Communiqué de presse


Congrès Démocratique Africain (CDA)
Bruxelles
10.03.99


Le Congrès Démocratique Africain (CDA) a appris avec indignation l'assassinat, le 1er mars 99, de douze personnes dans le parc de Bwindi en Ouganda par un groupe de rebelles. Les victimes comprennent huit touristes dont deux américains, quatre britanniques et deux néo-zélandais qui étaient venus voir les gorilles de montagne. Le CDA condamne avec force le meurtre de ces innocents et éprouve une profonde sympathie envers les parents des victimes et envers les pays dont ils sont ressortissants.

Selon la presse dominante, les rebelles en question seraient des Rwandais. Les circonstances qui entourent l'assassinat de ces touristes n'ont pas été élucidées. Cependant, la succession d'informations diffusées à la suite de ce forfait suscite des interrogations. Dans un premier temps, le Foreign Office britannique qui citait les sources proches de l'armée ougandaise a annoncé que les touristes sont morts pendant les opérations de l'armée ougandaise qui tentait d'intercepter les ravisseurs. Le lendemain, la même source a rapporté qu'ils ont été "massacrés à la machette" avant l'intervention de l'armée ougandaise.

La première version a pour conséquence que l'armée ougandaise aurait été rendue responsable de la mort des touristes du fait de son incapacité à assurer la sécurité du campement alors que cette zone est située pratiquement en zone de combat puisque Bwindi se trouve à 5 km de la frontière avec le Congo. Quant à la deuxième version, elle rappelle étrangement celle des "rebelles rwandais" telle que présentée par la propagande de l'armée rwadaise APR. Cette méthode dite des rebelles consiste à séparer les victimes en deux (hutu et tutsi, ici anglophones et francophones) puis à tuer les uns (les tutsi, ici les anglophones) et à laisser partir les autres (les hutu, ici les francophones). Il s'est avéré pourtant plus tard, grâce aux enquêtes des organisations des droits de l'homme au Rwanda, notamment dans la tuerie de Nyange et de Shyorongi, que c'était l'armée officielle (APR) qui avait perpétré ces crimes.

Le témoin présenté à la télévision a affirmé que ces gens étaient bien organisés, qu'ils étaient tous en tenues militaires et lourdement armés mais qu'ils ont utilisé des machettes. Cette version de la présentation des faits viserait à réveiller le réflexe de répulsion des démons du génocide et de réactiver la sympathie de la communauté internationale en faveur du régime totalitaire rwandais dont l'étoile pâlit lentement mais sûrement à cause de sa lourde responsabilité politique, à l'instar de l'ancien régime, dans la tragédie rwandaise, particulièrement le massacre des populations civiles à l'intérieur du pays et le génocide des réfugiés hutu dans l'ex-Zaïre en 1996. La confirmation d'une dictature aux allures fascistes et l'extravagante corruption contribuent aussi à ternir son image.

Le Congrès Démocratique Africain s'inquiète, par ailleurs, de la propagande médiatique orchestrée par une certaine presse qui, en l'absence de toute investigation objective, profite de la situation pour préparer les opinions publiques américaine et britannique à une intervention militaire plus directe dans les conflits de la région des Grands Lacs.

Le CDA rappelle que pour le régime du FPR en place à Kigali, le terme d'Interahamwe est subtilement utilisé pour évoquer tous les rwandais d'ethnie hutu invariablement qu'ils soient de paisibles citoyens ou de véritables génocidaires. Cette manipulation du terme, fort inquiétante et dangereuse pour l'ensemble des populations d'ethnie hutu, vise à légitimer un pouvoir dictatorial dominé par une minorité d'extrémistes tutsi au Rwanda.

Le CDA en appelle donc à la sagesse des gouvernements concernés afin qu'ils fassent preuve de discernement et qu'ils exigent une enquête objective afin que les criminels soient arrêtés, régulièrement jugés et punis. Signer un chèque blanc à Kagame et à Museveni pourrait étouffer la vérité sur ces crimes tout en condamnant les quelques réfugiés hutu encore présents en RDC .

Les régimes rwandais et ougandais sont engagés dans une guerre totale contre la RDC et ses alliés. Et comme la guerre médiatique et psychologique est une composante très importante de leur stratégie, il serait dangereux de se fonder sur les informations fournies par une certaine presse car la manipulation de l'opinion fait partie de leurs moyens traditionnels de lutte.

Le CDA saisit cette occasion pour rappeler à la communauté internationale que le conflit rwando-rwandais a été mal géré et que tant qu'une solution optimale n'est pas trouvée le Rwanda et les rwandais constitueront une source d'insécurité permanente dans la région des Grands Lacs. En 1994, il a culminé en un génocide et des crimes contre l'humanité dont toutes les facettes et les responsabilités n'ont pas encore été éclaircies. La communauté internationale avait pensé qu'en soutenant l'accès au pouvoir de la rébellion victorieuse du Front Patriotique Rwandais (FPR), désignée faussement comme représentant le côté des bons et des victimes, en écartant les autres, identifiés, d'une manière globalisante, aux mauvais et aux bourreaux, la paix serait retrouvée au Rwanda.

Le CDA rappelle que la solution aux conflits qui ravagent la région des Grands Lacs réside dans l'instauration d'un véritable processus de démocratisation dans les différents pays concernés, leur démilitarisation ainsi qu'une politique concertée de coopération régionale et d'intégration africaine. A cet effet, le CDA demande le retrait inconditionnel des troupes rwandaises et ougandaises de la République Démocratique du Congo comme préalable à tout effort de pacification de la région.

Pour le Congrès Démocratique Africain,
NKULIYINGOMA Jean Baptiste
Chargé de l'Information