Lettre ouverte à Monsieur le Président du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), à Goma: Les suites de Sun City


Idesbald BYABUZE Katabaruka
Chef de Travaux à la Faculté de Droit de l'Université Catholique de Bukavu
BB.P: 285 Bukavu, RD Congo
02.05.02


N/Réf.: Doc. 13.I.dé.B.K.

S/c Gouverneur de Province du Sud- Kivu, à Bukavu

C.C.:
- Président de la République,
- Président du MLC ; à Kinshasa

Monsieur le Président,

Une semaine après la fin de ce que vous qualifiez de premier round, nous avons l'honneur de vous livrer nos modestes réflexions sur les suites de Sun-City dont l'issue conditionne l'avenir de notre cher pays.

L'heure est grave, les avis sont partagés et les nombreux événements de cette dernière semaine ne peuvent qu'énerver et choquer les esprits des Congolais, aussi nous prions-vous d'entrée de jeu d'accepter avec flegme nos critiques même acerbes quant à vos prises de position dans la situation du moment. Nous allons nous exprimer sur la fin des travaux de Sun-City et leurs restitutions à la population, la création de l'Alliance pour la sauvegarde des négociations de Sun-City avant d'en tirer les conséquences.

1. La fin des travaux de Sun-City.

Mes frères Congolais ont depuis longtemps la réputation de ne jamais être pressés par le temps et nul n'ignore l'élasticité de l' heure congolaise. Il avait fallu une année d'empoignades à la CNS et aujourd'hui 53 jours de réunion au Dialogue d'Afrique du sud et c'est loin d'être fini. Le monde entier s'étonne que vous preniez tout votre temps alors que notre pays fait penser à un malade en coma avancé dont l'état devrait préoccuper le médecin. Nous avons tous cru que des solutions urgentes seraient trouvées par votre assemblée mais l'évidence est bien là: ce que vous n'avez pu faire en 45 jours, vous ne pouviez le faire en 53 et ne pourrez le faire en 1000 jours, nouvelle preuve que l'intérêt du Congo et des Congolais n'est pas votre affaire, seuls comptent pour vous la satisfaction de vos égoïsmes et le plaisir sadique de vos maîtres à penser, parrains et alliés. Ils sont directeurs de vos actes ignobles et inspirent les réflexes ou les instincts qui ont remplacé vos consciences à tout jamais détruites.

Ayant constaté que 45 jours ne suffisaient pas aux amusements des Congolais, les autorités sud-africaines exaspérées d'avoir dépensé des millions pour accueillir et abriter des irresponsables, des jouisseurs et des inciviques vous ont contraint à libérer sans ménagements la terre de leurs enfants et à retourner à votre Congo de désordres où l'on peut laisser entrer n'importe qui, n'importe comment et l'y laisser faire sa loi pour le plus grand malheur des Congolais.

Nous n'étions pas surpris d'apprendre que les travaux de Sun-City étaient clôturés sur un échec, situation depuis longtemps prévisible mais quels se poursuivraient à l'infini, aucun délai n'ayant été annoncé cette fois. Pour distraire ce peuple à qui vous avez pris l'habitude de faire croire n'importe quoi, cinq membres certainement les plus diaboliquement géniaux de chaque groupe devraient rester en Afrique du Sud et y élire domicile pour des négociations désormais permanentes. Nous étions plutôt heureux que les événements nous aient donné raison: le nombre était très élevé pour que quelque chose de bon put sortir de cette rencontre. Voilà pourquoi les applaudisseurs, les aventuriers, les promeneurs, les guignols, les vagabonds et autres politiciens improvisés dont la présence était jugée inutile, budgétivore ou encombrante ont été priés de quitter les lieux alors que pouvaient rester les plus rusés-véritables commis de vos parrains et alliés capables de préparer le coup de grâce devant achever le Congo déjà moribond.

Sans gêne, le RCD a demandé à notre population de réserver un accueil chaleureux à ses hommes qui revenaient au pays. Hormis des agents de l'Administration publique obligés au déplacement et des cadres de base du RCD très affamés et assoiffés qu'on vu à l'oeuvre devant les tables pleines du palais du Gouverneur, la population de Bukavu en général a salué vos hommes par son actuel cri moqueur de "Haya ile" qu'il faut traduire par "c'est la honte qui vous fait faire tout ce tralala". Vos hommes avaient un profil bas et des voix tremblantes en revenant tant ils étaient sûrs du châtiment que le peuple leur réservait. "Chassez le naturel, il revient au galop" dit le proverbe. En l'absence d'une réaction populaire, l'assurance et l'insolence sont vite revenues dans leurs bouches à travers vos séances de restitution. Nous nous demandons à quoi servent ces restitutions sur restitutions faites à une population qui n'a jamais rien représenté pour vous et non engagée dans votre sale guerre.

La première restitution a eu lieu près de dix jours avant la fin des travaux. Cette manouvre n'étonnant personne: vous prépariez déjà l'opinion publique à accepter et à comprendre l'échec de votre dialogue.

Les restitutions actuelles dans toutes les directions étonnent plus encore. D'une part, elles sont faites par des cadres du RCD certes mais qui n'ont jamais mis pied à Sun-City, preuve que leurs discours sont inspirés d'ailleurs. D'autre part, elles sont faites par des muets pendant les travaux et dont la RTNC nous avait rapporté les allées et venues joyeuses dans les rues de Sun-City exactement comme dans leurs déplacements d'un territoire à l'autre des provinces qu'ils administrent. Pendant ces restitutions, de vos propres bouches et non sans prétention, nous avons appris que le RCD était le seul groupe à avoir prépare des documents de travail concernant tous les sujets à traiter. Vous affirmez même que les 37 résolutions adoptées ont été plus l'oeuvre de votre mouvement. Vous vous vantez d'avoir offert à la Médiation du Dialogue et au monde entier la preuve de la grandeur de votre rébellion. Vous dites enfin avoir été les seuls à rechercher la paix pour le Congo alors que Kinshasa et les autres n'étaient que des troublions.

Les nombreuses conférences-débat des uns et des autres, les commentaires des radios étrangères et vos points de vue actuels nous font croire le contraire:

- Comment expliquer que vous aidiez efficacement à élaborer toutes ces résolutions et que vous vous refusiez par la suite à signer ce que vous avez vous-même conçu et décidé. Voilà des positions paradoxales ou des contradictions flagrantes de votre part.

- La Présidence de la République et le contrôle de la Défense nationale vous ont échappé. Sont-ce là vos raisons pour ne pas accepter de signer pour la paix? Il nous semble que vous cachiez des objectifs à concrétiser seulement si vous êtes sûrs de diriger le pays.

- Y a-t-il du mal à ce que d'autres groupes intéressés par la guerre s'accordent pour la réunification du territoire national? Il est connu que vous êtes tous partis en Afrique du sud pour cette fin et qu'il fallait pour cela que vous dépassiez vos intérêts pour l'intérêt supérieur de la nation.

- Pourquoi avoir accepté la négociation pendant que vous affirmez avoir vos positions arrêtées depuis longtemps et qui ne souffriront pas de changement? Nous pensons plutôt que les parties à toute négociation placent la barre très haut au début et la font baisser au fur et mesure du progrès des discussions. La politique est après tout l'art de se faire des concessions.

Les attitudes adoptées et les discours tenus pendant ces restitutions nous font réfléchir

Au-delà des rires moqueurs, des sourires dédaigneux et des gestes menaçants applaudis malheureusement par certains Congolais inconscients, les mots humiliants ne manquent pas à vos hommes pour frustrer de plus belle les pauvres Congolais: l'un nous traite d'aveugles, l'autre met en garde qui que ce soit osera critiquer la décision du RCD de brouiller les négociations. Le discours commun demeure que le mariage KABILA-BEMBA est illégal et sans lendemain. Devons-nous comprendre que le RCD aurait souhaité la naissance d'autres mouvements rebelles à partir de l'Afrique du sud pour parachever l'émiettement du Congo? Tous ceux qui se sentaient l'âme de Congolais et conscients que la réunion de Sun-City ne devait être que l'affaire des seuls Congolais se sont vite engagés à signer. La palme de l'abstention est revenue à vous autres du RCD prouvant une fois de plus votre manque de liberté ainsi que votre inféodation à vos patrons connus de tous que vous appelez sans respect vos alliés. Pendant les conférences de presse à Sun-City, vous juriez par tous les noms ne pas recevoir d'ordres de l'extérieur quant à vos discours, faits et gestes. Aujourd'hui, vos "alliés" vous mettent à nu en déclarant ne pas être encore satisfaits, d'où le blocage qu'ils vous ont forcé à provoquer. Si vous condamnez les accords entre Kinshasa et le MLC que vous comparez à un mariage (monogamique!), que devons-nous penser de cette promiscuité à cinq partenaires que vous venez de créer? Après votre lune de miel très sucrée avec le MLC, votre nouvelle prostitution avec des infidèles qui vous ressemblent vient d'accoucher d'un monstre à cinq têtes condamné à mort faute de viabilité mais que vous avez néanmoins baptisé orgueilleusement.

2. L'Alliance pour la sauvegarde du Dialogue intercongolais de Sun-City

1996: d'un certain "Protocole d'accords de Lemera" naquit l'AFDL, mouvement rebelle ou plate-forme regroupant quatre partis politiques non reconnus dirigée par deux Congolais et deux autres "Congolais".

En sept mois de progression-éclair, l'avant-garde d'une armée redoutable composée essentiellement d'enfants congolais ramassés au passage et d'hommes au physique, à l'accoutrement, aux méthodes et au langage sans équivoque terrasse et démystifie l'inamovible et puissant Maréchal du Zaïre. Le pays conquis est trop riche et trop grand. Son peuple est hospitalier à l'excès, naïf, peureux et complaisant dans sa misère qu'il confond avec la belle vie grâce à la drogue de sa musique, de la danse du ventre et du postérieur ainsi que d'un système national de corruption. Tout étranger trouve au Congo des facilités que ni son pays d'origine ni un autre Etat du monde ne peuvent lui offrir. Bien plus, ces envahisseurs y ont expérimenté la vie à la faveur de nombreuses décennies d'exil et grâce aux armes, ils peuvent se sédentariser dans ce paradis unique en Afrique centrale. Le Président L.D. KABILA voulant payer ses mercenaires pour honorer la fin du contrat grâce auquel il est arrivé à ce pouvoir tant rêvé se voit opposé les Accords de Lemera. Pendant près de quatre ans de règne et jusqu'à son assassinat, le Président évitera avec un zeste de cet humour que nous lui connaissions toute question sur lesdits accords. Ses amis et tombeurs pour leur part n'en diront jamais mot surtout que toutes les pièces maîtresses et bouches autorisées ont été réduites à jamais à la loi du silence (KISASE Ngandu, LDK, MASASU, reste un dont nous n'avons trace) comme pour confirmer l'adage du monde du renseignement "les morts ne parlent pas".

Dans un grand pays comme le Congo, le fils succède au père à la tête du pays, chose que même le grand MOBUTU n'aurait pu imaginer. Les Congolais n'ont pas compris une chose: si l'on peut hériter des charges familiales et du fauteuil présidentiel, il n'est que normal que l'on soit détenteur de petits et grands secrets sur la prise du pouvoir et la conservation de celui-ci. Nous serions donc étonné d'entendre le Président Joseph KABILA dire ne rien connaître de ce qui avait été convenu à Lemera en octobre 1996. Nous sommes en droit de croire que cette succession au pouvoir pour le moins surprenante n'a été décidée que dans le dessein de placer à la tête du pays un témoin privilégié de ces accords secrets et obligé lui-même à leur respect ou à leur application. En conclusion, le Président J.KABILA, en dépit de tous les discours incendiaires contre les anciens alliés de son défunt père connaît tout ce que nous ignorerons longtemps et joue avec beaucoup d'adresse un jeu qui nous échappe. Ainsi notre question de tous les jours est de nouveau posée: comment expliquer qu'avec tout l'armement et le nombre d'hommes dont il dispose, le Gouvernement n'ait pu depuis le père jusqu'au fils récupérer ne serait-ce qu'un mètre carré du territoire Congolais qui lui échappe? Ou encore, que se disent les deux Présidents KABILA et les Présidents Ougandais et Rwandais depuis plusieurs rencontres en tête-à-tête, loin des médias et dont jamais rien n'a filtré? Il est démontré aujourd'hui que les volontés des véritables maîtres de la rébellion à l'est de la RDC conditionnent l'issue de la guerre. Et si le RCD a refusé de signer à cause de certaines questions pour lesquelles il n'a pas eu gain de cause, néanmoins l'acceptation et la reconnaissance de Joseph KABILA comme Président de la République ne pouvaient être possibles sans l'ordre ou l'aval des parrains de votre rébellion.

En 2001, le RCD et le MLC signent tambours battant des accords pour l'unification de leurs armées et conviennent de quelques autres questions restées lettres mortes. A Sun-City, le MLC et Kinshasa signent des résolutions décidées aussi par le RCD qui se rétracte à l'occasion et accuse le MLC de traîtrise et le traite de tous les noms. L'on pourrait croire qu'au-delà de la voix de la raison, le MLC a tenu à se défaire d'un pacte avec le diable ou à rejeter des propositions indécentes. Mais comme vous nous avez tous habitué aux volte-face et aux jeux doubles, nous ne savons pas encore quel crédit accorder à ce brusque sursaut de nationalisme. Vous pourriez tous, de Joseph KABILA en passant par le MLC jusqu'à votre Alliance être entrain de flouer sadiquement de nouveau le peuple Congolais ou de réaliser enfin ce qui a été depuis longtemps préparé pour la partition de ce pays.

Fin avril 2002: après la clôture des travaux de Sun-City, alors que la presque totalité des participants a quitté les lieux et que seul un petit nombre est resté pour s'accorder sur nous ne savons quoi de précis, des accords entre votre mouvement et quatre partis de l'opposition au régime de Kinshasa créent votre fameuse Alliance qui porte à sa tête l'opposant à tout, à tous et de toutes les époques.

Longtemps figure emblématique du combat politique dans notre pays, respecté et à la limite vénéré pour ses prises de position, symbole de l'espoir pour ceux de sa génération et de la nôtre, affublé de tous les noms de bravoure, le vieil Etienne TSHISEKEDI dont la simple parole avait force de loi dès son élection comme Premier Ministre par les délégués à la CNS ne méritait pas l'appréciation trop négative sinon l'insulte dont il est aujourd'hui l'objet à cause du dégoût qu'il ne cesse d'inspirer à tout Congolais. De plus vieux que nous auraient pu rappeler à leur congénère TSHISEKEDI que l'Histoire ne retient que les actes de la fin. Le discours de la non-violence et de la tolérance a été longtemps la force de l'UDPS. Et pourtant, la taille et la popularité de ce parti lui auraient permis à une époque d'user de la force et d'évincer du pouvoir le Maréchal. Nous sommes honnête pour reconnaître à l'UDPS le mérite de n'avoir pas comme le RCD et d'autres touché aux armes pour verser le sang des Congolais, le recours à la violence ne pouvant intervenir que dans l'extrême. C'était mal connaître le narcissisme politique et la fourberie de Mr. TSHISEKEDI. Nous nous empêchons de conclure à sa fausse opposition intéressée de depuis toujours et d'étaler au grand jour les négociations nocturnes qui sont son péché mignon. Nous nous sentons cependant obligé de révéler au RCD, à l'UDPS son parti et à tout le peuple Congolais qu'au mépris de la considération que les Congolais avaient toujours eu pour lui, Mr. TSHISEKEDI a plusieurs fois quelques jours avant le Dialogue d'Afrique du sud, supplié au téléphone en les appellent "Patrons" des Ministres et des Vice-ministres de vos Etats alliés de tout faire pour son placement à la tête de la RDC. Il n'a cessé de demander des ordres pour ce qu'il devait faire ou dire à Sun-City et quelques fois la communication téléphonique lui a été coupée brutalement par ses interlocuteurs sur des rires, des moqueries ou des apitoiements sur celui que le monde considère à tort comme le plus grand politicien Congolais.

Monsieur le Président, ne vous étonnez pas de cette information précise que nous ne sommes pas seul à connaître. De toutes les façons, non seulement que les hommes parlent mais aussi, le secret recule de plus en plus devant l'avancée de la technologie. Mr.TSHISEKEDI fait la honte de son parti mais plus encore de la grande tribu kasaïenne qui a produit beaucoup d'intellectuels et à laquelle il appartient. Il y a lieu de redouter que par le fait d'un individu, les ethnies du Congo ne se méfient d'une autre provoquant ainsi la résurgence des conflits ethniques tant souhaitée par vos alliés pour la fragilisation de notre peuple ("diviser pour mieux régner"). "Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose". La coquille a livré le secret de ce qu'elle renfermait. Monsieur TSHISEKEDI déjà au bout du rouleau, usé physiquement comme son discours politique et ne pouvant plus tenir d'être dans l'anonymat a enfin trouvé ce qu'il lui faut: devenir le Président de la fictive RD Congo-est. Nous sommes profondément consterné par cette victoire de l'égoïsme, de la tricherie et de la trahison sur les aspirations de tout un peuple. Nous préférons rappeler à Monsieur le Président de la RD Congo-est le bilan macabre non encore détaillé de son entreprise maléfique de quatre années de guerre menée pour lui par le RCD et dont il porte désormais et ouvertement la responsabilité:

Les atrocités commises sur des individus les unes plus inhumaines que les autres sous tous les cieux et à toutes les époques n'ont qu'un seul nom: la barbarie. Nous n'anticipons pas sur la Justice internationale en souhaitant que dans un proche avenir celle-ci qualifie avec exactitude de génocide et ce ne sera que justice, les tueries opérées sur plus de 3 millions de Congolais en quatre années de guerre. Petit à petit, nous nous approchons des chiffres d'Adolf HITLER dans son entreprise criminelle. Et curieusement, les méthodes nazies sans être exactement les mêmes que celles pratiquées au Congo se ressemblent néanmoins:

L'est du Congo est un immense territoire conquis comme ce fut le cas en Europe et en Asie il y a plus de cinquante ans par Hitler. Le Vélodrome d'hiver, les chambres à gaz d'Auschwitz, les camps de concentration de Sobibor, Treblinka, Varsovie, Dachau et tant d'autres ont chez nous pour noms Kisangani, Bukavu, Walungu, Bunyakiri, Kalonge, Fizi, Mwenga, Shabunda ... Les très redoutables SS allemands et leurs alliés ont pour frères jumeaux au Congo les soldats du RCD et leurs alliés, avec en commun la culture de la mort.

Le régime de Vichy a pour héritier idéologique au Congo, l'Alliance pour la sauvegarde des négociations de Sun-City et Maurice PAPON version congolaise est sans conteste Mr TSHISEKEDI en personne.

Les coffres de nos banques sont fréquemment vidés de leur contenu alors que de nouvelles taxes plus asphyxiantes pour notre population sont créées pour enrichir quelques individus et des pays étrangers. Qu'il s'agisse de l'OFIDA ou de la SNCC, aucune administration n'échappe au razzia. Les agents de la REGIDESO n'ont-ils pas fait la grève faute de payement de leurs salaires ignorant que s'était envolée leur provision en banque de trois millions de dollars ayant servi au payement des factures des avions fréquemment utilisés pour vos déplacements dans plusieurs coins du monde, qu'il s'agisse de Granada, des Etats unis ou d'ailleurs.

Les carrières de notre coltan ou de notre or subissent aujourd'hui les coups de pioches des ex-FAR et des Interahamwe légendaires sous la surveillance et la protection des troupes alliées au RCD. Les Congolais n'ont plus le droit de jouir de leurs richesses.

Les viols collectifs à répétition ont traumatisé ces femmes Congolaises qui ne se remettront peut-être jamais de leurs cauchemars, de leurs blessures et de leur humiliation. La corruption de nos filles mineures est un fléau à présent enraciné dans les moeurs congolaises. La pandémie du Sida, conséquence de tout ceci est difficile à maîtriser.

Il est tout aussi difficile de maîtriser les élans des policiers du RCD passés maîtres dans l'art de manier le bâton sur leurs frères Congolais. Nous vous rappelons que seules les bêtes peuvent subir le fouet mais jamais les hommes à une époque où l'esclavage n'est plus qu'un triste souvenir lointain.

Nous étions cependant ravi d'apprendre que certains commandants de l'armée du RCD ont été blâmés par vos alliés pour avoir refusé d'obéir à l'ordre d'ouvrir le feu sur les étudiants de Bukavu qui manifestaient leur protestation contre l'échec des travaux de Sun-City. Il est plus que temps que le Congolais comprenne que l'argent, les faux honneurs et les biens matériels ne sont que de vaines valeurs passagères qui ne représentent rien par rapport à l'amour profond qu'il doit avoir pour son pays et son frère. Ce ne sont là que quelques faits graves dont Mr. TSHISEKEDI accepte d'être le complice, l'un des coupables ou le responsable.

3. Les conséquences

Mr. le Président, notre population est non seulement fatiguée d'attendre la fin effective de la guerre mais aussi elle s'énerve des demi-mesures que vous lui avez trouvées à Sun-City. C'est vrai qu'il valait mieux des solutions même mitigées de ce dialogue qu'un blocage total de celui-ci, mais qu'est-ce qui est plus acceptable entre un blocage total avec espoir de déblocage et la partition du pays tant redoutée surtout par nous qui endurons les affres et les cruautés de cette guerre et de ses acteurs?

Après analyse et observations, nous vous prévenons que la fois prochaine que vos policiers s'attaqueront à notre population à l'aide de bâtons, il risque d'y avoir de la casse étant entendu qu'il ne faut pas d'aptitudes particulières pour se servir de cette arme rudimentaire. A quoi servent alors vos forces de police si elles ne peuvent pas encadrer sans menaces une manifestation qui se veut pacifique. Les Congolais n'ont-ils pas le droit de s'exprimer librement dans leur pays?

Près de quatre années sont passées depuis le début de votre guerre. Quand on regarde l'état de nos routes et de l'infrastructure en général, il est difficile de croire, à moins d'un miracle, à une quelconque capacité de votre part à redonner à nos provinces et à nos villes leurs visages d'antan. Ne soyez donc pas étonnés si mes frères refusent de vous payer l'actuelle taxe prétendue de reconstruction après de nombreuses autres restées sans effets. C'est vrai qu'il faut être complice de son propre malheur et de son appauvrissement que d'accepter de payer tout le temps des impôts et taxes à des autorités qu'on ne reconnaît ni n'aime mais plus encore quand celles-ci n'offrent rien en contrepartie de l'argent qu'elles prennent. Cependant, une solution est possible: notre population est prête à se prendre elle-même en charge et en lieu et place des taxes à vous payer, nos ONG locales, nos confessions religieuses, nos mutualités et même des citoyens honorables peuvent récolter des fonds et obtenir l'appui des bras et des cerveaux volontaires à la réalisation des travaux de génie ou d'intérêt général dont notre environnement a besoin de toute urgence. Après tout, vous n'êtes que des passagers qui vous en irez les poches pleines et nous ne pouvons pas vous faire confiance. Qu'il vous plaise de nous laisser faire ce qui nous concerne et qui nous tient à coeur afin de sauver ce qui peut encore l'être pour notre province.

Monsieur le Président, rassurez-vous d'une chose: le peuple Congolais ne va pas continuer à donner au monde l'image d'hommes et des femmes accueillant à bras ouverts ses bourreaux ou applaudissant stoïquement le supplice qu'on leur inflige. Veuillez donc créer la République de votre Alliance ailleurs dans les provinces qui y trouveront leur compte mais pas au Sud-Kivu ni à Bukavu. Nous refusons donc que des compatriotes prennent l'habitude de quitter leurs provinces d'origine pour venir faire l'expérience de la guerre et de l'exercice du pouvoir chez nous. Le Président de la RDC toute entière peut être n'importe qui et de n'importe quel coin du pays du moment qu'il est élu de tous les Congolais, nous en convenons. Mais des Présidents rebelles prenant la revanche sur les échecs d'une vie chez nous, nous n'en voulons plus.

Monsieur le Président, excusez-nous d'avoir écrit aussi longuement. Comprenez qu'on arrête pas facilement un coeur plein qui a besoin de se vider des frustrations accumulées. C'eût été un péché contre notre conscience patriote d'intellectuel et de chrétien que de garder le silence sur la grave situation du moment dans notre cher pays. Croyez aussi qu'encore vivant et tant que faire se pourra, rien n'arrêtera notre guerre contre le mal au Congo.

Dans l'espoir que cette lettre ne manquera pas de retenir votre attention sur les cris de désespoir et de colère des fils du Congo comme vous-même, nous vous prions de croire à nos sentiments patriotiques.

Idesbald BYABUZE Katabaruka
Chef de Travaux

C.I.:
- Secrétaire Général du RCD
- Premier Président de la Cour d'Appel du Sud-Kivu
- Procureur Général près la Cour d'Appel
- Représentant des confessions religieuses du Sud-Kivu
- Maire de la Ville de Bukavu
- Conseil de Direction de l'UCB
- Recteurs des Universités et Directeurs généraux des Instituts Supérieurs du Sud-Kivu
- Inspection de la Police du Sud-Kivu
- Direction de la Sécurité et des Renseignements du Sud-Kivu
- Organisations de défense des droits de l'homme du Sud-Kivu
- Fédération des Entreprises du Congo/Sud-Kivu.