CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA

BP 2 - Molenbeek  4                                                                                                            Bruxelles, le 23 mai 2001.

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Communiqué n° 54/2001

 

La Cour d’Assises de Bruxelles face aux Syndicats de délateurs oeuvrant au Rwanda et à l’étranger.

 

            Le procès des quatre de BUTARE a commencé le 17 avril 2001 à la Cour d’Assises de Bruxelles. Il s’agit de quatre rwandais accusés d’avoir participé au génocide rwandais entre Avril et Juillet 1994 : Vincent NTEZIMANA, Alphonse HIGANIRO, Sœur GERTRUDE (née Mukangango Consolata) et Sœur KIZITO (née Mukabutera Julienne).

 

            Mardi le 22 mai 2001, dans son réquisitoire, l’Avocat Général Alain WINANTS (47 ans) a demandé aux jurés de déclarer les quatre accusés coupables de tous les faits qui leurs sont reprochés. Il a ensuite passé en revue les chefs d’accusation.

 

            Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda estime que ce réquisitoire a choqué de nombreux rwandais qui ont assisté chaque jour à toutes les audiences. Il est d’autant plus choquant que cet Avocat Général a vu défiler un nombre impressionnant de délateurs parmi les témoins à charge venus du Rwanda. Certains de ces délateurs avaient été préparés depuis de nombreux mois par un des « principaux créateurs des syndicats de délateurs rwandais », Monsieur GASANA NDOBA, ancien Président du Comité pour le Respect des droits de l’homme et de la Démocratie au Rwanda (CRDDR) et  actuel Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme mise en place par la Junte Militaire du Général Paul KAGAME et d’autres hauts responsables militaires et politiques du Front Patriotique Rwandais (FPR) impliqués eux-mêmes dans le génocide rwandais. Tous les observateurs impartiaux de ce procès ont pourtant tous relevé de « nombreuses variations et contradictions dans les témoignages », termes utilisés par les journaux pour ne pas dire de « faux témoignages ou de pures mensonges » livrés par des témoins à charge choisis au Rwanda.

 

En tant que président du CRDDR ou de la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Rwanda, GASANA Ndoba n’a jamais dénoncé les graves et massives violations des droits humains commises par les membres du FPR et de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) car ces deux organisations ont été créées pour manipuler l’opinion publique et servir les intérêts des extrémistes tutsi qui ont prix le pouvoir au Rwanda par les armes.

 

A. La délation est institutionnalisée au Rwanda :

 

a) La délation avant le génocide d’avril à juillet 1994.

La délation a toujours servi comme une arme destinée à mâter les opposants depuis l’époque féodo-monarchique. Souvent victimes de la délation et des intrigues que ce soit à la Cour Royale ou à la Présidence de la première ou de la deuxième république, les présumés opposants au régime en place étaient voués à la mort, à la prison ou à l’exil. Donc tous les régimes rwandais ont utilisé et exploité la délation comme une arme redoutable.

La plupart des 10.000 personnes présumées complices du FPR, arrêtées et emprisonnées massivement en octobre 1990, furent victimes de la « délation ». Cette délation était souvent motivée par des règlements de compte, des cas de jalousies, la convoitise, etc…

 

b) Les syndicats de délateurs créés par le Front Patriotique Rwandais après Avril 1994 :

            En juillet 1994, après la victoire militaire du FPR et son arrivée au pouvoir, la délation a été institutionnalisée, utilisée, encouragée et entretenue par le « pouvoir occulte » des extrémistes tutsi dominé par un noyau dur de chefs militaires et politiques du FPR.

 

            Dès avril 1994, les premiers noyaux de « syndicats de délateurs » ont apparu dans les camps de rassemblement créés par le FPR pendant la guerre d’avril à juillet 1994. Des personnes innocentes ainsi que leurs membres de familles furent accusés injustement, enlevées et portées disparues. « Pointés du doigt », le mari, sa femme et leurs enfants disparaissaient sans laisser des traces après leur enlèvement par les militaires du FPR.

 

            Entre septembre et novembre 1994, la mise en place de véritables syndicats de délateurs tant au niveau national qu’international a été opérée par les extrémistes tutsi sur tout le territoire national et dans plusieurs pays occidentaux. Ces syndicats allaient compliquer le travail des magistrats courageux, honnêtes et consciencieux tant au Rwanda qu’à l’étranger.

 

            La consolidation de ces syndicats de délateurs s’est accompagnée par une terrible « épuration ethnique et politique de la Magistrature rwandaise ». Elle débuta par l’enlèvement et la disparition du Président ad intérim du Tribunal de Première Instance de Kigali, Monsieur Gratien RUHORAHOZA le 5 octobre 1994 parce qu’il avait libéré des détenus dont les dossiers étaient tout à fait vides.

 

Plus de 40 magistrats hutu courageux et honnêtes furent ciblés (par des délateurs manipulés par les extrémistes tutsi) et emprisonnés en vue de les museler et de les écarter.

 

De nombreux détenus innocents libérés furent interceptés devant les prisons tandis que d’autres furent maintenus en prison par les militaires qui désobéissaient aux magistrats civils. Les personnes libérées par les commissions de triage (mises en place par le Ministère de la Défense, celui de la Justice et celui de l’Intérieur) furent reprises, portées disparues ou assassinées chez eux quelques jours après leur libération. Ce fut notamment le cas de l’ancien Sous Préfet de RUHANGO, Place KOLONI, assassiné puis brûlé chez lui avec sa femme, ses deux filles et leur domestique le 27 juillet 1995, soit trois jours après sa libération.

 

            La Directorate of Military Intelligence (DMI) s’ingère dans le travail de la justice par des enquêtes et des arrestations arbitraires et illégales. Les listes de présumés génocidaires furent confectionnées et publiées sur instigation des agents de la DMI qui remplacent les Inspecteurs de la Police Judiciaire dans certaines juridictions du pays comme à BUTARE. Des dossiers manifestement vides se remplissent de faux et ridicules témoignages confectionnés par les syndicats de délateurs qui sévissent sur les collines et dans les villes.

 

Plusieurs personnalités rwandaises et de nombreuses organisations des droits humains n’ont jamais cessé de dénoncer « la délation institutionnalisée au Rwanda » :

 

1) Témoignage de l’ancien Ministre de la Justice, Faustin NTEZILYAYO in Dialogue n°213 de novembre-décembre 1999 dans son article « Enlisement du système judiciaire et dérive des droits humains au Rwanda » :

…… « Une question préoccupante touchant directement la justice et les droits humains est celle des arrestations et détentions arbitraires prolongées sans aucun respect des normes et procédures guidant la détention provisoire.

            En effet, avec l’arrivée au pouvoir du régime en place à Kigali, en juillet 1994, plusieurs personnes ont été arrêtées sur simple dénonciation par des autorités militaires et administratives (ne possédant aucune qualité légale en matière d’arrestation et de détention provisoire) et accusées de participation au génocide et autres crimes commis en 1994. Aucune instance judiciaire n’existait alors.

            Dans cette confusion générale, la délation a pris le dessus et plusieurs personnes ont été jetées en prison par des gens voulant les évincer des postes qu’elles occupaient dans l’administration publique ou dans la société civile ou pour s’arroger leurs propriétés ou poussées par la vengeance ou des règlements de compte. Le pouvoir militaro-politique en a profité aussi pour incarcérer les personnes qu’il considérait comme opposants politiques ».

            …….. Un autre exemple de la violation du principe de la présomption d’innocence est illustrée par des dispositions prévoyant la confection, avant jugement, de la liste des personnes rangées dans la première catégorie des personnes poursuivies pour crime de génocide et d’autres crimes contre l’humanité commis au Rwanda. … Force est de constater toutefois que la confection de cette liste a plus servi à un agenda politique d’éliminer les personnalités de l’ancien régime considérées comme opposants politiques ou d’autres personnes ayant une certaine influence au sein de la société civile qu’à l’avancement des poursuites en permettant d’identifier les vrais responsables du drame rwandais.

            La conséquence de ces lois injustes a été le maintien en détention des personnes qui, pour la plupart, viennent de passer plus de cinq ans en prison sans qu’aucune charge ne soit portée contre elles……….

            De fait, les différentes tentatives de faire la lumière sur ces dossiers ont échoué, tant les autorités militaires et administratives qui ont procédé à ces arrestations et détentions, actionnant la branche extrémiste du mouvement des rescapés, ont bloqué toutes les mesures visant à libérer les personnes contre qui ne pesait aucune charge……… Ainsi certaines personnes libérées suite au non-lieu décidé par les magistrats de Parquet, ont été par la suite victimes de meurtres et d’assassinats, emportant souvent aussi un grand nombre des membres de leur famille……….

……..Une illustration en est donnée par la pratique des magistrats du Parquet de mener des enquêtes seulement à charge du prévenu, sans possibilité de confrontation entre le prévenu et le témoin. Il en est de même des représailles à l’égard des avocats de la défense qui ont abandonné l’assistance des personnes accusées suit à l’enlèvement et à la disparition d’un de leurs collègues ». Rappel : L’avocat Innocent MURENGEZI fut porté disparu en février 1997 quelques jours seulement avant l’assassinat du Président du Conseil d’Etat, Monsieur Vincent NKEZABAGANWA, mitraillé chez  lui le 14 février 1997 vers 19h et achevé à la baïonnette par des militaires APR qui se sont proposés pour le conduire au Centre Hospitalier de Kigali (CHK) où sa femme le retrouva tout nu et le ventre ouvert à la morgue une demi heure plus tard. Les habits et les militaires sont restés introuvables ! Aucun médecin n’avait vu le cadavre.

 

2) Témoignage de Human Rights Watch et la FIDH dans leur rapport d’Avril 1995 « Rwanda, persistance de l’état de crise » :

            « Un nombre important de dénonciations repose sur de faux témoignages, motivés par l’espoir de gains personnels (…), par la rivalité politique, ou par des règlements de compte personnels. Human Rights Watch et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ont appris qu’un groupe de personnes à Butare, qui ont survécu au génocide, sert d’ « accusateurs sur demande » pour d’autres lorsque ces dernières souhaitent faire emprisonner quelqu’un. Le Collectif rwandais des Ligues et Associations des Droits de l’Homme (CLADHO) a signalé la même activité dans d’autres parties du pays. Le Ministre de la justice et le Procureur de Kigali ont affirmé qu’ils sont convaincus que 20% des prisonniers sont détenus sans aucune charge pour les poursuivre. De nombreux cas ont été signalés à Human Rights Watch et à la FIDH où des accusations apparaissent absolument dénuées de tout fondement …».

 

3) Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda a publié plusieurs Dossiers et communiqués sur les « syndicats de délateurs » depuis mai 1996 (Voir « les Syndicats de délateurs » Mai 1997). Lundi 23 avril 2001, devant la Cour d’Assises de Bruxelles, le Coordinateur du Centre, Joseph MATATA, a témoigné pendant environ une heure sur l’existence et le nocivité des « syndicats de délateurs » entretenus et exploités à des fins socio-politiques et socio-économiques par les détenteurs du « pouvoir occulte » de Kigali.

 

4) Plusieurs personnalités Rwandaises victimes de la délation ont toujours dénoncé et condamné la « délation institutionnalisée » au Rwanda :

 

a) Dans son communiqué de protestation du 20 novembre 1995, l’ancien Directeur de Cabinet du Premier Ministre Faustin Twagiramungu, Jean Damascène NTAKIRUTIMANA, dénonce la délation dont il est victime dans ces termes : « Depuis mon lieu d’exil, je suis outragé d’apprendre que le FPR a fait inscrire mon nom sur la liste des hutu génocidaires. Après ma fuite de Kigali vers NAIROBI en juin 1995, j’ai rendu public une déclaration dans laquelle j’ai alerté la communauté internationale, les rwandais Hutu ou Tutsi épris de paix et de justice sur la dérive totalitaire du nouveau régime.

            Depuis août 1994 à fin mai 1995, en tant que Directeur de cabinet du Premier Ministre Faustin Twagiramungu, j’ai eu l’occasion d’en savoir sur la gestion du pays par le FPR : massacres, assassinats, morts dans les cachots improvisés, les tortures, les événements de Kibeho, la pratique du « Gutunga agatoki = (dénonciations) », la terreur des « Abakada »…

 

b) Le nouveau Directeur de Cabinet du Premier Ministre Pierre Célestin RWIGEMA, Antoine BIZIMANA, fut arrêté pour la première fois le 29/10/1995, deux mois après sa nomination. Il était allé assister dans sa commune d’origine de MBAZI (BUTARE) aux cérémonies d’inhumation des victimes du génocide. Après les cérémonies, un groupuscule de veuves tutsi s’est précipité sur Antoine et elles l’ont pris « au collet » en lui demandant « où as-tu mis nos maris, où as-tu mis nos membre de famille ? » D’autres criaient : « le voilà, le voilà ! ». Les forces de sécurité sont intervenues et ont emmené Antoine dans leur campement situés près du bureau communal de Mbazi. Quatre femmes se sont acharnées sur lui en faisant des déclarations si contradictoires que les militaires furent obligés de les chasser.

D’après les rapports d’enquêtes du 1/11/95 et du 7/11/95 établis par l’ancien Procureur de Butare, Célestin KAYIBANDA (emprisonné le 2/5/1996), et ceux de la DMI du 30/01/1996, aucun témoignage n’a pu établir la responsabilité d’Antoine Bizimana dans le génocide.

            Sur ordre du nouveau Procureur de Butare, Monsieur NGOGA Martin (actuel représentant du FPR auprès du TPIR), Antoine Bizimana fut arrêté début mai 1998 après avoir défrayé la chronique de tous les nouveaux médias de la haine qui ont revu le jour au Rwanda. Le 28 mars 1999, le Ministère public a requis la peine de mort contre lui et quatre milliards de francs rwandais (soit environ 13 millions de USA$ de dommages moraux. Il a plaidé non coupable, affirmant qu’il a été victime d’un complot dont le but non avoué était de l’écarter de son poste. Son épouse, Marie Claire Mukasine, qui était Secrétaire Général du Ministre du Genre, de la Famille et des Affaires Sociales (MIGEFASO), Mme Aloysie INYUMBA, n’a pas pu empêcher que son mari innocent soit victime des « syndicats de délateurs » de Butare.

 

c) Le 1er Ministre de la Justice sous le régime FPR, Monsieur Alphonse Marie NKUBITO, a dénoncé les « Syndicats de délateurs » dans la juridiction de BUTARE dans ces termes :

            Lorsque le Ministre nomme parmi les substituts en place ceux qui devaient assumer les fonctions de Procureurs ad intérim, ceux-ci furent du coup la cible de leurs détracteurs que ce soit à BUTARE ou à KIBUYE. « Par exemple pour la Juridiction de BUTARE, les magistrats nommé au Parquet de la République près le Tribunal de Première Instance de BUTARE ont vécu une situation tragique » :

- Le Premier Substitut Jéremie est arrêté à Butare alors qu’il allait diriger ce Parquet;

- Son collègue le Premier Substitut Enoch NIYOMUGABO nommé pour le remplacer est à son tour arrêté;

- La troisième nomination du Substitut Callixte GATSIMBANYI n’a pas eu d’effet car ce dernier préféra “rester chez lui à la maison” au lieu d’aller se faire emprisonner gratuitement;

- Pour la quatrième nomination le Ministère proposa le Substitut Ferdinand MBERA qui refusa d’y aller mais préféra d’être nommé Procureur ad intérim à Gitarama (ce qui ne lui épargnera pas non plus des tracasseries de tout genre);

- Le Substitut du Procureur Célestin KAYIBANDA fut affecté à Butare en décembre 1994 pour y avoir vécu et travaillé. Il accepta le poste de Procureur a.i. près le Parquet de Butare et manifesta son intention de travailler en toute indépendance et surtout de tempérer l’ingérence des militaires dans le travail de l’appareil judiciaire. Une année et demie après, soit le 2 mai 1996, il fut arrêté et emprisonné illégalement et arbitrairement par les gendarmes de la Brigade de Butare sur l’instigation du Colonel KADAFI, Commandant du Secteur militaire de Butare-Gikongoro-Cyangugu. Plutard, le Procureur Général près la Cour d’Appel de Nyabisindu, Mr Charles KABANDA, un des magistrats dévoués au “pouvoir occulte” a tenté plusieurs fois de lui coller en vain “le crime de génocide”. Néanmoins, il croupit toujours à la Prison de Nyabisindu avec un dossier “vide mais rempli de faux témoignages » fabriqués par les “syndicats de délateurs” créés et manipulés par le “pouvoir occulte des extrémistes tutsi.

- Le Président a.i. du Tribunal de Première Instance de Butare, Bernard NIKUZE, fut abattu de deux balles dans le dos devant sa porte dans la soirée du 30 août 1995 vers 19h en rentrant de son travail. Les responsables militaires auraient prétendu qu’il fut tué par un bandit (autrement non identifié) qui venait de leur échapper dans la soirée même.

- Dans les communes de Butare, les bourgmestres révoquent les Inspecteurs de la Police Judiciaire (IPJ) à l’exemple de la commune Ruhashya alors que les IPJ n’ont rien à voir avec l’administration communale ou le Ministère de l’Intérieur. Ces querelles avaient pour origine le conflit de compétences mais plus précisément l’ingérence des responsables administratifs dans l’appareil judiciaire.

- Mr NGOGA Martin fut nommé (par la Junte militaire de Kagame) procureur de Butare après l’incarcération de son prédécesseur Célestin KAYIBANDA. Le nouveau procureur NGOGA Martin travailla si bien pour les agents de la DMI et les militaires de l’APR qu’il fut récompensé et nommé d’abord conseiller d’ambassade à Dar-es-salam, puis  « représentant du Rwanda auprès du Tribunal Pénal International pour le Rwanda » à Arusha.

 

Chapitre II. Les principaux Syndicats de délateurs oeuvrant dans les pays occidentaux et manipulés par les membres et propagandistes du FPR:

            La carte et la liste des principaux Associations proches du FPR et faisant partie du principal réseau extrémiste du FPR en Europe a été diffusée par le Bulletin de liaisons Rwanda N°3 octobre-novembre 1995 et n°5 avril 1996 dans sa publication interne du réseau. Nous énumérons ici celles qui ont été les plus actives dans la délation et la diabolisation aveugle contre des intellectuels hutu réfugiés un peu partout en Europe :

 

2) Le Comité pour le Respect des Droits de l’homme et la Démocratie au Rwanda (CRDDR), créée en novembre 1990 par des membres et sympathisants du FPR, se présenta d’abord comme une organisation politiquement indépendante avec pour Objectifs principaux suivants : Plaider pour la libération des personnes emprisonnées au Rwanda pour des raisons politiques suite à l’invasion du FPR, le 1er octobre 1990 ; Dénoncer tout soutien politique au régime du Président Habyarimana et Préparer le Rwanda à un processus de démocratisation.

Monsieur GASANA NDOBA en fut le responsable principal en Belgique qui collabora avec le CLADHO (Collectif des Ligues et Associations de défense des Droits de l’Homme au Rwanda) pour dénoncer les violations des droits humains commis par le régime Habyarimana. Cela lui a conféré une certaine crédibilité auprès des autres ONG des droits humains.

            A la victoire du FPR, le représentant du CRDDR s’efforça d’infiltrer chaque groupe d’étude international où lui ou ses collaborateurs se chargeaient de bloquer les prises de décision ou à tout le moins de minimiser l’ampleur des faits relatés dans les violations graves et massives commises par les éléments du FPR. Constatant son silence complice face aux crimes du FPR, la crédibilité du CRDDR fut contestée d’abord par certains membres du CLADHO et par d’autres organisations et personnalités internationales.

            Certaines actions intentées auprès de la Justice belge contre les responsables du régime Habyarimana ont pour base la plainte de rwandais au rang desquels on retrouve Monsieur GASANA Ndoba. Au début, la personne privée Monsieur GASANA Ndoba porte plainte et dénonce les génocidaires de l’ancien régime hutu, - et le CRDDR que GASANA Ndoba contrôle – se charge de diffuser les preuves de ces accusations. Les grands journaux belge comme Le SOIR et la LIBRE Belgique s’emparent de ces accusations et le tour est joué. En quelques jours, ce qui était à la base les « rumeurs ou les on-dit » devient des « éléments à charge ». La justice est saisie de ces accusations et les syndicats de délateurs se chargent du reste. Certains médias se complaisent à amplifier ces accusations sans se donner la moindre peine de les vérifier Et c’est comme ça que le procès des quatre de Butare a été initié début 1995 par GASANA Ndoba. Ce dernier ayant été récompensé par le FPR et nommé d’abord comme Membre du Conseil d’Administration de PETRORWANDA (une entreprise de carburant) avant d’être nommé Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Rwanda, il lui fut très facile de recourir aux célèbres syndicats de délateurs de BUTARE.

            Beaucoup d’observateurs croyaient avoir affaire à une forme d’intimidation visant les anciens dignitaires, opposants et intellectuels HUTU. En effet, le CRDDR a publié plusieurs listes qui reprenaient les noms de nombreux réfugiés rwandais parmi lesquels figuraient ceux de Vincent NTEZIMANA, Alphonse HIGANIRO et les sœurs GERTRUDE et KIZITO.

 

2) L’organisation londonienne AFRICAN RIGHTS, animée par la somalienne RAKIYA Omar, s’illustra dans ses publications sur le génocide rwandais notamment par son premier rapport d’environ 1000 pages «Death, Despair and Defiance » version de Septembre 1994. Après s’être fait remarquer par les chefs militaires de la DMI (Directorate of Military Intelligence), elle remania le même rapport et le rediffusa en Août 1995 avec une autre version. Ainsi, les démocrates hutu présumés tués par la milice Hutu dans son édition de septembre 1994 deviennent de « sauvages génocidaires et extrémistes hutu » dans la nouvelle édition d’Août 1995. Depuis que RAKIYA Omar a accepté de servir les intérêts des extrémistes tutsi, elle s’est attaqué à plusieurs intellectuels hutu notamment ceux qui venaient d’occuper des postes intéressants dans les Universités et les ONG internationales. C’est ainsi que AFRICAN RIGHTS s’attaqua à :

- Monsieur Innocent MAZIMPAKA, ancien Président de la Ligue Rwandaise pour la Promotion des Droits de l’homme (LIPRODHOR), qui était devenu Coordinateur de SNV (une ONG Hollandaise) au Bénin ;

- Le Docteur Sosthène MUNYEMANA (ancien habitant de Tumba à Butare) fut attaqué et présenté comme « le boucher de Tumba : en liberté en France » par African Rights dans son magasine WITNESS, Issue 2, de février 1996. L’Université de Bordeaux, qui l’avait engagé dans son projet sur le SIDA, fut contraint de le licencier suite à cette campagne.

- Le Docteur Pierre MUGABO (ancien habitant de Butare) fut attaqué et présenté comme un génocidaire parce qu’il venait d’être embauché par l’University of Naïrobi de décembre 1994 à février 1997. Il a été lui aussi récemment la cible d’une virulente campagne médiatique en Afrique du Sud où il est professeur à l’University of Western Cape depuis février 1997.

- Le Professeur Mathias CYAMUKUNGU (ancien habitant de Butare) fut lui aussi attaqué par African Rights dans la seconde édition d’Août 1995 où plusieurs intellectuels et professeurs hutu de l’Université Nationale du Rwanda furent la cible de cette organisation londonienne qui s’est mise à faire de la délation pour le compte de la DMI et les délateurs rwandais.

- Le représentant d’African Rights, Monsieur Théodore NYILINKWAYA, n’a pas hésité à exposé les employés de la COFORWA (Compagnie des Fontainiers du Rwanda de l’Abbé BOURGUET) en les dénonçant aux militaires APR qui venaient eux-mêmes d’assassiner le représentant légal de COFORWA, Jean Baptiste NGIRABATWARE, tué dans la soirée du 5 juillet 1997 avec sa femme et ses cinq enfants. Ce représentant d’African Rights a livré aux militaires le fax qui expliquait cet assassinat pour leur permettre de traquer celui qui l’avait rédigé. Cet ancien employé de COFORWA est aujourd’hui réfugié en France.

- African Rights a menti dans le dossier de Sœur GERTRUDE et Sœur KIZITO puisque l’Adjudant Chef REKERAHO a nié avoir rencontré un enquêteur de cette organisation. Cela veut dire qu’African Rights a répercuté des éléments d’enquête réalisés par quelqu’un d’autre.

- Le Général de Brigade Léonidas RUSATIRA fut un  ex-FAR qui a sauvé plusieurs dizaines de familles tutsi pendant le génocide de 1994. Dans son dernier rapport « Livrés à la mort à l’ETO (Ecole Technique Officielle de Kicukiro) et à Nyanza » de 112 pages publié le 11/04/2001 sur les histoires de civils rwandais abandonnés par des troupes de l’ONU le 11 avril 1994, African Rights s’attaque à cet officier reconnu comme un héros et un homme juste qui a utilisé tous les moyens à sa disposition pour sauver les personnes menacées.

- Amnesty International fut attaqué par African Rights dans son livre de 263 pages publié sur « l’insurrection dans le Nord-Ouest du Rwanda » le 22 septembre 1998. Sur plusieurs pages African Rights accuse cette organisation très crédible de publier des fausses informations sur les massacres de civils non armés commis par l’APR dans cette région. Ces accusations ressemblaient exactement à celles du Gouvernement rwandais contre Amnesty International.

Mgr André SIBOMANA fut un ancien Directeur du journal catholique Kinyamateka lauréat de Reporter Sans Frontières (RSF) (très critique contre toutes les dictatures) et Président de l’ADL (Association Rwandaise pour la défense des Droits de l’homme et des Libertés publiques). Il s’est fait attaqué par Rakiya Omar grâce aux manipulations des extrémistes tutsi. Le Rapport de RSF, qui a enquêté sur son Lauréat, a rétabli la vérité sur son innocence dans le génocide.

 

3) Le COLLECTIF GIRONDIN :

Cette association, créée à Bordeaux par des exilés tutsi et leurs amis français s’est attaquée au Docteur en médecine Sosthène MUNYEMANA qui venait de trouver un travail à l’Université de Bordeaux. Ils ont réussi à le faire licencier. Les membres de ce collectif se sont même servi d’un faux document attribué aux Nations Unies pour faire traduire en justice ce médecin. Vérification faite auprès de l’ONU, il s’est avéré que ce rapport attribué à l’ONU était un faux. Ce collectif semble avoir disparu depuis qu’il a perdu un procès lui intenté pour « délation ».

 

4) Le CORS (Communauté Rwandaise de Suisse), l’AJIR (Association pour la Justice Internationale au Rwanda) et IBUKA (Souviens-toi) sont les trois principales organisations qui organisent la délation, la manipulation des médias suisses et les actes d’intimidation et de diabolisation des intellectuels hutu rwandais réfugiés en Suisse. Grâce aux « syndicats de délateurs dépêchés du Rwanda », elles ont réussi à faire emprisonner et condamner à 14 ans de prison l’ancien bourgmestre de la commune MUSHUBATI (Gitarama), Monsieur Fulgence NIYONTEZE alors que lui (rentré de France le 18 mai 1994) et son équipe communal (qui a sauvé et escorté les tutsi jusqu’à Kabgayi) avait tout fait pour s’opposer aux massacres.

 

Monsieur James GASANA, ancien Ministre de la défense avant juillet 1993, fut attaqué dans une lettre du 16 mars 1998 adressée au Conseil Fédéral et au Parlement Suisse par les représentants des deux organisations CORS et AJIR, appuyées par ceux des autres proches du FPR à savoir : l’Association ABISHEMA, l’Association Suisse-Rwanda, IBUKA-Mémoire et Justice et l’Association pour la Promotion de la culture rwandaise. Les enquêteurs suisses ont établi l’innocence de James Gasana qui avait été la cible des journaux suisses manipulés par ces associations du réseau FPR.

 

Le 27 octobre 1999, le rédacteur en chef et un lecteur du bimensuel fribourgeois « L’OBJECTIF» a été condamné à trois mois de prison avec un sursis de trois ans et une semaine de prison avec un sursis de 2 ans par le Tribunal correctionnel de la Sarine en Suisse. Après un tapage médiatique, ce journal n’avait pas craint de s’en prendre à des hommes politiques, à des ecclésiastiques, à des professeurs.

 

5) Le Magasine GOLIAS, animé par Christian TERRAS, s’acharne toujours à diaboliser l’Eglise Catholique et à trouver des « prêtres et religieuses boucs émissaires » d’origine hutu qu’il jette en pâture dans les médias nationaux et internationaux. C’est ainsi que l’Abbé Wenceslas MUNYESHYAKA, ancien curé de la paroisse Sainte Famille à Kigali-ville qui a sauvé et nourri environ 18.000 réfugiés tutsi et hutu confondus) est diabolisé et présenté comme un massacreur et un violeur sans qu’aucune preuve ait été fournie.

GOLIAS a publié le nom de Mgr André SIBOMANA sur une liste de 24 prêtres et pasteurs et de 6 religieuses accusés d’avoir « tué ou encouragé les massacres » pendant le génocide. Human Rights Watch et la F.I.D.H. déclarent dans leur communiqué du 7 août 1995 ce qui suit : « Les charges non fondées contre l’Abbé Sibomana pourraient être de simples erreurs ou un effort délibéré de mettre sa vie en danger ou de mettre en péril son travail actuel dans le domaine des droits de l’homme ». Mgr André Sibomana est mort le 9 mars 1998 de maladie après avoir été privé de son passeport qui lui aurait permis de se faire soigner en Suisse.

 

C) Les syndicats de délateurs rwandais ont toujours été dénoncés mais ils restent très protégés par les chefs militaires et politiques du FPR qui s’en servent pour paralyser la justice :

 

- Un jeune Abbé de Cyangugu, Théophile MURENGERANTWARI, a écrit une lettre ouverte datée du 05/04/2000 au Président rwandais Paul KAGAME pour dénoncer la délation dont sont victimes de nombreux détenus qui croupissent dans les prisons rwandaises. C’est un grand risque qu’il a pris pour dénoncer tout haut ce que constate « tout bas » le reste de la population.

Cette délation qui a frappé de nombreuses personnes emprisonnées ou morts en prison : le Dr GATERA Geoffroy, Doyen de la faculté de médecine de l’Université Nationale de Butare, est mort en prison en décembre 2000 après avoir été condamné arbitrairement à mort. Il aurait été empoisonné car son dossier avait évolué positivement et il risquait d’être libéré ; Monsieur Aloys KARASANKWAVU, un haut dirigeant de la Banque BCDI de Kigali, est mort mystérieusement à la prison de Kigali en 1995 alors qu’il s’apprêtait à être libéré faute de preuves. Il aurait été empoisonné par les délateurs qui l’avaient fait emprisonner, etc… ;

 

D) La responsabilité du FPR dans les massacres de BUTARE et ailleurs :

 

            Le génocide rwandais a été d’abord provoqué par le Conflit armé qui opposait ceux qui voulaient prendre le pouvoir et ceux qui voulaient le conserver par la force. Il est clair que s’il n’y avait pas eu la guerre du Front Patriotique Rwandais (FPR), il n’y aurait pas eu génocide. Pour revenir sur l’intervention du Professeur Eric DAVID au sujet des crimes commis au Rwanda dans une situation de « conflit armé », le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda voudrait reprendre certains arguments de notre Mémorandum adressé le 16 janvier 2001au Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), Madame Carle DEL PONTE. Pour que le génocide puisse avoir lieu, la responsabilité du FPR est sérieusement engagée car ce mouvement a tout fait pour impliquer un maximum de tutsi de l’intérieur dans sa propre guerre. En plus des cotisations financières que ce mouvement avait imposé aux tutsi de l’intérieur, il s’est servi d’eux comme un « pont sur lequel on doit passer pour arriver à un endroit inaccessible ». Ils l’ont payé de leur vie et le FPR s’en fout.

 

            Le fait de démontrer la responsabilité du FPR dans le génocide rwandais n’excuse nullement les massacres commis par les extrémistes hutu. Ce qu’ils ont fait est horrible et inacceptable comme les massacres commis par le FPR lui-même. Si notre Centre évoque cette responsabilité c’est pour tenter d’expliquer froidement ce qui s’est passé.

Pour ceux qui se demandent pourquoi les massacres se sont déroulés à Butare très loin du Front, ils doivent savoir qu’en plus de l’assassinat du 6 avril 1994 des deux présidents HUTU du Rwanda et du Burundi (Juvénal HABYARIMANA et Cyprien NTARYAMIRA), après celui du premier président hutu élu démocratiquement au Burundi, Melchior NDANDAYE, assassiné en octobre 1993 (trois mois après son élection), les extrémistes hutu rwandais avaient été poussés à bout. Comme ils attribuaient ces assassinats aux extrémistes tutsi du FPR et aux militaires burundais, il est facile d’imaginer leur colère contre les tutsi en général.

 

            Il faut tenir aussi compte des calculs du FPR pour tirer profit du génocide qu’il a exploité tout en s’opposant à toute intervention ou interposition des forces étrangères ou internationales déjà à partir de mi-avril 1994. Il croyait prendre le pouvoir rapidement.

 

            En plus de l’assassinat de ces TROIS présidents HUTU (en 6 mois), le Front Patriotique Rwandais avait beaucoup misé sur la collaboration des tutsi de l’intérieur sans lesquels le FPR n’aurait jamais pris le pouvoir. Il est dès lors que clair que le FPR n’a pas hésité à exposer les tutsi de l’intérieur par la création des « brigades clandestines » et le recrutement massif de tutsi de l’intérieur. Les quatre facteurs suivants peuvent expliquer l’ampleur des massacres :

 

-          Le chiffre de plus de 3.500 brigades clandestines du Front Patriotique Rwandais (FPR), dispersées sur tout le territoire rwandais, a été cité le 2 mai 1997 par un membre très important du FPR, Monsieur Tite RUTAREMARA, qui venait de reconnaître publiquement l’existence de ces brigades lors d’une conférence-débat organisée par le Parti du Travail Belge (PTB) à Bruxelles. La création de cette sorte « d’armée secrète tutsi » constitue l’un des éléments importants qui ont rendu possible le génocide rwandais et qui ont exposé les tutsi à la vindicte des extrémistes hutu et à une mort certaine.

 

-          Le recrutement des jeunes tutsi : Beaucoup de familles tutsi avaient peu à peu rallié la cause du FPR et envoyé leurs fils grossier ses rangs via le Burundi voisin.

 

-          L’infiltration des combattants FPR en civil ou en tenue des FAR a contribué à semer la confusion ; ce qui a poussé les gens à voir l’ennemi FPR partout même loin du front

 

-          Les massacres aveugles et massifs de milliers de hutu innocents ont incité les extrémistes hutu à étendre leurs propres massacres dans toute la zone gouvernementale. Les rescapés de ces massacres ont raconté la cruauté du FPR, ce qui a enragé les miliciens hutu et d’autres personnes qui ont basculé dans les massacres (Voir notre Mémorandum du 16 janvier 2001 adressé au Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, Mme Carla Del Ponte.

 

 

 

 

 

 

 

e) CONCLUSION :

 

            Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda demande aux Jurés de la Cour d’Assises de Bruxelles, qui se penchent sur le procès des quatre de BUTARE, de tenir compte de tous les éléments que nous venons d’évoquer.

 

Le Centre estime qu’aucun innocent ne doit payer pour les crimes commis par des gens bien identifiés qui ont trempé dans les massacres. Le procès des quatre de Butare a été fort médiatisé par une certaine presse belge qui s’est montrée trop partisane dans la tragédie rwandaise. Nous estimons qu’un procès inéquitable ne peut pas aider les rwandais à reconstituer leur société complètement démantelée par le génocide dont le peuple rwandais a été victime. A travers plusieurs témoignages, la délation s’est fait sentir. Le Centre estime que même les victimes n’ont pas le droit de « mentir ou de manipuler un tribunal ».

 

 

Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur.


AUTRES COMMUNIQUES TRAITANTS DU MÊME SUJET :

 

 

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA                                                          

44, Rue du Tombois                                                                                        Jodoigne, le 8 mai 1996

1370 JODOIGNE - Tél/Fax: 32.10/81.58.17

 

 

COMMUNIQUE n° 1/96

 

Rwanda: MISE EN GARDE CONTRE “LES SYNDICATS DE DELATEURS”

 

Le climat de délation:

 

            Notre Centre, créé dans un souci de plaider pour une justice sereine et équitable pour tous les rwandais, met en garde tous les enquêteurs nationaux et internationaux contre les Syndicats de délateurs rwandais qui pillulent et sévissent tant au Rwanda qu'à l'Etranger.

 

            Sous le Régime du dictateur Habyalimana, la justice rwandaise n'a jamais été indépendante et neutre, mais les délateurs de cette époque étaient essentiellement et souvent des responsables administratifs et judiciaires inféodés au régime "pro-hutu" en place. Aujourd'hui sous le nouveau régime rwandais, des veufs, des orphelins, des militaires, des miliciens tutsi et des simples citoyens ont été sensibilisés (pour certains rescapés du génocide), forcés (pour d'autres rescapés de la guerre et la répression aveugle qui perdure encore), encouragés et sollicités pour se constituer en "associations ou syndicats de délateurs".

 

Ces "Syndicats de délateurs" sont couramment utilisés dans la constitution de faux témoignages et faux dossiers pour:

- permettre à l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) et sa branche de renseignements militaires "Department of Military Intelligence (DMI) à sévir contre tous les hutus en général (considérés comme des ennemis du nouveau régime) et plus particulièrement contre des "anciens opposants hutus" rescapés  du génocide, des massacres, de la guerre et de la répression aveugle de l'Armée Patriotique Rwandaise APR.

- faciliter et favoriser les arrestations et détentions arbitraires (±90% des 70.000 prisonniers rwandais n'ont pas fait l'objet d'une enquête préliminaire). Chaque militaire ou milicien tutsi (puisque le Front Patriotique Rwandais (FPR) en a créé aussi) est autorisé à arrêter et faire incarcérer des gens sans même les interroger ou les informer des motifs de leur arrestation. Les magistrats des Parquets n'ont aucun pouvoir de s'opposer à ces pratiques maffieux de l'APR, des encadreurs politiques et miliciens du FPR présents et puissants dans les villes et les villages.

- permettre et faciliter la confiscation ou l'occupation illégale des biens appartenant aux personnes arrêtées injustement. Ce phénomène pousse aujourd'hui une bonne partie de hutu innocents et impuissants à s'exiler du pays et décourage la grande majorité de réfugiés hutus à retourner au Rwanda.

- intimider et éliminer des éventuels et futurs opposants au nouveau régime "pro-tutsi".

 

            Ce climat de délation, encouragé et entretenu par les détenteurs du "pouvoir occulte", est responsable de la terreur qui s'exerce aux membres du Gouvernement, du Parlement et de la Magistrature sans "pouvoir réel". Toutes les "Institutions de l'Etat Rwandais” actuel (sauf l'APR) ne jouissent d'aucune autorité et souveraineté et restent paralysés et noyautés par les extrémistes tutsi. Ce sont en fait des Institutions de façade.

Le "pouvoir réel" est exercé par un tout petit "noyau de chefs  militaires et hommes d'affaires" extrémistes qui n'ont qu'un seul objectif: garder le pouvoir et accéder à l'avoir.

            Dans certaines régions du pays (comme dans les préfectures de Butare, Kibuye, Gitarama, Kigali, Byumba et Kibungo) parfois ces délateurs sont même entraînés et invités à "exécuter des scènes d'affliction et de pleurs" pour justifier des poursuites ou des arrestations arbitraires.C'est suite à des scènes pareilles que deux députés hutu, GASAMAGERA Evariste (Parti PSD) et SEBARAME J.Baptiste (Parti MDR) ont été suspendus et "qualifiés de génocidaires" parce qu'ils n'acceptaient pas les manipulations de lois visant à limiter les droits et libertés fondamentaux des personnes. C'est de cette façon que des extrémistes rwandais exilés à l'Etranger ont créé des associations ou des groupes de pression (lobby) chargés :

- de manipuler et désinformer l'opinion internationale sur la situation politique et des droits de l'homme au Rwanda;

- de mener une lutte sans merci contre des opposants aux régimes extrémistes rwandais (campagnes de diffamation par des listes noires, actions en justice, chantage, intimidations des services administratifs des pays qui ont accueilli les nouveaux réfugiés rwandais, etc...);

 

Conclusion et Recommandations:

 

            Considérant ce qui est évoqué ci-dessus, la Communauté nationale et internationale se trouve en face de lobbystes rwandais et étrangers sans scrupules et motivés par des intérêts partisans. Il résulte de ces attitudes partisanes (de la part des amis étrangers) une polarisation dévastatrice de la Société Rwandaise qui ne fait que nuire à la paix, la justice, la réconciliation et la reconstruction au Rwanda. Certains extrémistes rwandais vont même jusqu'à nier ou atténuer le génocide et les massacres (négationnistes et révisionnistes), tandis que d'autres banalisent le génocide en l'exploitant pour des fins socio-politiques et socio-économiques. Le Centre met en garde tous les magistrats étrangers, qui se rendent au Rwanda pour conduire des enquêtes sur des présumés coupables du génocide arrêtés à l'Etranger, contre les délateurs (à la solde de certains responsables politiques et militaires) qui leur proposent leurs faux témoignages. C'est ainsi qu'au Rwanda ce qui est rumeur à la base peut finir par "servir de fausse preuve de culpabilité" et justifier toutes sortes d'abus ou de persécutions à l'encontre de personnes innocentes. Le Centre recommande "une grande perspicacité" à tous les Etats, aux Organisations internationales, et surtout aux  Services qui s'occupent des réfugiés. En traitant des questions rwandaises, ils ne devraient pas se laisser influencer par des organisations ou des personnes non engagées d'une façon crédible dans la défense des droits de l'homme et de la démocratie.

 

Fait à Jodoigne, le 8 Mai 1996.

 

Pour le Centre

 MATATA Joseph,

Coordinateur 

 

 

 

 

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA

BP 2 Molenbeek 4                                                                                                   Bruxelles, Mai 1997

1080 BRUXELLES - Tél/Fax:32.10/81.58.17

 

Rwanda:  LES SYNDICATS DE DELATEURS

 

            Les premiers noyaux des syndicats de délateurs sont apparus pendant le génocide et les massacres dans les camps de “rassemblement de la population rescapée”. Ces camps créés par le Front Patriotique Rwandais (FPR) étaient destinés à vider les collines de leurs habitants pour mieux les contrôler et, disait-on, les “protéger”. La plupart des paysans qui n’ont pas pu être avertis à temps ou rejoindre ces “camps” ont été traqués et tués comme du gibier dans les bananeraies et les marais, car ils étaient considérés comme des miliciens hutu qui n’avaient pas confiance dans le FPR. Pourtant dans la zone conquise par le FPR, depuis avril 1994, les Hutu et les Tutsi rescapés vivaient ensemble dans des camps de fortune.

 

            Petit à petit, des noyaux de veufs et d’orphelins se sont constitués pour répondre au désir de se venger sur les rescapés hutu avec l’aide de l’Armée Patriotique. Pour renforcer les dénonciations individuelles, solitaires et sans preuves, ces rescapés ont été invités et encouragés à se mettre ensemble pour témoigner collectivement contre leurs voisins hutu soupçonnés, à tort ou à raison, d’avoir participé au génocide. Les personnes dénoncées étaient amenées vers des destinations inconnues et sont introuvables aujourd’hui dans les prisons rwandaises. Certains d’entre-eux ont disparu, ainsi que leurs femmes et leurs enfants.

 

            Galvanisés par cette terrible possibilité de décider du sort de leurs voisins, certains rescapés ont gardé et souvent exploité cette habitude de jouer au “justicier”. C’est ainsi que des milliers de Hutu, dénoncés et livrés aux soldats du FPR, sont portés disparus aujourd’hui. D’autres ont été exécutés purement et simplement dans des endroits discrets, non loin des camps de rassemblement. Quelques fosses communes et des tombes de fortune témoignent de cette intense activité des délateurs entre avril et juillet 1994.

 

            Au mois d’août 1994, ces camps de rassemblement furent démantelés et la population rescapée rentra dans ce qui restait de ses biens. De retour sur la colline, les délateurs s’organisèrent et continuèrent leur macabre besogne d’après nos enquêtes, avec la complicité des “encadreurs politiques” du FPR.

 

            En principe, chaque secteur peut compter un ou deux groupes de délateurs. Ainsi on peut enregistrer plusieurs “syndicats” par commune. Dans certaines régions du pays, ces syndicats portent divers noms. Par exemple, en commune Gikoro (préfecture de Kigali-rural), existe un grand syndicat communal, dénommé “commission d’enquête”, chargé de définir le degré de culpabilité d’après les aveux extorqués par la torture. Cette commission joue le rôle du policier, du procureur et du tribunal puisque ses décisions sont irrévocables.

 

CE QUI FAVORISE LA PROLIFERATION DES SYNDICATS DE DELATEURS:

 

a) Des extrémistes tutsi ont incité activement les veuves et les orphelins rescapés à dénoncer leurs voisins dans le cadre de mener une politique de revanche. Tout au début, ces mêmes rescapés avouaient que les criminels avaient eu largement le temps de fuir et qu’il n’y avait pas grand monde à dénoncer. Certains rescapés honnêtes et réalistes pouvaient même vous confirmer discrètement que beaucoup de personnes soupçonnées d’être des génocidaires, qui se sont faits surprendre par les soldats du FPR, ont été exécutés sans autre forme de procès. Pour la plupart des cas, plusieurs membres de la famille élargie du présumé criminel ont subi le même sort. Petit à Petit, ils se sont pris à inventer des dépositions tellement invraisemblables qu’elles sentaient le mensonge.

 

b) Des militaires recourent souvent aux services de ces syndicats pour constituer de faux témoignages, ce qui leur permet d’arrêter des innocents ou de les maintenir en prison.

 

c) Des rescapés sont exploités par des anciens réfugiés rapatriés du Burundi ou de l’Uganda, qui veulement s’installer dans le pays sans trop de problèmes matériels.

 

d) Il existe d’autres motifs: la cupidité, la haine, la jalousie, la mauvaise foi des gens...

 

            Leur champ d’action couvre tout le pays. Le principe des extrémistes tutsi est d’éliminer, coûte que coûte, un grand nombre de Hutu, génocidaires ou pas. On constate d’ailleurs aujourd’hui une solidarité sans précédent et une connexion entre différents groupes tutsi solidaires dans une répression aveugle et meurtrière.

 

Comment opèrent-ils et quelle crédibilité ont-ils ?

 

            Parfois un membre d’un syndicat demande la collaboration de ses associés pour “livrer” quelqu’un (“gutanga” est le terme utilisé en kinyarwanda) en vue d’un règlement de compte ou avec des visées socio-économiques propres. Souvent ces syndicats sont sollicités par des particuliers qui profitent de la situation pour éliminer leurs adversaires. L’intérêt matériel se cache souvent derrière ces transactions. Des responsables civils ou militaires convoquent de temps à autre les membres de ces syndicats au bureau communal ou au campement du détachement militaire, pour “rendre service” dans la constitution de “faux dossiers” qui maintiennent des milliers d’innocents en prison.

 

QUELQUES EXEMPLES:

 

1) Mr Charles KARANGWA, de la cellule Gasenga du secteur Kirwa (de la commune Mugambazi - Kigali Rural) a été arrêté, le 14 janvier 1995, par un brigadier de la commune et transféré à la Brigade de Gikondo, le 14 février 1995, avec 74 autres voisins de 4 secteurs différents de la même commune. Un enquêteur de l’Association Rwandaise pour la Défense des Droits de l’Homme (ARDHO) a enregistré son témoignage, au cours d’une visite de routine, le 15 février 1995, à la brigade de Gikondo (commune Kicukiro, Préfecture de la Ville de Kigali): “on nous arrête tout simplement parce que nous sommes des Hutu. D’avril à juillet 1994, nous cohabitions avec nos voisins rescapés tutsi dans les camps de déplacés de guerre tenus par le FPR à Rutare (commune Rutare, Byumba) et à Remera (commune Mbogo, préfecture de Kigali-Rural). Durant cette période, on nous a “purifié” de tous les Interahamwe y compris beaucoup d’innocents. Nous sommes rentrés sur nos collines à la fin juillet 1994, et nous avons vécu sans problèmes avec nos voisins tutsi. A la fin octobre 1994, il y a eu un changement brusque: tous les responsables locaux hutu ont été révoqués au cours d’une réunion à Kiyanza (tout près de la sous-préfecture Murambi, en commune Mugambazi, Kigali-rural) et remplacés exclusivement par des tutsi. Depuis cette période, les Hutu sont poursuivis et emprisonnés arbitrairement, sans enquêtes et sans interrogatoires. tous les hommes hutu encore valides sont arrêtés au cours des rafles, de façon que nous sommes presque les derniers survivants. Il ne reste que des Tutsi sur nos collines et quelques Hutu qui se cachent dans la brousse. Des “groupuscules tutsi composés de veufs et d’orphelins” se succèdent au bureau communal pour nous charger de crimes que nous ignorons. Depuis un mois, c’est la première fois que nous sommes interrogés ici-même, à la Brigade de Gikondo, et nous sommes terriblement surpris par le contenu de nos dossiers. On nous accuse d’avoir tué des personnes qui n’ont jamais habité dans nos secteurs. La plupart des témoins qui nous chargent sont nos voisins qui vivaient correctement avec nous. On ne comprend pas ce qui les pousse à déposer de faux témoignages. Prenons mon cas: un voisin tutsi, Mr Buseruka (aidé par sa femme Kankindi, sa nièce Immaculée et son ami tutsi Rudakubana, nouveau membre de cellule) m’accuse d’avoir tué sa mère Thérèse Mukankiko; celle-ci a été assassinée en avril 1994, mais le “groupe affirme” que je l’ai tuée en juillet 1994, ce qui est faux. Les témoins à décharge que j’ai fournis: Messieurs Habiyakare et Ndagijimana, ont été tout simplement arrêtés et nous sommes tous détenus ici ensemble”.

 

2) Lors d’une visite à la Prison centrale de Kigali, des observateurs des droits de l’homme ont trouvé deux Angolais, Messieurs David Miguel et Joâo Rogeira Nuzelo, parmi les présumés coupables du génocide. En réalité, ces Angolais, hommes d’affaires de passage à Kigali, ont été arrêtés, le 16 janvier 1995, à Kigali, par des militaires et détenus à la brigade de Nyarugenge (Muhima). Ils ont été transférés, le 24 janvier 1995, à la prison de Kigali après le passage d’un groupe de femmes et d’enfants venus témoigner “sans vergogne” contre ces “Interahamwe angolais”. Après une petite enquête, il est apparu qu’ils s’étaient faits détrousser leurs dollars par des militaires qui les avaient jetés ensuite en prison, en vue de rester impunis en attendant que l’histoire se tasse et que les tribunaux puissent fonctionner!

 

3) Mr N.A. est porté disparu à Nyamirambo dans la soirée du 1er septembre 1994, ainsi que son beau-frère et son véhicule. Il a été retrouvé 36 jours plus tard à la prison de Kigali. Il avait été séquestré tout ce temps au camp militaire de Kigali où tout lui fut pris (argent, véhicule, bracelets, montre, souliers, etc...). Il y a été torturé. Son beau-frère reste toujours introuvable. Pour garder tous les objets, il a fallu constituer, selon l’habitude, un faux dossier. Appel fut fait à un “syndicat” de veuves domiciliées non loin de là, à Mumena. Conduites par une certaine Rose, celles-ci sont venues confirmer un faux témoignage (établi par un sergent) selon lequel la camionnette convoitée aurait transporté des Interahamwe pendant le génocide. Le véhicule fut ainsi exploité pendant plus de 4 mois par des militaires. Il ne fut rendu qu’à l’état d’épave à l’épouse de son propriétaire qui, lui, a croupi longtemps en prison Aux dernières nouvelles, grâce à l’intervention d’un militaire, Mr N.A. a été libéré. Très affaibli par la maladie et les conditions inhumaines de la prison, il mort quelques mois plus tard sans avoir repris ses forces.

 

4) Le 22 novembre 1994, au bureau communal de Tambwe, j’ai abordé un groupe de veuves et d’orphelins venus témoigner contre un prévenu (dont ils ignoraient le nom) à la demande du secrétaire communal. Comme je poussais plus loin notre conversation, une jeune rescapée m’avoué que ce n’était pas la première fois qu’ils étaient convoqués pour donner un “coup de main” à la constitution des dossiers. Quand je lui demandais si elle connaissait un enseignant C.R. emprisonné à la prison de Gitarama, elles s’est mise à réfléchir puis a hoché la tête me répondant d’un air désolé: “Non celui-là, je ne le connais pas; c’est possible qu’il soit domicilié dans un secteur lointain”. Pourtant je savais que le nom de cette jeune femme figurait parmi les témoins à charge dans le dossier dudit enseignant.

 

5) Le Conseiller élu par la population du secteur Mukingo, commune Kigoma (Gitarama), a été tué le 22 octobre 94 par les militaires d’un détachement situé au lieu dit “Apollo” près de Gatagara. Embarrassés, ces militaires l’ont annocé au Bourgmestre, le 24 octobre à 10h, par le biais des responsables militaires de l’endroit. Pour justifier cet assassinat, il a fallu confirmer que le conseiller était un génocidaire. Ils ont fait appel au syndicat de délateurs de Gatagara composé de 10 hommes et de 6 femmes, qui a non seulement témoigné contre le conseiller défunt, mais aussi contre 6 autres personnes dont des enseignants et des petits commerçants qui ont été tabassés et jetés à la prison de Gitarama, où ils se trouvent toujours détenues.

 

6) Le 10 décembre 1994 à 21h, un agent de CARE International de passage à Butare, est arrêté dans un bar alors qu’il prenait un repas au restaurant Gratia. C’est un ancien professeur de l’Ecole Sociale de Karubanda, Mr Jean Baptiste Twagiramungu. Il est soupçonné d’avoir tué son collègue Victor. Il est accusé par un commerçant tutsi de Butare revenu du Burundi où il s’était réfugié pendant le génocide. Mr Jean Baptiste a failli être relâché trois fois, faute de preuves. Mais chaque fois, son accusateur intervenait à la Brigade de Butare; la 3ème fois, il présenta un groupe de 4 délateurs bien connus à Butare et Mr Jean Baptiste fut conduit à la prison de cette ville, le 22 décembre 1994, un jour avant qu’une délégation de l’ARDHO ne revienne à Butare plaider pour lui. Je suis repassé le lendemain en compagnie du nouveau procureur de Butare, mais c’était trop tard pour le faire relâcher; mis en prison, il devrait y rester! Aux dernières nouvelles, il s’y trouve toujours.

 

7) En commune Karengera, préfecture Cyangugu, Mr Nicolas Bagilishya, président communal du MDR (Mouvement Démocratique Républicain), a été attaqué 3 fois par des militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), fin octobre et début novembre 1994, sur dénonciation abusive de 4 délateurs dont le nouveau bourgmestre et l’IPJ de Karengera. D’après nos enquêtes, ces faux témoins avaient au contraire collaboré eux-mêmes avec les génocidaires, mais changé de camp dès l’arrivée de l’APR à Cyangugu. Les responsables militaires de Bugarama ont préféré s’en servir comme intermédiaires pour piller et rançonner la population locale...

 

8) En commune Muhazi (préfecture Kibungo), un capitaine occupe illégalement les biens de l’ancien bourgmestre, Mr Jean Claude Nkurunziza, démis de ses fonctions en 1992 par le régime Habyarimana pour des raisons politiques. Il a fait jeter en prison le propriétaire légitime grâce au “syndicat de délateurs” connu de l’endroit. Le 5 avril 1995, l’intéressé qui avait quitté la commune Muhazi depuis longtemps, a été arrêté et accusé d’avoir tué des Tutsi dans une région où il n’avait plus remis les pieds depuis bien avant le génocide.

 

            Il y a encore bien d’autres exemples... Au cours de mes enquêtes, j’ai relevé une sorte de clientélisme entre les syndicats de délateurs et les militaires, les autorités locales, les cadres du FPR, les agents de la Department Military Intelligence (DMI) et les gendarmes. Ils se rendent service mutuellement: quand ils rencontrent une difficulté qui vient de la hiérarchie militaire, ils savent parfaitement être solidaires. Ainsi, quand un membre du syndicat veut la tête de quelqu’un, il est sûr du soutien inconditionnel des militaires; vice-versa, quand un militaire connaît une victime à escroquer, il est sûr de trouver des gens prêts à porter de faux témoignages...

 

Les Syndicats de délateurs se sont renforcés avec la création des Associations de “rescapés tutsi” et la mise en place de la “Justice du Vainqueur”.

 

Les associations de rescapés dans la délation:

            Pour mieux se maintenir au pouvoir, accéder à l’avoir et exercer un chantage permanent sur le reste de la population rwandaise, les extrémistes tutsi ont créé plusieurs associations de rescapés tutsi destinées à constituer un “puissant groupe de pression”. La principale organisation des rescapés est certainement l’Association IBUKA qui est censée représenter les rescapés tutsi qui habitaient au Rwanda avant la guerre du FPR en octobre 1990. Ces associations ont été vite récupérées par le “pouvoir occulte” qui les exploitent à des fins socio-politiques et socio-économiques. Il les utilise dans des manifestations destinées “à exprimer ou à soutenir” ses idées ou ses décisions. C’est ainsi que ces associations ont été mobilisées pour “forcer le départ” des soldats de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR II) en mars 1996, afin que les extrémistes tutsi  aient le champ libre d’opérer “sans témoins gênants” une répression permanente, aveugle et meurtrière contre les hutu dans tout le pays. L’assassinat des observateurs a dissuadé tout le monde.

            En effet, ce départ de la MINUAR II, précédé par l’expulsion de 38 Organisations humanitaires témoins gênants des massacres de l’APR, a permis depuis Mai 1996 aux extrémistes tutsi de “simuler des attaques des infiltrés hutus” dans plusieurs régions du pays, pour justifier la répression sanglante et aveugle de l’Armée contre des civils non armés. La simulation de ces attaques est souvent “exécutée” par les escadrons de la mort et les milices tutsi dénommées Local Defense Units (LDU), quand ce n’est pas des éléments de l’APR qui s’occupent de toute la mise en scène. Ces LDU constitue la Local Defense Force (LDF) dénoncées par l’ancien Ministre de l’Intérieur Seth Sendashonga à l’époque où le Préfet de la Préfecture de la ville de Kigali (PVK), le Major Rose Kabuye, était en train de les former et de les mettre en place dans la capitale Kigali. Ils sont opérationnels aujourd’hui

 

            Au niveau de certaines communes, certaines sections ou certains membres de ces associations de rescapés s’adonnent à la délation pour aider les militaires extrémistes à constituer des faux dossiers contre des hutus innocents.

 

Certains magistrats collaborent avec les syndicats de délateurs:

 

            Tout au long de l’année 1995, le Gouvernement du Premier Ministre Twagiramungu Faustin s’était battu pour la mise en place d’un Appareil judiciaire neutre et capable de rendre une justice sereine et équitable. Mais le “Pouvoir occulte ou Gouvernement parallèle” issus des extrémistes tutsi avait réussi à noyauter et paralyser toutes les Institutions “officielles” de l’Etat de telle façon que ce Gouvernement est tombé le 28 août 1995. En effet, le départ du Premier Ministre Faustin Twagiramungu, du Ministre de l’Intérieur Seth Sendashonga, du Ministre de la Justice Alphonse Marie Nkubito et du Ministre de l’Information J.Baptiste Nkuliyingoma, a clôturé la lutte du groupe de Ministres courageux qui tentaient de s’opposer à l’arbitraire et à l’anarchie imposés par un noyau dur des extrémistes du FPR. Tous les candidats magistrats hutu proposés à la présidence de la Cour suprême ont été rejetés par le “Pouvoir occulte”. Certains candidats ont été menacés, d’autres ont été contraints de retirer leur candidature sous peine d’être assassinés.

            Au début de l’année 1996, lorsque l’épuration ethnique de la Magistrature Rwandaise semblait toucher à sa fin, des magistrats essentiellement tutsi ont été nommés et placés dans plusieurs juridictions du pays. Certains d’entre-eux ont été placés par le “pouvoir occulte” en vue de s’assurer le contrôle du système judiciaire. C’est dans ce cadre qu’on retrouve plusieurs magistrats qui collaborent étroitement avec ces “syndicats de délateurs”. C’est notamment le cas du Procureur Général près la Cour d’appel de Nyanza, KABANDA Charles, le Procureur de la République à Gitarama, MUGEMANGANGO Paul et le Procureur de la République à Kigali, RUKANGIRA Emmanuel. En plus de ces hauts magistrats, il y a des dizaines d’Inspecteurs de la Police Judicaire (IPJ) qui prêtent une oreille complaisante aux Syndicats de délateurs. Selon le noyautage du Système Judiciaire rwandais, examinons les agissements de certains syndicats de délateurs soutenus par des magistrats de certaines juridictions rwandaises sous le haut patronnage du “pouvoir occulte”.

 

 

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA

BP 2 - Molenbeek 4                                                                      Extrait d’un rapport de visite de l’ARDHO

1080 BRUXELLES - Tél/Fax: 32.10/81.58.17

 

            En visitant la Prison de Gitarama le 21 février 1995, le Secrétaire Exécutif de l’Association Rwandaise pour la Défense des Droits de l’Homme (ARDHO), MATATA Joseph, a trouvé des conditions inhumaines dans cette prison suite au nombre très élevé des détenus. La prison de Gitarama, construite pour 800 détenus, contenait à cette date 4.735 détenus dont 96 femmes, 54 enfants mineurs et 11 nourrissons.

            Depuis sa réouverture en juillet 1994, le nombre de morts atteignait 389. Les causes de mortalité étaient multiples: maladies, torture et mauvais traitements subis par les détenus surtout au moment de leur arrestation par l’Armée. Jusqu’en date du 21 février 1995, 45 détenus avaient été libérés par les militaires qui les avaient arrêtés sur demande explicite du Parquet de Gitarama. Pourtant, le Parquet de Gitarama n’était pas autorisé à travailler en toute indépendance sans l’ingérence de l’Armée qui paralyse le travail de l’Appareil Judiciaire et qui terrorise les magistrats et les autorités civiles admnistratives.

            Les détenus entendus par le Parquet, malgré leur innocence criante, n’avaient aucun espoir d’être relâchés par le Parquet. Peu importe qu’il y ait ou non des preuves de culpabilité, les personnes arrêtées étaient jetées en prison. Les cachots et les prisons rwandaises sont devenus des sortes de “stocks d’êtres humains” qui attendent la mort “par consummation lente” dans ces “mouroirs”. En attendant que la mort fasse le travail de la justice, le “pouvoir occulte” des extrémistes tutsi continue de commanditer l’arrestation de milliers de hutus.

            L’Etat Rwandais n’étant pas en mesure de nourrir tous ces prisonniers, ce sont les organisations humanitaires internationales (Croix-Rouge, Programme Alimentaire Mondiale, etc...) qui approvisionnent la presque totalité de la nourriture. A certains endroits même c’est le Comité International de la Croix Rouge et d’autres ONG qui ont financé l’agrandissement des prisons. Ils atteignent aujourd’hui un chiffre record d’environ 120.000 prisonniers, soit environ 4% de la population (s’elle est évaluée à 5 millions). Pour illustrer le caractère arbitraire de ces arrestations et détentions, prenons les cas suivants:

 

LE CAS DE L’ABBE JOSEPH NDAGIJIMANA, Curé de la Paroisse BYIMANA.

           

            L’Abbé Joseph NDAGIJIMANA, Curé de la paroisse Byimana (en commune Mukingi) a été arrêté début février 1995 suite à des dénonciations abusives d’un syndicat de délateurs de Byimana manipulé par les Responsables militaires de la commune MUKINGI. A cette époque l’originalité du “dossier vide” de l’Abbé Joseph consistait en ceci:

- les dénonciateurs de l’Abbé Joseph sont 7 membres d’une même famille qui ont vécu ensemble avec lui dans les camps de rassemblement du Front Patriotique Rwandais (FPR) de RWABUSORO au Bugesera dans la commune NGENDA, préfecture Kigali-Rural. Curieusement ces délateurs ne l’ont pas dénoncé à Rwabusoro alors que beaucoup de gens, dénoncés et livrés là-bas aux soldats du FPR, ont été exécutés sans autre forme de procès.

- les ayant-droits des victimes (soit les conjoints et les enfants) n’ont pas porté plainte contre le Curé de la Paroisse. Au contraire, ils démentissent les “propos diffamatoires” de ceux qui l’accusent à tort. Ils affirment au contraire que le Curé les a caché et sauvé la vie. Qu’il les a aidés matériellement et spirituellement en leur célébrant la messe.

- les accusations varient selon chaque membre du syndicat de délateurs dont voici les témoignages principales:

 

1) BASOMIMBWA Jean (cellule Kirengeri, Secteur Nyagasozi) charge le Curé comme suit: “aidé par Sixte, ils sont allé cherché un nommé Hategekimana Mathieu, qu’ils ont conduit et tué à la fosse commune du marché”. 

2) USABUWERA Marcel (cellule Kivugiza, secteur Ngoma) témoigne comme suit:

il amenait les soldats de la Garde présidentielle qui venaient chercher les gens en les frappant à l’aide du bois de chauffe. Il le rend responsable d’une trentaine de gens enlevés dont un nommé Nyilimpuhwe Télesphore”.

3) SIBOMANA Faustin (cellule Kirengeri, secteur Nyagasozi): “Mr l’Abbé  allait chercher les réfugiés à Kabgayi pour les amener à l’abattoir. Il aurait une responsabilité dans la mort des réfugiés à la paroisse Byimana”

4) NKULIKIYINKA Innocent (Kirengeri, Nyagasozi) donne ce témoignage: “Mr l’Abbé a donné de l’argent à Marara Jean (emprisonné)”.

5) UWAYISENGA Vestine (cellule Muhororo, secteur Muhororo) dit: “Mr l’Abbé recherchait plusieurs personnes à tuer dont le professeur Jean Marie, l’Abbé Célestin, l’Abbé Tharcisse Gakuba, la Soeur Benigne, le Frère Canisius et le Frère Gaspard”.

6) RURANGISA Alexandre (cellule Kigarama, secteur Muhororo): “Il recherchait les filles de l’Agronome SEMATETU, les frères Fabien, Gaspard, et Canisius, l’Abbé Célestin, le journaliste Kalinda Viateur...”

7) RUTAGENGWA Diogène l’accuse d’avoir pourchassé les personnes suivantes: Lazare agent de la Caisse Sociale du Rwanda, Rubayiza de Byimana, Gloriose et un certain Karekezi Emmanuel alias “Save”.

 

            L’Abbé Joseph NDAGIJIMANA reconnaît avoir été autorisé à posséder à un fusil qui l’aidait à protéger la Paroisse et ses réfugiés. Il reconnaît aussi avoir porté ce fusil lors de ses déplacements pour approvisionner les réfugiés de sa paroisse.

 

            A cette époque aussi le S/Préfet de RUHANGO, Placide KOLONI venait d’être arrêté arbitrairement et illégalement par le S/lieutenant BOSCO en date du 14 février 1995, sans avoir informé ni le Préfet de Gitarama ni le Ministre de l’Intérieur. Il était détenu dans la même prison que l’Abbé Joseph Ndagijimana et était accusé d’avoir fait tuer l’assistant médical du Centre de santé de Kigoma, Gatambiye Gabriel.

 

            Quand l’enquêteur de l’ARDHO, Matata Joseph, est allé contacter le Procureur a.i. de Gitarama pour de plus amples renseignements, le magistrat lui dit que s’il ne tenait qu’à lui, il libérerait sur le champ les deux personnalités qui semblaient avoir été victimes des machinations de la part des “groupuscules” manipulés par les extrémistes tutsi.

 

            Entretemps le S/Préfet de Ruhango, KOLONI Placide a été libéré le 24/7/95 sur décision du Conseil des Ministres du 22 juillet 1995 qui faisait suite aux conclusions de la Commission Nationale de Triage. Malheureusement, des malfaiteurs “non identifiés” l’ont massacré et brûlé avec sa femme, ses deux filles et sa domestique dans sa maison de Ruhango dans la soirée du 27 juillet 1995 vers 22 heures.

 

Assassinat d’un détenu BIMENYIMANA à l’Hôpital de Kabgayi:

            Le jour de cette visite du 21 février 1995 à la Prison de Gitarama, il y avait eu un assassinat scandaleux d’un détenu tel qu’il avait été dénoncé dans la lettre du 19/02/95 de Médecins Sans Frontières (MSF) adressée au Directeur de la Prison de Gitarama. Cette lettre accompagnait un tableau statistique des taux de mortalité des prisonniers hospitalisés: septembre 1994 (20% avec 13 entrées), octobre 94 (33%), Novembre 94 (61,1% avec 31 entrées), décembre 1994 (65,6% avec 35 entrées), janvier 1995 (46,9% avec 49 entrées). Sur un total de 129 détenus hospitalisés 53,8% sont décédés et 43 ont réintégré la prison.

Voici quelques extraits de cette lettre qui lancait un SOS pour les détenus hospitalisés:

 

“Monsieur le Directeur,

            Nous voudrions faire référence aux graves incidents survenus entre les 15 et 17 février concernant des mauvais traitements qu’auraient subis des prisonniers hospitalisés à l’hôpital de Kabgayi.

            Selon les déclarations qui nous ont été rapportées et les observations que nous avons faites, il semble que plusieurs malades aient été maltraités au sein même des salles d’hospitalisation dans la nuit du 15 au 16, ainsi qu’un autre malade dans la nuit du 16 au 17, et d’autres encore pendant la journée du 17 février 1995.

            L’un de ces malades est décédé le 17 février: les constatations médicales effectuées par le médecin responsable MSF se trouve en annexe. Elle laisse apparaître que l’état du patient s’est aggravé de manière soudaine et que la cause apparente du décès (difficultés respiratoires et de déglutition) ne peut pas être expliquée par la seule pathologie initiale (dysenterie).

            Ces mauvais traitements auraient été le fait des militaires chargés de la surveillance des prisonniers hospitalisés.

            Nous tenons à réaffirmer le principe universel de déontologie médicale selon lequel tout patient hospitalisé a un droit absolu au respect de son intégrité physique et qu’aucune interférence avec un traitement en cours ne saurait être justifiée.

            C’est à ce titre qu’une demande d’autorisation d’autopsie a été formulée par lettre du 17 février. Nous espérons qu’une réponse positive en la matière, ainsi que le résultat des investigations qui vous sembleront nécessaires d’entreprendre, permettront de faire la lumière sur ces graves incidents.

            Nous voudrions également saisir cette opportunité pour solliciter de votre part des clarifications sur le fonctionnement du système de surveillance des prisonniers au sein de l’hôpital afin qu’il réponde aux impératifs de la détention tout en garantissant pour ces patients une prise en charge médicale appropriée.

            Sachant que vous partagez notre vive préoccupation concernant la prise en charge médicale des prisonniers, nous sommes convaincus qu’une suite appropriée pourra être donnée à notre démarche. Nous restons à votre entière disposition pour de plus amples renseignements dans une perspective de franche collaboration.

            Veuillez croire, Monsieur le Directeur, au sentiment de notre haute considération.

Copie conforme à: - Messieurs le Préfet de Gitarama, le Commandant de la région militaire de Gitarama-Kibuye et le Médecin directeur de la région sanitaire de Gitarama.

 

ANNEXE: Examen médical de Mr BIMENYIMANA:

Mr BIMENYIMANA, prisonnier à GITARAMA, a été hospitalisé le 13 février 1995 à l’Hôpital de Kabgayi pour une diarrhée sanglante, sans que son état n’apparaîsse comme critique lors de l’admission et jusqu’au matin du 16/02/95, il présentait un epistaxis important post-traumatique, ainsi qu’un dyspnée et une dysphagie qui n’existaient pas la veille, de cause non médicale et vraisemblablement provoquées par des manoeuvres de strangulation, dont il portait des traces au niveau du cou. Le 17/02/95 au matin, le malade ne pouvait plus avaler d’aliments solides ni liquides, pas plus que les traitements par voie orale, et ses difficultés respiratoires s’étaient aggravées. Il a dû être immédiatement perfusé. Le décès est survenu le même jour à 14h00, sans que la pathologie initiale - dysenterie - ne puisse l’expliquer isolément.

Voici un petit résumé de la situation qui prévalait à la Prison, au Parquet de Gitarama et à l’Hôpital de Kabgayi en février 1995.                                                        Juin 1997

 

DELATION ET CHANTAGE contre le personnel des Organisations Humanitaires.

 

            Prenons un exemple de diffamation et de “chantage” que le Directeur de la prison de Rilima (au Bugesera), Mr BIRAJE Sylvestre, a tenté d’exercer au personnel expatrié du Comité International de la Croix Rouge (CICR) dans sa lettre au Ministre de la Justice du 12/12/96. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois que le CICR subissait des attaques injustifiées de la part du “pouvoir occulte” des extrémistes tutsis. Ceux-ci reprochent toujours au CICR et aux autres organisations humanitaires leurs activités visant à améliorer les conditions de détenus et d’autres populations sinistrées, considérés comme des ennemis à leur régime actuel. Pour le moment prenons un seul cas concret où les agents du CICR ont été la cible de la presse extrémiste tutsi “les nouveaux médias de la haine”. Selon un article du Journal UKURI n° 15 de décembre 1996, page 4: “Le fils de Bizimungu Casimir (ancien Ministre de la Santé), Jean Yves BIZIMUNGU, a fait avorter le projet d’évasion des détenus de la prison de Rilima”. Il était prévu de dynamiter même la prison !

 

    D’après les aveux du détenu Bizimungu Jean Yves lui-même et l’enquête menée par la Direction de la Prison, il apparaît que 12 détenus étaient concernés par ce projet d’évasion:

Il s’agit de: Runyinya BARABWILIZA, Major Paul Mbonigaba, l’ancien journaliste de Radio-Rwanda Dominique MAKELI, Capitaine Hakizimana J.Pierre, NGAMIJE Léonidas, Ngirinshuti Védaste, S/Lt Nduwimana Faustin, S/Lt Ngabonziza Etienne, Gakenyeye Faustin Muhawenimana Dominique, S/Lt Mukurarinda Etienne et BIZIMUNGU Jean Yves. Ce dernier aurait même avoué la grande responsabilité de ses parents dans ce projet d’évasion. La Direction de la Prison de Rilima met en cause Mme Katie de Piccoli, agent du CICR détaché à Rilima. Jean Yves met en cause aussi d’autres agents Garatie et Charlotte.

 

            Des sommes de 11.000 dollars USA et 80.000 Frw, apportées par Katie de Piccoli, devaient être utilisées dans ce projet. Néanmoins, Jean Yves aurait montré une somme de 4.000 dollars USA apporté par Katie de Piccoli entre le 6 et 13 novembre 1996.

 

            Dans sa lettre au Ministre de la Justice, le Directeur de Prison affirme que KATIE de Piccoli avaient promis à ceux qui devaient s’évader de leur fournir des “Mine lands” pour dynamiter la prison, au cas où la corruption des surveillants de la prison ne marcherait pas.

Le Gouvernement Rwandais s’est plaint auprès du CICR, mais l’on ignore si l’agent Katie a été sanctionnée. Entretemps la Direction de la Prison de Rilima a exigé qu’elle soit mutée!

 

Démenti du CICR tel que relaté par le journal UKURI n° 16 de Février 1997, page 6:

            Le CICR a démenti catégoriquement qu’aucun de ses agents n’a jamais été impliqué  dans un projet de faire évader ni le fils de l’ancien Ministre Bizimungu Casimir, ni quelqu’un d’autre. Il paraît que Jean Yves Bizimungu aurait écrit aux Directeurs de la prison de Rilima une lettre accompagnant les 4.000 dollars, en prétendant que cet argent lui a été apporté par l’agent du CICR pour corrompre les surveillants qui devaient faciliter leur évasion.

            D’après une enquête du CICR, ses portes-parole ont affirmé au journal UKURI que Katie de Piccoli n’a jamais été impliqué dans un projet quelconque d’évasion. Ils ne comprennent pas pourquoi Jean Yves a menti, bien que ce ne serait pas la première fois. Ces représentants du CICR ont saisi cette occasion pour demander à la population rwandaise d’avoir confiance en lui et de comprendre que ses objectifs visent d’abord à aider le Rwanda à entretenir ses prisonniers. Qu’ils sachent que le CICR ne s’occupe que des prisons seulement, mais qu’il s’occupe aussi de plusieurs projets sociaux et humanitaires. Cet exemple montre très bien comment les “intrigues, les machinations et la délationpeuvent frapper n’importe quel citoyen rwandais ou personnel expatrié. Le coup de Rilima semblait avoir pour but de chasser “un témoin gênant” détaché auprès de cette prison !

 

DIFFAMATION, DELATION ET CUPIDITE EN COMMUNE RUTOBWE

 

            Après une campagne de diffamation dirigée contre le Bourgmestre de la Commune RUTOBWE, selon laquelle il protégerait des présumés coupables du génocide, une réunion publique, dirigée par le Préfet de Gitarama, a eu lieu à Rutobwe le 13 septembre 1996. Etaient présents le Colonel Ndengeyinka Balth., Commandant du secteur militaire Gitarama-Kibuye, le Major Nkubito Commandant du secteur Gitarama, le Bourgmestre de Rutobwe Charles Gahunde et les prêtres de la Paroisse Cyeza. Cette réunion a relevé ce qui suit

 

Les infiltrations en commune RUTOBWE:

            Le Major NKUBITO a expliqué largement à la population les dangers de cacher les infiltrés hutus. Il a étalé les conséquences mortelles qui guêtent ceux qui peuvent cacher ces infiltrés; car parfois les forces de sécurité préfèrent détruire les maisons suspectes à l’aide des bombes. Paradoxalement il a dit que les infiltrés ont été invités à rentrer chez eux sans tuer les gens, afin que les coupables puissent être punis et que les autres rentrent chez eux. Les explications du Major Nkubito ne donnent pas concrètement la “notion de ce que c’est un infiltré”! Est-ce les nouveaux rapatriés qui risquent d’être confondus aux infiltrés?

 

La cupidité de certains rescapés: Remboursement des vaches mangés pendant le génocide:

            Un autre facteur d’insécurité c’est la cupidité des rescapés tutsi, lorsqu’ils se font rembourser leurs vaches. On a relevé le cas d’un rescapé qui a perdu deux vaches et qui s’est fait rembourser dix vaches. Environ 400 logements ont été construits pour les rescapés par un projet suisse. Certains de ceux qui ont bénéficié de ces logements n’ont pas cessé de se faire rembourser (en vaches) leurs maisons détruites pendant le génocide.

 

Les syndicats de délateurs: Dans cette réunion du 13/9/96, il a été relevé que plusieurs personnes, qui ne résidaient pas en commune Rutobwe pendant les massacres, se retrouvent sur les listes des personnes qui “dénoncent” les autres aujourd’hui alors qu’ils ne savent rien.

 

La campagne de diffamation contre le Bourgmestre de Rutobwe: Concernant cette campagne, parue dans les “nouveaux médias de la haine”, il a été relevé que les ressortissants de Rutobwe qui résident à Kigali ont rassemblé de l’argent destiné à construire des logements pour les rescapés du génocide. Les détracteurs du Bourgmestre ont fait courir la rumeur selon laquelle cet argent était destiné à “corrompre les rescapés” pour qu’ils s’abstiennent à porter plainte contre les génocidaires. Le Bourgmestre GAHUNDE Charles a démenti la rumeur selon laquelle il aurait libéré des criminels. Il a dit que si cela se révélait vrai, l’Inspecteur de la Police Judicaire et le Responsable militaire du cachot communal auraient été également corrompus. Plusieurs conseillers de secteur ont été obligés d’accepter de signer des contrats exhorbitants de remboursement, suite à l’intimidation de certains rescapés trop gourmands. Désormais, il a été décidé que tout “contrat de remboursementdevra être contresigné par le Bourgmestre et le Responsable militaire de la commune RUTOBWE. Certains rescapés tutsi se seraient même permis d’aller “prendre les vaches” dans d’autres communes qui ne sont pas les leurs. D’autres rescapés se font rembourser par “des hutu innocents plus aisés” lorsqu’ils jugent insolvables leurs “vrais débiteurs”.

D’après les rumeurs, les représentants de rescapés de Rutobwe, qui résident à Kigali, se plaindraient du fait que le bourgmestre aurait relâché des criminels qu’ils avaient eux-mêmes dénoncés. Mais le véritable représentant des rescapés de Rutobwe a déclaré dans cette réunion qu’il ne connaissait  pas ces gens là. Le Curé de la paroisse Cyeza est revenu sur les syndicats de délateurs pour demander que soit puni le coupable, mais que les délateurs soient punis également. Les problèmes soulevés dans cette réunion ont révélé “le danger d’un pouvoir occulte” qui risquerait de paralyser l’administration communale de Rutobwe.          MAI 1997.

 

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA

BP 2 - MOLENBEEK 4                                                                                                                                   AVRIL  1997

1080 BRUXELLES - Tél/Fax:32.10/81.58.17

 

EPURATION ETHNIQUE DE LA MAGISTRATURE RWANDAISE

 

Introduction:

            Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda dénonce et condamne l’épuration ethnique de la Magistrature Rwandaise. Dans la mesure où le régime de Kigali reste dominé, gangrené et paralysé par le “pouvoir occulte” ou le “gouvernement parallèle” des extrémistes tutsi, il porte la responsabilité des conséquences de cette épuration ethnique qui ne peut que “favoriser et institutionnaliser” l’Impunité au Rwanda. En effet, suite à leur part de responsabilité dans le génocide rwandais et au volume impressionnant des crimes qu’ils ont continué de commettre depuis leur victoire en juillet 1994, ils n’avaient plus d’autres choix que de s’assurer l’impunité dont ils ont besoin, par la mise en place d’un Système judiciaire parfaitement contrôlable et qui leur est totalement dévoué. Pour ce faire, ils ont assassiné, fait disparaître et/ou emprisonné illégalement et arbitrairement des magistrats hutu honnêtes. Simultanément, en plus des lois et procédures judiciaires qu’ils viennent d’imposer au peuple rwandais, ils ont réussi à faire nommer des magistrats de leur seule obédience. Ces magistrats à majorité tutsi ont été d’abord formés au rabais, avant d’être affectés à des postes-clés et précis au sein de la Magistrature Rwandaise, pour mieux protéger et servir les intérêts d’un petit noyau d’extrémistes tutsi qui ont besoin de s’assurer l’impunité de leurs crimes. C’est ainsi qu’ils viennent de priver le peuple rwandais d’une justice sereine et équitable; et d’écarter toute solution de transparence, de neutralité et d’équité que des rwandais de bonne volonté avaient souhaitée. L’assistance judicaire massive, qui avait été initialement envisagée par le “gouvernement officiel” mis en place le 19 juillet 1994 et publiquement sollicitée auprès de la Communauté Internationale lors de la Conférence de La Haye en Octobre 1994, a été rejetée par le “pouvoir occulte” des extrémistes, sous prétexte de la “souveraineté nationale”. Pourtant en refusant l’offre d’assistance internationale en magistrats étrangers, ce “gouvernement parallèle” n’a pas hésité à conclure des accords d’assistance militaire avec des grandes puissances; ce qui lui permet d’envahir ou d’intimider des pays de la région des grands lacs. Or, sans une Magistrature indépendante et capable de créer les conditions nécessaires à une véritable et durable réconciliation nationale, toute solution de paix durable est compromise non seulement au Rwanda, mais aussi dans la région des Grands Lacs.

 

L’épuration ethnique a été réalisée progressivement et sûrement:

           

            Tout a commencé en Septembre 1994 lorsque les cris s’élevèrent de partout parce que les personnes élargies par la Chambre du Conseil du Tribunal de Première Instance de Kigali ont été soit assassinées sitôt après avoir été libérées, soit portés disparus ou ont été reprises par des militaires en tenue civile. Certains détenus libérés ont été repris directement devant la prison de Kigali ou réarrêtés chez eux par des militaires en uniforme et/ou séquestrés dans les camps militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR).

           

            A l’époque, l’appareil judiciaire avait été complètement saigné par les massacres et l’exil de magistrats hutu et tutsi. Seuls quelques agents du personnel judiciaire restés dans le pays constituaient l’embryon de ce qui allait devenir prochainement le Système Judicaire. Cet embryon aidait à prendre quelques mesures provisoires urgentes mais surtout il allait aider à l’encadrement du personnel qui allait être recruté.

 

            C’est dans ces circonstances que le 5 octobre 1994, Mr Gratien RUHORAHOZA, jeune magistrat sorti quelques années auparavant de l’Ecole Nationale de la Magistrature de Paris (France) disparaissait suite à son enlèvement par des éléments en tenue militaire qui l’ont pris chez lui vers 23 heures. Les recherches infructueuses furent menées et jusqu’aujourd’hui sa famille et ses enfants attendent toujours de revoir leur Père.

 

            Vient alors l’époque des candidatures pour la Cour Suprême. Beaucoup de magistrats présentis furent calomniés et certains d’entre-eux furent obligés de se retirer de la compétition suite aux menaces et pour satisfaire les magistrats ambitieux et dévoués au régime en place. Un de ces candidats, HABIYAMBERE Antoine a tenté sa chance auprès du Tribunal Pénal International pour le Rwanda mais les menaces continues ont fini par l’obliger à sortir du pays.

 

            Au même moment des recrutements se sont faits massivement pour la formation des Inspecteurs de police judicaire, de magistrats non juristes, de candidats substituts et greffiers. Beaucoup d‘éléments de l’ethnie hutu, particulièrement les meilleurs, furent retirés des formations et emprisonnés illégalement et arbitrairement. Nous pouvons citer:

- Inspecteur de Police Judiciaire (IPJ) Jean Baptiste DUSENGIMANA

-                                                           Albert NDAYISHIMYE

-                                                           François MUSONI

-                                                           Ephron GATERA

-                                                           Charles NIYOMUGABO (de Gitarama)

-                                                           Malachie IYAMUREMYE (de Cyangugu)

-                                                           Védaste AHISHAKIYE (de Gikongoro)

-                                                           David NIYITEGEKA (de Gitarama)

-                                                           Emmanuel NIYIBIGIRA (de Gitarama)

 

            En même temps le Ministre de la Justice nomme parmi les substituts en place ceux qui devaient assumer les fonctions de Procureurs ad intérim. Ils l’apprennent par les ondes de la Radio Nationale, mais ils furent du coup la cible de leurs détracteurs que ce soit à Butare ou à Kibuye. Par exemple pour:

 

1) Parquet de la République près le Tribunal de Première Instance de Butare:

- Le Premier Substitut Jéremie est arrêté à Butare alors qu’il allait diriger ce Parquet;

- Son collègue le Premier Substitut Enoch NIYOMUGABO nommé pour le remplacer est à son tour arrêté;

- La troisième nomination du Substitut Callixte GATSIMBANYI n’a pas eu d’effet car ce dernier préféra “rester chez lui à la maison” au lieu d’aller se faire emprisonner gratuitement;

- Pour la quatrième nomination le Ministère proposa le Substitut Ferdinand MBERA qui refusa d’y aller mais préféra d’être nommé Procureur ad intérim à Gitarama (ce qui ne lui épargnera pas non plus des tracasseries de tout genre);

- Le Substitut du Procureur Célestin KAYIBANDA fut affecté à Butare en décembre 1994 pour y avoir vécu et travaillé. Il accepta le poste de Procureur a.i. près le Parquet de Butare et manifesta son intention de travailler en toute indépendance et surtout de tempérer l’ingérence des militaires dans le travail de l’appareil judiciaire. Une année et demie après, soit le 2 mai 1996, il fut arrêté et emprisonné illégalement et arbitrairement par les gendarmes de la Brigade de Butare sur l’instigation du Colonel KADAFI, Commandant du Secteur militaire de Butare-Gikongoro-Cyangugu. Plutard, le Procureur Général près la Cour d’Appel de Nyabisindu, Mr KABANDA, un des magistrats dévoués au “pouvoir occulte” a tenté plusieurs fois de lui coller en vain “le crime de génocide”. Néanmoins, il croupit toujours à la Prison de Nyabisindu avec un dossier “vide mais rempli” de faux témoignages fabriqués par les “syndicats de délateurs” créés et manipulés par le “pouvoir occulte des extrémistes tutsi.

- Le Président a.i. du Tribunal de Première Instance de Butare, Bernard NIKUZE, fut abattu de deux balles dans le dos devant sa porte dans la soirée du 30 août 1995 vers 19h en rentrant de son travail. Les responsables militaires auraient prétendu qu’il fut tué par un bandit (autrement non identifié) qui venait de leur échapper dans la soirée même.

- Dans les communes de Butare, les bourgmestres révoquent les IPJ à l’exemple de la commune Ruhashya alors qu’ils n’ont rien à voir avec l’admnistration communale ou le Minstère de l’Intérieur. Ces querelles avaient pour origine le conflit de compétences mais plus précisément l’ingérence des responsables administratifs dans l’appareil judiciaire.

 

2) Parquet de la République de NYAMATA près le Tribinstance de Nyamata:

- Le Premier Substitut du Procureur près le Parquet de Nyamata, Mr Daniel SHUMBUSHO fut également arrêté à Kigali début 1995. C’est dans ce courant que le Procureur de la République à Kigali, François-Xavier NSANZUWERA, s’est exilé en Belgique suite aux menaces nocturnes des militaires dans sa résidence sise à Rugunga (Ville de Kigali).

 

3) Parquet de la République de Rushashi près le Tribinstance de RUSHASHI)

- Le Chef du Parquet, le Substitut Floribert HABINSHUTI a été tué le 7 juillet 1996 vers 19h45 dans une ambuscade tendu à son véhicule par des hommes armés. Il est mort avec sa femme, ses deux enfants, ses trois parents et d’autres personnes qui étaient dans son véhicule. Le bilan s’éleva à Treize morts car il n’y a pas eu de survivants. Dans la même soirée du 7 juillet le Bourgmestre de Rushashi Vincent Munyandamutsa a été tué aussi dans une ambuscade lui tendu vers 18h30 à 3 Km de son domicile et à 300 mètres du Bureau communal. Toujours dans la même soirée du 7 juillet, le Directeur de l’Ecole Secondaire de Rwankuba, Bwanacyeye Laurent, a été tué avec 3 autres personnes dans une autre ambuscade tendue non loin de là en Commune RUSHASHI. Le Capitaine de l’APR Gakwerere, qui avait partagé un verre de bière avec le Substitut Habinshuti Floribert a été soupçonné par les enquêteurs indépendants qui se sont rendus sur les lieux des trois attentants qui ont fait au total 18 morts parmi les hautes personnalités de cette commune.

 

4) Parquet de la République de KIGALI (près le Tribunal de Première Instance)

- Le Substitut J.Baptiste SIBOMANA est battu par des militaires en patrouille à Kigali en février 1996 et garda le lit plusieurs semaines.

- Le Substitut Silas MUNYAGISHALI qui était Procureur a.i. du Parquet de Kigali a été arrêté illégalement et arbitrairement par les militaires en février 1996. D’abord sous l’inculpation de “corruption” puis comme “génocidaire” parce qu’il voulait libéré les agents de cadre de la Banque Nationale du Rwanda qui ont été arrêtés abusivement par les militaires de l’APR. Les “syndicats de délateurs” auraient dit qu’il avait tenu une barrière et un fusil.

- Le Substitut J.Berchmans MUSERUKA est arrêté abusivement en juin 1996.

- Le Directeur de la Prison Centrale de KIGALI échappe de justesse à la prison que lui destinait ses détracteurs, parce qu’il avait accepté que les prisonniers malades reçoivent le régime alimentaire prescrit par le médecin et autorisé par le Ministre de la Justice.

- Le juge GATERA du Tribunal de Première Instance de Kigali fut suspendu début 1996 pour une durée indéterminée avant d’être réintégré.

- Le Conseiller près le Conseil d’Etat, François-Xavier NDEZE, dont la maison avait été spoliée deux ans durant par des militaires, se sentait menacé tout en continuant son travail;

- Le Premier Substitut MUNYANSANGA J.Damascène du Parquet de Kigali a été assassiné par les troupes du Front Patriotique dans leur camp de Kinazi (com.Mugina) en Juillet 1994.

- Le Président du Conseil d’Etat, Vincent NKEZABAGANWA, a été assassiné chez lui dans la soirée du 14 février 1997 à Gisozi (Kigali-ville) par des hommes armés en tenue militaire. Il a été tué en même temps avec trois autres personnes qui étaient chez lui, à savoir:

            - Ngoga Alphonse, agent au Bureau du Premier Ministre Rwandais;

            - Gasana, chauffeur au Ministère du Commerce qui venait laisser son véhicule chez lui;

            - Kamali “alias Rubare” qui était gardien de nuit de Vincent Nkezabaganwa.

Les militaires de l’APR, qui sont intervenus tardivement et qui se sont proposés de le conduire à l’hôpital, ont dû l’achever parce qu’il n’avait pas été gravement blessé. Il avait été touché à la cuisse, au bras et légèrement sur le ventre près des côtes. Quand sa femme se rendit quelques instants plutard au Centre hospitalier de Kigali, elle fut très surprise d’apprendre que son mari est mort et que le corps se trouvait déjà à la morgue. Elle a constaté que le cadavre de son mari était tout nu et qu’il avait été fendu à la hauteur de la poitrine. Quand elle a réclamé les habits que son mari portait, elle n’a pas pu les obtenir jusqu’à ce jour.

Tribunaux de Première Instance et de Canton de Kigali-rural et Byumba:

- Le juge du Tribunal de Canton de la Commune TARE (KIGALI-rural), MAHIRYOLI a été assassiné chez lui dans la nuit du 10 mars 1996. Sa femme, son petit-fils et ses deux domestiques ont été tués en même temps.

- Le Président du Tribunal de Canton de la commune RUTONGO (Kigali-rural), Jean Paul MBUGULIZE  a été assassiné dans la soirée du 21 janvier 1997 autour de 19 heures. Des personnes armés non identifiées se sont présentées chez lui le soir, l’ont enlevé et le lendemain son cadavre fut trouvé dans la nature par ses enfants.

- Le juge du Tribunal de Canton de la commune MURAMBI (Byumba), André MVUMBA a été blessé avec sa femme Cathérine Mukamusoni par deux grenades qui ont été lancées dans leur chambre à coucher par des inconnus dans la soirée du 20 mai 1996. Il ne s’agit pas d’infiltrés hutu, car il n’y a pas d’infiltrations des interahamwe en préfecture de Byumba.

- La juge du Tribunal de Première Instance de Kigali, Mme KAMBABAZI Donathille a été arrêtée arbitrairement fin 1996. Son mari Grégoire Kayinamura et sa fille Auda avaient été tués par les soldats du FPR dans la Zone occupée par le FPR à Byumba en Avril 1994. Son fils, Robert Kayinamura qui s’était fait enrôlé dans les troupes du FPR est porté lui aussi disparu. Son arrestation aurait pour objectif d’intimider les rescapés hutu à réclamer la justice pour les membres de leur famille assassinés dans la zone de Byumba occupée par le FPR.

- Le Conseiller à la Cour d’Appel de Kigali, BUGILIMFURA Sylvère a été arrêté arbitrairement après son retour des camps de réfugiés du Zaïre en novembre 1996. D’abord détenu chez lui en commune Musasa, on ignore où il serait détenu actuellement.

 

5) Parquet de la République près le Tribunal de Première Instance de KIBUYE:

- L’Inspecteur de Police Judiciaire qui dirigeait le parquet de Kibuye fut lui aussi arrêté début 1995 sur instigation du Commandant militaire et du Préfet de Kibuye, Assiel KABERA. Il lui est reproché de vouloir faire libérer les prévenus “suspects du génocide” sur lesquels aucun indice sérieux de culpabilité ne pèse.

- Lorsqu’il fut nommé et affecté au Parquet de Kibuye, le Substitut du Procureur Floribert HABINSHUTI refusa d’aller à Kibuye. Au lieu d’aller se faire assassiner ou emprisonner à Kibuye il choisit d’être sanctionné pour cette insubordination. Il fut suspendu avant d’être affecté comme Chef du Parquet de la République près le Tribunal de Première Instance de Rushashi. Il sera assassiné le 7 juillet 1996 avec sa femme et ses deux enfants.

- Le 2 mai 1996, le Procureur Fidèle MAKOMBE et l’IPJ BINOMBE du Parquet de la République de Kibuye ont été tabassés par le Capitaine Joseph Rukwakwa, sous l’instigation du Préfet de Kibuye, Assiel Kabera, qui ne comprenait plus pourquoi le Parquet refuse d’arrêter des citoyens innocents qu’il tenait absolument à faire jeter en prison.

- Selon le journal des extrémistes tutsi ISONGA n°3 du ...........à la page 17, les rescapés tutsi des commune KIVUMU et BWAKIRA (Kibuye) auraient fait des “manifestations” pour dénoncer le Procureur Fidèle MAKOMBE. Ils répètent cela dans leur “griefs” contre le nouveau Juge Président du Tribunal de Première Instance de Kibuye.

- L’IPJ Uzziel est contraint de déserter et de fuir Kibuye pour se réfugier à Kigali

- Chantage et persécution contre BUSHENGERO Charles, nouveau Président du Tribunal de Première Instance de Kibuye. D’après le journal ISONGA n°3 à la page 16 et 17). Ce journal affirme avoir eu un entretien avec les “habitants” de trois cellules du Secteur NGOMA, commune Kivumu, à savoir: Rugaragara, Nyagihamba et Nganzo. Ils se plaignaient de ce que Mr BUSHENGERO Charles a été nommé Juge-Président du Tribunal de 1ère Instance de Kibuye par le décret-loi qui a nommé les juges récemment. Voici un résumé de leur plainte:

a) Depuis 1973 jusqu’en 1981, Mr Bushengero Charles a été bourgmestre de Kivumu, tandis que son grand frère Mpakaniye fut conseiller du Secteur Ngoma. Quand il était Bourgmestre il aurait été caractérisé par le squattage des biens immobiliers de tutsi tués en 1973 selon un long “rapport du nouveau Bourgmestre”.

b) Pendant le multipartisme, il était comptable de la préfecture Kibuye et aurait été membre et porte-parole du parti CDR. Ici ils vont jusqu’à citer le nom de son épouse: Mukandereya Thérèse qui participa à un meeting de 3 personnes!!

c) Ils accusent le Juge Président Charles d’avoir dirigé, en compagnie de l’ex-Préfet de Kibuye KAYISHEMA Clément, une réunion le 13 Mai 1994 à Bwakira pour “inciter la population” à ne pas cacher les tutsi. Ca serait suite à cela que plusieurs personnes (dont les noms sont cités) ont été tués dans le secteur Ngoma et Nganzo.

d) Au domicile du Juge-Président Bushengero Charles, les “habitants” affirment qu’il y aurait un fosse commune contenant 6 cadavres (dont un certain Kayigi, deux religieux (diacres) dont les noms sont inconnus. Que chez son grand frère Mpakaniye en détention pour avoir tué Appolinaire Kagorora, on y aurait déterré 8 cadavres dont Mme Bunyuguri.

e) Ces “habitants” mettent en cause aussi le Bourgmestre de Bwakira, Moïse Ndemeye, qui a accordé à Mr Bushengero Charles une attestation de bonne conduite, vie et moeurs, alors qu’il est accusé d’avoir participé au génocide.

Le Centre estime que le Juge-Président Bushengero Charles n’a pas été nommé sans avoir fait l’objet d’une enquête minutieuse de la part du DMI!! Il convient de se demander où se trouvait ce “syndicat de détracteurs” qui l’attaquent après sa nommination. Ou bien s’agit-il de son indépendance qu’il affiche vis-à-vis de ses rescapés tutsi qui n’arrivent pas à se servir de lui pour continuer de faire jeter “des hutus innocents” dans les prisons-mouroirs du Rwanda.

 

6) Parquet de la République près le Tribunal de Première Instance de GISENYI:

- L’Inspecteur de Police Judiciaire (IPJ) NTAMBARA qui dirigait le Parquet de Gisenyi fut arrêté début 1995, sous prétexte qu’il voulait faire libérer des détenus innocents.

- L’IPJ Innocent NTAHONDI de la commune KAYOVE fut assassiné le 23 Mars 1996 par des militaires de l’APR (dont un nommé Prudence) à Kayove. Il fut fusillé en compagnie de l’IPJ BUSOMOKE qui a survécu et fui la région de Gisenyi pour sa sécurité.

- L’IPJ Emmanuel NIYONTEZE fut assassiné à Gisenyi début 1996.

- Au Parquet de Kigali, des rumeurs de déchirer les dossiers des prévenus sont faussement imputés à deux Substituts hutu par les militaires. Faute de preuves, le Ministrre de la Justice préfère les muter l’un au le Parquet de Gisenyi et l’autre au le Parquet de Kibuye.

- Le Substitut Léonard MUKESHIMANA, muté comme Procureur a.i. près le Parquet de Gisenyi se débrouille tant bien que mal à Gisenyi, mais son dossier est quotidiennement sali par un agent du Parquet qui a l’ambition de postuler ce poste de Procureur de la République.

 

 

7) Parquet de la République de CYANGUGU (près le Tribunal de Première Instance):

- Le Premier Substitut du Procureur, Viateur NYANDWI, qui fut affecté comme Procureur a.i., parvint à entretenir un climat de collaboration avec les militaires qui s’ingéraient gravement dans son travail de magistrat. Mais cela n’a pas empêché que sont frère fut arrêté illégalement et arbitrairement par les militaires. Il fut tellement battu qu’il mourut en prison.

- Le Procureur a.i.Viateur Nyandwi échappa lui-même à un tueur en uniforme militaire qui lui braqua un pistolet à la tempe sans explication. Il n’a eu la vie sauve que grâce à sa fuite spéctaculaire et aux passants qui ont obligé l’assassin à attendre qu’ils finissent de passer!

- Pour le Procureur a.i. la menace était alors proférée clairement et à haute voix. Il ne fallait plus penser à libérer des détenus innocents.

- Dans la nuit du 26 Octobre 1995, l’Inspecteur de la Police Judiciaire de Gishoma, EPAPHRODITE, fut assassiné chez lui avec trois autres personnes dont le Greffier du Tribunal de Canton de Gishoma. Son domestique, qui avait reconnu parfaitement un des agresseurs comme étant un soldat qui faisait partie d’un petit détachement militaire de l’APR situé non loin de là, fut achevé par ces mêmes militaires au moment où les voisins l’évacuaient vers le Centre de Santé de Mushaka. Lors de l’enquête, le petit frère de l’IPJ tué aurait également affirmé que le groupe de militaires qui a attaqué la résidence de l’IPJ faisait bien partie du petit détachement en cantonnement à la commune Gishoma. Les militaires qui procédaient à l’enquête ont refusé de prendre en compte son témoignage, jugé irrecevable, suite à ses liens de parenté avec l’IPJ assassiné.

- A cette époque, quatre IPJ fraîchement sortis de la formation ont été aussi arrêtés sans explication satisfaisante à Cyangugu.

- Le Juge du Tribunal de Première Instance de Cyangugu, Védaste HABIMANA a subi de multiples interrogatoires illégales destinées à l’intimider par la Gendarmerie de Cyangugu

 

Arrestations et détentions illégales et arbitraires de magistrats hutu:

           

            Voici la liste des magistrats qui à titre illustratif étaient détenus arbitrairement et illégalement en date du 20 juin 1995. Les 16 premiers avaient été provisoirement libérés par une commission gouvernementale de triage, composée d’un représentant du Parquet Général près la Cour Suprême,  d’un représentant du Ministère de la Défense et celui du Service Central des Renseignements. Tous les magistrats détenus sont généralement accusés d’avoir participé au “génocide de 1994”. Comme nous l’avons évoqué plus haut, certains magistrats, libérés par cette commission, ont été réarrêtés par des militaires sans en aviser le Ministre de la Justice si bien que plus de la moitié de ceux qui figurent sur la liste, ci-après, croupissent encore en prison:

Nom et Prénom                                   Fonction:                   Lieu d’affectation:

 1. MURAGIZI Etienne             Juge de Canton            RUNYINYA (Butare)

 2. MUSIRIKARE Paul                  Président de Canton            HUYE (Butare)

 3. NYILINKWAYA Gervais                  Juge de Canton            NYABISINDU (Butare)

 4. MUKURALINDA Jean                       Juge du Tribinstance            NYABISINDU (Butare)

 5. NYAMULINDA Fulgence            Juge de Canton GITI (Byumba)

 6. MUNYANSHONGORE Vianney            Juge de Canton            KAMEMBE (Cyangugu)

 7. SIBOMANA Vianney                        Président de Canton            GISOVU (Kibuye)

 8. NKUNDIMFURA Anaclet            Conseiller C.Appel            NYABISINDU (Butare)

 9. SEKAZIGA Wenceslas                    Président de Canton            MUSAMBIRA (Gitarama) *

10. HABIYAMBERE Thadée            V/Prés. Tribinstance            KADUHA (Gikongoro)

11. NYANDWI Denis                            Juge de Canton            RUHASHYA (Butare)

12. HABONIMANA J.Baptiste            Président de Canton            MUSEBEYA (Gikongoro)

13. MUNYENTARAMA Paul            Juge de Canton            MARABA (Butare)

14. KAYIKIRE Abdon              Juge de Canton            RUTONDE (Kibungo)

15. SEBULIKOKO Jéremie                     Juge de Canton            MUKINGO (Ruhengeri)

16. NTAHORUGIYE J.Baptiste            Juge de Canton            NYAMUTERA (Ruhengeri)

17. BIRETE Guillaume                     Juge de Canton            NKULI (Ruhengeri)

18. NGILINSHUTI Théoneste            Président de Canton            GISUMA (Cyangugu)

19. NIKWIGIZE Marcellin                      Président de Canton            RUNYINYA (Butare)

20. NIYOMUGABO Enoch                    Premier Substitut            MUNINI (Gikongoro)

21. NSABIMFURA Jéremie                     Premier Substitut            NYANZA (Butare)

22. BIPFUBUSA Faustin             Juge de Canton            GAFUNZO (Cyangugu)

23. KABALISA Faustin             Juge de Canton            TAMBWE (Gitarama)

24. MWUMVANEZA Juvénal            Juge de Canton            BICUMBI (Kigali-rural)

25. MUKANYANGEZI Josepha            Juge du Tribinstance            KIGALI (P.Ville de Kigali)

26. SHUMBUSHO Daniel                       Premier Substitut            NYAMATA (Kigali-Rural)

27. BURANGA Jean                             Juge de Canton            MWENDO (Kibuye)

28. NGOBOKA André               Juge de Canton            GISOVU (Kibuye)

29. KAMUGENGA J.d’Amour            Président de Canton            BWAKIRA (Kibuye)

30. NAKABONYE André                       Juge de Canton            BWAKIRA (Kibuye)

 

Conclusions:

               

            Malgré le besoin criant en personnel judiciaire, il a été constaté que des extrémistes tutsi, dans leur élan de mettre en place un appareil judiciaire qui leur soit favorable, n’ont pas du tout envie de reprendre les agents judiciaires qui ont travaillé sous l’ancien système. Ils inventent alors des crimes pour pouvoir se débarasser d’eux. Il devient de plus en plus clair que les magistrats de l’ancien système sont exclus. En juin 1995, plus de 40 magistrats hutu étaient emprisonnés suite à cette épuration. Un tiers aurait été libéré et affecté dans certaines juridictions. Ces magistrats sont traumatisés, terrorisés et incapables de travailler en toute indépendance, suite à l’ingérence militaire. Sur 100.000 détenus, 85% n’ont pas de dossiers!!

 

            C’est dans ce climat de terreur totale que des procès pour juger les personnes présumés coupables du génocide ont commencé. Bien qu’ils se déroulent en public, on ne peut pas dire qu’ils sont pour autant équitables et transparents. Il a été constaté surtout une carence pour la défense des présumés génocidaires parce que même les avocats qui auraient pu les défendre n’osent pas le faire par peur des représailles des militaires et des extrémistes tutsi.

 

AVRIL 1997.

 

CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE

ET L’INJUSTICE AU RWANDA

BP 2 - Molenbeek 4                                                                                                         Bruxelles, le 14 mai 1998

1080 BRUXELLES - Tél/Fax: 32.10/81.58.17

 

NOTE POUR INFORMATION

 

1) Arrestation et disparition de Mr Fidèle UWIZEYE, Témoin à décharge du TPIR:

 

            Mr Fidèle UWIZEYE est un ancien Préfet de GITARAMA. Récement, il a été cité et entendu, par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, comme témoin à décharge dans le procès de l’ex-Bourgmestre de TABA, Jean Paul AKAYESU.

 

            Mr Fidèle UWIZEYE a été arrêté le 1er Mai 1998 aux environs de 17 heures à son domicile à Kimihurura. Il est un agent du Ministère de l’Intérieur, du Développement Communal et de la Réintégration sociale (MININTER).

Il était chargé de la Direction du Développement communal. Notons également qu’il fut Préfet de la Préfecture GITARAMA avant la tragédie d’avril 1994.

 

            Le jour où il a été arrêté, c’est un jour férié (fête du travail). Son arrestation était dirigée par le Major MCUMU Augustin G2 de la Gendarmerie nationale. Il a été conduit à la Brigade de Remera où les membres de sa famille lui ont apporté de la nourriture.

 

            Depuis le 5 mai 1998, il aurait été transféré dans un endroit jusqu’ici inconnu. Mais la famille a continué à apporter de la nourriture qui était acceptée jusqu’au 9 mai 1998. Les objets qu’il utilisait ont été rendus à la famille : lunettes, savons, brosse à dents, essuie-mains. Lorsque l’épouse de Mr Fidèle Uwizeye a voulu savoir le lieu de transfert de son mari, la réponse était qu’il a été transféré ailleurs pour sa sécurité, mais aucun gendarme n’a voulu lui révéler dans quel endroit son mari aurait été conduit.

 

            Lorsque son épouse a continué d’insister auprès de la Brigade de REMERA pour s’informer du lieu de détention de son mari, il lui a été signifié qu’elle ne devait plus se présenter à la dite Brigade et surtout qu’elle ne devait plus mettre ses pieds dans la zone contrôlée par cette Brigade.

 

            L’épouse de Mr Fidèle UWIZEYE supplie et implore toute personne pouvant lui venir en aide, ne fut-ce que pour lui permettre de connaître le lieu de détention de son mari

 

Voici certaines hypothèses sur cette disparition :

 

a) Mr Fidèle UWIZEYE avait été témoin à décharge dans le procès de l’ex-bourgmestre Jean Paul AKAYEZU devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) d’Arusha en Tanzanie. Selon les extrémistes tutsi, il serait considéré comme un complice des génocidaires, puisqu’il a accepté de défendre un présumé coupable du génocide.

 

b) Il serait soupçonné d’avoir participé au génocide sur dénonciation d’un certain MUPAGASI Fidèle, commerçant à GITARAMA et Madame ESPERANCE, épouse d’un Sous-Préfet à Gitarama. Ces derniers seraient soutenus par Mr Théoneste MUTSINDASHYAKA, Secrétaire Général au Ministère de l’Intérieur et du Développement Communal (MININTER).

Pour que cette accusation puisse avoir du poids, on aurait découvert des tracts écrits sur la machine de la Direction dirigée par Fidèle UWIZEYE au MININTER.

 

c) Mr Fidèle UWIZEYE avait été proposé pour être Consultant du Jumelage-Coopération, poste convoité par ses collègues qui avaient déjà prédit son emprisonnement. Ces collègues jaloux disaient qu’il reçoit beaucoup d’Ordres de mission pour travailler à l’extérieur. Ils croient qu’il est ainsi choyé par les personnalités influentes de son ethnie HUTU.

 

2) Arrestation de Mr SINDWANIRUBUSA Léonard:

 

            Le cas de Mr Léonard SINDWANIRUBUSA nous a été signalé aussi. Il travaille lui aussi au Ministère de l’Intérieur et du Développement Communal.

 

            Il a été arrêté le 7 mai 1998 par les militaires qui lui ont présenté un mandat d’amener aux environs de 6 heures du matin à son domicile.

 

            Il est chargé de la Division des Finances Communales au sein de ce Ministère. Il a été conduit à la Brigade de Remera où les amis lui ont apporté de quoi manger. Les membres de sa famille ne peuvent pas s’occuper de lui, car ils sont dans la Commune NYAKABANDA, préfecture GITARAMA. Quant à lui, il est encore célibataire. Aucune personne n’a le droit de le voir sous prétexte qu’il n’est pas encore interrogé, d’après les agents de la Brigade de Remera. Les motifs de son arrestation ne sont pas encore connus.

 

3) Arrestation de Mr Antoine BIZIMANA, ancien Directeur de Cabinet à la Primature:

 

            Mr Antoine BIZIMANA, ancien Directeur de Cabinet à la Primature a été arrêté. Il est accusé d’avoir participé au génocide. Son arrestation a été ordonnée par le Procureur de la République à Butare, Mr NGOGA Martin, qui a déclaré que le procès d’Antoine commençerait dans moins de 3 semaines. Il aura fallu deux ans d’enquête avant que Antoine BIZIMANA soit arrêté, a-t-il dit. Le Centre rappelle que son cas a défrayé la chronique de tous les nouveaux médias de la haine qui ont revu le jour au Rwanda depuis plus de deux ans.

           

            En effet, Mr Antoine BIZIMANA avait été arrêté pour la première fois le 29/10/1995, deux mois après qu’il fut nommé Directeur de Cabinet de l’actuel Premier Ministre Pierre Célestin RWIGEMA. Il était allé assisté dans sa commune d’origine de MBAZI (à Butare) aux cérémonies d’inhumation des victimes du génocide.

Après les cérémonies, un groupuscule de veuves tutsi s’est précipité sur Antoine et l’ont pris « au collet » en lui demandant «où as-tu mis nos maris où as-tu mis nos membres de famille?. D’autres criaient « le voilà, le voilà! ». Les forces de sécurité sont intervenues et ont emmené Antoine dans leur campement situé près du bureau communal de Mbazi. Quatre femmes se sont acharnés sur lui en faisant des déclarations si contradictoires que les militaires furent obligés de les chasser. Depuis des interrogatoires, se sont succédées sur place même.

           

            Mr Antoine BIZIMANA fut interrogé par une dizaine d’individus, qui prétendaient qu’ils allaient enquêter mais qui ne revinrent plus. Vers 6h du soir, un capitaine de l’Armée est venu le conduire à Tumba chez le Lt Colonel KADAFI Kazintwali, commandant du secteur militaire de BUTARE à cette époque. Lorsque l’ancien Procureur a.i. près le Parquet de Butare, Célestin KAYIBANDA, proposa de le loger à l’Hôtel IBIS de Butare, le Lt Colonel KADAFI prit la décision de donner à Bizimana une escorte militaire jusqu’à son domicile à Kigali. D’après les deux rapports d’enquête du Procureur de Butare, il ressort qu’aucun témoin n’avait chargé Antoine Bizimana dès le début des enquêtes en commune MBAZI.

            Selon les rapports d’enquête du Procureur Célestin KAYIBANDA du 1/11/95 et du 7/11/95, aucun témoignage parmi ceux qui avaient été déposés depuis juillet 1994 n’a pu établir la responsabilité d’Antoine BIZIMANA dans le génocide rwandais. Un troisième rapport du 6/6/95 émanant du Dr Alexandre RUCYAHANA, réfugié actuellement en Belgique, explique qu’il n’a jamais vu ou entendu une éventuelle participation d’Antoine dans les massacres, mais que ce dernier a été vu en compagnie des principaux chefs miliciens dans cette région comme les célèbres tueurs Rekeraho Emmanuel et Habyalimana Joseph. Ce rapport n’accuse nullement l’intéressé. Dans son rapport du 23/02/1996, le Dr Alexandre met en doute l’innocence d’Antoine BIZIMANA alias Mabuye. Ce rapport exige que l’intéressé soit contraint d’expliquer tout ce qu’il a vu et son comportement, mais il ne l’accuse pas.

 

            Selon le rapport du Service des Renseignements Civils du 30/01/1996, de tous les témoins et habitants interrogés dans cette région, personne n’a mis en cause le Directeur de Cabinet de l’actuel Premier Ministre Pierre Célestin RWIGEMA. Par contre, tous les témoins accusent le petit frère d’Antoine, Joseph Habyalimana, d’avoir participé au génocide.

 

            D’après des éléments recueillis par le Service des Renseignements, Antoine BIZIMANA serait victime d’une machination montée par Mr Anastase GASANA (actuel Ministre des Affaires Etrangères) et le Député SAFARI qui s’acharnent depuis longtemps contre Antoine et son épouse Marie Claire Mukasine, Secrétaire Générale du Ministre du Genre, de la Famille et des Affaires sociales (MIGEFASO), Aloysie INYUMBA..

 

            D’après le rapport du 15/07/1996 du Procureur Général près la Cour d’Appel de NYABISINDU (Butare), Charles KABANDA, il est stipulé que des témoins résidant à Gihindamuyaga et Kibabara suivants ont été interrogés: Umulisa Agnès, Butera Marie, Muyoboke Félicien et Nyiramukamisha Marcella. Ce sont ces derniers qui accusent Antoine BIZIMANA d’avoir commandité et tenu des réunions préparant les massacres. Ils l’accusent aussi d’avoir commandé les groupes de tueurs, et qu’il a lui-même tué de ses propres mains. Ce rapport conclut en recommandant l’arrestation et l’emprisonnement immédiats d’Antoine.

 

            D’après un second rapport du Service des Renseignements Civils, qui ont effectué une contre-enquête après la publication de celui du Procureur Général Charles KABANDA, les interrogatoires des témoins ont révélé que personne n’a entendu ou constaté la participation aux massacres de Mr Antoine BIZIMANA. Rappelons que ce Procureur général s’est refusé à tout commentaire, lorsque certains journalistes lui ont demandé son avis sur les critiques faites par l’intéressé sur ce rapport du Parquet Général de Nyabisindu qui l’incriminait.

 

            Le Centre rappelle que parmi les accusations portées contre l’ancien Procureur a.i. Célestin KAYIBANDA, figure le fait qu’il n’a pas voulu condamner des personnes accusées injustement par les « Syndicats de délateurs » appuyés par certains militaires. Pour avoir exigé l’indépendance du Parquet vis-à-vis de l’Armée, le Lt Colonel KADAFI a fait emprisonné le Procureur CELESTIN le 2/5/1996, avec le concours du Procureur Général de Nyabisindu. Ce dernier est un des nombreux pions que le « pouvoir occulte » a placé dans la Magistrature, dans le cadre du noyautage criminel qui permet aux chefs militaires extrémistes de s’assurer le contrôle et la paralysie du Système judicaire rwandais.

 

            Son épouse, MUKASINE Marie Claire, assure la fonction de Secrétaire Générale au Ministère du Genre, de la Famille et des Affaires Sociales (MIGEFASO). Le Centre rappelle que Marie Claire avait été proposée par l’ancien Ministre de la Justice, Alphonse Marie NKUBITO, à la Présidence de la Cour Suprême. Mais sa candidature aurait été boycottée par les députés extrémistes. Rappelons que cet ancien Ministre de la Justice et Président de l’Association Rwandaise pour la Défense des Droits de l’Homme (ARDHO) fut retrouvé mort mystérieusement dans son lit dans la matinée du 13 février 1997. Sa mort fut suivie le 14/03/97 dans la soirée par l’assassinat du Président du Conseil d’Etat, Vincent NKEZABAGANWA, par un groupe d’hommes armés soupçonnés d’être des agents de la Surêté militaire (DMI). Blessé légèrement d’abord, il fut achevé par les militaires de l’APR qui s’étaient proposés pour le conduire au Centre Hospitalier de Kigali. En effet, il n’avait pas été atteint mortellement pendant l’attentat qui a fait trois morts chez lui à GISOZI dans Kigali-ville (son visiteur, son gardien de nuit et un chauffeur qui y laissait son véhicule tous les soirs). Le cadavre de ce Haut magistrat fut retrouvé à la morgue, tout nu et le ventre grand ouvert, moins d’une heure après. Les militaires qui l’ont évacué n’ont jamais fait l’objet d’une enquête et les habits du défunt n’ont jamais été retrouvés ou rendus à sa famille.

 

4) Persécutions et traitement inhumains contre les détenus de la Prison de Kigali:

 

            Le situation dans la Prison Centrale de Kigali (1930) se détériore dangereusement. Depuis le 6 mai 1998,  personne n’a été autorisé à rendre visite à un détenu ni à lui apporter à manger comme d’habitude. Même l’Aumônier qui célébrait la messe chaque Dimanche n’a pas été autorisé d’y entrer.

 

            Il y aurait eu une perquisition pendant deux jours et tous les objets utilisés par les détenus ont été ramassés et entassées pour être chargés dans des véhicules puis jetés dans le marais de Kinamba sur la route dénommée « Poids lourd ». Ces objets ont été jetés le 9 mai 1998. Les détenus ont été dépouillé de tout (habits, assiettes, gobelets, brosse à dents, essuies-mains, souliers, couvertures, dentifrices, médicaments, shitings, etc...

            Les personnes autorisées, par le Ministère de la Justice, à apporter des aliments aux détenus malades qui bénéficient d’un régime spécial, doivent verser ce qu’elles apportent dans un sachet en plastique depuis le 9 mai 1998.

Les autorités pénitentiaires rapportent que cette mesure a été prise pour assurer la sécurité. Certaines informations, difficiles à vérifier, font état de 23 détenus morts des suites de torture au cours de ces opérations de fouilles dans la prison de Kigali.

 

5) Arrestation d’Emmanuel MUNYEMANZI, agent de la Télévision Rwandaise:

 

            Mr Emmanuel MUNYEMANZI a disparu en date du 5 mai 1998 après les heures de service. Depuis lors, personne n’a pu retrouver ses traces jusqu’au 11 mai 1998. En effet, ce 11 mai 1998, le cadavre d’Emmanuel Munyemanzi a été découvert par un agent de la Banque Commerciale du Rwanda (B.C.R.), près de l’Hôtel des Milles Collines au centre ville de la capitale Kigali. Ce dernier s’empressa d’alerter les amis et les connaissances pour qu’ils puissent aller récupérer le corps. Quand les amis arrivèrent à l’endroit indiqué, le cadavre de Emmanuel MUNYAMENZI avait disparu.

Quelques jours plutôt, Emmanuel MUNYEMANZI avait eu des problèmes liés à son service jusqu’au point où il fut suspendu de ses fonctions pour les reprendre quelque temps après.

 

            Son épouse, Anne Marie HAKIZIMANA, croupit à la Prison centrale de Kigali depuis la fin de l’année 1994. Ils laissent cinq (5) enfants seuls sans aucun tuteur.

D’après les fichiers du Centre, ces nouvelles disparitions confirment l’existence des  nouveaux escadrons de la mort protégés par certains hauts responsables de la Gendarmerie rwandaise.

 

Pour le Centre, MATATA Joseph, Coordinateur.