Une justice équitable et pour tous

Position de la Jeunesse Rwandaise réunie au sein du COSAR sur la Justice


Collectif du Six Avril Rwanda (COSAR)
Bruxelles
13.03.02

Depuis qu'il a attaqué le Rwanda en octobre 1990, le FPR s'est rendu coupable de crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et de graves violations des droits de l'Homme qui n'ont jamais fait l'objet de poursuites judiciaires. Malgré les cris de plusieurs organisations internationales, de plusieurs ONG, associations humanitaires ou organisations politiques, la réalité rwandaise a été présentée sur une seule facette, les crimes commis par le FPR ont été complètement occultés, minimisés ou volontairement ignorés. Une certaine opinion considère même que dénoncer ces crimes c'est faire preuve de révisionnisme et de négationnisme ; bâillonnant ainsi les voies qui s'élèvent pour dénoncer ces crimes. C'est là une attitude de chantage à laquelle le COSAR refuse de se soumettre.

La jeunesse de la diaspora rwandaise en Belgique réunie au sein du Collectif du Six Avril Rwanda (COSAR) mène un combat, depuis maintenant deux ans, pour réclamer la lumière sur le drame qui endeuille le Rwanda depuis la guerre menée par le FPR en octobre 1990 avec le soutien de l'Uganda. Le COSAR reste fort préoccupé par l'attentat terroriste du 06 avril 1994 contre l'avion du président rwandais qui a coûté la vie aux Chefs d'État Rwandais et Burundais, de leurs délégations et de l'équipage de l'avion présidentiel. Nous restons convaincu que c'est cet acte terroriste qui a plongé le pays dans un carnage infernal et que sans cet attentat le Rwanda n'aurait jamais sombré dans le drame. Ainsi, le COSAR ne cesse-t-il de réclamer qu'une enquête internationale indépendante et impartiale soit faite sur cet attentat.

La jeunesse rwandaise réunie au sein du COSAR pense que toute victime nécessite un suivi tant moral, psychologique que juridique. C'est à ce titre qu'il a organisé une série de manifestations à Bruxelles et déposé des plaintes contre le général Paul KAGAME et son régime. Elles ont été déposées auprès du juge d'instruction près du Tribunal de Première Instance de Bruxelles en vertu de la loi belge de 1993 qui permet en principe aux tribunaux belges de juger les auteurs de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité, quel que soit le lieu où ils ont été commis et les nationalités et lieux de résidence des victimes et des accusés. Ces plaintes concernent le Général Paul Kagame, les responsables politiques, des chefs militaires, les officiers et soldats, accusés de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre, de viols, de mauvais traitements et d'actes de génocide. Le COSAR est confiant en la justice belge et ne doute pas qu'elle pourra instruire les dossiers jusqu'au bout.

Pour le C0SAR la poursuite et la traduction des criminels de tous bords devant les tribunaux permettraient à tous les parents et les proches des victimes de faire le deuil et d'honorer la mémoire des leurs. Il est impérieux que toutes les personnes traumatisées par des événements sanglants qui ont endeuillé le Rwanda, hutu, tutsi et twa, bénéficient d'un même traitement et puissent enterrer les leurs dans la dignité. De même, la justice devrait s'exercer de la même façon pour tous : Un criminel tutsi doit être jugé tout comme un criminel hutu ou twa, un responsable politique ou militaire hutu sur lequel pèse de graves soupçons de crimes doit être jugé comme tout un responsable politique et militaire tutsi sur qui pèsent de graves soupçons de crimes.

Le COSAR constate actuellement que malgré plusieurs témoignages fournis par un nombre important de personnes crédibles de toutes nationalités, d'organisations de défense des Droits de l'Homme qui convergent sur la responsabilité et la culpabilité du FPR, le Général Kagame ou plusieurs personnalités politiques et militaires qui ont commis des crimes graves ne sont nullement inquiétés par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda et encore moins par les tribunaux nationaux qui ont compétence universelle.

Le TPIR en tant qu'institution juridique de l'ONU doit marquer son indépendance vis à vis du FPR et de ses dirigeants, accomplir objectivement son mandat en toute équité car seule une justice impartiale, indépendante, pour tous, dépourvue de toute manipulation pourra permettre au peuple rwandais de se réconcilier et de retrouver la paix. En effet, la justice équitable, la justice pour tous est pour nous la seule voie qui va permettre au peuple rwandais de se réconcilier, de ramener la coexistence pacifique entre rwandais, de rétablir l'image du « munyarwanda » jusqu'à présent terni par la situation chaotique qui prévaut dans notre sous-région en général et au Rwanda en particulier depuis 1990 et de ramener la paix dans toute la sous-région.

En cette date du 06 avril 2002, jour du deuxième l'anniversaire de la création du COSAR, une manifestation est organisée à Bruxelles pour condamner le terrorisme international, le terrorisme d'État en Afrique Centrale. Les attentats du 11 septembre à New York ont provoqué de vives émotions justifiées et de réactions vigoureuses, les mêmes réactions ne devraient-elles pas être exprimées devant les nombreux morts du Rwanda, du Burundi et du Congo victimes de la barbarie et de la soif du pouvoir ? Ne devrions nous pas condamner et réagir vigoureusement contre les dirigeants tel le Général Paul Kagame qui sème la mort et la désolation non seulement dans son propre pays mais également dans les pays voisins comme en République Démocratique Populaire du Congo où plus de 3.5 millions de personnes sont mortes suite à cette guerre ? Pouvons nous continuer à nous taire devant les viols de fillettes et de femmes, devant l'enrôlement d'enfants dans l'armée de Kagame et devant la destruction massive, systématique et délibérée des populations de l'Afrique Centrale ?

C'est pourquoi, le COSAR vous invite à se joindre à cette manifestation dont l'objectif est également de demander à l'Union Européenne de condamner le Terrorisme du FPR, de son Gouvernement conduit par le général Kagame et de son armée ainsi que la guerre qu'il mène en République Démocratique du Congo. Nous croyons à un combat pour la justice, pour le respect d'autrui, à la dignité humaine et nous souhaitons l'exprimer avec vous au cours de cette commémoration du 6 avril.

 

Albert RUKERANTARE

Président du COSAR