CENTRE
DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET
L’INJUSTICE AU RWANDA
BP 2
- Molenbeek 4
Bruxelles, le 23 mai 2001.
1080
BRUXELLES - Tél/Fax:32.81/60.11.13
GSM:
0476.701.569
La Cour d’Assises de Bruxelles face aux Syndicats de délateurs oeuvrant au Rwanda et à l’étranger.
Le procès des quatre de BUTARE a commencé le 17 avril 2001 à la Cour d’Assises de Bruxelles. Il s’agit de quatre rwandais accusés d’avoir participé au génocide rwandais entre Avril et Juillet 1994 : Vincent NTEZIMANA, Alphonse HIGANIRO, Sœur GERTRUDE (née Mukangango Consolata) et Sœur KIZITO (née Mukabutera Julienne).
Mardi le 22 mai 2001, dans son réquisitoire, l’Avocat Général Alain WINANTS (47 ans) a demandé aux jurés de déclarer les quatre accusés coupables de tous les faits qui leurs sont reprochés. Il a ensuite passé en revue les chefs d’accusation.
Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda estime que
ce réquisitoire a choqué de nombreux rwandais qui ont assisté chaque jour à
toutes les audiences. Il est d’autant
plus choquant que cet Avocat Général a vu défiler un nombre impressionnant de
délateurs parmi les témoins à charge venus du Rwanda. Certains de ces
délateurs avaient été préparés depuis de nombreux mois par un des « principaux créateurs des syndicats de
délateurs rwandais », Monsieur GASANA NDOBA, ancien Président du Comité
pour le Respect des droits de l’homme et de la Démocratie au Rwanda (CRDDR)
et actuel Président de la
Commission Nationale des Droits de l’Homme mise en place par la Junte Militaire
du Général Paul KAGAME et d’autres hauts responsables militaires et politiques
du Front Patriotique Rwandais (FPR) impliqués eux-mêmes dans le génocide
rwandais. Tous les observateurs impartiaux de ce procès ont pourtant tous relevé
de « nombreuses variations et
contradictions dans les témoignages », termes utilisés par les journaux
pour ne pas dire de « faux
témoignages ou de pures mensonges » livrés par des témoins à charge
choisis au Rwanda.
En tant que président du CRDDR ou de la Commission
Nationale des Droits de l’Homme du Rwanda, GASANA Ndoba n’a jamais dénoncé les
graves et massives violations des droits humains commises par les membres du FPR
et de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) car ces deux organisations ont été
créées pour manipuler l’opinion publique et servir les intérêts des extrémistes
tutsi qui ont prix le pouvoir au Rwanda par les armes.
A.
La délation est institutionnalisée au
Rwanda :
a) La délation avant le génocide d’avril à
juillet 1994.
La délation a toujours servi comme une arme
destinée à mâter les opposants depuis l’époque féodo-monarchique. Souvent
victimes de la délation et des intrigues que ce soit à la Cour Royale ou à la
Présidence de la première ou de la deuxième république, les présumés opposants
au régime en place étaient voués à la mort, à la prison ou à l’exil. Donc tous
les régimes rwandais ont utilisé et exploité la délation comme une arme
redoutable.
La plupart des 10.000 personnes présumées complices du FPR, arrêtées et emprisonnées massivement en octobre 1990, furent victimes de la « délation ». Cette délation était souvent motivée par des règlements de compte, des cas de jalousies, la convoitise, etc…
b) Les syndicats de délateurs créés par le
Front Patriotique Rwandais après Avril
1994 :
En juillet 1994, après la victoire militaire du FPR et son arrivée au
pouvoir, la délation a été institutionnalisée, utilisée, encouragée et
entretenue par le « pouvoir
occulte » des extrémistes tutsi dominé par un noyau dur de chefs
militaires et politiques du FPR.
Dès avril 1994, les premiers noyaux de « syndicats de délateurs » ont apparu
dans les camps de rassemblement créés par le FPR pendant la guerre d’avril à
juillet 1994. Des personnes innocentes ainsi que leurs membres de familles
furent accusés injustement, enlevées et portées disparues. « Pointés du doigt », le mari, sa
femme et leurs enfants disparaissaient sans laisser des traces après leur
enlèvement par les militaires du FPR.
Entre septembre et novembre 1994, la mise en place de véritables syndicats de délateurs tant au niveau national qu’international a été opérée par les extrémistes tutsi sur tout le territoire national et dans plusieurs pays occidentaux. Ces syndicats allaient compliquer le travail des magistrats courageux, honnêtes et consciencieux tant au Rwanda qu’à l’étranger.
La consolidation de ces syndicats de délateurs s’est accompagnée par une
terrible « épuration ethnique et politique de la
Magistrature rwandaise ». Elle débuta par l’enlèvement et la
disparition du Président ad intérim du Tribunal de Première Instance de Kigali,
Monsieur Gratien RUHORAHOZA le 5 octobre 1994 parce qu’il avait libéré des
détenus dont les dossiers étaient tout à fait vides.
Plus de 40 magistrats hutu courageux et honnêtes
furent ciblés (par des délateurs manipulés par les extrémistes tutsi) et
emprisonnés en vue de les museler et de les écarter.
De nombreux détenus innocents libérés furent
interceptés devant les prisons tandis que d’autres furent maintenus en prison
par les militaires qui désobéissaient aux magistrats civils. Les personnes
libérées par les commissions de triage (mises en place par le Ministère de la
Défense, celui de la Justice et celui de l’Intérieur) furent reprises, portées
disparues ou assassinées chez eux quelques jours après leur libération. Ce fut
notamment le cas de l’ancien Sous Préfet de RUHANGO, Place KOLONI, assassiné
puis brûlé chez lui avec sa femme, ses deux filles et leur domestique le 27
juillet 1995, soit trois jours après sa libération.
La Directorate of Military Intelligence (DMI) s’ingère dans le travail de
la justice par des enquêtes et des arrestations arbitraires et illégales. Les
listes de présumés génocidaires furent confectionnées et publiées sur
instigation des agents de la DMI qui remplacent les Inspecteurs de la Police
Judiciaire dans certaines juridictions du pays comme à BUTARE. Des dossiers manifestement vides se
remplissent de faux et ridicules témoignages confectionnés par les syndicats
de délateurs qui sévissent sur les collines et dans les villes.
Plusieurs personnalités rwandaises et de
nombreuses organisations des droits humains n’ont jamais cessé de dénoncer
« la délation institutionnalisée au
Rwanda » :
…… « Une question préoccupante touchant
directement la justice et les droits humains est celle des arrestations et
détentions arbitraires prolongées sans aucun respect des normes et procédures
guidant la détention provisoire.
En effet, avec l’arrivée au pouvoir du régime en place à Kigali, en
juillet 1994, plusieurs personnes ont été arrêtées sur simple dénonciation par
des autorités militaires et administratives (ne possédant aucune qualité légale
en matière d’arrestation et de détention provisoire) et accusées de
participation au génocide et autres crimes commis en 1994. Aucune instance
judiciaire n’existait alors.
Dans cette confusion générale, la
délation a pris le dessus et plusieurs personnes ont été jetées en prison par des gens voulant les évincer des
postes qu’elles occupaient dans l’administration publique ou dans la société
civile ou pour s’arroger leurs propriétés ou poussées par la vengeance ou des
règlements de compte. Le pouvoir
militaro-politique en a profité aussi pour incarcérer les personnes qu’il
considérait comme opposants politiques ».
…….. Un autre exemple de la
violation du principe de la présomption d’innocence est illustrée par des
dispositions prévoyant la confection,
avant jugement, de la liste des personnes rangées dans la première catégorie des
personnes poursuivies pour crime de génocide et d’autres crimes contre
l’humanité commis au Rwanda. … Force est
de constater toutefois que la confection de cette liste a plus servi à un agenda
politique d’éliminer les personnalités de l’ancien régime considérées comme
opposants politiques ou d’autres personnes ayant une certaine influence au sein
de la société civile qu’à l’avancement des poursuites en permettant d’identifier
les vrais responsables du drame rwandais.
La conséquence de ces lois injustes a été le maintien en détention des
personnes qui, pour la plupart, viennent de passer plus de cinq ans en prison
sans qu’aucune charge ne soit portée contre elles……….
De fait, les différentes tentatives de faire la lumière sur ces dossiers
ont échoué, tant les autorités militaires et administratives qui ont procédé à
ces arrestations et détentions, actionnant la branche extrémiste du
mouvement des rescapés, ont
bloqué toutes les mesures visant à libérer les personnes contre qui ne pesait
aucune charge……… Ainsi certaines
personnes libérées suite au non-lieu décidé par les magistrats de Parquet, ont
été par la suite victimes de meurtres et d’assassinats, emportant souvent aussi
un grand nombre des membres de leur famille……….
……..Une
illustration en est donnée par la
pratique des magistrats du Parquet de mener des enquêtes seulement à charge du
prévenu, sans possibilité de confrontation entre le prévenu et le témoin. Il
en est de même des représailles à
l’égard des avocats de la défense qui ont abandonné l’assistance des
personnes accusées suit à l’enlèvement et à la disparition d’un de leurs
collègues ». Rappel :
L’avocat Innocent MURENGEZI fut porté disparu en février 1997 quelques jours
seulement avant l’assassinat du Président du Conseil d’Etat, Monsieur Vincent
NKEZABAGANWA, mitraillé chez lui le
14 février 1997 vers 19h et achevé à la baïonnette par des militaires APR qui se
sont proposés pour le conduire au Centre Hospitalier de Kigali (CHK) où sa femme
le retrouva tout nu et le ventre ouvert à la morgue une demi heure plus tard.
Les habits et les militaires sont restés introuvables ! Aucun médecin
n’avait vu le cadavre.
2) Témoignage de Human Rights Watch et la FIDH dans leur rapport d’Avril 1995 « Rwanda, persistance de l’état de crise » :
« Un nombre important de
dénonciations repose sur de faux
témoignages, motivés par l’espoir de gains personnels (…), par la rivalité
politique, ou par des règlements de compte personnels. Human Rights Watch et
la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ont appris qu’un groupe de
personnes à Butare, qui ont survécu au génocide, sert d’ « accusateurs
sur demande » pour d’autres lorsque ces dernières souhaitent faire
emprisonner quelqu’un. Le Collectif rwandais des Ligues et Associations des
Droits de l’Homme (CLADHO) a signalé la
même activité dans d’autres parties du pays. Le Ministre de la justice et le
Procureur de Kigali ont affirmé qu’ils sont convaincus que 20% des prisonniers
sont détenus sans aucune charge pour les poursuivre. De nombreux cas ont été
signalés à Human Rights Watch et à la FIDH où des accusations apparaissent absolument
dénuées de tout fondement …».
3) Le Centre de Lutte contre l’Impunité et
l’Injustice au Rwanda a publié plusieurs Dossiers et communiqués sur les
« syndicats de délateurs » depuis mai 1996 (Voir « les Syndicats de délateurs » Mai
1997). Lundi 23 avril 2001, devant la Cour d’Assises de
Bruxelles, le Coordinateur du Centre, Joseph MATATA, a témoigné pendant environ
une heure sur l’existence et le nocivité des « syndicats de délateurs » entretenus
et exploités à des fins socio-politiques et socio-économiques par les détenteurs
du « pouvoir occulte » de
Kigali.
4)
Plusieurs personnalités Rwandaises victimes de la délation ont toujours
dénoncé et condamné la « délation institutionnalisée » au
Rwanda :
a) Dans son communiqué de protestation du 20
novembre 1995, l’ancien Directeur de Cabinet du Premier Ministre Faustin
Twagiramungu, Jean Damascène
NTAKIRUTIMANA, dénonce la délation dont il est victime dans ces
termes : « Depuis mon lieu
d’exil, je suis outragé d’apprendre que
le FPR a fait inscrire mon nom sur la liste des hutu génocidaires. Après ma
fuite de Kigali vers NAIROBI en juin 1995, j’ai rendu public une déclaration
dans laquelle j’ai alerté la communauté internationale, les rwandais Hutu ou
Tutsi épris de paix et de justice sur la dérive totalitaire du nouveau
régime.
Depuis août 1994 à fin mai 1995, en tant que Directeur de cabinet du
Premier Ministre Faustin Twagiramungu, j’ai eu l’occasion d’en savoir sur la
gestion du pays par le FPR : massacres, assassinats, morts dans les cachots
improvisés, les tortures, les événements de Kibeho, la pratique du « Gutunga agatoki =
(dénonciations) », la terreur des
« Abakada »…
b) Le nouveau Directeur de Cabinet du Premier
Ministre Pierre Célestin RWIGEMA, Antoine BIZIMANA, fut arrêté pour la première
fois le 29/10/1995, deux
mois après sa nomination. Il était allé assister dans sa commune d’origine de
MBAZI (BUTARE) aux cérémonies d’inhumation des victimes du génocide. Après les
cérémonies, un groupuscule de veuves
tutsi s’est précipité sur Antoine et elles l’ont pris « au
collet » en lui demandant « où as-tu mis nos maris, où as-tu mis nos
membre de famille ? » D’autres criaient : « le voilà, le voilà ! ». Les
forces de sécurité sont intervenues et ont emmené Antoine dans leur campement
situés près du bureau communal de Mbazi. Quatre femmes se sont acharnées sur lui
en faisant des déclarations si contradictoires que les militaires furent obligés
de les chasser.
D’après les rapports d’enquêtes du 1/11/95 et du
7/11/95 établis par l’ancien Procureur de Butare, Célestin KAYIBANDA (emprisonné
le 2/5/1996), et ceux de la DMI du 30/01/1996, aucun témoignage n’a pu établir
la responsabilité d’Antoine Bizimana dans le génocide.
Sur ordre du nouveau Procureur de Butare, Monsieur NGOGA Martin (actuel représentant du FPR auprès du TPIR), Antoine Bizimana fut arrêté début mai 1998 après avoir défrayé la chronique de tous les nouveaux médias de la haine qui ont revu le jour au Rwanda. Le 28 mars 1999, le Ministère public a requis la peine de mort contre lui et quatre milliards de francs rwandais (soit environ 13 millions de USA$ de dommages moraux. Il a plaidé non coupable, affirmant qu’il a été victime d’un complot dont le but non avoué était de l’écarter de son poste. Son épouse, Marie Claire Mukasine, qui était Secrétaire Général du Ministre du Genre, de la Famille et des Affaires Sociales (MIGEFASO), Mme Aloysie INYUMBA, n’a pas pu empêcher que son mari innocent soit victime des « syndicats de délateurs » de Butare.
c)
Le 1er Ministre de la Justice sous le régime FPR, Monsieur
Alphonse Marie NKUBITO, a dénoncé les « Syndicats de délateurs » dans
la juridiction de BUTARE dans ces termes :
Lorsque le Ministre nomme parmi les substituts en place ceux qui devaient
assumer les fonctions de Procureurs ad intérim, ceux-ci furent du coup la cible
de leurs détracteurs que ce soit à BUTARE ou à KIBUYE. « Par exemple pour la Juridiction de BUTARE,
les magistrats nommé au Parquet de la République près le Tribunal de Première
Instance de BUTARE ont vécu une situation
tragique » :
- Le Premier Substitut Jéremie est arrêté à
Butare alors qu’il allait diriger ce Parquet;
- Son collègue le Premier Substitut Enoch
NIYOMUGABO nommé pour le
remplacer est à son tour arrêté;
- La troisième nomination du Substitut Callixte
GATSIMBANYI n’a pas eu
d’effet car ce dernier préféra “rester chez lui à la maison” au lieu d’aller se
faire emprisonner gratuitement;
- Pour la quatrième nomination le Ministère
proposa le Substitut Ferdinand MBERA qui refusa d’y aller mais préféra d’être nommé
Procureur ad intérim à Gitarama (ce qui ne lui épargnera pas non plus des
tracasseries de tout genre);
- Le Substitut du Procureur Célestin
KAYIBANDA fut affecté à
Butare en décembre 1994 pour y avoir vécu et travaillé. Il accepta le poste de
Procureur a.i. près le Parquet de Butare et manifesta son intention de
travailler en toute indépendance et surtout de tempérer l’ingérence des
militaires dans le travail de l’appareil judiciaire. Une année et demie après, soit le 2 mai
1996, il fut arrêté et emprisonné illégalement et arbitrairement par les
gendarmes de la Brigade de Butare sur l’instigation du Colonel KADAFI,
Commandant du Secteur militaire de Butare-Gikongoro-Cyangugu. Plutard, le
Procureur Général près la Cour d’Appel de Nyabisindu, Mr Charles KABANDA, un des
magistrats dévoués au “pouvoir occulte” a tenté plusieurs fois de lui coller en
vain “le crime de génocide”. Néanmoins, il croupit toujours à la Prison de
Nyabisindu avec un dossier “vide mais
rempli de faux témoignages » fabriqués par les “syndicats de délateurs” créés et
manipulés par le “pouvoir occulte des extrémistes tutsi.
- Le Président a.i. du Tribunal de Première
Instance de Butare, Bernard NIKUZE, fut abattu de deux balles dans le dos devant sa
porte dans la soirée du 30 août 1995 vers 19h en rentrant de son travail. Les
responsables militaires auraient prétendu qu’il fut tué par un bandit (autrement
non identifié) qui venait de leur échapper dans la soirée
même.
- Dans les communes de Butare, les bourgmestres révoquent les Inspecteurs
de la Police Judiciaire (IPJ) à l’exemple de la commune Ruhashya alors que les
IPJ n’ont rien à voir avec l’administration communale ou le Ministère de
l’Intérieur. Ces querelles avaient pour origine le conflit de compétences mais
plus précisément l’ingérence des responsables administratifs dans l’appareil
judiciaire.
- Mr NGOGA Martin fut nommé (par la Junte
militaire de Kagame) procureur de Butare après l’incarcération de son prédécesseur Célestin
KAYIBANDA. Le nouveau procureur
NGOGA Martin travailla si bien pour les agents de la DMI et les militaires de
l’APR qu’il fut récompensé et nommé d’abord conseiller d’ambassade à
Dar-es-salam, puis « représentant du Rwanda auprès du Tribunal
Pénal International pour le Rwanda » à Arusha.
Chapitre
II.
Les principaux Syndicats de délateurs oeuvrant dans les pays
occidentaux et manipulés par les membres et propagandistes du
FPR:
La carte et la liste des principaux Associations proches du FPR et faisant partie du principal réseau extrémiste du FPR en Europe a été diffusée par le Bulletin de liaisons Rwanda N°3 octobre-novembre 1995 et n°5 avril 1996 dans sa publication interne du réseau. Nous énumérons ici celles qui ont été les plus actives dans la délation et la diabolisation aveugle contre des intellectuels hutu réfugiés un peu partout en Europe :
2) Le Comité pour le Respect des Droits de l’homme
et la Démocratie au Rwanda (CRDDR), créée en novembre 1990 par des membres
et sympathisants du FPR, se présenta d’abord comme une organisation
politiquement indépendante avec pour Objectifs principaux suivants : Plaider pour la libération des personnes
emprisonnées au Rwanda pour des raisons politiques suite à l’invasion du FPR, le
1er octobre 1990 ; Dénoncer tout soutien politique au régime du
Président Habyarimana et Préparer le Rwanda à un processus de
démocratisation.
Monsieur GASANA NDOBA en fut le responsable
principal en Belgique qui collabora avec le CLADHO (Collectif des Ligues et
Associations de défense des Droits de l’Homme au Rwanda) pour dénoncer les
violations des droits humains commis par le régime Habyarimana. Cela lui a
conféré une certaine crédibilité auprès des autres ONG des droits
humains.
A la victoire du FPR, le représentant du CRDDR s’efforça d’infiltrer
chaque groupe d’étude international où lui ou ses collaborateurs se chargeaient
de bloquer les prises de décision ou à tout le moins de minimiser l’ampleur des
faits relatés dans les violations graves et massives commises par les éléments
du FPR. Constatant son silence complice face aux crimes du FPR, la crédibilité
du CRDDR fut contestée d’abord par certains membres du CLADHO et par d’autres
organisations et personnalités internationales.
Certaines actions intentées auprès de la Justice belge contre les
responsables du régime Habyarimana ont pour base la plainte de rwandais au rang
desquels on retrouve Monsieur GASANA Ndoba. Au début, la personne privée Monsieur
GASANA Ndoba porte plainte et dénonce les génocidaires de l’ancien régime hutu,
- et le CRDDR que GASANA Ndoba contrôle – se charge de diffuser les preuves de
ces accusations. Les grands journaux belge comme Le SOIR et la LIBRE
Belgique s’emparent de ces accusations et le tour est joué. En quelques jours,
ce qui était à la base les « rumeurs ou les on-dit »
devient des « éléments à
charge ». La justice est saisie
de ces accusations et les syndicats de délateurs se chargent du reste.
Certains médias se complaisent à amplifier ces accusations sans se donner la
moindre peine de les vérifier Et c’est comme ça que le procès des quatre de
Butare a été initié début 1995 par GASANA Ndoba. Ce dernier ayant été récompensé
par le FPR et nommé d’abord comme Membre du Conseil d’Administration de
PETRORWANDA (une entreprise de carburant) avant d’être nommé Président de la
Commission Nationale des Droits de l’Homme du Rwanda, il lui fut très facile de
recourir aux célèbres syndicats de délateurs de BUTARE.
Beaucoup d’observateurs croyaient avoir affaire à une forme d’intimidation visant les anciens dignitaires, opposants et intellectuels HUTU. En effet, le CRDDR a publié plusieurs listes qui reprenaient les noms de nombreux réfugiés rwandais parmi lesquels figuraient ceux de Vincent NTEZIMANA, Alphonse HIGANIRO et les sœurs GERTRUDE et KIZITO.
2) L’organisation londonienne AFRICAN
RIGHTS, animée par la
somalienne RAKIYA Omar, s’illustra dans ses publications sur le génocide
rwandais notamment par son premier rapport d’environ 1000 pages «Death, Despair
and Defiance » version de Septembre 1994. Après s’être fait remarquer par
les chefs militaires de la DMI (Directorate of Military Intelligence), elle
remania le même rapport et le rediffusa en Août 1995 avec une autre
version. Ainsi, les démocrates hutu présumés tués par la milice Hutu dans son
édition de septembre 1994 deviennent de « sauvages génocidaires et
extrémistes hutu » dans la nouvelle édition d’Août 1995. Depuis que RAKIYA Omar a accepté de servir
les intérêts des extrémistes tutsi, elle s’est attaqué à plusieurs intellectuels
hutu notamment ceux qui venaient d’occuper des postes intéressants dans les
Universités et les ONG internationales. C’est ainsi que AFRICAN RIGHTS s’attaqua
à :
- Monsieur Innocent MAZIMPAKA, ancien Président de la Ligue Rwandaise
pour la Promotion des Droits de l’homme (LIPRODHOR), qui était devenu
Coordinateur de SNV (une ONG Hollandaise) au Bénin ;
- Le Docteur Sosthène MUNYEMANA (ancien habitant de Tumba à Butare) fut
attaqué et présenté comme « le
boucher de Tumba : en liberté en France » par African Rights dans
son magasine WITNESS, Issue 2, de février 1996. L’Université de Bordeaux, qui
l’avait engagé dans son projet sur le SIDA, fut contraint de le licencier suite
à cette campagne.
- Le Professeur Mathias CYAMUKUNGU (ancien habitant de Butare) fut lui aussi
attaqué par African Rights dans la seconde édition d’Août 1995 où plusieurs
intellectuels et professeurs hutu de l’Université Nationale du Rwanda furent la
cible de cette organisation londonienne qui s’est mise à faire de la délation
pour le compte de la DMI et les délateurs rwandais.
- Le représentant d’African Rights, Monsieur
Théodore NYILINKWAYA, n’a
pas hésité à exposé les employés de la COFORWA (Compagnie des Fontainiers du
Rwanda de l’Abbé BOURGUET) en les dénonçant aux militaires APR qui venaient
eux-mêmes d’assassiner le représentant légal de COFORWA, Jean Baptiste
NGIRABATWARE, tué dans la soirée du 5 juillet 1997 avec sa femme et ses cinq
enfants. Ce représentant d’African Rights a livré aux militaires le fax qui
expliquait cet assassinat pour leur permettre de traquer celui qui l’avait
rédigé. Cet ancien employé de COFORWA est aujourd’hui réfugié en
France.
- African Rights a menti dans le dossier de Sœur GERTRUDE et Sœur KIZITO puisque l’Adjudant Chef REKERAHO a nié avoir rencontré un enquêteur de cette organisation. Cela veut dire qu’African Rights a répercuté des éléments d’enquête réalisés par quelqu’un d’autre.
- Le Général de Brigade Léonidas RUSATIRA fut un ex-FAR qui a sauvé plusieurs dizaines de familles tutsi pendant le génocide de 1994. Dans son dernier rapport « Livrés à la mort à l’ETO (Ecole Technique Officielle de Kicukiro) et à Nyanza » de 112 pages publié le 11/04/2001 sur les histoires de civils rwandais abandonnés par des troupes de l’ONU le 11 avril 1994, African Rights s’attaque à cet officier reconnu comme un héros et un homme juste qui a utilisé tous les moyens à sa disposition pour sauver les personnes menacées.
- Amnesty International fut attaqué par African
Rights dans son livre de
263 pages publié sur « l’insurrection dans le Nord-Ouest du Rwanda »
le 22 septembre 1998. Sur plusieurs pages African Rights accuse cette
organisation très crédible de publier des fausses informations sur les massacres
de civils non armés commis par l’APR dans cette région. Ces accusations
ressemblaient exactement à celles du Gouvernement rwandais contre Amnesty
International.
Mgr André SIBOMANA fut un ancien Directeur du journal catholique Kinyamateka lauréat de Reporter Sans Frontières (RSF) (très critique contre toutes les dictatures) et Président de l’ADL (Association Rwandaise pour la défense des Droits de l’homme et des Libertés publiques). Il s’est fait attaqué par Rakiya Omar grâce aux manipulations des extrémistes tutsi. Le Rapport de RSF, qui a enquêté sur son Lauréat, a rétabli la vérité sur son innocence dans le génocide.
3) Le COLLECTIF GIRONDIN
:
Cette association, créée à Bordeaux par des exilés
tutsi et leurs amis français s’est attaquée au Docteur en médecine Sosthène
MUNYEMANA qui venait de trouver un travail à l’Université de Bordeaux. Ils ont
réussi à le faire licencier. Les membres de ce collectif se sont même servi d’un
faux document attribué aux Nations Unies pour faire traduire en justice ce
médecin. Vérification faite auprès de l’ONU, il s’est avéré que ce rapport
attribué à l’ONU était un faux. Ce collectif semble avoir disparu depuis qu’il a
perdu un procès lui intenté pour « délation ».
4) Le CORS (Communauté Rwandaise de Suisse), l’AJIR (Association pour la
Justice Internationale au Rwanda) et IBUKA (Souviens-toi) sont les trois
principales organisations qui organisent la délation, la manipulation des médias
suisses et les actes d’intimidation et de diabolisation des intellectuels hutu
rwandais réfugiés en Suisse. Grâce aux « syndicats de délateurs dépêchés du
Rwanda », elles ont réussi à faire emprisonner et condamner à 14 ans de
prison l’ancien bourgmestre de la commune MUSHUBATI (Gitarama), Monsieur
Fulgence NIYONTEZE alors que lui (rentré de France le 18 mai 1994) et son équipe
communal (qui a sauvé et escorté les tutsi jusqu’à Kabgayi) avait tout fait pour
s’opposer aux massacres.
Monsieur James GASANA, ancien Ministre de la défense avant juillet
1993, fut attaqué dans une lettre du 16 mars 1998 adressée au Conseil Fédéral et
au Parlement Suisse par les représentants des deux organisations CORS et AJIR,
appuyées par ceux des autres proches du FPR à savoir : l’Association ABISHEMA, l’Association Suisse-Rwanda,
IBUKA-Mémoire et Justice et l’Association pour la Promotion de la
culture rwandaise. Les enquêteurs suisses ont établi l’innocence de James
Gasana qui avait été la cible des journaux suisses manipulés par ces
associations du réseau FPR.
Le 27 octobre 1999, le rédacteur en
chef et un lecteur du bimensuel fribourgeois
« L’OBJECTIF» a été condamné à trois mois de prison avec un sursis de trois
ans et une semaine de prison avec un sursis de 2 ans par le Tribunal
correctionnel de la Sarine en Suisse. Après un tapage médiatique, ce journal
n’avait pas craint de s’en prendre à des hommes politiques, à des
ecclésiastiques, à des professeurs.
5) Le Magasine GOLIAS, animé par Christian TERRAS, s’acharne toujours à
diaboliser l’Eglise Catholique et à trouver des « prêtres et religieuses
boucs émissaires » d’origine hutu qu’il jette en pâture dans les médias
nationaux et internationaux. C’est ainsi que l’Abbé Wenceslas MUNYESHYAKA,
ancien curé de la paroisse Sainte Famille à Kigali-ville qui a sauvé et nourri
environ 18.000 réfugiés tutsi et hutu confondus) est diabolisé et présenté comme
un massacreur et un violeur sans qu’aucune preuve ait été
fournie.
GOLIAS a publié le nom de Mgr André
SIBOMANA sur une liste de
24 prêtres et pasteurs et de 6 religieuses accusés d’avoir « tué ou encouragé les massacres »
pendant le génocide. Human Rights Watch et la F.I.D.H. déclarent dans leur
communiqué du 7 août 1995 ce qui suit : « Les charges non fondées contre l’Abbé
Sibomana pourraient être de simples erreurs ou un effort délibéré de mettre sa
vie en danger ou de mettre en péril son travail actuel dans le domaine des
droits de l’homme ». Mgr André Sibomana est mort le 9 mars 1998 de
maladie après avoir été privé de son passeport qui lui aurait permis de se faire
soigner en Suisse.
C) Les syndicats de délateurs rwandais ont
toujours été dénoncés mais ils restent très protégés par les chefs militaires et
politiques du FPR qui s’en servent pour paralyser la
justice :
- Un jeune Abbé de Cyangugu, Théophile
MURENGERANTWARI, a écrit une lettre ouverte datée du 05/04/2000 au Président
rwandais Paul KAGAME pour dénoncer la délation dont sont victimes de nombreux
détenus qui croupissent dans les prisons rwandaises. C’est un grand risque qu’il
a pris pour dénoncer tout haut ce que constate « tout bas » le reste
de la population.
Cette délation qui a frappé de nombreuses
personnes emprisonnées ou morts en prison : le Dr GATERA Geoffroy, Doyen de la
faculté de médecine de l’Université Nationale de Butare, est mort en prison en
décembre 2000 après avoir été condamné arbitrairement à mort. Il aurait été
empoisonné car son dossier avait évolué positivement et il risquait d’être
libéré ; Monsieur Aloys
KARASANKWAVU, un haut dirigeant de la Banque BCDI de Kigali, est mort
mystérieusement à la prison de Kigali en 1995 alors qu’il s’apprêtait à être
libéré faute de preuves. Il aurait été empoisonné par les délateurs qui
l’avaient fait emprisonner, etc… ;
D)
La responsabilité du FPR dans les massacres de BUTARE et
ailleurs :
Le génocide
rwandais a été d’abord provoqué par le Conflit armé qui opposait ceux qui
voulaient prendre le pouvoir et ceux qui voulaient le conserver par la force. Il
est clair que s’il n’y avait pas eu la guerre du Front Patriotique Rwandais
(FPR), il n’y aurait pas eu génocide. Pour revenir sur l’intervention du
Professeur Eric DAVID au sujet des crimes commis au Rwanda dans une situation de
« conflit armé », le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice
au Rwanda voudrait reprendre certains arguments de notre Mémorandum adressé le
16 janvier 2001au Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda
(TPIR), Madame Carle DEL PONTE. Pour que le génocide puisse avoir lieu, la
responsabilité du FPR est sérieusement engagée car ce mouvement a tout fait pour
impliquer un maximum de tutsi de l’intérieur dans sa propre guerre. En plus des
cotisations financières que ce mouvement avait imposé aux tutsi de l’intérieur,
il s’est servi d’eux comme un « pont sur lequel on doit passer pour arriver
à un endroit inaccessible ». Ils l’ont payé de leur vie et le FPR s’en
fout.
Le fait de démontrer la responsabilité du FPR dans le génocide rwandais
n’excuse nullement les massacres commis par les extrémistes hutu. Ce qu’ils ont
fait est horrible et inacceptable comme les massacres commis par le FPR
lui-même. Si notre Centre évoque cette
responsabilité c’est pour tenter d’expliquer froidement ce qui s’est passé.
Pour ceux qui se demandent pourquoi les massacres
se sont déroulés à Butare très loin du Front, ils doivent savoir qu’en plus de
l’assassinat du 6 avril 1994 des deux présidents HUTU du Rwanda et du Burundi
(Juvénal HABYARIMANA et Cyprien NTARYAMIRA), après celui du premier président
hutu élu démocratiquement au Burundi, Melchior NDANDAYE, assassiné en octobre
1993 (trois mois après son élection), les extrémistes hutu rwandais avaient été
poussés à bout. Comme ils attribuaient ces assassinats aux extrémistes tutsi du
FPR et aux militaires burundais, il est facile d’imaginer leur colère contre les
tutsi en général.
Il faut tenir aussi compte des calculs du FPR pour tirer profit du génocide qu’il a exploité tout en s’opposant à toute intervention ou interposition des forces étrangères ou internationales déjà à partir de mi-avril 1994. Il croyait prendre le pouvoir rapidement.
En plus de l’assassinat de ces TROIS présidents HUTU (en 6 mois), le Front Patriotique Rwandais avait beaucoup misé sur la collaboration
des tutsi de l’intérieur sans lesquels le FPR n’aurait jamais pris le
pouvoir. Il est dès lors que clair que le FPR n’a pas hésité à exposer les
tutsi de l’intérieur par la création des « brigades clandestines » et
le recrutement massif de tutsi de l’intérieur. Les quatre facteurs suivants
peuvent expliquer l’ampleur des massacres :
-
Le chiffre de plus de 3.500 brigades clandestines
du Front Patriotique Rwandais (FPR), dispersées sur tout le territoire rwandais,
a été cité le 2 mai 1997 par un membre très important du FPR, Monsieur Tite
RUTAREMARA, qui venait de
reconnaître publiquement l’existence de ces brigades lors d’une conférence-débat
organisée par le Parti du Travail Belge (PTB) à Bruxelles. La création de cette
sorte « d’armée secrète
tutsi » constitue l’un des éléments importants qui ont rendu possible
le génocide rwandais et qui ont exposé les tutsi à la vindicte des extrémistes
hutu et à une mort certaine.
-
Le recrutement des jeunes tutsi : Beaucoup de familles tutsi avaient
peu à peu rallié la cause du FPR et envoyé leurs fils grossier ses rangs via le
Burundi voisin.
-
L’infiltration des combattants FPR en civil ou en
tenue des FAR a contribué
à semer la confusion ; ce qui a poussé les gens à voir l’ennemi FPR partout
même loin du front
-
Les massacres aveugles et massifs de milliers de hutu
innocents ont incité les extrémistes hutu à étendre
leurs propres massacres dans toute la zone gouvernementale. Les rescapés de ces
massacres ont raconté la cruauté du FPR, ce qui a enragé les miliciens hutu et
d’autres personnes qui ont basculé dans les massacres (Voir notre Mémorandum du 16 janvier 2001
adressé au Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, Mme Carla
Del Ponte.
e)
CONCLUSION :
Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda demande aux
Jurés de la Cour d’Assises de Bruxelles, qui se penchent sur le procès des
quatre de BUTARE, de tenir compte de tous les éléments que nous venons
d’évoquer.
Le Centre estime qu’aucun innocent ne doit payer
pour les crimes commis par des gens bien identifiés qui ont trempé dans les
massacres. Le procès des quatre de Butare a été fort médiatisé par une certaine
presse belge qui s’est montrée trop partisane dans la tragédie rwandaise. Nous
estimons qu’un procès inéquitable ne peut pas aider les rwandais à reconstituer
leur société complètement démantelée par le génocide dont le peuple rwandais a
été victime. A travers plusieurs témoignages, la délation s’est fait sentir. Le
Centre estime que même les victimes n’ont pas le droit de « mentir ou de manipuler un
tribunal ».
Pour le Centre, MATATA Joseph,
Coordinateur.
AUTRES COMMUNIQUES TRAITANTS DU MÊME
SUJET :
CENTRE DE LUTTE CONTRE
L’IMPUNITE
ET L’INJUSTICE AU
RWANDA
44, Rue du
Tombois
Jodoigne, le 8 mai 1996
1370
JODOIGNE - Tél/Fax:
32.10/81.58.17
Rwanda: MISE EN GARDE CONTRE “LES SYNDICATS DE
DELATEURS”
Le climat de
délation:
Notre Centre, créé dans un souci de plaider pour une justice sereine et
équitable pour tous les rwandais, met en garde tous les enquêteurs nationaux et
internationaux contre les Syndicats de
délateurs rwandais qui pillulent et sévissent tant au Rwanda qu'à
l'Etranger.
Sous le Régime du dictateur Habyalimana, la justice rwandaise n'a jamais
été indépendante et neutre, mais les
délateurs de cette époque étaient essentiellement et souvent des responsables
administratifs et judiciaires inféodés au régime "pro-hutu" en place.
Aujourd'hui sous le nouveau régime rwandais, des veufs, des orphelins, des militaires, des
miliciens tutsi et des simples citoyens ont été sensibilisés (pour certains
rescapés du génocide), forcés (pour
d'autres rescapés de la guerre et la répression aveugle qui perdure encore), encouragés et sollicités pour se constituer
en "associations ou syndicats de
délateurs".
Ces "Syndicats de délateurs" sont couramment
utilisés dans la constitution de faux témoignages et faux dossiers
pour:
- permettre à l'Armée
Patriotique Rwandaise (APR) et sa branche de
renseignements militaires "Department of Military Intelligence (DMI) à sévir
contre tous les hutus en général (considérés comme des ennemis du nouveau
régime) et plus particulièrement contre des "anciens opposants hutus"
rescapés du génocide, des
massacres, de la guerre et de la répression aveugle de l'Armée Patriotique
Rwandaise APR.
- faciliter et favoriser
les arrestations et détentions arbitraires (±90% des 70.000
prisonniers rwandais n'ont pas fait l'objet d'une enquête préliminaire). Chaque
militaire ou milicien tutsi (puisque le Front Patriotique Rwandais (FPR) en a
créé aussi) est autorisé à arrêter et faire incarcérer des gens sans même les
interroger ou les informer des motifs de leur arrestation. Les magistrats des
Parquets n'ont aucun pouvoir de s'opposer à ces pratiques maffieux de l'APR, des
encadreurs politiques et miliciens du FPR présents et puissants dans les villes
et les villages.
- permettre et faciliter
la confiscation ou l'occupation illégale des biens appartenant aux
personnes arrêtées injustement. Ce phénomène pousse aujourd'hui une bonne partie
de hutu innocents et impuissants à s'exiler du pays et décourage la grande
majorité de réfugiés hutus à retourner au Rwanda.
- intimider et éliminer
des éventuels et futurs opposants au nouveau régime
"pro-tutsi".
Ce climat de délation, encouragé et entretenu par les détenteurs du "pouvoir occulte", est responsable de la
terreur qui s'exerce aux membres du Gouvernement, du Parlement et de la
Magistrature sans "pouvoir réel".
Toutes les "Institutions de l'Etat Rwandais” actuel (sauf l'APR) ne jouissent
d'aucune autorité et souveraineté et restent paralysés et noyautés par les
extrémistes tutsi. Ce sont en fait des Institutions de
façade.
Le "pouvoir réel" est exercé par un tout
petit "noyau de chefs militaires et hommes d'affaires"
extrémistes qui n'ont qu'un seul objectif: garder le pouvoir et accéder à
l'avoir.
Dans certaines régions du pays (comme dans les préfectures de Butare,
Kibuye, Gitarama, Kigali, Byumba et Kibungo) parfois ces délateurs sont même
entraînés et invités à "exécuter des
scènes d'affliction et de pleurs"
pour justifier des poursuites ou des arrestations arbitraires.C'est suite à des
scènes pareilles que deux députés hutu, GASAMAGERA Evariste (Parti PSD) et
SEBARAME J.Baptiste (Parti MDR) ont été suspendus et "qualifiés de génocidaires" parce qu'ils
n'acceptaient pas les manipulations de lois visant à limiter les droits et
libertés fondamentaux des personnes. C'est de cette façon que des extrémistes
rwandais exilés à l'Etranger ont créé des associations ou des groupes de
pression (lobby) chargés :
- de manipuler et
désinformer l'opinion internationale sur la situation
politique et des droits de l'homme au Rwanda;
- de mener une lutte sans
merci contre des opposants aux régimes extrémistes
rwandais (campagnes de diffamation par des listes noires, actions en justice,
chantage, intimidations des services administratifs des pays qui ont accueilli
les nouveaux réfugiés rwandais, etc...);
Conclusion et
Recommandations:
Considérant ce qui est évoqué ci-dessus, la Communauté nationale et
internationale se trouve en face de lobbystes rwandais et étrangers sans scrupules et motivés par des intérêts
partisans. Il résulte de ces attitudes partisanes (de la part des amis
étrangers) une polarisation dévastatrice de la Société Rwandaise qui ne fait que
nuire à la paix, la justice, la réconciliation et la reconstruction au Rwanda. Certains extrémistes rwandais vont même
jusqu'à nier ou atténuer le génocide et les massacres (négationnistes et
révisionnistes), tandis que d'autres
banalisent le génocide en l'exploitant pour des fins socio-politiques et
socio-économiques. Le Centre met en
garde tous les magistrats étrangers, qui se rendent au Rwanda pour conduire des
enquêtes sur des présumés coupables du génocide arrêtés à l'Etranger, contre les
délateurs (à la solde de certains responsables politiques et militaires) qui leur proposent leurs faux
témoignages. C'est ainsi qu'au Rwanda ce qui est rumeur à la base peut finir
par "servir de fausse preuve de
culpabilité" et justifier toutes sortes d'abus ou de persécutions à
l'encontre de personnes innocentes. Le Centre recommande "une
grande perspicacité" à tous les Etats, aux Organisations
internationales, et surtout aux
Services qui s'occupent des réfugiés. En traitant des questions
rwandaises, ils ne devraient pas se laisser influencer par des organisations ou
des personnes non engagées d'une façon crédible dans la défense des droits de
l'homme et de la démocratie.
Fait à Jodoigne, le 8 Mai
1996.
Pour le Centre
MATATA Joseph,
Coordinateur
CENTRE DE LUTTE CONTRE
L’IMPUNITE
ET L’INJUSTICE AU RWANDA
BP 2 Molenbeek
4
Bruxelles, Mai 1997
1080
BRUXELLES -
Tél/Fax:32.10/81.58.17
Rwanda:
LES
SYNDICATS DE DELATEURS
Les premiers noyaux des syndicats
de délateurs sont apparus pendant le génocide et les massacres dans les
camps de “rassemblement de la population
rescapée”. Ces camps créés par le Front Patriotique Rwandais (FPR) étaient
destinés à vider les collines de leurs habitants pour mieux les contrôler et,
disait-on, les “protéger”. La plupart
des paysans qui n’ont pas pu être avertis à temps ou rejoindre ces “camps” ont
été traqués et tués comme du gibier dans les bananeraies et les marais, car ils
étaient considérés comme des miliciens hutu qui n’avaient pas confiance dans le
FPR. Pourtant dans la zone conquise par le FPR, depuis avril 1994, les Hutu et
les Tutsi rescapés vivaient ensemble dans des camps de
fortune.
Petit à petit, des noyaux de
veufs et d’orphelins se sont constitués pour répondre au désir de se venger
sur les rescapés hutu avec l’aide de l’Armée Patriotique. Pour renforcer les
dénonciations individuelles, solitaires et sans preuves, ces rescapés ont été
invités et encouragés à se mettre ensemble pour témoigner collectivement contre
leurs voisins hutu soupçonnés, à tort ou à raison, d’avoir participé au
génocide. Les personnes dénoncées étaient amenées vers des destinations
inconnues et sont introuvables aujourd’hui dans les prisons rwandaises. Certains
d’entre-eux ont disparu, ainsi que leurs femmes et leurs
enfants.
Galvanisés par cette terrible possibilité de décider du sort de leurs
voisins, certains rescapés ont gardé et
souvent exploité cette habitude de jouer au “justicier”. C’est ainsi que des
milliers de Hutu, dénoncés et livrés aux soldats du FPR, sont portés disparus
aujourd’hui. D’autres ont été exécutés purement et simplement dans des endroits
discrets, non loin des camps de rassemblement. Quelques fosses communes et des
tombes de fortune témoignent de cette intense activité des délateurs entre avril
et juillet 1994.
Au mois d’août 1994, ces camps de rassemblement furent démantelés et la
population rescapée rentra dans ce qui restait de ses biens. De retour sur la
colline, les délateurs s’organisèrent et continuèrent leur macabre besogne
d’après nos enquêtes, avec la complicité des “encadreurs politiques” du
FPR.
En principe, chaque secteur peut compter un ou deux groupes de délateurs.
Ainsi on peut enregistrer plusieurs “syndicats” par commune. Dans certaines
régions du pays, ces syndicats portent divers noms. Par exemple, en commune
Gikoro (préfecture de Kigali-rural), existe un grand syndicat communal, dénommé
“commission d’enquête”, chargé de
définir le degré de culpabilité d’après les aveux extorqués par la torture.
Cette commission joue le rôle du policier, du procureur et du tribunal puisque
ses décisions sont irrévocables.
CE QUI FAVORISE LA PROLIFERATION DES SYNDICATS DE
DELATEURS:
a) Des extrémistes tutsi ont incité activement les
veuves et les orphelins rescapés à dénoncer leurs voisins dans le cadre de mener
une politique de revanche. Tout au début, ces mêmes rescapés avouaient que les
criminels avaient eu largement le temps de fuir et qu’il n’y avait pas grand
monde à dénoncer. Certains rescapés honnêtes et réalistes pouvaient même vous
confirmer discrètement que beaucoup de personnes soupçonnées d’être des
génocidaires, qui se sont faits surprendre par les soldats du FPR, ont été
exécutés sans autre forme de procès. Pour la plupart des cas, plusieurs membres
de la famille élargie du présumé criminel ont subi le même sort. Petit à Petit,
ils se sont pris à inventer des
dépositions tellement invraisemblables qu’elles sentaient le mensonge.
b) Des militaires recourent souvent aux services
de ces syndicats pour constituer de faux témoignages, ce qui leur permet d’arrêter des innocents ou de les maintenir
en prison.
c) Des
rescapés sont exploités par des anciens réfugiés rapatriés du Burundi ou de
l’Uganda, qui veulement s’installer dans le pays sans trop de problèmes
matériels.
d) Il
existe d’autres motifs: la cupidité, la haine, la jalousie, la mauvaise foi
des gens...
Leur champ d’action couvre tout
le pays. Le principe des extrémistes tutsi est d’éliminer, coûte que coûte,
un grand nombre de Hutu, génocidaires ou pas. On constate d’ailleurs aujourd’hui
une solidarité sans précédent et une connexion entre différents groupes tutsi
solidaires dans une répression aveugle et meurtrière.
Comment
opèrent-ils et quelle crédibilité ont-ils ?
Parfois un membre d’un syndicat demande la collaboration de ses associés
pour “livrer” quelqu’un (“gutanga” est le terme utilisé en
kinyarwanda) en vue d’un règlement de compte ou avec des visées
socio-économiques propres. Souvent ces syndicats sont sollicités par des
particuliers qui profitent de la situation pour éliminer leurs adversaires.
L’intérêt matériel se cache souvent derrière ces transactions. Des responsables
civils ou militaires convoquent de temps à autre les membres de ces syndicats au
bureau communal ou au campement du détachement militaire, pour “rendre service” dans la constitution de
“faux dossiers” qui maintiennent des
milliers d’innocents en prison.
QUELQUES EXEMPLES:
1) Mr Charles KARANGWA, de la cellule Gasenga du
secteur Kirwa (de la commune Mugambazi - Kigali Rural) a été arrêté, le 14
janvier 1995, par un brigadier de la commune et transféré à la Brigade de
Gikondo, le 14 février 1995, avec 74 autres voisins de 4 secteurs différents de
la même commune. Un enquêteur de l’Association Rwandaise pour la Défense des
Droits de l’Homme (ARDHO) a enregistré
son témoignage, au cours d’une visite de routine, le 15 février 1995, à la
brigade de Gikondo (commune Kicukiro, Préfecture de la Ville de Kigali): “on nous arrête tout simplement parce que
nous sommes des Hutu. D’avril à juillet 1994, nous cohabitions avec nos voisins
rescapés tutsi dans les camps de déplacés de guerre tenus par le FPR à Rutare
(commune Rutare, Byumba) et à Remera (commune Mbogo, préfecture de
Kigali-Rural). Durant cette période, on nous a “purifié” de tous les Interahamwe
y compris beaucoup d’innocents. Nous sommes rentrés sur nos collines à la fin
juillet 1994, et nous avons vécu sans problèmes avec nos voisins tutsi. A la fin
octobre 1994, il y a eu un changement brusque: tous les responsables locaux hutu
ont été révoqués au cours d’une réunion à Kiyanza (tout près de la
sous-préfecture Murambi, en commune Mugambazi, Kigali-rural) et remplacés
exclusivement par des tutsi. Depuis cette période, les Hutu sont poursuivis et
emprisonnés arbitrairement, sans enquêtes et sans interrogatoires. tous les
hommes hutu encore valides sont arrêtés au cours des rafles, de façon que nous
sommes presque les derniers survivants. Il ne reste que des Tutsi sur nos
collines et quelques Hutu qui se cachent dans la brousse. Des “groupuscules
tutsi composés de veufs et d’orphelins” se succèdent au bureau communal pour
nous charger de crimes que nous ignorons. Depuis un mois, c’est la première fois
que nous sommes interrogés ici-même, à la Brigade de Gikondo, et nous sommes
terriblement surpris par le contenu de nos dossiers. On nous accuse d’avoir tué
des personnes qui n’ont jamais habité dans nos secteurs. La plupart des témoins
qui nous chargent sont nos voisins qui vivaient correctement avec nous. On ne
comprend pas ce qui les pousse à déposer de faux témoignages. Prenons mon cas: un voisin tutsi, Mr
Buseruka (aidé par sa femme Kankindi, sa nièce Immaculée et son ami tutsi
Rudakubana, nouveau membre de cellule) m’accuse d’avoir tué sa mère Thérèse
Mukankiko; celle-ci a été assassinée en avril 1994, mais le “groupe affirme” que
je l’ai tuée en juillet 1994, ce qui est faux. Les témoins à décharge que j’ai
fournis: Messieurs Habiyakare et
Ndagijimana, ont été tout simplement
arrêtés et nous sommes tous détenus ici ensemble”.
2) Lors d’une visite à la Prison centrale de
Kigali, des observateurs des droits de l’homme ont trouvé deux Angolais, Messieurs
David Miguel et Joâo Rogeira Nuzelo, parmi les présumés coupables du génocide.
En réalité, ces Angolais, hommes d’affaires de passage à Kigali, ont été
arrêtés, le 16 janvier 1995, à Kigali, par des militaires et détenus à la
brigade de Nyarugenge (Muhima). Ils ont été transférés, le 24 janvier 1995, à la
prison de Kigali après le passage d’un groupe de femmes et d’enfants venus
témoigner “sans vergogne” contre ces
“Interahamwe angolais”. Après une
petite enquête, il est apparu qu’ils s’étaient faits détrousser leurs dollars
par des militaires qui les avaient jetés ensuite en prison, en vue de rester
impunis en attendant que l’histoire se tasse et que les tribunaux puissent
fonctionner!
3) Mr N.A. est porté disparu à Nyamirambo dans la
soirée du 1er septembre 1994, ainsi que son beau-frère et son véhicule. Il a été retrouvé 36 jours plus tard à la
prison de Kigali. Il avait été séquestré tout ce temps au camp militaire de
Kigali où tout lui fut pris (argent, véhicule, bracelets, montre, souliers,
etc...). Il y a été torturé. Son beau-frère reste toujours introuvable. Pour
garder tous les objets, il a fallu constituer, selon l’habitude, un faux
dossier. Appel fut fait à un “syndicat” de veuves domiciliées non loin
de là, à Mumena. Conduites par une certaine Rose, celles-ci sont venues
confirmer un faux témoignage (établi par un sergent) selon lequel la camionnette
convoitée aurait transporté des Interahamwe pendant le génocide. Le véhicule fut
ainsi exploité pendant plus de 4 mois par des militaires. Il ne fut rendu qu’à
l’état d’épave à l’épouse de son propriétaire qui, lui, a croupi longtemps en
prison Aux dernières nouvelles, grâce à l’intervention d’un militaire, Mr N.A. a
été libéré. Très affaibli par la maladie et les conditions inhumaines de la
prison, il mort quelques mois plus tard sans avoir repris ses
forces.
4) Le 22 novembre 1994, au bureau communal de
Tambwe, j’ai abordé un groupe de veuves et d’orphelins venus témoigner contre un
prévenu (dont ils ignoraient le nom) à la demande du secrétaire communal. Comme
je poussais plus loin notre conversation, une jeune rescapée m’avoué que ce
n’était pas la première fois qu’ils étaient convoqués pour donner un “coup de main” à la constitution des dossiers.
Quand je lui demandais si elle connaissait un enseignant C.R. emprisonné à la
prison de Gitarama, elles s’est mise à réfléchir puis a hoché la tête me
répondant d’un air désolé: “Non celui-là,
je ne le connais pas; c’est possible qu’il soit domicilié dans un secteur
lointain”. Pourtant je savais que le nom de cette jeune femme figurait parmi
les témoins à charge dans le dossier dudit enseignant.
5) Le Conseiller élu par la population du secteur
Mukingo, commune Kigoma (Gitarama), a été tué le 22 octobre 94 par les
militaires d’un détachement situé au lieu dit “Apollo” près de Gatagara. Embarrassés,
ces militaires l’ont annocé au Bourgmestre, le 24 octobre à 10h, par le biais
des responsables militaires de l’endroit. Pour justifier cet assassinat, il a
fallu confirmer que le conseiller était un génocidaire. Ils ont fait appel au syndicat de délateurs de Gatagara
composé de 10 hommes et de 6 femmes, qui a non seulement témoigné contre le
conseiller défunt, mais aussi contre 6
autres personnes dont des enseignants et des petits commerçants qui ont été tabassés et jetés à la prison
de Gitarama, où ils se trouvent toujours détenues.
6) Le 10 décembre 1994 à 21h, un agent de CARE
International de passage à Butare, est arrêté dans un bar alors qu’il prenait un
repas au restaurant Gratia. C’est un ancien professeur de l’Ecole Sociale de
Karubanda, Mr Jean Baptiste Twagiramungu. Il est soupçonné d’avoir tué son
collègue Victor. Il est accusé par un commerçant tutsi de Butare revenu du
Burundi où il s’était réfugié pendant le génocide. Mr Jean Baptiste a failli être relâché trois
fois, faute de preuves. Mais chaque fois, son accusateur intervenait à la
Brigade de Butare; la 3ème fois, il présenta un groupe de 4 délateurs bien
connus à Butare et Mr Jean Baptiste fut conduit à la prison de cette ville, le
22 décembre 1994, un jour avant qu’une délégation de l’ARDHO ne revienne à
Butare plaider pour lui. Je suis repassé le lendemain en compagnie du
nouveau procureur de Butare, mais c’était trop tard pour le faire relâcher; mis
en prison, il devrait y rester! Aux dernières nouvelles, il s’y trouve
toujours.
7) En commune Karengera, préfecture Cyangugu, Mr
Nicolas Bagilishya, président communal du MDR (Mouvement Démocratique
Républicain), a été attaqué 3 fois par des militaires de l’Armée Patriotique
Rwandaise (APR), fin octobre et début novembre 1994, sur dénonciation abusive de
4 délateurs dont le nouveau bourgmestre et l’IPJ de Karengera. D’après nos
enquêtes, ces faux témoins avaient au contraire collaboré eux-mêmes avec les
génocidaires, mais changé de camp dès l’arrivée de l’APR à Cyangugu. Les
responsables militaires de Bugarama ont préféré s’en servir comme intermédiaires
pour piller et rançonner la population locale...
8) En commune Muhazi (préfecture Kibungo), un
capitaine occupe illégalement les biens de l’ancien bourgmestre, Mr Jean Claude
Nkurunziza, démis de ses fonctions en 1992 par le régime Habyarimana pour des
raisons politiques. Il a fait jeter en prison le propriétaire légitime grâce au
“syndicat de délateurs” connu de l’endroit. Le 5 avril 1995, l’intéressé qui
avait quitté la commune Muhazi depuis longtemps, a été arrêté et accusé d’avoir
tué des Tutsi dans une région où il n’avait plus remis les pieds depuis bien
avant le génocide.
Il y a encore bien d’autres
exemples... Au cours de mes enquêtes, j’ai relevé une sorte de clientélisme
entre les syndicats de délateurs et les militaires, les autorités locales, les
cadres du FPR, les agents de la Department Military Intelligence (DMI) et les
gendarmes. Ils se rendent service mutuellement: quand ils rencontrent une
difficulté qui vient de la hiérarchie militaire, ils savent parfaitement être
solidaires. Ainsi, quand un membre du syndicat veut la tête de quelqu’un, il est
sûr du soutien inconditionnel des militaires; vice-versa, quand un militaire
connaît une victime à escroquer, il est sûr de trouver des gens prêts à porter
de faux témoignages...
Les Syndicats de délateurs se sont renforcés avec
la création des Associations de “rescapés tutsi” et la mise en place de la
“Justice du Vainqueur”.
Les associations de rescapés dans la
délation:
Pour mieux se maintenir au pouvoir, accéder à l’avoir et exercer un chantage permanent sur le reste de
la population rwandaise, les extrémistes tutsi ont créé plusieurs associations
de rescapés tutsi destinées à constituer un “puissant groupe de pression”. La
principale organisation des rescapés est certainement l’Association IBUKA qui
est censée représenter les rescapés tutsi qui habitaient au Rwanda avant la
guerre du FPR en octobre 1990. Ces associations ont été vite récupérées par le
“pouvoir occulte” qui les exploitent
à des fins socio-politiques et socio-économiques. Il les utilise dans des
manifestations destinées “à exprimer ou à soutenir” ses idées ou ses
décisions. C’est ainsi que ces associations ont été mobilisées pour “forcer le départ” des soldats de la
Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR II) en mars 1996, afin que les
extrémistes tutsi aient le champ
libre d’opérer “sans témoins gênants”
une répression permanente, aveugle et meurtrière contre les hutu dans tout le
pays. L’assassinat des observateurs a dissuadé tout le monde.
En effet, ce départ de la MINUAR II, précédé par l’expulsion de 38
Organisations humanitaires témoins
gênants des massacres de l’APR, a permis depuis Mai 1996 aux extrémistes
tutsi de “simuler des attaques des infiltrés hutus” dans
plusieurs régions du pays, pour justifier la répression sanglante et aveugle de
l’Armée contre des civils non armés. La simulation de ces attaques est souvent
“exécutée” par les escadrons de la
mort et les milices tutsi dénommées Local Defense Units (LDU), quand ce
n’est pas des éléments de l’APR qui s’occupent de toute la mise en scène. Ces
LDU constitue la Local Defense Force
(LDF) dénoncées par l’ancien Ministre de l’Intérieur Seth Sendashonga à l’époque
où le Préfet de la Préfecture de la ville de Kigali (PVK), le Major Rose Kabuye,
était en train de les former et de les mettre en place dans la capitale Kigali.
Ils sont opérationnels aujourd’hui
Au niveau de certaines communes, certaines sections ou certains membres
de ces associations de rescapés s’adonnent à la délation pour aider les
militaires extrémistes à constituer des faux dossiers contre des hutus
innocents.
Certains magistrats collaborent avec les syndicats
de délateurs:
Tout au long de l’année 1995, le Gouvernement du Premier Ministre
Twagiramungu Faustin s’était battu pour la mise en place d’un Appareil
judiciaire neutre et capable de rendre une justice sereine et équitable. Mais le
“Pouvoir occulte ou Gouvernement parallèle” issus des extrémistes tutsi avait
réussi à noyauter et paralyser toutes les Institutions “officielles” de l’Etat de telle façon
que ce Gouvernement est tombé le 28 août 1995. En effet, le départ du Premier
Ministre Faustin Twagiramungu, du Ministre de l’Intérieur Seth Sendashonga, du
Ministre de la Justice Alphonse Marie Nkubito et du Ministre de l’Information
J.Baptiste Nkuliyingoma, a clôturé la lutte du groupe de Ministres courageux qui
tentaient de s’opposer à l’arbitraire et à l’anarchie imposés par un noyau dur
des extrémistes du FPR. Tous les candidats magistrats hutu proposés à la
présidence de la Cour suprême ont été rejetés par le “Pouvoir occulte”. Certains
candidats ont été menacés, d’autres ont été contraints de retirer leur
candidature sous peine d’être assassinés.
Au début de l’année 1996, lorsque l’épuration ethnique de la Magistrature
Rwandaise semblait toucher à sa fin, des magistrats essentiellement tutsi ont
été nommés et placés dans plusieurs juridictions du pays. Certains d’entre-eux
ont été placés par le “pouvoir occulte” en vue de s’assurer le contrôle du
système judiciaire. C’est dans ce cadre
qu’on retrouve plusieurs magistrats qui collaborent étroitement avec ces
“syndicats de délateurs”. C’est notamment le cas du Procureur Général près
la Cour d’appel de Nyanza, KABANDA Charles, le Procureur de la République à
Gitarama, MUGEMANGANGO Paul et le Procureur de la République à Kigali, RUKANGIRA
Emmanuel. En plus de ces hauts magistrats, il y a des dizaines d’Inspecteurs de
la Police Judicaire (IPJ) qui prêtent une oreille complaisante aux Syndicats de
délateurs. Selon le noyautage du Système Judiciaire rwandais, examinons les
agissements de certains syndicats de
délateurs soutenus par des magistrats de certaines juridictions rwandaises
sous le haut patronnage du “pouvoir
occulte”.
CENTRE
DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET
L’INJUSTICE AU RWANDA
BP 2
- Molenbeek 4
Extrait d’un rapport de visite de
l’ARDHO
1080
BRUXELLES -
Tél/Fax: 32.10/81.58.17
En visitant la Prison de Gitarama le 21 février 1995, le Secrétaire
Exécutif de l’Association Rwandaise pour la Défense des Droits de l’Homme
(ARDHO), MATATA Joseph, a trouvé des conditions inhumaines dans cette prison
suite au nombre très élevé des détenus. La prison de Gitarama, construite pour 800 détenus, contenait à
cette date 4.735 détenus dont 96 femmes, 54 enfants mineurs et 11
nourrissons.
Depuis sa réouverture en juillet 1994, le nombre de morts atteignait 389.
Les causes de mortalité étaient multiples: maladies, torture et mauvais
traitements subis par les détenus surtout au moment de leur arrestation par
l’Armée. Jusqu’en date du 21 février 1995, 45 détenus avaient été libérés par les
militaires qui les avaient arrêtés sur demande explicite du Parquet de
Gitarama. Pourtant, le Parquet de Gitarama n’était pas autorisé à travailler en
toute indépendance sans l’ingérence de l’Armée qui paralyse le travail de
l’Appareil Judiciaire et qui terrorise les magistrats et les autorités civiles
admnistratives.
Les détenus entendus par le Parquet, malgré leur innocence criante,
n’avaient aucun espoir d’être relâchés par le Parquet. Peu importe qu’il y ait
ou non des preuves de culpabilité, les personnes arrêtées étaient jetées en
prison. Les cachots et les prisons rwandaises sont devenus des sortes de “stocks d’êtres humains” qui
attendent la mort “par consummation
lente” dans ces “mouroirs”. En attendant que la mort
fasse le travail de la justice, le “pouvoir occulte” des extrémistes tutsi
continue de commanditer l’arrestation de milliers de hutus.
L’Etat Rwandais n’étant pas en mesure de nourrir tous ces prisonniers, ce
sont les organisations humanitaires internationales (Croix-Rouge, Programme
Alimentaire Mondiale, etc...) qui approvisionnent la presque totalité de la
nourriture. A certains endroits même c’est le Comité International de la Croix
Rouge et d’autres ONG qui ont financé l’agrandissement des prisons. Ils
atteignent aujourd’hui un chiffre record d’environ 120.000 prisonniers, soit
environ 4% de la population (s’elle est évaluée à 5 millions). Pour illustrer le
caractère arbitraire de ces arrestations et détentions, prenons les cas
suivants:
LE CAS DE L’ABBE JOSEPH NDAGIJIMANA, Curé de la
Paroisse BYIMANA.
L’Abbé Joseph NDAGIJIMANA, Curé de la paroisse Byimana (en commune
Mukingi) a été arrêté début février 1995 suite à des dénonciations abusives d’un
syndicat de délateurs de Byimana manipulé par les Responsables militaires de la
commune MUKINGI. A cette époque l’originalité du “dossier vide” de l’Abbé Joseph
consistait en ceci:
- les dénonciateurs de l’Abbé
Joseph sont 7 membres
d’une même famille qui ont vécu ensemble avec lui dans les camps de
rassemblement du Front Patriotique Rwandais (FPR) de RWABUSORO au Bugesera dans
la commune NGENDA, préfecture Kigali-Rural. Curieusement ces délateurs ne l’ont
pas dénoncé à Rwabusoro alors que beaucoup de gens, dénoncés et livrés là-bas
aux soldats du FPR, ont été exécutés sans autre forme de
procès.
- les ayant-droits des victimes (soit les conjoints et les enfants) n’ont
pas porté plainte contre le Curé de la Paroisse. Au contraire, ils démentissent
les “propos diffamatoires” de ceux qui l’accusent à tort. Ils affirment au
contraire que le Curé les a caché et sauvé la vie. Qu’il les a aidés
matériellement et spirituellement en leur célébrant la
messe.
- les accusations varient selon chaque
membre du syndicat de
délateurs dont voici les témoignages principales:
1) BASOMIMBWA Jean (cellule Kirengeri, Secteur
Nyagasozi) charge le Curé comme suit: “aidé par Sixte, ils sont allé cherché un
nommé Hategekimana Mathieu, qu’ils ont conduit et tué à la fosse commune du
marché”.
2) USABUWERA Marcel (cellule Kivugiza, secteur
Ngoma) témoigne comme suit:
“il amenait
les soldats de la Garde présidentielle qui venaient chercher les gens en les
frappant à l’aide du bois de chauffe. Il le rend responsable d’une trentaine de
gens enlevés dont un nommé Nyilimpuhwe Télesphore”.
3) SIBOMANA Faustin (cellule Kirengeri, secteur
Nyagasozi): “Mr l’Abbé allait chercher les réfugiés à Kabgayi
pour les amener à l’abattoir. Il aurait une responsabilité dans la mort des
réfugiés à la paroisse Byimana”
4) NKULIKIYINKA Innocent (Kirengeri, Nyagasozi)
donne ce témoignage: “Mr l’Abbé a donné
de l’argent à Marara Jean (emprisonné)”.
5) UWAYISENGA Vestine (cellule Muhororo, secteur
Muhororo) dit: “Mr l’Abbé recherchait
plusieurs personnes à tuer dont le professeur Jean Marie, l’Abbé Célestin,
l’Abbé Tharcisse Gakuba, la Soeur Benigne, le Frère Canisius et le Frère
Gaspard”.
6) RURANGISA Alexandre (cellule Kigarama, secteur
Muhororo): “Il recherchait les filles de
l’Agronome SEMATETU, les frères Fabien, Gaspard, et Canisius, l’Abbé Célestin,
le journaliste Kalinda Viateur...”
7) RUTAGENGWA Diogène l’accuse d’avoir pourchassé les personnes suivantes:
Lazare agent de la Caisse Sociale du Rwanda, Rubayiza de Byimana, Gloriose et un
certain Karekezi Emmanuel alias “Save”.
L’Abbé Joseph NDAGIJIMANA reconnaît avoir été autorisé à posséder à un
fusil qui l’aidait à protéger la Paroisse et ses réfugiés. Il reconnaît aussi
avoir porté ce fusil lors de ses déplacements pour approvisionner les réfugiés
de sa paroisse.
A cette époque aussi le S/Préfet de RUHANGO, Placide KOLONI venait d’être
arrêté arbitrairement et illégalement par le S/lieutenant BOSCO en date du 14
février 1995, sans avoir informé ni le Préfet de Gitarama ni le Ministre de
l’Intérieur. Il était détenu dans la même prison que l’Abbé Joseph Ndagijimana
et était accusé d’avoir fait tuer l’assistant médical du Centre de santé de
Kigoma, Gatambiye Gabriel.
Quand l’enquêteur de l’ARDHO, Matata Joseph, est allé contacter le
Procureur a.i. de Gitarama pour de plus amples renseignements, le magistrat lui
dit que s’il ne tenait qu’à lui, il libérerait sur le champ les deux
personnalités qui semblaient avoir été victimes des machinations de la part des
“groupuscules” manipulés par les extrémistes tutsi.
Entretemps le S/Préfet de Ruhango, KOLONI Placide a été libéré le 24/7/95
sur décision du Conseil des Ministres du 22 juillet 1995 qui faisait suite aux
conclusions de la Commission Nationale de Triage. Malheureusement, des malfaiteurs “non identifiés” l’ont massacré et brûlé
avec sa femme, ses deux filles et sa domestique dans sa maison de Ruhango dans
la soirée du 27 juillet 1995 vers 22 heures.
Assassinat d’un détenu BIMENYIMANA à l’Hôpital de
Kabgayi:
Le jour de cette visite du 21 février 1995 à la Prison de Gitarama, il y
avait eu un assassinat scandaleux d’un détenu tel qu’il avait été dénoncé dans
la lettre du 19/02/95 de Médecins Sans Frontières (MSF) adressée au Directeur de
la Prison de Gitarama. Cette lettre accompagnait un tableau statistique des taux
de mortalité des prisonniers hospitalisés: septembre 1994 (20% avec 13 entrées),
octobre 94 (33%), Novembre 94 (61,1% avec 31 entrées), décembre 1994 (65,6% avec
35 entrées), janvier 1995 (46,9% avec 49 entrées). Sur un total de 129 détenus
hospitalisés 53,8% sont décédés et
43 ont réintégré la prison.
Voici quelques extraits de cette lettre
qui lancait un SOS
pour les détenus hospitalisés:
“Monsieur le Directeur,
Nous voudrions faire référence aux graves incidents survenus entre les 15
et 17 février concernant des mauvais traitements qu’auraient subis des
prisonniers hospitalisés à l’hôpital de Kabgayi.
Selon les déclarations qui nous ont été rapportées et les observations
que nous avons faites, il semble que plusieurs malades aient été maltraités au
sein même des salles d’hospitalisation dans la nuit du 15 au 16, ainsi qu’un
autre malade dans la nuit du 16 au 17, et d’autres encore pendant la journée du
17 février 1995.
L’un de ces malades est décédé le 17 février: les constatations médicales
effectuées par le médecin responsable MSF se trouve en annexe. Elle laisse
apparaître que l’état du patient s’est aggravé de manière soudaine et que la
cause apparente du décès (difficultés respiratoires et de déglutition) ne peut
pas être expliquée par la seule pathologie initiale
(dysenterie).
Ces mauvais traitements auraient
été le fait des militaires chargés de la surveillance des prisonniers
hospitalisés.
Nous tenons à réaffirmer le principe universel de déontologie médicale
selon lequel tout patient hospitalisé a un droit absolu au respect de son
intégrité physique et qu’aucune interférence avec un traitement en cours ne
saurait être justifiée.
C’est à ce titre qu’une demande
d’autorisation d’autopsie a été formulée par lettre du 17 février. Nous
espérons qu’une réponse positive en la matière, ainsi que le résultat des investigations qui vous sembleront
nécessaires d’entreprendre, permettront de faire la lumière sur ces graves
incidents.
Nous voudrions également saisir cette opportunité pour solliciter de
votre part des clarifications sur le
fonctionnement du système de surveillance des prisonniers au sein de
l’hôpital afin qu’il réponde aux impératifs de la détention tout en
garantissant pour ces patients une prise en charge médicale
appropriée.
Sachant que vous partagez notre vive préoccupation concernant la prise en
charge médicale des prisonniers, nous sommes convaincus qu’une suite appropriée
pourra être donnée à notre démarche. Nous restons à votre entière disposition
pour de plus amples renseignements dans une perspective de franche
collaboration.
Veuillez croire, Monsieur le Directeur, au sentiment de notre haute
considération.
Copie conforme à: - Messieurs le Préfet de Gitarama, le Commandant
de la région militaire de Gitarama-Kibuye et le Médecin directeur de la région
sanitaire de Gitarama.
ANNEXE: Examen médical de Mr
BIMENYIMANA:
Mr BIMENYIMANA, prisonnier à GITARAMA, a été
hospitalisé le 13 février 1995 à l’Hôpital de Kabgayi pour une diarrhée
sanglante, sans que son état n’apparaîsse comme critique lors de l’admission et
jusqu’au matin du 16/02/95, il présentait un epistaxis important
post-traumatique, ainsi qu’un dyspnée et une dysphagie qui n’existaient pas la
veille, de cause non médicale et vraisemblablement provoquées par des manoeuvres
de strangulation, dont il portait des traces au niveau du cou. Le 17/02/95 au
matin, le malade ne pouvait plus avaler d’aliments solides ni liquides, pas plus
que les traitements par voie orale, et ses difficultés respiratoires s’étaient
aggravées. Il a dû être immédiatement perfusé. Le décès est survenu le même jour
à 14h00, sans que la pathologie initiale - dysenterie - ne puisse l’expliquer
isolément.
Voici un petit résumé de la situation qui
prévalait à la Prison, au Parquet de Gitarama et à l’Hôpital de Kabgayi en
février 1995.
Juin
1997
DELATION ET CHANTAGE contre le personnel des
Organisations Humanitaires.
Prenons un exemple de diffamation et de “chantage” que le Directeur de la prison
de Rilima (au Bugesera), Mr BIRAJE Sylvestre, a tenté d’exercer au personnel
expatrié du Comité International de la Croix Rouge (CICR) dans sa lettre au
Ministre de la Justice du 12/12/96. Ce n’était ni la première, ni la dernière
fois que le CICR subissait des attaques injustifiées de la part du “pouvoir occulte” des extrémistes tutsis.
Ceux-ci reprochent toujours au CICR et aux autres organisations humanitaires
leurs activités visant à améliorer les conditions de détenus et d’autres
populations sinistrées, considérés comme des ennemis à leur régime actuel. Pour
le moment prenons un seul cas concret où les agents du CICR ont été la cible de
la presse extrémiste tutsi “les nouveaux médias de la haine”. Selon un article
du Journal UKURI n° 15 de décembre 1996, page 4: “Le
fils de Bizimungu Casimir (ancien Ministre de la Santé), Jean Yves BIZIMUNGU, a
fait avorter le projet d’évasion des détenus de la prison de Rilima”. Il
était prévu de dynamiter même la prison !
D’après les aveux du détenu Bizimungu Jean Yves lui-même et l’enquête
menée par la Direction de la Prison, il apparaît que 12 détenus étaient
concernés par ce projet d’évasion:
Il s’agit de: Runyinya BARABWILIZA, Major Paul
Mbonigaba, l’ancien journaliste de Radio-Rwanda Dominique MAKELI, Capitaine
Hakizimana J.Pierre, NGAMIJE Léonidas, Ngirinshuti Védaste, S/Lt Nduwimana
Faustin, S/Lt Ngabonziza Etienne, Gakenyeye Faustin Muhawenimana Dominique, S/Lt
Mukurarinda Etienne et BIZIMUNGU Jean Yves. Ce dernier aurait même avoué la grande
responsabilité de ses parents dans ce projet d’évasion. La Direction de la
Prison de Rilima met en cause Mme Katie de Piccoli, agent du CICR détaché à
Rilima. Jean Yves met en cause aussi d’autres agents Garatie et
Charlotte.
Des sommes de 11.000 dollars USA et 80.000 Frw, apportées par Katie de
Piccoli, devaient être utilisées dans ce projet. Néanmoins, Jean Yves aurait
montré une somme de 4.000 dollars USA apporté par Katie de Piccoli entre le 6 et
13 novembre 1996.
Dans sa lettre au Ministre de la Justice, le Directeur de Prison affirme
que KATIE de Piccoli avaient promis à ceux qui devaient s’évader de leur fournir
des “Mine lands” pour dynamiter la
prison, au cas où la corruption des surveillants de la prison ne marcherait
pas.
Le Gouvernement Rwandais s’est plaint auprès du
CICR, mais l’on ignore si l’agent Katie a été sanctionnée. Entretemps la Direction de la Prison de Rilima a exigé
qu’elle soit mutée!
Démenti du CICR tel que relaté par le journal
UKURI n° 16 de Février 1997, page 6:
Le CICR a démenti catégoriquement qu’aucun de ses agents n’a jamais été
impliqué dans un projet de faire
évader ni le fils de l’ancien Ministre Bizimungu Casimir, ni quelqu’un d’autre.
Il paraît que Jean Yves Bizimungu aurait écrit aux Directeurs de la prison de
Rilima une lettre accompagnant les 4.000 dollars, en prétendant que cet argent
lui a été apporté par l’agent du CICR pour corrompre les surveillants qui
devaient faciliter leur évasion.
D’après une enquête du CICR, ses portes-parole ont affirmé au journal
UKURI que Katie de Piccoli n’a jamais été impliqué dans un projet quelconque
d’évasion. Ils ne comprennent pas pourquoi Jean Yves a menti, bien que ce ne
serait pas la première fois. Ces représentants du CICR ont saisi cette occasion
pour demander à la population rwandaise
d’avoir confiance en lui et de comprendre que ses objectifs visent d’abord à
aider le Rwanda à entretenir ses
prisonniers. Qu’ils sachent que le CICR ne s’occupe que des prisons
seulement, mais qu’il s’occupe aussi de plusieurs projets sociaux et
humanitaires. Cet exemple montre très bien comment les “intrigues, les
machinations et la délation” peuvent
frapper n’importe quel citoyen rwandais ou personnel expatrié. Le coup de
Rilima semblait avoir pour but de chasser “un témoin gênant” détaché auprès de
cette prison !
DIFFAMATION, DELATION ET CUPIDITE EN COMMUNE
RUTOBWE
Après une campagne de diffamation dirigée contre le Bourgmestre de la
Commune RUTOBWE, selon laquelle il protégerait des présumés coupables du
génocide, une réunion publique, dirigée par le Préfet de Gitarama, a eu lieu à
Rutobwe le 13 septembre 1996. Etaient présents le Colonel Ndengeyinka Balth.,
Commandant du secteur militaire Gitarama-Kibuye, le Major Nkubito Commandant du
secteur Gitarama, le Bourgmestre de Rutobwe Charles Gahunde et les prêtres de la
Paroisse Cyeza. Cette réunion a relevé ce qui suit
Les infiltrations en commune
RUTOBWE:
Le Major NKUBITO a expliqué largement à la population les dangers de
cacher les infiltrés hutus. Il a étalé les conséquences mortelles qui guêtent
ceux qui peuvent cacher ces infiltrés; car parfois les forces de sécurité
préfèrent détruire les maisons suspectes à l’aide des bombes. Paradoxalement il
a dit que les infiltrés ont été invités à rentrer chez eux sans tuer les gens,
afin que les coupables puissent être punis et que les autres rentrent chez eux.
Les explications du Major Nkubito ne donnent pas concrètement la “notion de ce que c’est un infiltré”!
Est-ce les nouveaux rapatriés qui risquent d’être confondus aux
infiltrés?
La cupidité de certains
rescapés:
Remboursement des vaches mangés pendant le
génocide:
Un autre facteur d’insécurité c’est la cupidité des rescapés tutsi,
lorsqu’ils se font rembourser leurs vaches. On a relevé le cas d’un rescapé qui
a perdu deux vaches et qui s’est fait rembourser dix vaches. Environ 400
logements ont été construits pour les rescapés par un projet suisse. Certains de
ceux qui ont bénéficié de ces logements n’ont pas cessé de se faire rembourser
(en vaches) leurs maisons détruites pendant le génocide.
Les syndicats de délateurs: Dans cette réunion du 13/9/96, il a été
relevé que plusieurs personnes, qui ne résidaient pas en commune Rutobwe pendant
les massacres, se retrouvent sur les listes des personnes qui “dénoncent” les autres aujourd’hui alors
qu’ils ne savent rien.
La campagne de diffamation contre le Bourgmestre de Rutobwe: Concernant cette campagne, parue dans
les “nouveaux médias de la haine”, il
a été relevé que les ressortissants de Rutobwe qui résident à Kigali ont
rassemblé de l’argent destiné à construire des logements pour les rescapés du
génocide. Les détracteurs du Bourgmestre ont fait courir la rumeur selon
laquelle cet argent était destiné à “corrompre les rescapés” pour qu’ils
s’abstiennent à porter plainte contre les génocidaires. Le Bourgmestre GAHUNDE
Charles a démenti la rumeur selon laquelle il aurait libéré des criminels. Il
a dit que si cela se révélait vrai, l’Inspecteur de la Police Judicaire et le
Responsable militaire du cachot communal auraient été également corrompus.
Plusieurs conseillers de secteur ont été obligés d’accepter de signer des contrats exhorbitants de remboursement,
suite à l’intimidation de certains rescapés trop gourmands. Désormais, il a été décidé que tout “contrat de remboursement” devra être contresigné par le
Bourgmestre et le Responsable militaire de la commune RUTOBWE. Certains
rescapés tutsi se seraient même permis d’aller “prendre les vaches” dans
d’autres communes qui ne sont pas les leurs. D’autres rescapés se font
rembourser par “des hutu innocents plus aisés” lorsqu’ils jugent insolvables leurs “vrais débiteurs”.
D’après les rumeurs, les représentants de rescapés
de Rutobwe, qui résident à Kigali, se plaindraient du fait que le bourgmestre
aurait relâché des criminels qu’ils avaient eux-mêmes dénoncés. Mais le véritable représentant des rescapés
de Rutobwe a déclaré dans cette réunion qu’il ne connaissait pas ces gens là. Le Curé de la
paroisse Cyeza est revenu sur les syndicats de délateurs pour demander
que soit puni le coupable, mais que les
délateurs soient punis également. Les problèmes soulevés dans
cette réunion ont révélé “le danger d’un
pouvoir occulte” qui risquerait
de paralyser l’administration communale de Rutobwe. MAI 1997.
CENTRE
DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET
L’INJUSTICE AU RWANDA
BP
2 - MOLENBEEK 4
AVRIL
1997
1080
BRUXELLES
- Tél/Fax:32.10/81.58.17
EPURATION ETHNIQUE DE LA
MAGISTRATURE RWANDAISE
Introduction:
Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda dénonce et
condamne l’épuration ethnique de la Magistrature Rwandaise. Dans la mesure où le
régime de Kigali reste dominé, gangrené et paralysé par le “pouvoir occulte” ou
le “gouvernement parallèle” des extrémistes tutsi, il porte la responsabilité
des conséquences de cette épuration ethnique qui ne peut que “favoriser et
institutionnaliser” l’Impunité au Rwanda. En effet, suite à leur part de
responsabilité dans le génocide rwandais et au volume impressionnant des crimes
qu’ils ont continué de commettre depuis leur victoire en juillet 1994, ils
n’avaient plus d’autres choix que de s’assurer l’impunité dont ils ont besoin,
par la mise en place d’un Système judiciaire parfaitement contrôlable et qui
leur est totalement dévoué. Pour ce faire, ils ont assassiné, fait disparaître
et/ou emprisonné illégalement et arbitrairement des magistrats hutu honnêtes.
Simultanément, en plus des lois et procédures judiciaires qu’ils viennent
d’imposer au peuple rwandais, ils ont réussi à faire nommer des magistrats de
leur seule obédience. Ces magistrats à
majorité tutsi ont été d’abord formés au rabais, avant d’être affectés à des postes-clés et précis au sein de
la Magistrature Rwandaise, pour mieux protéger et servir les intérêts d’un petit
noyau d’extrémistes tutsi qui ont besoin de s’assurer l’impunité de leurs
crimes. C’est ainsi qu’ils viennent de priver le
peuple rwandais d’une justice sereine et équitable; et d’écarter toute solution
de transparence, de neutralité et d’équité que des rwandais de bonne volonté
avaient souhaitée. L’assistance judicaire massive, qui avait été
initialement envisagée par le “gouvernement officiel” mis en place le 19 juillet
1994 et publiquement sollicitée auprès de la Communauté Internationale lors de
la Conférence de La Haye en Octobre 1994, a été rejetée par le “pouvoir occulte”
des extrémistes, sous prétexte de la “souveraineté nationale”. Pourtant en
refusant l’offre d’assistance internationale en magistrats étrangers, ce “gouvernement parallèle” n’a pas hésité à
conclure des accords d’assistance militaire avec des grandes puissances; ce
qui lui permet d’envahir ou d’intimider des pays de la région des grands lacs.
Or, sans une Magistrature indépendante et capable de créer les conditions
nécessaires à une véritable et durable réconciliation nationale, toute solution
de paix durable est compromise non seulement au Rwanda, mais aussi dans la
région des Grands Lacs.
L’épuration ethnique a été réalisée
progressivement et sûrement:
Tout a commencé en Septembre 1994 lorsque les cris s’élevèrent de partout
parce que les personnes élargies par la Chambre du Conseil du Tribunal de
Première Instance de Kigali ont été soit assassinées sitôt après avoir été
libérées, soit portés disparus ou ont été reprises par des militaires en tenue
civile. Certains détenus libérés ont été repris directement devant la prison de
Kigali ou réarrêtés chez eux par des militaires en uniforme et/ou séquestrés
dans les camps militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise
(APR).
A l’époque, l’appareil judiciaire avait été complètement saigné par les
massacres et l’exil de magistrats hutu et tutsi. Seuls quelques agents du
personnel judiciaire restés dans le pays constituaient l’embryon de ce qui
allait devenir prochainement le Système Judicaire. Cet embryon aidait à prendre
quelques mesures provisoires urgentes mais surtout il allait aider à
l’encadrement du personnel qui allait être recruté.
C’est dans ces circonstances que le 5 octobre 1994, Mr Gratien
RUHORAHOZA, jeune magistrat sorti quelques années auparavant de l’Ecole
Nationale de la Magistrature de Paris (France) disparaissait suite à son
enlèvement par des éléments en tenue militaire qui l’ont pris chez lui vers 23
heures. Les recherches infructueuses furent menées et jusqu’aujourd’hui sa
famille et ses enfants attendent toujours de revoir leur
Père.
Vient alors l’époque des candidatures pour la Cour Suprême. Beaucoup de
magistrats présentis furent calomniés et certains d’entre-eux furent obligés de
se retirer de la compétition suite aux menaces et pour satisfaire les magistrats
ambitieux et dévoués au régime en place. Un de ces candidats, HABIYAMBERE
Antoine a tenté sa chance auprès du Tribunal Pénal International pour le Rwanda
mais les menaces continues ont fini par l’obliger à sortir du pays.
Au même moment des recrutements se sont faits massivement pour la
formation des Inspecteurs de police judicaire, de magistrats non juristes, de
candidats substituts et greffiers. Beaucoup d‘éléments de l’ethnie hutu,
particulièrement les meilleurs, furent retirés des formations et emprisonnés
illégalement et arbitrairement. Nous pouvons citer:
- Inspecteur de Police Judiciaire (IPJ)
Jean Baptiste DUSENGIMANA
-
“
“
“
“
Albert NDAYISHIMYE
-
“
“
“
“
François MUSONI
-
“
“
“
“
Ephron GATERA
-
“
“
“
“
Charles NIYOMUGABO (de Gitarama)
-
“
“
“
“
Malachie IYAMUREMYE (de Cyangugu)
-
“
“
“
“
Védaste AHISHAKIYE (de Gikongoro)
-
“
“
“
“
David NIYITEGEKA (de Gitarama)
-
“
“
“
“
Emmanuel NIYIBIGIRA (de Gitarama)
En même temps le Ministre de la Justice nomme parmi les substituts en
place ceux qui devaient assumer les fonctions de Procureurs ad intérim. Ils
l’apprennent par les ondes de la Radio Nationale, mais ils furent du coup la
cible de leurs détracteurs que ce soit à Butare ou à Kibuye. Par exemple
pour:
1) Parquet de la République près le
Tribunal de Première Instance de Butare:
- Le Premier Substitut Jéremie est arrêté
à Butare alors qu’il allait diriger ce Parquet;
- Son collègue le Premier Substitut Enoch
NIYOMUGABO nommé pour le remplacer est à son tour arrêté;
- La troisième nomination du Substitut
Callixte GATSIMBANYI n’a pas eu d’effet car ce dernier préféra “rester chez lui
à la maison” au lieu d’aller se faire emprisonner
gratuitement;
- Pour la quatrième nomination le
Ministère proposa le Substitut Ferdinand MBERA qui refusa d’y aller mais préféra
d’être nommé Procureur ad intérim à Gitarama (ce qui ne lui épargnera pas non
plus des tracasseries de tout genre);
- Le Substitut du Procureur Célestin
KAYIBANDA fut affecté à
Butare en décembre 1994 pour y avoir vécu et travaillé. Il accepta le poste de
Procureur a.i. près le Parquet de Butare et manifesta son intention de
travailler en toute indépendance et surtout de tempérer l’ingérence des
militaires dans le travail de l’appareil judiciaire. Une année et demie après,
soit le 2 mai 1996, il fut arrêté et emprisonné illégalement et arbitrairement
par les gendarmes de la Brigade de Butare sur l’instigation du Colonel KADAFI,
Commandant du Secteur militaire de Butare-Gikongoro-Cyangugu. Plutard, le
Procureur Général près la Cour d’Appel de Nyabisindu, Mr KABANDA, un des
magistrats dévoués au “pouvoir occulte” a tenté plusieurs fois de lui coller en
vain “le crime de génocide”. Néanmoins, il croupit toujours à la Prison de
Nyabisindu avec un dossier “vide mais rempli” de faux témoignages fabriqués par
les “syndicats de délateurs” créés et manipulés par le “pouvoir occulte des
extrémistes tutsi.
- Le Président a.i. du Tribunal de Première
Instance de Butare, Bernard NIKUZE, fut abattu de deux balles dans le dos devant sa
porte dans la soirée du 30 août 1995 vers 19h en rentrant de son travail. Les
responsables militaires auraient prétendu qu’il fut tué par un bandit (autrement
non identifié) qui venait de leur échapper dans la soirée
même.
- Dans les communes de Butare, les bourgmestres révoquent les IPJ à
l’exemple de la commune Ruhashya alors qu’ils n’ont rien à voir avec
l’admnistration communale ou le Minstère de l’Intérieur. Ces querelles avaient
pour origine le conflit de compétences mais plus précisément l’ingérence des
responsables administratifs dans l’appareil judiciaire.
2) Parquet de la République de NYAMATA près le
Tribinstance de Nyamata:
- Le Premier Substitut du Procureur près le
Parquet de Nyamata, Mr Daniel
SHUMBUSHO fut
également arrêté à Kigali début 1995. C’est dans ce courant que le Procureur de
la République à Kigali, François-Xavier NSANZUWERA, s’est exilé en Belgique
suite aux menaces nocturnes des militaires dans sa résidence sise à Rugunga
(Ville de Kigali).
3) Parquet de la République de Rushashi près le
Tribinstance de RUSHASHI)
- Le Chef du Parquet, le Substitut Floribert HABINSHUTI a
été tué le 7 juillet 1996 vers 19h45 dans une ambuscade tendu à son véhicule par
des hommes armés. Il est mort avec sa femme, ses deux enfants, ses trois parents
et d’autres personnes qui étaient dans son véhicule. Le bilan s’éleva à Treize
morts car il n’y a pas eu de survivants. Dans la même soirée du 7 juillet le
Bourgmestre de Rushashi Vincent Munyandamutsa a été tué aussi dans une ambuscade
lui tendu vers 18h30 à 3 Km de son domicile et à 300 mètres du Bureau communal.
Toujours dans la même soirée du 7 juillet, le Directeur de l’Ecole Secondaire de
Rwankuba, Bwanacyeye Laurent, a été tué avec 3 autres personnes dans une autre
ambuscade tendue non loin de là en Commune RUSHASHI. Le Capitaine de l’APR
Gakwerere, qui avait partagé un verre de bière avec le Substitut Habinshuti
Floribert a été soupçonné par les enquêteurs indépendants qui se sont rendus sur
les lieux des trois attentants qui ont fait au total 18 morts parmi les hautes
personnalités de cette commune.
4) Parquet de la République de
KIGALI (près le
Tribunal de Première Instance)
- Le Substitut J.Baptiste SIBOMANA est battu par des
militaires en patrouille
à Kigali en février 1996 et garda le lit plusieurs
semaines.
- Le Substitut Silas MUNYAGISHALI qui était Procureur
a.i. du Parquet de Kigali
a été arrêté illégalement et arbitrairement par les militaires en février 1996.
D’abord sous l’inculpation de “corruption” puis comme “génocidaire” parce qu’il
voulait libéré les agents de cadre de la Banque Nationale du Rwanda qui ont été
arrêtés abusivement par les militaires de l’APR. Les “syndicats de délateurs”
auraient dit qu’il avait tenu une barrière et un fusil.
- Le Substitut J.Berchmans MUSERUKA est arrêté
abusivement en juin 1996.
- Le Directeur de la Prison Centrale de
KIGALI échappe de justesse à la prison que lui destinait ses détracteurs, parce
qu’il avait accepté que les prisonniers malades reçoivent le régime alimentaire
prescrit par le médecin et autorisé par le Ministre de la
Justice.
- Le juge
GATERA du Tribunal de Première Instance de Kigali fut suspendu début 1996 pour une durée
indéterminée avant d’être réintégré.
- Le Conseiller près le Conseil d’Etat, François-Xavier NDEZE, dont la maison avait été spoliée deux
ans durant par des militaires, se sentait menacé tout en continuant son
travail;
- Le Premier Substitut MUNYANSANGA J.Damascène du Parquet de
Kigali a été assassiné
par les troupes du Front Patriotique dans leur camp de Kinazi (com.Mugina) en
Juillet 1994.
- Le Président du Conseil d’Etat, Vincent NKEZABAGANWA, a été
assassiné chez lui dans
la soirée du 14 février 1997 à Gisozi (Kigali-ville) par des hommes armés en
tenue militaire. Il a été tué en même temps avec trois autres personnes qui
étaient chez lui, à savoir:
- Ngoga Alphonse, agent au Bureau du Premier Ministre
Rwandais;
- Gasana, chauffeur au Ministère du Commerce qui venait laisser son
véhicule chez lui;
- Kamali “alias Rubare” qui était gardien de nuit de Vincent
Nkezabaganwa.
Les militaires de l’APR, qui sont
intervenus tardivement et qui se sont proposés de le conduire à l’hôpital, ont dû l’achever parce qu’il n’avait pas été
gravement blessé. Il avait été touché à la cuisse, au bras et légèrement sur
le ventre près des côtes. Quand sa femme se rendit quelques instants plutard au
Centre hospitalier de Kigali, elle fut très surprise d’apprendre que son mari
est mort et que le corps se trouvait déjà à la morgue. Elle a constaté que le
cadavre de son mari était tout nu et qu’il avait été fendu à la hauteur de la
poitrine. Quand elle a réclamé les habits que son mari portait, elle n’a pas pu
les obtenir jusqu’à ce jour.
Tribunaux de Première Instance et de Canton de
Kigali-rural et Byumba:
- Le juge du Tribunal de Canton de la Commune
TARE (KIGALI-rural), MAHIRYOLI a été assassiné chez lui
dans la nuit du 10 mars 1996. Sa femme, son petit-fils et ses deux domestiques
ont été tués en même temps.
- Le Président du Tribunal de Canton de la commune
RUTONGO (Kigali-rural), Jean Paul
MBUGULIZE a été assassiné dans
la soirée du 21 janvier
1997 autour de 19 heures. Des personnes armés non identifiées se sont présentées
chez lui le soir, l’ont enlevé et le lendemain son cadavre fut trouvé dans la
nature par ses enfants.
- Le juge du Tribunal de Canton de la commune
MURAMBI (Byumba), André MVUMBA a été blessé avec sa
femme Cathérine Mukamusoni par deux grenades qui ont été lancées dans leur
chambre à coucher par des inconnus dans la soirée du 20 mai 1996. Il ne s’agit
pas d’infiltrés hutu, car il n’y a pas d’infiltrations des interahamwe en
préfecture de Byumba.
- La juge du Tribunal de Première Instance de
Kigali, Mme KAMBABAZI
Donathille a été
arrêtée arbitrairement fin 1996. Son mari Grégoire Kayinamura et sa fille Auda
avaient été tués par les soldats du FPR dans la Zone occupée par le FPR à Byumba
en Avril 1994. Son fils, Robert Kayinamura qui s’était fait enrôlé dans les
troupes du FPR est porté lui aussi disparu. Son arrestation aurait pour objectif
d’intimider les rescapés hutu à réclamer la justice pour les membres de leur
famille assassinés dans la zone de Byumba occupée par le
FPR.
- Le Conseiller à la Cour d’Appel de Kigali, BUGILIMFURA Sylvère a été arrêté arbitrairement après son
retour des camps de réfugiés du Zaïre en novembre 1996. D’abord détenu chez lui
en commune Musasa, on ignore où il serait détenu
actuellement.
5) Parquet de la République près le Tribunal de
Première Instance de KIBUYE:
- L’Inspecteur de Police Judiciaire qui dirigeait
le parquet de Kibuye fut lui aussi arrêté début 1995 sur instigation du Commandant
militaire et du Préfet de Kibuye, Assiel KABERA. Il lui est reproché de vouloir
faire libérer les prévenus “suspects du génocide” sur lesquels aucun indice
sérieux de culpabilité ne pèse.
- Lorsqu’il fut nommé et affecté au
Parquet de Kibuye, le Substitut du Procureur Floribert HABINSHUTI refusa d’aller
à Kibuye. Au lieu d’aller se faire assassiner ou emprisonner à Kibuye il choisit
d’être sanctionné pour cette insubordination. Il fut suspendu avant d’être
affecté comme Chef du Parquet de la République près le Tribunal de Première
Instance de Rushashi. Il sera assassiné le 7 juillet 1996 avec sa femme et ses
deux enfants.
- Le 2 mai 1996, le Procureur Fidèle MAKOMBE et l’IPJ BINOMBE du Parquet de la République de Kibuye ont été
tabassés par le Capitaine Joseph Rukwakwa, sous l’instigation du Préfet de
Kibuye, Assiel Kabera, qui ne comprenait plus pourquoi le Parquet refuse
d’arrêter des citoyens innocents qu’il tenait absolument à faire jeter en
prison.
- Selon le journal des extrémistes tutsi
ISONGA n°3 du ...........à la page 17, les rescapés tutsi des commune KIVUMU et
BWAKIRA (Kibuye) auraient fait des “manifestations” pour dénoncer le Procureur
Fidèle MAKOMBE. Ils répètent cela dans leur “griefs” contre le nouveau Juge
Président du Tribunal de Première Instance de Kibuye.
- L’IPJ Uzziel est contraint de déserter et de
fuir Kibuye pour se
réfugier à Kigali
- Chantage et persécution contre BUSHENGERO
Charles, nouveau
Président du Tribunal de Première Instance de Kibuye. D’après le journal ISONGA
n°3 à la page 16 et 17). Ce journal affirme avoir eu un entretien avec les “habitants” de trois cellules du Secteur
NGOMA, commune Kivumu, à savoir: Rugaragara, Nyagihamba et Nganzo. Ils se plaignaient de ce que Mr BUSHENGERO
Charles a été nommé Juge-Président du Tribunal de 1ère Instance de Kibuye par le
décret-loi qui a nommé les juges récemment. Voici un résumé de leur
plainte:
a) Depuis 1973 jusqu’en 1981, Mr Bushengero Charles
a été bourgmestre de Kivumu, tandis que son grand frère Mpakaniye fut conseiller
du Secteur Ngoma. Quand il était Bourgmestre il aurait été caractérisé par le
squattage des biens immobiliers de tutsi tués en 1973 selon un long “rapport du
nouveau Bourgmestre”.
b) Pendant le multipartisme, il était comptable de
la préfecture Kibuye et aurait été membre et porte-parole du parti CDR. Ici ils
vont jusqu’à citer le nom de son épouse: Mukandereya Thérèse qui participa à un
meeting de 3 personnes!!
c) Ils accusent le Juge Président Charles d’avoir
dirigé, en compagnie de l’ex-Préfet de Kibuye KAYISHEMA Clément, une réunion le
13 Mai 1994 à Bwakira pour “inciter la population” à ne pas cacher les tutsi. Ca
serait suite à cela que plusieurs personnes (dont les noms sont cités) ont été
tués dans le secteur Ngoma et Nganzo.
d) Au domicile du Juge-Président Bushengero Charles,
les “habitants” affirment qu’il y aurait un fosse commune contenant 6 cadavres
(dont un certain Kayigi, deux religieux (diacres) dont les noms sont inconnus.
Que chez son grand frère Mpakaniye en détention pour avoir tué Appolinaire
Kagorora, on y aurait déterré 8 cadavres dont Mme
Bunyuguri.
e) Ces “habitants” mettent en cause aussi le Bourgmestre de
Bwakira, Moïse Ndemeye, qui a accordé à Mr Bushengero Charles une attestation de
bonne conduite, vie et moeurs, alors qu’il est accusé d’avoir participé au
génocide.
Le Centre estime que le Juge-Président Bushengero Charles n’a pas
été nommé sans avoir fait l’objet d’une enquête minutieuse de la part du
DMI!! Il convient de se demander où se trouvait ce “syndicat de détracteurs”
qui l’attaquent après sa nommination. Ou bien s’agit-il de son indépendance
qu’il affiche vis-à-vis de ses rescapés tutsi qui n’arrivent pas à se servir
de lui pour continuer de faire jeter “des hutus innocents” dans les
prisons-mouroirs du Rwanda.
6) Parquet de la République près le Tribunal de
Première Instance de GISENYI:
- L’Inspecteur de Police Judiciaire (IPJ) NTAMBARA qui dirigait le Parquet de Gisenyi fut arrêté
début 1995, sous prétexte qu’il voulait faire libérer des détenus
innocents.
- L’IPJ Innocent NTAHONDI de la commune KAYOVE
fut assassiné le 23 Mars
1996 par des militaires de l’APR (dont un nommé Prudence) à Kayove. Il fut
fusillé en compagnie de l’IPJ BUSOMOKE qui a survécu et fui la région de Gisenyi
pour sa sécurité.
- L’IPJ
Emmanuel NIYONTEZE fut assassiné à Gisenyi début 1996.
- Au Parquet de Kigali, des rumeurs de
déchirer les dossiers des prévenus sont faussement imputés à deux Substituts
hutu par les militaires. Faute de preuves, le Ministrre de la Justice préfère
les muter l’un au le Parquet de Gisenyi et l’autre au le Parquet de
Kibuye.
- Le Substitut Léonard MUKESHIMANA, muté comme
Procureur a.i. près le
Parquet de Gisenyi se débrouille tant bien que mal à Gisenyi, mais son dossier
est quotidiennement sali par un agent du Parquet qui a l’ambition de postuler ce
poste de Procureur de la République.
7) Parquet de la République de
CYANGUGU (près le
Tribunal de Première Instance):
- Le Premier Substitut du Procureur, Viateur NYANDWI, qui fut affecté comme Procureur a.i., parvint à
entretenir un climat de collaboration avec les militaires qui s’ingéraient
gravement dans son travail de magistrat. Mais cela n’a pas empêché que sont
frère fut arrêté illégalement et arbitrairement par les militaires. Il fut
tellement battu qu’il mourut en prison.
- Le Procureur a.i.Viateur Nyandwi échappa
lui-même à un tueur en uniforme militaire qui lui braqua un pistolet à la tempe
sans explication. Il n’a eu la vie sauve que grâce à sa fuite spéctaculaire et
aux passants qui ont obligé l’assassin à attendre qu’ils finissent de
passer!
- Pour le Procureur a.i. la menace était
alors proférée clairement et à haute voix. Il ne fallait plus penser à libérer
des détenus innocents.
- Dans la nuit du 26 Octobre 1995, l’Inspecteur de
la Police Judiciaire de Gishoma, EPAPHRODITE, fut assassiné chez lui avec trois autres personnes dont le
Greffier du Tribunal de Canton de Gishoma. Son domestique, qui avait reconnu
parfaitement un des agresseurs comme étant un soldat qui faisait partie d’un
petit détachement militaire de l’APR situé non loin de là, fut achevé par ces
mêmes militaires au moment où les voisins l’évacuaient vers le Centre de Santé
de Mushaka. Lors de l’enquête, le petit frère de l’IPJ tué aurait également
affirmé que le groupe de militaires qui a attaqué la résidence de l’IPJ faisait
bien partie du petit détachement en cantonnement à la commune Gishoma. Les
militaires qui procédaient à l’enquête ont refusé de prendre en compte son
témoignage, jugé irrecevable, suite à ses liens de parenté avec l’IPJ
assassiné.
- A cette époque, quatre IPJ fraîchement sortis de la
formation ont été aussi
arrêtés sans explication satisfaisante à Cyangugu.
- Le Juge du Tribunal de Première Instance de
Cyangugu, Védaste
HABIMANA a subi de
multiples interrogatoires illégales destinées à l’intimider par la Gendarmerie
de Cyangugu
Arrestations et détentions illégales et
arbitraires de magistrats hutu:
Voici la liste des magistrats qui à titre illustratif étaient détenus
arbitrairement et illégalement en date du 20 juin 1995. Les 16 premiers avaient
été provisoirement libérés par une commission gouvernementale de triage,
composée d’un représentant du Parquet Général près la Cour Suprême, d’un représentant du Ministère de la
Défense et celui du Service Central des Renseignements. Tous les magistrats
détenus sont généralement accusés d’avoir participé au “génocide de 1994”. Comme
nous l’avons évoqué plus haut, certains magistrats, libérés par cette
commission, ont été réarrêtés par des militaires sans en aviser le Ministre de
la Justice si bien que plus de la moitié de ceux qui figurent sur la liste,
ci-après, croupissent encore en prison:
Nom et Prénom
Fonction:
Lieu
d’affectation:
1. MURAGIZI Etienne
Juge de Canton
RUNYINYA (Butare)
2. MUSIRIKARE Paul
Président de Canton
HUYE (Butare)
3. NYILINKWAYA Gervais
Juge de Canton
NYABISINDU (Butare)
4. MUKURALINDA Jean
Juge du Tribinstance
NYABISINDU (Butare)
5. NYAMULINDA Fulgence
Juge de Canton GITI
(Byumba)
6. MUNYANSHONGORE Vianney
Juge de Canton
KAMEMBE (Cyangugu)
7. SIBOMANA Vianney
Président de Canton
GISOVU (Kibuye)
8. NKUNDIMFURA Anaclet
Conseiller C.Appel
NYABISINDU (Butare)
9. SEKAZIGA Wenceslas
Président de Canton
MUSAMBIRA (Gitarama) *
10. HABIYAMBERE Thadée
V/Prés. Tribinstance
KADUHA (Gikongoro)
11. NYANDWI Denis
Juge de Canton
RUHASHYA (Butare)
12. HABONIMANA J.Baptiste
Président de Canton
MUSEBEYA (Gikongoro)
13. MUNYENTARAMA Paul
Juge de Canton
MARABA (Butare)
14. KAYIKIRE Abdon
Juge de Canton
RUTONDE (Kibungo)
15. SEBULIKOKO Jéremie
Juge de Canton
MUKINGO (Ruhengeri)
16. NTAHORUGIYE J.Baptiste
Juge de Canton
NYAMUTERA (Ruhengeri)
17. BIRETE Guillaume
Juge de Canton
NKULI (Ruhengeri)
18. NGILINSHUTI Théoneste
Président de Canton
GISUMA (Cyangugu)
19. NIKWIGIZE Marcellin
Président de Canton
RUNYINYA (Butare)
20. NIYOMUGABO Enoch
Premier Substitut
MUNINI (Gikongoro)
21. NSABIMFURA Jéremie
Premier Substitut
NYANZA (Butare)
22. BIPFUBUSA Faustin
Juge de Canton
GAFUNZO (Cyangugu)
23. KABALISA Faustin
Juge de Canton
TAMBWE (Gitarama)
24. MWUMVANEZA Juvénal
Juge de Canton
BICUMBI (Kigali-rural)
25. MUKANYANGEZI Josepha
Juge du Tribinstance
KIGALI (P.Ville de Kigali)
26. SHUMBUSHO Daniel
Premier Substitut
NYAMATA (Kigali-Rural)
27. BURANGA Jean
Juge de Canton
MWENDO (Kibuye)
28. NGOBOKA André
Juge de Canton
GISOVU (Kibuye)
29. KAMUGENGA J.d’Amour
Président de Canton
BWAKIRA (Kibuye)
30. NAKABONYE André
Juge de Canton
BWAKIRA (Kibuye)
Conclusions:
Malgré le besoin criant en
personnel judiciaire, il a été constaté que des extrémistes tutsi, dans leur
élan de mettre en place un appareil judiciaire qui leur soit favorable, n’ont
pas du tout envie de reprendre les agents judiciaires qui ont travaillé sous
l’ancien système. Ils inventent alors des crimes pour pouvoir se débarasser
d’eux. Il devient de plus en plus clair que les magistrats de l’ancien système
sont exclus. En juin 1995, plus de 40 magistrats hutu étaient emprisonnés
suite à cette épuration. Un tiers aurait été libéré et affecté dans
certaines juridictions. Ces magistrats sont traumatisés, terrorisés et
incapables de travailler en toute indépendance, suite à l’ingérence militaire.
Sur 100.000 détenus, 85% n’ont pas de dossiers!!
C’est dans ce climat de terreur
totale que des procès pour juger les personnes présumés coupables du génocide
ont commencé. Bien qu’ils se déroulent en public, on ne peut pas dire qu’ils
sont pour autant équitables et transparents. Il a été constaté surtout une
carence pour la défense des présumés génocidaires parce que même les avocats qui
auraient pu les défendre n’osent pas le faire par peur des représailles des
militaires et des extrémistes tutsi.
AVRIL 1997.
CENTRE
DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE
ET
L’INJUSTICE AU RWANDA
BP 2
- Molenbeek 4
Bruxelles, le 14 mai
1998
1080
BRUXELLES -
Tél/Fax: 32.10/81.58.17
NOTE
POUR INFORMATION
1) Arrestation et disparition de Mr Fidèle
UWIZEYE, Témoin à décharge du TPIR:
Mr Fidèle UWIZEYE est un ancien Préfet de GITARAMA. Récement, il a été cité et entendu, par le
Tribunal Pénal International pour le Rwanda, comme témoin à décharge dans le procès de
l’ex-Bourgmestre de TABA, Jean Paul AKAYESU.
Mr Fidèle UWIZEYE a été arrêté le
1er Mai 1998 aux environs de 17 heures à son domicile à Kimihurura. Il est
un agent du Ministère de l’Intérieur, du Développement Communal et de la
Réintégration sociale (MININTER).
Il était chargé de la Direction du Développement
communal. Notons également qu’il fut Préfet de la Préfecture GITARAMA avant la
tragédie d’avril 1994.
Le jour où il a été arrêté, c’est un jour férié (fête du travail). Son arrestation était dirigée par le Major
MCUMU Augustin G2 de la Gendarmerie nationale. Il a été conduit à la Brigade
de Remera où les membres de sa famille lui ont apporté de la
nourriture.
Depuis le 5 mai 1998, il aurait
été transféré dans un endroit jusqu’ici inconnu. Mais la famille a continué à
apporter de la nourriture qui était acceptée jusqu’au 9 mai 1998. Les objets qu’il utilisait ont été rendus à
la famille : lunettes, savons, brosse à dents, essuie-mains. Lorsque
l’épouse de Mr Fidèle Uwizeye a voulu savoir le lieu de transfert de son mari,
la réponse était qu’il a été transféré ailleurs pour sa sécurité, mais aucun
gendarme n’a voulu lui révéler dans quel endroit son mari aurait été
conduit.
Lorsque son épouse a continué d’insister
auprès de la Brigade de REMERA pour s’informer du lieu de détention de son
mari, il lui a été signifié qu’elle ne devait plus
se présenter à la dite Brigade et surtout qu’elle ne devait plus mettre ses
pieds dans la zone contrôlée par cette Brigade.
L’épouse de Mr Fidèle UWIZEYE supplie et implore toute personne pouvant
lui venir en aide, ne fut-ce que pour lui permettre de connaître le lieu de
détention de son mari
Voici certaines hypothèses sur cette
disparition
:
a) Mr Fidèle UWIZEYE avait été témoin à décharge dans le procès de l’ex-bourgmestre Jean Paul
AKAYEZU devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR)
d’Arusha en Tanzanie. Selon les extrémistes tutsi, il serait considéré comme un complice des
génocidaires, puisqu’il a accepté de défendre un présumé coupable du
génocide.
b) Il serait soupçonné d’avoir participé au génocide
sur dénonciation d’un certain MUPAGASI Fidèle, commerçant à GITARAMA et Madame
ESPERANCE, épouse d’un Sous-Préfet à Gitarama. Ces derniers seraient soutenus
par Mr Théoneste MUTSINDASHYAKA, Secrétaire Général au Ministère de l’Intérieur
et du Développement Communal (MININTER).
Pour que cette accusation puisse avoir du poids,
on aurait découvert des tracts écrits
sur la machine de la Direction dirigée par Fidèle UWIZEYE au
MININTER.
c) Mr Fidèle UWIZEYE avait été proposé pour être
Consultant du Jumelage-Coopération, poste
convoité par ses collègues qui avaient déjà prédit son emprisonnement. Ces
collègues jaloux disaient qu’il reçoit beaucoup d’Ordres de mission pour
travailler à l’extérieur. Ils croient qu’il est ainsi choyé par les
personnalités influentes de son ethnie HUTU.
2) Arrestation de Mr SINDWANIRUBUSA
Léonard:
Le cas de Mr Léonard SINDWANIRUBUSA nous a été signalé aussi. Il
travaille lui aussi au Ministère de l’Intérieur et du Développement
Communal.
Il a été arrêté le 7 mai 1998 par les militaires qui lui ont présenté un
mandat d’amener aux environs de 6 heures du matin à son
domicile.
Il est chargé de la Division des Finances Communales au sein de ce
Ministère. Il a été conduit à la Brigade de Remera où les amis lui ont apporté
de quoi manger. Les membres de sa famille ne peuvent pas s’occuper de lui, car
ils sont dans la Commune NYAKABANDA, préfecture GITARAMA. Quant à lui, il est
encore célibataire. Aucune personne n’a le droit de le voir sous
prétexte qu’il n’est pas encore interrogé, d’après les agents de la
Brigade de Remera. Les motifs de son arrestation ne sont pas encore
connus.
3) Arrestation de Mr Antoine BIZIMANA,
ancien Directeur de Cabinet à
la Primature:
Mr Antoine BIZIMANA, ancien Directeur de Cabinet à la Primature a été
arrêté. Il est accusé d’avoir participé au génocide. Son arrestation a été ordonnée par le
Procureur de la République à Butare, Mr NGOGA Martin, qui a déclaré que le
procès d’Antoine commençerait dans moins de 3 semaines. Il aura fallu deux
ans d’enquête avant que Antoine BIZIMANA soit arrêté, a-t-il dit. Le Centre
rappelle que son cas a défrayé la chronique de tous les nouveaux médias de la haine qui ont revu
le jour au Rwanda depuis plus de deux ans.
En effet, Mr Antoine BIZIMANA avait été arrêté pour la première fois le
29/10/1995, deux mois après qu’il fut nommé Directeur de Cabinet de l’actuel
Premier Ministre Pierre Célestin RWIGEMA. Il était allé assisté dans sa commune
d’origine de MBAZI (à Butare) aux cérémonies d’inhumation des victimes du
génocide.
Après les cérémonies, un groupuscule de veuves
tutsi s’est précipité sur Antoine et l’ont pris « au collet » en lui demandant «où
as-tu mis nos maris où as-tu mis nos membres de famille?. D’autres
criaient « le voilà, le voilà! ». Les forces de sécurité sont
intervenues et ont emmené Antoine dans leur campement situé près du bureau
communal de Mbazi. Quatre femmes se sont acharnés sur lui en faisant des
déclarations si contradictoires que les militaires furent obligés de les
chasser. Depuis des interrogatoires, se sont succédées sur place même.
Mr Antoine BIZIMANA fut interrogé par une dizaine d’individus, qui
prétendaient qu’ils allaient enquêter mais qui ne revinrent plus. Vers 6h du soir, un capitaine de l’Armée est
venu le conduire à Tumba chez le Lt Colonel KADAFI Kazintwali, commandant du
secteur militaire de BUTARE à cette époque. Lorsque l’ancien Procureur a.i.
près le Parquet de Butare, Célestin KAYIBANDA, proposa de le loger à l’Hôtel
IBIS de Butare, le Lt Colonel KADAFI prit la décision de donner à Bizimana une
escorte militaire jusqu’à son domicile à Kigali. D’après les deux rapports d’enquête du
Procureur de Butare, il ressort qu’aucun témoin n’avait chargé Antoine Bizimana
dès le début des enquêtes en commune MBAZI.
Selon les rapports d’enquête du Procureur Célestin KAYIBANDA du 1/11/95
et du 7/11/95, aucun témoignage parmi
ceux qui avaient été déposés depuis juillet 1994 n’a pu établir la
responsabilité d’Antoine BIZIMANA dans le génocide rwandais. Un troisième
rapport du 6/6/95 émanant du Dr Alexandre RUCYAHANA, réfugié actuellement en
Belgique, explique qu’il n’a jamais vu ou entendu une éventuelle participation
d’Antoine dans les massacres, mais que ce dernier a été vu en compagnie des
principaux chefs miliciens dans cette région comme les célèbres tueurs
Rekeraho Emmanuel et Habyalimana Joseph. Ce rapport n’accuse nullement
l’intéressé. Dans son rapport du 23/02/1996, le Dr Alexandre met en doute
l’innocence d’Antoine BIZIMANA alias Mabuye. Ce rapport exige que l’intéressé soit
contraint d’expliquer tout ce qu’il a vu et son comportement, mais il ne
l’accuse pas.
Selon le rapport du Service des Renseignements Civils du 30/01/1996, de
tous les témoins et habitants interrogés dans cette région, personne n’a mis en
cause le Directeur de Cabinet de l’actuel Premier Ministre Pierre Célestin
RWIGEMA. Par contre, tous les témoins
accusent le petit frère d’Antoine, Joseph Habyalimana, d’avoir participé au
génocide.
D’après des éléments recueillis par le Service des Renseignements, Antoine BIZIMANA serait victime d’une
machination montée par Mr Anastase GASANA (actuel Ministre des Affaires
Etrangères) et le Député SAFARI qui s’acharnent depuis longtemps contre
Antoine et son épouse Marie Claire Mukasine, Secrétaire Générale du Ministre du
Genre, de la Famille et des Affaires sociales (MIGEFASO), Aloysie
INYUMBA..
D’après le rapport du 15/07/1996 du Procureur Général près la Cour
d’Appel de NYABISINDU (Butare), Charles KABANDA, il est stipulé que des témoins
résidant à Gihindamuyaga et Kibabara suivants ont été interrogés: Umulisa Agnès, Butera Marie, Muyoboke Félicien et Nyiramukamisha Marcella. Ce sont ces derniers qui
accusent Antoine BIZIMANA d’avoir commandité et tenu des réunions préparant les
massacres. Ils l’accusent aussi d’avoir commandé les groupes de tueurs, et qu’il
a lui-même tué de ses propres mains. Ce rapport conclut en recommandant
l’arrestation et l’emprisonnement immédiats d’Antoine.
D’après un second rapport du Service des
Renseignements Civils, qui ont effectué une contre-enquête après la
publication de celui du Procureur Général Charles KABANDA, les
interrogatoires des témoins ont révélé que personne n’a entendu ou constaté la
participation aux massacres de Mr Antoine
BIZIMANA. Rappelons que ce Procureur général s’est refusé à tout
commentaire, lorsque certains journalistes lui ont demandé son avis sur les
critiques faites par l’intéressé sur ce rapport du Parquet Général de Nyabisindu
qui l’incriminait.
Le Centre rappelle que parmi les accusations portées contre l’ancien
Procureur a.i. Célestin KAYIBANDA, figure le fait qu’il n’a pas voulu condamner
des personnes accusées injustement par les « Syndicats de délateurs » appuyés
par certains militaires. Pour avoir exigé l’indépendance du Parquet
vis-à-vis de l’Armée, le Lt Colonel KADAFI a fait emprisonné le Procureur
CELESTIN le 2/5/1996, avec le concours du Procureur Général de
Nyabisindu. Ce dernier est un des nombreux pions que le « pouvoir occulte » a placé
dans la Magistrature, dans le cadre du
noyautage criminel qui permet aux chefs militaires extrémistes de s’assurer le
contrôle et la paralysie du Système judicaire
rwandais.
Son épouse, MUKASINE Marie Claire, assure la fonction de Secrétaire
Générale au Ministère du Genre, de la Famille et des Affaires Sociales
(MIGEFASO). Le Centre rappelle que Marie Claire avait été proposée par l’ancien
Ministre de la Justice, Alphonse Marie NKUBITO, à la Présidence de la Cour
Suprême. Mais sa candidature aurait été boycottée par les députés extrémistes.
Rappelons que cet ancien Ministre de la
Justice et Président de l’Association Rwandaise pour la Défense des Droits de
l’Homme (ARDHO) fut retrouvé mort mystérieusement dans son lit dans la matinée
du 13 février 1997. Sa mort fut suivie le 14/03/97 dans la
soirée par l’assassinat du Président du Conseil d’Etat, Vincent NKEZABAGANWA, par un groupe d’hommes armés
soupçonnés d’être des agents de la Surêté militaire (DMI). Blessé légèrement d’abord, il fut achevé
par les militaires de l’APR qui s’étaient proposés pour le conduire au Centre
Hospitalier de Kigali. En effet, il n’avait pas été atteint mortellement
pendant l’attentat qui a fait trois morts chez lui à GISOZI dans
Kigali-ville (son visiteur, son gardien de nuit et un chauffeur qui y laissait
son véhicule tous les soirs). Le cadavre de ce Haut magistrat fut retrouvé
à la morgue, tout nu et le ventre grand ouvert, moins d’une heure après.
Les militaires qui l’ont évacué n’ont jamais fait l’objet d’une enquête et les
habits du défunt n’ont jamais été retrouvés ou rendus à sa
famille.
4) Persécutions et traitement inhumains contre
les détenus de la Prison de Kigali:
Le situation dans la Prison Centrale de Kigali (1930) se détériore
dangereusement. Depuis le 6 mai 1998,
personne n’a été autorisé à rendre visite à un détenu ni à lui apporter à
manger comme d’habitude. Même l’Aumônier qui célébrait la messe
chaque Dimanche n’a pas été autorisé d’y entrer.
Il y aurait eu une perquisition pendant deux jours et tous les objets utilisés par les détenus ont
été ramassés et entassées pour être chargés dans des véhicules puis jetés dans
le marais de Kinamba sur la route dénommée « Poids lourd ». Ces objets ont
été jetés le 9 mai 1998. Les détenus ont
été dépouillé de tout (habits, assiettes, gobelets, brosse à dents,
essuies-mains, souliers, couvertures, dentifrices, médicaments, shitings,
etc...
Les personnes autorisées, par le Ministère de la Justice, à apporter des
aliments aux détenus malades qui bénéficient d’un régime spécial, doivent verser ce qu’elles apportent dans
un sachet en plastique depuis le 9 mai 1998.
Les autorités pénitentiaires rapportent
que cette mesure a été prise pour assurer la sécurité. Certaines informations, difficiles à
vérifier, font état de 23 détenus morts des suites de torture au cours de ces
opérations de fouilles dans la prison de Kigali.
5) Arrestation d’Emmanuel MUNYEMANZI, agent de
la Télévision Rwandaise:
Mr Emmanuel MUNYEMANZI a disparu en date du 5 mai 1998 après les heures
de service. Depuis lors, personne n’a pu retrouver ses traces jusqu’au 11 mai
1998. En effet, ce 11 mai 1998, le cadavre d’Emmanuel Munyemanzi a été
découvert par un agent de la Banque Commerciale du Rwanda (B.C.R.), près
de l’Hôtel des Milles Collines au centre ville de la capitale Kigali. Ce
dernier s’empressa d’alerter les amis et les connaissances pour qu’ils puissent
aller récupérer le corps. Quand les amis arrivèrent à l’endroit indiqué, le
cadavre de Emmanuel MUNYAMENZI avait disparu.
Quelques jours plutôt, Emmanuel MUNYEMANZI avait eu des problèmes liés à son service
jusqu’au point où il fut suspendu de ses fonctions pour les reprendre quelque
temps après.
Son épouse, Anne Marie HAKIZIMANA, croupit à la Prison centrale de Kigali
depuis la fin de l’année 1994. Ils laissent cinq (5) enfants seuls sans aucun
tuteur.
D’après les fichiers du Centre, ces nouvelles
disparitions confirment l’existence des nouveaux escadrons de la mort
protégés par certains hauts responsables de la Gendarmerie rwandaise.
Pour le Centre, MATATA Joseph,
Coordinateur.