SOS - REFUGIES RWANDAIS EN CENTRAFRIQUE
INTRODUCTION
Ils sont environ 300 personnes et leur cas alimente depuis quelques temps la polémique dans les milieux humanitaires et cercles diplomatiques à Bangui, lesquels n'arrivent pourtant pas à y trouver une solution satisfaisante;
Ils se voient actuellement bouc-émissaire et victimes d'une conjoncture structurelle locale aux contours socio-politiques inextricables;
Ils subissent (à l'indifférence ou indécision de la Communauté Internationale pourtant alertée du danger) les affres d'une crise qui ne fait que trop durer et dont, ni de près ni de loin, ils ne peuvent être ni responsables ni acteurs.
"Ils", ce sont les Réfugiés Rwandais en Centrafrique qui, dès le déclenchement des événements liés à la tentative du putsch manqué dans ce pays, le 28 Mai 2001, se sont vite retrouvés dans le collimateur des autorités et de la population d’une certaine sensibilité ...
Voici alors pour en savoir plus sur la situation, les conditions de séjour mouvementé en RCA afin de donner des outils de réflexion et formuler quelques recommandations à l'endroit des bonnes volontés qui voudraient intervenir.
MISE AU POINT SUR LES CONDITIONS D'ARRIVEE
DES REFUGIES RWANDAIS EN CENTRAFRIQUE.
Ces réfugiés sont arrivés en Centrafrique en fuyant une crise issue de la guerre et la répression ethnique que connaît le Rwanda...
Cette crise rwandaise qui vient d'affecter l'Afrique Centrale dans son intégralité, a débuté avec la guerre que, en Octobre 1990, une rébellion tutsi mena contre le Rwanda à partir et par le soutien de l'Uganda. Cette crise a trouvé son paroxysme en 1994 lorsque, la rébellion, opérant sous la bannière du FPR, sur fond de 4 ans d'hostilités et au mépris des Accords d'Arusha avait abattu l'avion qui transportait les Présidents Rwandais et Burundais de retour d'une réunion de paix...
Cet attentat, œuvre du FPR qui règne actuellement en maître absolu sur le Rwanda, a déclenché la colère populaire qui s'est tout de suite transformée en guerre civile - ethnique teintée de massacres de très grande envergure. Le bilan de cette tragédie qui mit à jour une nouvelle nation tant blessée que profondément brisée, est estimé à environ 500 mille morts, s'avère d’ailleurs plus important si l'on prend en compte les génocides et contre-génocides enregistrés depuis ces 7 dernières années.
L'avancée du FPR qui, en passant d'abord par la prise du pouvoir à Kigali en 1994 et sous ses différentes facettes, vient de se rendre maître incontesté d'une bonne partie d'Afrique Centrale, a jeté sur la route d'exil beaucoup de millions personnes (qui ont déferlé dans différents pays d'Afrique) dont un bon nombre ont dû de grès ou de force regagner le Rwanda et cherchent toujours à échapper les affres de la haine et de la répression qui sont monnaie courante dans ce pays meurtri.
La République Centrafricaine est l'un des pays d'Afrique Centrale ayant accueilli sur leurs sols des réfugiés rwandais.
ARRIVEE DES REFUGIES RWANDAIS SUR LE SOL CENTRAFRICAIN
Les réfugiés rwandais ont foulé le sol centrafricain par vagues successives. Déjà en 1994 quelques dizaines de familles débarquaient à Bangui pour être rejointes, au courant du premier semestre 1995, par plusieurs vagues de jeunes (en quête d'opportunité de poursuivre leurs études pour la plupart ...).
Ils étaient 500 environs jusqu'en 1997 avant que les rescapés des horribles et ignominieux massacres commis l'alliance FPR-AFDL ne pussent gagner les rives de l'Oubangui. Ils allaient obtenir l'autorisation de traverser après de rudes et longues négociations entre le HCR et les officiels de Bangui qui ne souhaitaient pas recevoir davantage de réfugiés sur son sol. Après des promesses de la part du HCR que ces réfugiés rwandais n'allaient pas durer à l'intérieur des frontières centrafricaines, les autorités ont consenti à ce que ces gens soient temporairement installés dans un camp de fortune, à Bouca, au Nord du pays - Frontières avec le Tchad-.
Ces quelques 1500 personnes s'ajoutaient à leur compatriotes -réfugiés urbains ( ~ 500 ) et leur présence ne cessait "d'occasionner un certain gêne" aux autorités de Bangui qui croyaient toutefois à la parole du HCR selon laquelle ces gens étaient de passage... (...)
SEJOUR SEME DE PERIPETIES ...
Quelques accrocs sérieux auront émaillé le séjour des rwandais qui, compte tenu du nombre important des réfugiés (de diverses nationalités) déjà installés de longues dates et que le Gouvernement et ses partenaires sont appelés à "gérer", n'ont pas mené une vie facile ou du moins n'ont pas bénéficié de toutes les conditions traditionelles d'accueil et de séjour réservées aux réfugiés sous d'autres cieux...
UN MOT DE FIN
Au moment où j'écris ces lignes, il reste seulement environs 280 réfugiés rwandais en Centrafrique.
Les personnes physiques ou morales de bonne volonté qui lisent cette réflexion peuvent proposer d'autres voies de solution salutaire à ce problème.
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ANNEXE I:
La Communauté des Réfugiés Rwandais Bangui, le 11 Juin 2001
en République Centrafricaine
C/O CNR - Bangui
RCA
A Monsieur le Représentant Délégué du
Haut Commissariat des Nations Unies
pour les Réfugiés
à Bangui
Objet: Transmission d'un mémorandum
Monsieur le Représentant Délégué,
Nous avons l'honneur de vous transmettre un mémorandum sur la situation précaire des réfugiés rwandais suite aux récents événements de Bangui.
Nous vous prions de bien le recevoir et nous espérons que vous lui accorderez l'attention qu'il mérite.
Veuillez agréer, Monsieur le Représentant Délégué , l'expression de notre considération très distinguée.
Pour la Communauté des Réfugiés Rwandais
M. André KANYARUTOKI Mme Césarie MUKANKUSI
M. Joseph RUZAGILIZA M. Florent KURADUSENGE
M. Cyprien MUGABANGABO M. Olivier NYIRUBUGARA
Copie pour information:
- Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés
à Genève ( à l'attention de la Division Internationale de Protection)
- Monsieur le Ministre de l'Intérieur , Président de la CNR
Bangui
- Madame Chargé de Protection au HCR
Bangui
- Monsieur le Secrétaire Général de la CNR
Bangui
MEMORANDUM SUR LA SITUATION DES REFUGIES RWANDAIS
SUITE AUX EVENEMENTS DU 28/ 05/2001.
Nous, Réfugiés Rwandais ici en République Centrafricaine, avons l'honneur de soumettre à la bienveillante attention du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) ce mémorandum sur notre situation précaire actuelle causée par les récents événements ayant perturbé le pays, et de demander à cette haute instance de prendre les mesures nécessaires qui s'imposent.
Nous restons profondément reconnaissants envers le Gouvernement et le peuple centrafricains pour la générosité et l'hospitalité qu'ils n'ont cessé de nous manifester; jusqu'à présent on a vécu ensemble en bonne intelligence et on s'est rendu de mutuels services dans les divers secteurs du développement de la nation.
Nous voudrions remercier aussi le HCR et les autres Organismes (nationaux et internationaux) qui, depuis notre arrivée sur le sol centrafricain en 1994, ont appuyé le Gouvernement en nous apportant assistance et secours jusqu'aujourd'hui.
C'est pour cela que, dans ces moments délicats, nous prions le HCR d'être notre fidèle porte-parole auprès des autorités surtout quant à notre position: les Réfugiés Rwandais ont condamné et condamnent encore avec la dernière énergie tout acte de violence visant à compromettre l'intégrité de ce Pays d'accueil et de ses Institutions ou à troubler la paix civile de la population centrafricaine.
Le présent mémorandum se veut le plus bref possible et s'articule sur deux volets: le premier relate la situation telle qu'elle a été vécue par les réfugiés rwandais pendant cette période de crise; le second propose une solution à notre problème.
NOTRE SITUATION
Comme tout le monde ici à Bangui, nous avons vécu avec stupeur et consternation les événements qui se sont déclenchés dans la nuit du 27 au 28 Mai liés à la tentative de Coup d'Etat. Dans la suite, une information propagée par certaines radios a fait état de la présence d'éléments rwandais aux côtés des rebelles.
Ceci a provoqué un mouvement d'antipathie et de violence envers les Réfugiés Rwandais pourtant installés en RCA depuis longtemps (depuis 1994). C'est ainsi que notre communauté déplore déjà la mort de 8 personnes à savoir:
1. Mme Césarie UWIMANA 2. Mme Césarie NSENGIYUMVA
3. Mr Abdu NIWAGABA 4. Mr Eric HABIMANA
5. Mr Jean Baptiste MUREKEZI 6. Mr JMV UZABAKILIHO
7. Mr Timothée NSANGIYUMVA 8. Mr Aphrodice MUHUTU
A part ces décès, nous enregistrons plusieurs d'entre nous qui sont portés disparus. Nous déplorons également des scènes de menaces, violence et pillages perpétrés contre les Réfugiés de Rwandais dans tous les quartiers de Bangui: plusieurs petits commerces ont été systématiquement mis à sac notamment à Ben-zvi chez Florent KURADUSENGE et Gérard HABYARIMANA, à Ngbengewe chez Gaspard MPANUWANGA, à SICA III chez Athanase MUTABAZi, à Gbakonja chez Augustin BENIMANA pour ne citer que ceux-là et sans oublier Ouango où tout le monde a été dévalisé.
Ceci peut montrer comment notre petite communauté qui comptait environ 350 individus dont 110 enfants (moins de 14 ans), 90 lycéens et 30 étudiants (universitaires) a été ebranlée par ces tristes événements, par des informations confuses ayant mis dans le même panier mercenaires et Réfugiés Rwandais en RCA.
Nous savons très bien que la République Centrafricaine est un Etat de Droit et nous nous réjouissons du fait que le Chef de l'Etat vient de mettre en place une Commission d'Enquête Judiciaire Indépendante en vue de faire la lumière sur la tentative de Coup d'Etat du 28 mai, sur ses auteurs et leurs complices.
Nous sommes également respectueux des obligations, lois et règlements de tout réfugié à l'égard du Pays d'accueil comme le stipule la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au Statut des Réfugiés qui stipule ( art. 2):
"Tout réfugié a, à l'égard du pays où il se trouve, des devoirs qui comportent notamment l'obligation de se conformer aux lois et règlements ainsi qu'aux mesures prises pour le maintien de l'ordre public". Nous faisons confiance en la clairvoyance de ladite Commission. Nous espérons qu'elle fera la lumière sur la responsabilité de tous ceux qui ont trempé dans ces événements pour qu’ils répondent de leurs actes.
PROPOSITION DE SOLUTION
La surprenante information de la présence d'éléments rwandais aux côtés des auteurs de la tentative de putsch du 28 Mai a été diffusée par les médias préjudiciant profondément les réfugiés rwandais en RCA vivant depuis longtemps en symbiose avec le peuple frère centrafricain devrait être relayée par une autre, expliquant que ces réfugiés ont fui le désordre et les tueries provoqués par d'autres rwandais qui veulent continuer à semer le désordre un peu partout.
Nous demandons au HCR d'intervenir dans ce sens et dans l'immédiat auprès des autorités pour qu'elles fassent tout pour calmer les esprits et préserver ainsi la sécurité des innocents réfugiés.
La plupart des réfugiés vivaient de leurs petits commerces qui ont été saccagés.
Le HCR devrait envisager une assistance d'urgence pour secourir ces réfugiés afin de les aider à survivre et à se relancer. Il devrait rassurer beaucoup d'entre eux qui vivent pour le moment cachés.
Les événements malheureux qui viennent de secouer ce pays ont créé une situation de tension entre la population centrafricaine et les réfugiés rwandais, ce qui a provoqué une insécurité chez ces derniers.
Or d'après la Convention sus-mentionnée, en pareil cas, "toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays". [Voir Déclaration sur l'Asile Territoriale, Résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies N° 2312 (XXII) citant l'article 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, p. 66 du livre précité].
C'est pourquoi les réfugiés Rwandais ici en RCA demandent au HCR de prendre ses responsabilités en vue de les protéger. Et comme tout autre remous social peut entraîner d'autres victimes innocentes, nous demandons avec insistance au HCR de trouver une autre terre d'asile pour les réfugiés rwandais .
Compte tenu des dispositions légales des Conventions Internationales sur les réfugiés, nous espérons que cette solution est légitime.
Fait à Bangui , le 11 Juin 2001
Pour la Communauté des Réfugiés Rwandais
M. André KANYARUTOKI Mme Césarie MUKANKUSI
M. Joseph RUZAGILIZA M. Florent KURADUSENGE
M. Cyprien MUGABANGABO M. Olivier NYIRUBUGARA
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Note de l'auteur
: Ajoutez à cette liste des morts, M. BAZAMBANZA Christophe qui venait de terminer sa Maîtrise en Sciences Economiques; il a été battu par les militaires jusqu'à expirer devant un témoin (un européen qui l’employait comme sentinelle) et son corps n’a jamais été retrouvé.__________________________________________________________________
ANNEXE II
AVIS DES REFUGIES RWANDAIS CONCERNANT
LEUR RAPATRIEMENT VOLONTAIRE
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*a l'intention de la cnr et du hcr / bangui*
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La communauté rwandaise réfugiée en République Centrafricaine exprime sa profonde gratitude au Gouvernement et au peuple centrafricains pour leur généreuse hospitalité.
Elle remercie également le HCR qui ne ménage aucun effort pour non seulement améliorer les conditions de vie des réfugiés rwandais en RCA mais aussi les tenir constamment informés de tout ce qui les concerne.
Suite à l'entretien que les représentants des réfugiés rwandais ont eu avec la CNR et le HCR en date du 9 Août 2001 ayant pour objet: "Le rapatriement volontaire des réfugiés rwandais", tel que demandé dans la Lettre du Ministre Rwandais des Affaires Etrangères adressée à son Homologue Centrafricain en date du 12 Juin 2001, les réfugiés rwandais font remarquer ce qui suit:
I. Concernant le rapatriement volontaire
Selon les principes relatifs au traitement des réfugiés adoptés par le Comité Juridique Consultatif Afrique / Asie en 1966 à Bangkok ( Article IV): " un réfugié a le droit de rentrer, s'il le veut, dans le territoire de l'Etat dont il a la nationalité ou dans le pays de sa nationalité et dans ce cas ledit Etat ou pays a l'obligation de le recevoir". Il convient de rappeler qu'aux termes de l'article V de la Convention de l'OUA régissant des aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique du 10 Septembre 1969, "Le caractère essentiellement volontaire du rapatriement doit être respecté dans tous les cas et aucun réfugié ne peut être rapatrié contre son gré".
Les réfugiés rwandais en RCA consentent aux principes en question et restent unanimes sur le fait que l'initiative est individuelle.
II. Concernant la lettre du Ministre Rwandais des Affaires Etrangères
et de la Coopération Régionale
Le Ministre Rwandais demande au Gouvernement Centrafricain de procéder au rapatriement volontaire des réfugiés rwandais car, dit-il: la paix, la sécurité et la démocratie règnent au Rwanda.
1°/ Paix et Sécurité
2°/ Démocratie
On ne peut pas parler de démocratie dans un pays où:
En définitive, les réfugiés rwandais en RCA soutiennent le principe de rapatriement volontaire et encouragent tous ceux qui le veulent à se faire inscrire à la Commission Nationale pour les Réfugiés (CNR).
Par ailleurs , ils souhaitent aussi que ceux qui ne veulent pas rentrer dans leur pays pour des raisons évoquées ci-haut continuent à jouir de la protection et de l'assistance du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et de la Commission Nationale pour les Réfugiés (CNR).
Pour la Communauté
Les signataires
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Par Antonio dos Santos