
personnalités dont vous-même et certaines organisations s’étaient interposées
pour l’empêcher. C’est pour cela que je me permets de vous adresser la présente
lettre ouverte en vue de vous exprimer notre inquiétude face à cette injustice
qui continue de planer sur le peuple rwandais et que vous semblez cautionner
tenant compte de votre communiqué de pressé dernier.
Dès la création de notre association COSAR asbl en 2000,
nous avons exhorté les rwandais et la communauté internationale pour que la
lumière soit faite sur la tragédie rwandaise sans oublier l’attentat terroriste
du 06/04/1994 contre l’avion présidentiel qui coûta la vie au président
rwandais Juvénal Habyalimana, son homologue burundais Cyprien Ntaryamira et
leurs très proches collaborateurs ainsi que son équipage, car cet attentat est
sans nulle doute l’élément déclencheur
du génocide rwandais.
Maintenant que plusieurs sources différentes et concordantes commencent à faire la lumière sur les questions épineuses de cette tragédie, nous restons plus que jamais convaincus que de plus en plus de personnes vont se libérer et n’accepteront plus de continuer à être noyautées par les lobbying d’un pouvoir dictatorial et criminel. Ceux qui essayent toujours de protéger par tous les moyens, notamment en instaurant des lois taillées sur mesure dans le seul but de museler toutes les personnes qui ont soif de connaître la vérité en les traitant de révisionnistes ou de négationnistes ne tarderont pas de voir qu’ils se sont trompés.
Le COSAR asbl dénonce et a toujours dénoncé l’impartialité dans le traitement des dossiers judiciaires rwandais et réclame une justice équitable, une justice pour tous. Ce point de vue est partagé par plusieurs personnes et/ou organisations de bonne foi mais qui malheureusement n’ont pas encore le pouvoir de décision. En effet,
1.
Dans le Document Public n° index ai : afr 47/007/02, Gacaca : une question de justice, Amnesty
International rapporte et je cite : « … Comme le TPIR, le système
judiciaire rwandais ne s’est jamais intéressé qu’aux violations des droits
humains commis sous l’égide du gouvernement précédent, au cours du conflit armé
et du génocide de 1990-1994. Les tribunaux rwandais n’ont mené aucune enquête
méthodique et impartiale sur les exactions commises par le FPR pendant cette
période, en dépit d’informations crédibles faisant état de très nombreuses
exactions. De plus, les violations des droits humains commises par le FPR -
Armée patriotique rwandaise (FPR-APR) continuent depuis l’arrivée au pouvoir du
FPR. Les rapports d’Amnesty International contiennent de nombreux témoignages
sur ces violations, malgré les tentatives délibérées du gouvernement pour faire
obstacle à des enquêtes indépendantes et masquer la vérité. »
2.
Dans le même rapport, Amnesty
International stipule que, je cite : « … Les situations
d’après conflit, en particulier celles qui font suite à des crimes aussi graves
que celui de génocide, exigent que soient résolus les problèmes qui ont été à
l’origine du conflit. Ne pas le faire revient à s’exposer à des conflits
ultérieurs. Dans les situations d’après conflit, la paix est le bien le plus
désiré. Mais la paix dépend non seulement de l’absence de guerre, mais aussi de
la recherche de la justice et de la vérité, qui sont mutuellement dépendantes.
Sans justice ni vérité, les déchirures profondes du tissu social rwandais ne
guériront pas et la paix ne reviendra pas. Des perspectives prometteuses ont
été ouvertes par le recours à la justice gacaca, mais la législation qui a
établi les juridictions gacaca ne garantit pas les normes minima pour des
procès équitables, telles qu’elles sont définies par les textes internationaux
ratifiés par le gouvernement rwandais. »
3.
Concernant le déroulement des jugements par le système
gacaca, Amnesty International poursuit dans le même rapport : « Chaque
information judiciaire a duré une dizaine de minutes. Les détenus ont été
présentés devant l’assemblée à tour de rôle. Ils ont pu décliner leur identité,
mais aucun d’entre eux n’a été autorisé à s’exprimer par
Du côté de la
défense, les détenus n’avaient pas le droit de parler en leur nom, ni de mettre
en cause les allégations de leurs accusateurs ou de procéder à un
contre-interrogatoire des témoins. Il leur a été dit à plusieurs reprises que
seuls ceux qui voulaient avouer pouvaient s’exprimer. Les membres de la famille
des détenus n’avaient généralement pas le droit à la parole, sauf s’ils
désiraient fournir un témoignage à charge. Les témoins de la défense n’avaient
le droit de s’exprimer qu’après l’audition de toutes les accusations. Ils
subissaient en outre des contre-interrogatoires intimidants qui laissaient
entendre qu’ils partageaient la culpabilité présumée du détenu. En une
occasion, le ministère public a même déclaré aux membres de la
communauté réunis que toute personne qui témoignait pour la défense devrait
soit donner le nom de l’auteur du ou des crime(s) dont l’accusé était inculpé,
soit prendre sa place en prison. Un certain nombre de détenus qui avaient été
arrêtés par les forces de sécurité ne possédaient aucun dossier. Ni eux ni les
membres de l’assemblée n’avaient aucune idée des raisons de leur arrestation ou
de leur détention. »
4.
Puis, personne ne doute combien le système gacaca reste
l’outil d’oppression instauré par le FPR pour opprimer
5.
Concernant
la responsabilité de Paul Kagame dans le génocide rwandais, M. Abdul Joshua
Ruzibiza dans son livre : « Rwanda, l’histoire secrète »
ne mâche pas ses mots. Dans ce livre, M. Ruzibiza ancien compagnon d’armes du
Général Kagame affirme, preuves à l’appui, que la stratégie de Kagame était de « créer
le désordre afin de montrer l’impuissance de l’État et donner au FPR des
arguments pour s’emparer du pouvoir par la force. Il fallait inciter les
milices du MRND et de la CDR à tuer des Tutsi afin que le FPR puisse relancer
les combats » (p.209).
6.
Dans ce même livre, M. Ruzibiza fait état des crimes que
Kagame a lui-même commis, non seulement à l’encontre des civils Hutu, mais
aussi à l’encontre des populations civiles tutsi. Ainsi, il révèle entre autres
que des populations Hima-tutsi du Mutara ont été massacrées parce qu’elles
n’acceptaient pas que leur bétail soit pillé et consommé gratuitement par les
troupes du Général Kagame. Il affirme aussi que le 12 mai 1994 à Muhura, le
Général Kagame a ordonné que la population civile en fuite soit rassemblée et
qu’il est « monté lui-même dans
sa jeep et a mitraillé la population rassemblée au canon 12.7 machine gun
antiaérien» (p.294) tuant plus de 800 personnes. Pour camoufler ses
forfaits, le Général Kagame ordonnait de brûler les cadavres de ses victimes ou
de les mettre dans des fosses communes pour les exhiber par la suite et les
présenter comme des victimes Tutsi ayant été massacrées par les ex-Forces
Armées rwandaises et les miliciens Interahamwe.
7.
Toujours dans la
logique d’incitation au génocide par le général Paul Kagame, M. James GASANA,
dans son livre, « Du parti Etat à
l’Etat garnison », l’ancien ministre de la défense partage le même
avis avec Abdul RUZIBIZA et il parle non seulement du cynisme du FPR, mais
aussi il parle des efforts déployés par ce mouvement pour anéantir la
population : « Le cynisme du
FPR monte avec ses revers militaires, qu’il attribue à la collaboration de la
population avec les FAR. Il lui crée un maximum d’insécurité et de dégradation
des conditions de vie, par l’attaque des centres de santé, dans les champs,
…etc. Déçue par ce qui lui parait comme un abandon par l’Etat, cette population
demande les moyens pour se protéger elle-même. Le gouvernement n’y consent pas
car il n’existe aucune loi réglementant une telle défense. Ici, il convient de
souligner que HABYALIMANA s’est toujours opposé à l’armement d’autres groupes
que les forces armées rwandaises. … » Il continue : « il joue (le FPR) plus ouvertement la carte
ethnique en justifiant ses actions militaires par l’objectif de protection de
l’ethnie tutsi. Ceci lui permet de convaincre davantage les tutsi de
l’intérieur qu’ils n’ont rien à attendre du régime. Ce choix ethniste se
dévoile définitivement par l’intensification de recrutements de ses combattants
principalement dans l’ethnie tutsi. Avec la carte ethnique il joue la carte
régionale par des émissions sur Radio Muhabura en accentuant les injustices
subies par le Sud et les tutsi sous
8.
Depuis la guerre
d’agression le 01 octobre 1990, le FPR
n’a cessé d’exterminer les populations civiles partout sur son passage. Même à
l’aube de l’année fatale de 1994, et malgré les Accords d’Arusha qui avaient
commencé à connaître leurs premières mises en application, les combattants du
FPR n’ont pas cessé leurs manœuvres d’intoxication de la population afin
d’acculer celle-ci à la guerre civile. A ce sujet le Colonel Luc Marchal qui
dirigeait le contingent belge de la MINUAR et qui était par ailleurs le
commandant en second de cette force onusienne nous dit, dans son livre « La descente aux enfers », je
cite : « Ironie du
sort : fin mars, le commandant du détachement tunisien me fait part de la
découverte de différentes brèches dans la clôture du CND. A défaut d’éléments
concrets, je ne peux que formuler des hypothèses. Depuis quelque temps, il est
vrai, des rumeurs de plus en plus insistantes font état de ce que des
militaires du FPR quittent leur cantonnement de nuit pour fournir des armes et
instruire des milices à leur maniement. … » (P. 111)
9.
De son côté, M.
10. Le Général Kagame ne s’est pas seulement
limité à l’incitation au génocide et à l’extermination de populations civiles,
toutes ethnies confondues, mais il a aussi bloqué tous les secours qui pouvaient être apportés aux
personnes menacées d’extermination jusqu'à ce qu’il ait été sûr que la voie
était complètement libre pour sa prise du pouvoir. À ce sujet, M. Ruzibiza, qui
a perdu toute sa famille à cause de cette obsession du Général Kagame et de son
organisation le FPR de s’accaparer du pouvoir, s’exprime en ces termes : « Je
suis convaincu que nous (les militaires de l’APR) avions la capacité et la
volonté de sauver beaucoup de Tutsi et que nous l’avons fait, mais la clique
placée à la tête du FPR a tout fait pour ne pas nous permettre de les
secourir » (p.347).
11. Quant à M. Paul
Rusesabagina, héros du film « Hôtel Rwanda », dans la conférence
qu’il a donné à Montréal le 22 octobre 2005 sous l’invitation de l’association
Amitiés Canada-Rwanda et pendant laquelle il a été longtemps ovationné par
beaucoup de Canadiens et de Rwandais présents, M. Rusesabagina a indiqué que
certains rescapés qu’il avait pu protéger n’ont jamais été revus par leurs
familles depuis le moment où ils ont été évacués vers la zone qui était
contrôlée par le Général Kagame. Ils ont été convoqués à de pseudo réunions,
a-t-il dit, et l’on se demande si celles-ci sont encore en cours, plus de dix
ans après!
12. Les éléments qui accablent le FPR et son
dirigeant Paul KAGAME sont nombreux. Si je me réfère au journal « Le
Soir » du jeudi 13 janvier 2005, le témoignage du Professeur Filip
Reyntjens est, on ne peut plus éloquent. En effet, le Professeur qui est aussi
spécialiste de la région des grands lacs d’Afrique et qui n’a ménagé aucun
effort pour la recherche de la vérité sur le drame qui s’est abattu sur le
Rwanda et qui, jusqu’à cette date collaborait avec le TPIR au dénouement du
génocide rwandais est sorti de sa réserve en suspendant cette coopération avec
le TPIR, et il explique ses raisons : Dans cet article de ce journal Le
Soir dont le titre est : « Kagame, un criminel de guerre », le
professeur Filip Reytjens dit : « Il
y a eu déjà en 2003 une collision frontale entre Carla Del Ponte – la
magistrate suisse qui a précédé Jallow – et le pouvoir rwandais. Je ne crois
pas que j’exagère en disant qu’elle a été écartée en partie à cause de ce
conflit. Elle avait exprimé son intention de poursuivre les suspects du
FPR... » il poursuit (le professeur) : « il pense (Kagame et
son régime) que si les choses
traînent, il échappera (à la justice). S’il était à l’aise, il ne s’opposerait
pas aux poursuites et aux enquêtes… ». . Toujours dans le même
article, le Professeur continue : « Oui,
je crois que le président (Kagame) ne se pliera au pouvoir de justice que s’il
est contraint et forcé. Ce que pourrait faire le Conseil de Sécurité, sanction
à l’appui. Kagame n’est pas fréquentable parce que c’est un criminel de guerre.
Je pèse mes mots. Je pense que c’est la réalité : Kagame est le plus grand
criminel de guerre en fonction aujourd’hui. Et pas seulement en ce qui
concernent les événement de 1994, année de référence du TPIR- Kagame est aussi au courant de ce que l’APR
(armée patriotique rwandaise) a fait par la suite … » et le Professeur
dit encore avant de terminer : « Il
y a un autre cadavre dans le placard : voici presque un an que le procès
verbal de synthèse sur l’assassinat du Président HABYALIMANA a été déposé chez
le juge Bruguière et pas de nouvelles. Il y a plusieurs épées de Damoclès qui
pendent au-dessus de la tête de Kagame. » Aujourd’hui, on parle d’une douzaine de proches collaborateurs de
Kagame qui sont visés par cet enquête.
De tout ce qui précède, il s’en suit que non seulement, nous
devons continuer à œuvrer pour que la lumière et la vérité sur la tragédie
rwandaise soient connues de tout le monde, mais aussi et surtout rendre hommage
à toutes les victimes de l’hégémonie du pouvoir dans notre pays, le Rwanda.
Monsieur le Ministre, dans votre lettre donnant injonction au Bourgmestre de Woluwe Saint - Pierre afin d’interdire notre manifestation de commémoration du 12 ème triste anniversaire du génocide rwandais le 06/04/2006, vous dites, je cite : « … cette manifestation, se déroulant au mémorial du génocide rwandais, serait tout à fait inopportune. Ceci n’empêche nullement les organisateurs de manifester leurs opinions et de commémorer le génocide de 1994 dans d’autres endroits. »
Monsieur le Ministre, il apparaît de ce qui précède que de telles pratiques vont à l’encontre de votre communiqué de presse du 07/04/2006 où vous affirmez, je cite encore, « Depuis près de 12 ans, la Belgique continue d’œuvrer, aux côtés des autorités rwandaises, à la justice et à la réconciliation ».
En effet, Monsieur le Ministre, comment pouvez-vous œuvrer pour la réconciliation au Rwanda et en même temps semer et entretenir la division des rwandais, en recommandant d’autoriser la commémoration du génocide rwandais pour certains et de l’interdire pour les autres alors qu’ils sont tous rwandais ?
D’autre part, quand vous dites que la commémoration du génocide rwandais par les rwandais « au mémorial du génocide rwandais, serait tout à fait inopportune, » on se demanderait pour qui d’autres ce mémorial a été érigé ?
Cependant, quand Monsieur Joseph BONESHA, ambassadeur du Rwanda à Bruxelles décide de déplacer les cérémonies commémoratives du 12ème anniversaire du génocide rwandais initialement prévues à la Stèle commémorative érigée à cet effet, dans la commune de Woluwe Saint – Pierre vers l’ambassade du Rwanda, et que par la même occasion il annonce le projet de construire un nouveau mémorial exclusif à certains dans un autre endroit, cela démontre quel type de « justice et réconciliation » vous oeuvrez pour, auprès des autorités rwandaises.
Monsieur le Ministre, toujours dans votre lettre précitée, vous dites et je cite : « … une manifestation de commémoration sera d’ailleurs organisée le 06/04/2006 prochain, par des opposants au Gouvernement rwandais actuel, devant le Palais de Justice de Bruxelles … ». On se demanderait depuis quand vous êtes le porte-parole « des opposants au Gouvernement rwandais actuel » jusqu’à lancer l’invitation à manifester en lieu et place de ces derniers.
Cependant, Monsieur
le Ministre, le 06/04/2006 à l’aube, les journaux belges se sont relayés
l’information comme quoi la manifestation prévue ce même jour a été interdite.
En effet, sous le titre « Les révisionnistes tentent de semer la confusion
à Bruxelles », Monsieur Gérald Papy, bon élève de division, écrit dans
En ce qui concerne notre association Cosar asbl, je ne m’attarderai pas pour l’instant sur ces qualificatifs de Gérald Papy car j’y reviendrai devant les instances habilitées. Je voudrais seulement signaler qu’à propos de cette autorisation de manifester, Monsieur Jacques VANDENHAUTE, Bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, Sénateur honoraire nous a écrit dans sa lettre du 05/04/2006, je cite : « Revenant à mon courrier du 4 courant et dont copie en annexe, j’ai finalement décidé, après un dernier contact avec le Ministère des Affaires étrangères et avec l’esprit de démocratie qui me caractérise, d’autoriser votre manifestation du 6 courant, sous réserve du strict respect des conditions suivantes :… »
Dans ce même article du 07/04, on lit, je cite : « … A Bruxelles, devant le palais de Justice, où une manifestation du Mouvement pour le rétablissement de la dignité humaine au Rwanda (MDHR), d’abord autorisée, avait été interdite, quatre camionnettes de policiers et des agents en civil diplomates dissuadaient au même moment de rares candidats manifestants à se rassembler. »
Monsieur le
Ministre, dans votre lettre précitée, vous parlez « … d’opposants au
Gouvernement rwandais actuel » alors que dans votre communiqué de presse
vous parlez « … des opposants rwandais niant le génocide de 1994. »
Ne voyez-vous pas que ce double langage va non seulement à l’encontre de
Il apparaît plutôt
que vous ne voulez pas, reconnaître toutes les victimes de ce génocide
rwandais, comme l’a toujours fait le régime actuel de Kigali qui, il y a belle
lurette a été caractérisé par l’exclusion d’une partie de la population
rwandaise et qui va jusqu’à faire la distinction des morts. Permettez-moi,
Monsieur le Ministre, de vous rappeler qu’il est non seulement légitime mais
aussi et surtout qu’il est de notre devoir de sauvegarder la mémoire des nôtres
péris dans le génocide rwandais, les batwa, les batutsi, les bahutu et même les
personnes d’autres nationalités qui ont perdu leur vie pendant ce génocide.
C’est notre droit le plus absolu et inaliénable.
Concernant les calomnies qui se profèrent contre notre
association Cosar asbl et contre tous les participants à cette commémoration,
je vous réfère à mon discours de circonstance dont copie est annexée à la
présente ainsi qu’aux forces de police qui nous ont encadré durant la
manifestation et vous me direz en quoi nous avons été négationnistes. Je pense
que la population belge, qui, jusqu’à présent a bien accueilli la population
rwandaise et nous la remercions toujours, a le droit de connaître la vérité sur
le génocide rwandais.
Je tiens également à vous faire remarquer que depuis sa création en 2000, le Cosar asbl a toujours été caractérisé par un esprit de paix et de recherche de la Lumière sur la tragédie qui a secoué et qui secoue toujours notre pays le Rwanda et toute la région des grands lacs d’Afrique.
Malgré diverses tractations visant à ternir notre image, notre manifestation a bel et bien eu lieu dans le calme, je cite encore cet article de la libre du 07/04 : « … C’est donc environ 150 personnes qui ont finalement défilé du square Montgomery au site accueillant la stèle en mémoire des victimes du génocide. Dans le calme, sans incident et sous la surveillance d’un important dispositif policier, là aussi. »
Monsieur le Ministre, je m’en voudrais de clore ce chapitre sans souligner le caractère pluraliste qui a caractérisé notre manifestation tant médiatisée. C’est signe que la vérité sur la tragédie rwandaise que nous avons tant réclamé commence à blesser ceux-là qui veulent toujours y mettre de l’ombre afin de continuer à faire valoir leurs visés hégémoniques.
Je soulignerai
également en passant que dans ce reportage de Gérald Papy, je cite : « La
manifestation de Woluwe Saint-Pierre a en outre été marquée par la démonstration
de soutien que lui a apportée le colonel à
Enfin, Monsieur le Ministre, avant de terminer cette lettre, je tiens à vous faire remarquer que nous ne sommes pas les seuls à nous être engagés sur le combat de la recherche de la vérité sur le génocide rwandais. Vouloir instaurer des lois pour protéger cette bande des criminels en traitant les gens de révisionnistes voulant réécrire l’Histoire ne changera en rien à ce combat. Les hommes meurent mais la vérité finit toujours par triompher au grand jour.
Vous savez que Mandela a été incarcéré pendant 28 ans, mais
malgré tout, son combat contre l’apartheid a finalement gagné.
Sur
ce sujet, notre compatriote Déo Mushayidi, dans sa lettre précitée écrit, je
cite : « Car en toute honnêteté,
Si exiger que la lumière soit faite sur
l’attentat du 06/04/1994 ;
Si s’interroger à haute voix sur les auteurs de cet attentat en leur déniant toute prétention de réconcilier le peuple rwandais ;
Si se remémorer cet attentat comme
l’événement qui fit basculer le Rwanda et la région des Grands Lacs dans une
tragédie indicible ;
Si penser que la mémoire
des victimes Tutsi du génocide ne peut exclure celle de leurs compatriotes Hutu
broyés par la même machine à tuer ainsi que les milliers de Hutu innocents
victimes des massacres encore non qualifiés de l’ex-rébellion du FPR ;
Si revenir sur les massacres perpétrés
contre les réfugiés rwandais dont des femmes et des enfants en ex-Zaïre, Hutu
dans leur majorité, et exiger que justice soit rendue ;
Si estimer que dans la tragédie
rwandaise et régionale les responsabilités sont largement partagées ;
Si refuser de céder au simplisme
criminel qui tente cyniquement d’enfermer le peuple rwandais en deux camps
absolument inconciliables à savoir celui des méchants(Hutu) et celui des
bons(Tutsi) ;
Si rejeter fermement ce schéma grotesque
qui voudrait que seuls les Hutu qui acceptent de faire allégeance au FPR
obtiennent la grâce d’être blanchis quand ceux qui rompent avec lui ou qui
refusent d’y adhérer sont automatiquement assimilés aux
« interahamwe » et aux « génocidaires » ;
Si considérer que le Général Major Paul Kagame est un autocrate dangereux et soupçonné de pires crimes de guerre ;
Si contester un ordre établi car injuste
et inique ;
Si sans distinction, tous ceux et celles
qui osent bousculer ces schémas convenus doivent être inculpés de négationnisme
ou de révisionnisme du génocide de 1994, alors je devrais l’être et
j’assumerai.
Monsieur le Ministre,
j’assume totalement mon geste que je dédie à la mémoire de tous les innocents,
de quelque bord qu’ils soient qui, sans haine ni rancune, ont péri injustement
de la folie meurtrière de leurs semblables. Une folie encouragée et encadrée
par un Etat indigne de ce nom, et par des belligérants qui tous, dans leurs
choix politiques, tactiques et stratégiques, auront dramatiquement dépassé les
bornes. Une folie face à laquelle, lâche et démissionnaire, cette même
Communauté internationale semble aujourd’hui chercher à imposer aux Rwandais la
dictature des vainqueurs, feignant d’ignorer qu’aucun armistice crédible ne fut
signé dans la guerre du Rwanda ».
Monsieur le Ministre, au moment où la communauté internationale
en général et les rwandais en particulier sont plus que jamais déterminés à ce
que la Lumière et la Vérité sur cette horrible tragédie du siècle soient
portées au grand jour, il est malheureux de voir que vous vous acharnez par
tous les moyens à vouloir camoufler la vérité.
Monsieur le Ministre, le lègue que vous devriez laisser au
peuple rwandais n’est pas ces lois qui veulent imposer votre histoire sur le
Rwanda mais plutôt l’honnêteté, la recherche de la vérité et la justice
équitable et impartiale afin de faire la Lumière sur l’Histoire du Rwanda.
C’est à notre sens, la condition sine qua none pour la réconciliation du peuple
rwandais avec soi-même d’une part et avec la communauté internationale d’autre
part en vue de l’épanouissement et le développement de ce peuple si longtemps
meurtri par ses propres dirigeants sous le regard admirateur de la communauté
internationale.
Ces pratiques sentent l'apartheid, la ségrégation et le
racisme sont de mauvais augure par rapport à la nécessaire mémoire nationale,
au lieu de mémoires fragmentées visiblement séparatistes.
Que Dieu nous garde de tous ces écarts inutiles.
Pour
le COSAR asbl
Albert
RUKERANTARE
Le Président
Copie pour information :