Cri d'alarme à l'attention du responsable de la MONUC à Kinshasa


Société civile Grand Nord
Bureau de coordination Beni-Butembo
B.P.386 Butembo, Nord-Kivu, RD Congo
13.06.01


La situation au Grand-Nord en Province du Nord-Kivu, République Démocratique du Congo, notamment les territoires de Lubero et de Beni, sur les violations des droits de l'homme, est vraiment catastrophique. Voici des exemples concrets:

Du 28 mars au 9 avril 2001: réquisition forcée des véhicules civils de Butembo par des militaires Ougandais de l'UPDF et Congolais du FLC, puis descente de ceux-ci sur Manguredjipa situé à 92 km à l'Ouest de Butembo. Objectif: récupérer 4000 à 5000 kg de coltan stockés dans des carrières à Manguredjipa, mineral qu'on n'arrivait pas à acheminer jusqu'à Butembo à cause de la présence des May-May dans le milieu. Cette descente forcée a occasionné des affrontements avec les May-May sur cet axe Butembo-Manguredjipa. Bilan: 193 maisons incendiées dont 123 à Biambwe (62 km de Butembo), 22 à Kirima (32 km), 12 à Tihe (25 km), 6 à Kambaila (20 km) et 30 à Katambi (15 km). Plusieurs personnes tuées dont certaines enterrées dans des fosses communes à Biambwe (deux fosses déjà identifiées). Presque la quasi totalité des maisons restées à Biambwe ont eu leurs portes défoncées avec tous les biens, soit emportés, soit brûlés. Même l'église catholique de Biambwe n'a pas été épargnée.

Des affrontements armés avec les May-May à Mbingi-Bunyatenge en date du 21 avril 2001, cités situées à 117 km et plus au Sud-Ouest de Butembo. Dès lors, les prêtres de la paroisse de Mbingi restent réfugiés à la Procure de Butembo et un d'eux, Monsieur l'Abbé KAMABU, a dû être récupéré d'entre les mains des militaires du FLC moyennant une rançon de 300 $US. L'armée a fait la véritable chasse à l'homme. On déplore de nombreuses victimes et la population reste dispersée dans la brousse. Même le Chef de Collectivité est pourchassé sous prétexte que les May-May sont des fils de la contrée.

Un pillage diurne par huit militaires dont un officier ougandais et sept du FLC à Butembo à 12h00 temps universel, le jeudi 19 avril 2001, dans un magasin très fréquenté de la place (magasin MAGATESO-KABED). Bilan: soixante mille dollars américains emportés, deux personnes blessées par balle, panique généralisée en plein marché et en ville puis perte de beaucoup de biens.

Des tirs à balle réelle, le mardi 24 avril 2001 à 16h00 temps universel à Musienene situé à 20 km au Sud de Butembo. Tirs inexplicables sans aucun affrontement par des militaires qui se rendaient à Lubero situé à 45 km au Sud de Butembo. Bilan : une personne tuée par balle et deux blessés graves avec omoplates déplacés.

Le 25 avril 2001 à Butembo, ville peuplée de plus de 400.000 habitants, à 8h00 temps universel et 10h00 heure locale, pendant les pleines activités journalières (scolaires, commerciales, ...), il y a eu déploiement des militaires en plein centre-ville puis des tirs qui ont occasionné la dispersion précipitée des personnes et vol des biens de la population suite à la panique, traumatisme des élèves pendant les cours et leur dispersion forcée, traumatisme des parents d'élèves ... Bilan humain: sept personnes tuées par balles dont quatre élèves en uniforme scolaire et portant leurs cartables.

Depuis dimanche 29 avril 2001 jusqu'à ce jour: au Sud du territoire de Lubero, particulièrement dans les centres de Kirumba, Kayna, Miriki, Kaseghe, Mighovwe, Kitsombiro, Alimbongo, Mambasa..., l'armée du FLC sème la terreur suivie des pillages, tueries, arrestations arbitraires, de telle sorte que certains villages sont devenus déserts. Le déplacement massif des populations condamnées à passer la nuit à la belle étoile en cette période de pluies et dans la région la plus froide du Congo pose un problème humanitaire très grave.

Lundi, 21/05/2001: au chef-lieu du territoire de Lubero, 8 combattants May-May se rendent pour intégrer l'armée régulière. Au cours des négociations au bureau du commandant, selon les recommandations de la Table Ronde FAP/FLC, celui-ci ordonne qu'on les fusille tous.

Samedi 2/6/2001: une colonne de 12 véhicules pleins des militaires du FLC quittent Beni pour le Sud (Kanyabayonga). Arrivés à Mambasa, ils tirent subitement et tous les villageois qui voulaient se sauver ont été abattus. Le vétérinaire Marie-Jules KAFWATA (neveu de Ndamukulu C/° Secrétariat de l'ITAV) est parmi les victimes.

Les cités de Mangina et Bingo à 20-35 km de Beni vers l'Ouest sont, depuis le début du mois de mai, le théâtre d'affrontements entre May-May et militaires, entraînant la dispersion de la paisible population dans la brousse. Dans les centres de Mangina, Kyanzaba, Bingo ..., le pillage a été systématique au point qu'à la relève de ces militaires pilleurs, le peuple était complètement sinistré. L'absence d'organisations humanitaires dans la région pose des problèmes graves de survie à cette population. La région reste très fortement militarisée et le peuple n'a pas la possibilité de rentrer à la maison de peur d'être massacré. Le bilan exact en pertes humaines reste inconnu.

Vendredi 1er/06/2001: Le chef de ressort des contributions à Butembo et son adjoint (RUKWATA et BONANE) sont convoqués à Beni par mandat d'arrêt et leurs résidences sont encerclées par des militaires. Ils n'auront la vie sauve que par la fuite par la petite porte. Au lieu que le responsable des finances, Monsieur MWAMBA, puisse procéder par le voie administrative, il use de la force pour semer la terreur, surtout que les familles vivent souvent des moments difficiles au cours de telles circonstances. Il en est de même du maire suspendu de Butembo, MALEKANI SAGHASA qui avait aussi été arrêté manu militari le 1er mai 2001, alors qu'il revenait de la messe à la Cathédrale de Butembo à l'occasion de la fête internationale des travailleurs. Il a dû faire trois jours à la prison de Butembo. Le ministre de la défense du FLC, le commandant KIBONGE, interviendra le même jour à la radio que faute d'avoir obtempéré à une décision administrative, il a dû être arrêté de la sorte.

Samedi 9/6/2001: L'Administrateur de territoire de Lubero, Monsieur PALUKU KAHONGYA Julien, est aussi arrêté manu militari à Lubero au cours d'une réunion qu'il présidait lui-même. Tous ses adjoints et les chefs coutumiers qui assistaient à cette réunion quittent le chef-lieu du territoire en débandade et le pauvre Administrateur sera coffré dans les cachots souterrains de Rughenda en attendant qu'il soit acheminé à Beni.

26/05/2001: Irruption de 5 militaires dans la parcelle du professeur KAHONGYA à 19h00 au quartier Mukuna. Ceux-ci exigent 10.000 $US, faute de quoi toute la famille sera massacrée. La maman LEA, journaliste à la Radio-Butembo, se démène pour démontrer à ces agresseurs que la famille n'est pas à mesure de trouver de l'argent, raison pour laquelle ils se sont vus tous tabassés à la crosse de fusil.

Dans la nuit du samedi 2/6/2001: en commune de Bulengera dans le quartier Mukuna, le pharmacien MUHINDO MAHANA et sa vendeuse KATINA Espérance sont enlevés à 19h00 par des hommes en uniforme. Leurs corps ont été retrouvés à Bunyuka à 17 km de Butembo: quelle horreur!

Nuit du 6-7/6/2001 : Monsieur MORMOR (opérateur économique de la place) est enlevé par des inconnus. Quelles pratiques d'intimidation de la population dans les villes de Beni et de Butembo où les citoyens espèrent déjà à la fin de la guerre!

Dimanche 10/6/2001: Monsieur BILOKO, secrétaire exécutif du réseau WIMA, est enlevé par des hommes qui se disent May-May, tout simplement parce qu'ils l'ont croisé sur leur passage à partir de 15 heures. Sa seule chance est que ses ravisseurs étaient plus intéressés à prendre la bière. Après qu'ils l'aient fortement menacé, ils lui exigeront l'argent pour être relâché. Ce n'est qu'à 21h00 qu'il a pu recouvrer la liberté.

Du lundi 4/6 au vendredi 8/6/2001: la ville de Beni est dans une insécurité indescriptible car les troupes du FLC s'opposent à une faction dissidente proche de MBUSA NYAMWISI. De ces affrontements, plusieurs civils périssent et même les militaires ne sont pas épargnés. Deux agents du restaurant de Monsieur KAMBALE au quartier Matonge, un élève finaliste de l'IPP (Institut Professionnel de Paida), fils de l'agent de la SOCONOKI à Mupanda, un jeune garçon de 13 ans voisin de l'agent de la SOCONOKI, ... ont été tués. Le commandant PEPIN du FLC est tombé sous les coups et a été enterré mercredi 6/6/2001 à Bunia. Certaines sources parlent déjà de plus de 78 morts ainsi que de plusieurs blessés. Les parties belligérantes ne font que proférer des menaces continuelles. La population est prise en tenailles s'il n'y a pas une force d'interposition neutre. Ici nous pensons aux observateurs de l'ONU qui peuvent faire des rapports objectifs sur la situation.

Nuit du 2 au 3/6/2001: Evasion de 116 prisonniers de la prison centrale de Butembo dont certains prévenus sont impliqués dans le meurtre de l'Honorable LUMBULUMBU, dossier en instruction au Tribunal de Grande Instance de Butembo.

Nuit du vendredi 8/6/2001: 16 détenus au cachot de la Commune Kimemi sont libérés de force par des hommes en armes pour une destination inconnue.

Lundi 11/6/2001: Une autre évasion au cachot de la Commune Kimemi où 19 prévenus sont emportés de force par des inconnus, et cela pendant la journée.

Parmi tous ces évadés, il y a des voleurs à mains armées, des inciviques, ... qui, aujourd'hui, se retrouvent dans la population et sont ainsi capables de commettre d'autres forfaits. L'Administration publique censée nous sécuriser n'a rien à dire car les responsables militaires, se méfiant d'elle, sont incapables de lui prêter main forte par leurs différentes dissensions.

Enfin, un phénomène nouveau nous inquiète. C'est le recours à la prise d'otages par les milices May-May comme moyen de pression politique et de recouvrement forcé pour leurs activités militaires. Au moment où nous envoyons cette dépêche, vingt-six personnes de l'entreprise d'exploitation du bois située à Mangina à 86 km au Nord de Butembo, sont prises en otages depuis le 16/5/2001, dont vingt-quatre Thaïlandais, un Suédois et un Kenyan. Deux d'entre eux (Thaïlandais) viennent d'être libérés en date du 12/06/2001.

Eu égard à ce qui précède, nous voulons que les observateurs de la MONUC viennent s'installer chez nous, à Kasindi, à Beni, à Butembo et à Kanyabayonga pour nous aider à mettre fin à ces exactions car nous croyons que leur présence pourra freiner les actes barbares de l'armée du FLC et ses alliés Ougandais, tout en mettant fin à l'arbitraire et l'anarchie qui règnent dans la région et qui sont à la base de la prolifération des milices May-May.

Nous craignons l'embrasement de toute la région, raison pour laquelle nous en appelons à l'intervention de la MONUC.

Les signataires:

Bureau de Coordination de la Société Civile:
Roger NZAMA KILUNDO
Coordinateur
Mme KASIVIKA KAHINDO
Secrétaire.

Commission Justice et Paix/Diocèse de Butembo-Beni:
WABUNGA SINGA
Président.

Groupe des Associations de défense des Droits de l'homme et de Paix (GADHOP):
KAMBERE KAYITAMBYA Godefroid
Président.

Syndicat de défense des intérêts paysans (SYDIP):
VAHAMWITI MUKESYAYIRA
Secrétaire Général .

Réseau WIMA (Watu Imana kwa Maendeleo katika Amani):
François BILOKO
Secrétaire Exécutif.

Réseau COBELU (Collectif des ONGD Beni-Lubero):
Mme SAMBO MULIWAVYO
Présidente.

UWAKI/NORD-KIVU (Umoja wa Wamama Wakulima wa Kivu ya Kaskazini) :
Mme SOKI MWIRA Marie
Secrétaire Exécutive a.i.