Burundi-Commémoration: 27 ans après, les Hutu et les Baganwa se souviennent


Burundi-Bureau
Brève Nouvelle n°318
Bujumbura / Bonn
29.04.99


Le 29 Avril 1972, date fatidique dont se souviennent les Hutu, comme début du génocide perpétré par le régime Micombero, le 29 avril 1972, date de l'assassinat ou mieux du meurtre de Ntare V ( Charles Ndizeye), dernier Roi du Burundi. La presse occidentale en parla, mais rien ne put arrêter la machine à tuer.

La Libre Belgique du 29 mai 1972 titrait: "La répression contre les Hutu s'est déchaînée le 7 mai après un appel lancé à la radio".

Le Monde du 1.6.1972 écrivait: "L'extermination d'une ethnie: ...à Bujumbura, alors que l'insurrection était très vite matée, alors qu'il n'y avait eu aucun soulèvement populaire, la répression se fit de sang-froid et prit très vite le tour d'une politique d'élimination systématique de l'élite hutu."

Les Nations Unies ont pris connaissance de ce qui se passait au Burundi: "M.Kurt Waldheim, Secrétaire Général de l'O.N.U, déclare dans le rapport qu'il a publié vendredi, sur la mission spéciale envoyée au Burundi, du 22 au 28 juin, que les dimensions de la tragédie humaine que connaît le peuple du Burundi sont effarantes". ( AFP du 29 juillet 1972).

"Le gouvernement du Burundi lui-même , a informé la mission spéciale que quatre-vingt mille personnes avaient trouvé la mort depuis le 29 avril.." ( Le Monde du 30-31.07.1972).

La Libre Belgique du 23.5.1972 rapporte qu'un journaliste de la BRT, M. Walter Geerts "a affirmé que des camions ont transporté de nombreux corps qui ont été inhumés près de Bujumbura. Même des étudiants de 15 ans auraient été exécutés".

Quant au Premier Ministre belge Eyskens a parlé d'un "véritable génocide au Burundi" Cité du 20-21-22.05.1972).

Dans le Monde du 1er Juin 1972 on lisait: "Nés à l'époque précoloniale, entretenus à l'époque allemande jusqu'en 1918, et belge de 1918 à 1962, les antagonismes tribaux qui dévastent la République du Burundi expliquent le génocide dont est victime l'ethnie hutu et dont on ne peut exactement dire ni quand ni comment il prendra fin".

Quelques années plus tard, des chercheurs ont évoqué ce drame humain. "Peut-être faut-il le souligner, ce n'est pas au Rwanda mais au Burundi, en 1972, qu'eut lieu le premier génocide enregistré en Afrique post-coloniale. A la suite d'une insurrection commanditée par une poignée de meneurs hutu, entre 100.000 et 200.000 Hutu furent systématiquement exterminés par le gouvernement du Colonel Michel Micombero entre les mois de mai et novembre 1972. Si cet événement sans précédent dans l'histoire de l'Afrique indépendante échappe à la mémoire de la plupart des observateurs, c'est en partie parce que la conscience humanitaire à l'époque nettement moins développée qu'aujourd'hui, en partie aussi parce que l'opinion publique internationale ignorait tout de l'histoire et de la politique du Burundi." (Solagral Collection, Coopération internationale pour la démocratie, n° 7, Juin 1997, pge 118 )

Profitant du processus de paix en cours, les Baganwa "réclament l'exhumation du dernier roi du Burundi". En 1998, et pour la première fois, les baganwa avaient pu célébrer une messe de requiem en sa mémoire. Un mystère entoure les circonstances de sa mort. Mathias Hitimana qui était avec lui à Kampala témoigne: "Il a été tout simplement kidnappé par les services de sécurité d'Amin Dada et celui-ci l'a remis aux autorités burundaises sous menottes. Il a été embarqué avec Emmanuel Biha dans un hélicoptère militaire ugandais à destination du Burundi, c'est celle-là la vraie version et pas une autre. Simbananiye Arthémon, mangona Protais, Commandant Ndikumagenge Charles, Mandevu Melchiade, Rwuri Joseph, Sinduhije Jérôme, Libère Nahimana, Pierre Nkundwa doivent témoigner sur ce dossier qui sera instruit en justice un jour."

En attendant qu'un jour il y ait au Burundi un deuil national pour tous les Burundais victimes de la barbarie humaine, certains burundais vivant à l'extérieur, et en particulier ceux qui vivent en Belgique organisent ce 29 avril 1999 des veillées en leur souvenir.