Maisons brulées, pillages, viols, et encore des morts. Voilà le bilan des événements de Walungu et Burhale

Interview de Radio Maria avec l'abbé D. Ndejeje, curé de la paroisse de Burhale


Radio Maria Malkia wa Amani
Bukavu, RD Congo
17.04.03


Radio Maria Malkia wa Amani (Reine de la Paix) vient de rencontrer le Curé de la Paroisse de Burhale. Depuis le 11 avril Burhale et ses alentours connaît des fusillades, des affrontements entre les milices de Mudundu 40 et les militaires du RCD.

Radio Maria Malkia wa Amani qui a comme objectif d'informer dans la vérité les milliers d'auditeurs et auditrices vient d'interviewer l'Abbé Ndejeje Dieudonné afin d'en savoir plus sur tout ce qui est en train de se dérouler à Walungu et à Burhale et sur les responsabilités des différents seigneurs de la guerre.

Comment cela a commencé

Radio Maria: Abbé Dieudonné NDEJEJE, vous êtes le curé de la Paroisse de Burhale.Vous êtes présentement ici à Bukavu. Nous savons que depuis plus d'une semaine, les éléments du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) font un raid sur le territoire de Walungu. Pouvez-vous nous expliquer comme cela a commencé?

Abbé Dieudonné NDEJEJE: Disons que lorsque les choses ont commencé à Burhale, nous étions là tranquillement et alors nous avons entendu des détonations des armes lourdes à partir des villages de Karhundu et Izirangabo où il y avait des affrontements entre les militaires du RCD et les forces Mudundu 40.

Là, on se disait que peut-être les choses vont se terminer à partir de Izirangabo et Walungu. Mais au fur et à mesure que les choses avançaient, on sentait qu'il y avait vraiment des combats alimentés et c'est à ce moment que les populations civiles ont commencé à vider les lieux de Karhundu et Izirangabo en direction de Burhale donc, Mwegerera, Luhoko et aussi dans la partie Sud.

De là, il y a eu d'abord des affrontements le mardi. On a commencé à se déplacer comme population civile. Il y a eu également les affrontements de mercredi et tout commençait dans la matinée autours de 9h30', 10h00 et 11h00' jusqu'autours de 13h30'. Après cela, il y avait accalmie et les gens pensaient que tout était terminé. Mais tous les matins, ça recommençait avec beaucoup plus de vigueur, et alors le jeudi matin, il y a eu des affrontements assez poussés toujours dans les mêmes zones c'est-à-dire les villages de Karhundu et Izirangabo. A ce moment, il n'y a pas eu d'inquiétude pour ceux qui étaient à Burhale. Ce n'est que vendredi matin, pendant que tout le monde espérait que tout était fini et que tout le monde avait passé la nuit chez lui tranquillement, alors, autours de 9h35', nous avons entendu des détonations d'armes lourdes et tout à coup, on a vu des militaires qui venaient en fuyant et ils ont pris des axes différents. Les uns allaient du côté de Luhoko pour atteindre les vallées de Njove et Mudirhi et d'autres fuyaient du côté de Burhale Centre, d'autres encore, du côté du Butuza et cela créait la panique et ce fut la débandade au juste chez les gens. C'est alors qu'ils ont commencé à fuir de tous côtés, et personne n'était alors tranquille.

Voilà ce qu'a été le début de tout cela mais il faut dire aussi que ces combats ont continué déjà autour de Burhale d'une manière beaucoup plus nourrie jusqu'au vendredi autour de 10h00 jusqu'à 13h30. Après cela, il y a eu une accalmie. C'était maintenant le moment où les forces du RCD ont conquis le village de Burhale totalement. Les combats ont encore continué le samedi dans la matinée mais avec une moindre intensité, mais le dimanche matin autour de 8h30, il y a eu lancée violente de 4 bombes à partir de Luhoko en direction de Mulamba, Bulonge, Nyamarhege et Chosho. Alors, cela a créé encore plus de panique dans la matinée de dimanche et ça n'a pas permis aux gens de se rassembler pour célébrer le dimanche des rameaux. Tout était resté calme, tout le monde restait chez lui dans la panique, caché ou dans la brousse ou dans la maison. C'était donc ça le début des affrontements et des hostilités dans cette partie-là.

Les massacres

Radio Maria: A présent, on parle des massacres. Pouvez-vous les confirmer?

Abbé Ndejeje: Les massacres, oui, nous pouvons les confirmer parce que déjà, au début, le vendredi matin, nous avions déjà appris qu'il y a eu des massacres dans le village de Karhundu lors des affrontements entre les soldats du RCD contre ceux ce Mudundu 40. Les gens sont morts à Karhundu et Izirangabo, certains brûlés dans leurs maisons. C'est le cas du village de Karhundu surtout, pour des personnes âgées qui ne pouvaient pas se déplacer et qui alors subissaient des incendies de leurs maisons provoqués par des armes notamment, ou pire des autres ont été abattus sur-le-champ. Et cela se confirme aussi du fait que déjà, hier mardi, en faisant un parcours sur la route Walungu - Burhale, nous avons rencontré avec des délégations venues de Bukavu, des fosses communes le long de la route, à partir de Izirangabo, Karhundu jusque dans les alentours de Mwegerera.

Il y a des fosses communes, on ne sait pas les dénombrer mais en interrogeant la croix - rouge locale qui faisait les inhumations dans les fosses communes : A Izirangabo : 3 morts enterrés par la croix - rouge ( C'étaient des hommes) ; A Karhundu, on parle de deux enterrés par la croix - rouge locale tandis qu'à : Mwegerera, on confirme la fusillade de 12 hommes dans leurs maisons non pas abattus par des balles perdues mais ils étaient retirés par des soldats. Ils étaient alors fusillés dans leurs maisons même, mais aussi il faut noter que pour la partie Burhale, on n'a pas encore tout dénombré parce que la croix - rouge a affirmé qu'il y a aussi des cadavres dans la plantation de Sake. Là aussi, il y a eu des combats très violents jusqu'autour de lukumbo et là, on n'a pas encore identifié tous les cadavres. La croix - rouge devrait s'y rendre pour vérification et inhumation de toutes ces victimes.

Pillages, incendies de villages, viols

Radio Maria: On parle aussi d'incendies des villages entiers et des pillages?

Abbé Ndejeje: Oui, autour de Burhale et dans Burhale aussi, il faut dire que des villages ont été brûlés à Izirangabo. L'une ou l'autre maison mais on n'a pas encore fait le total jusqu'à Karhundu.

Il faut noter cependant que pour la partir après Burhale, en direction de Lubona et ça c'est maintenant Mushiga, les villages de Nyamurhale, le vendredi déjà, lors de la progression des militaires du RCD, on s'apercevait déjà de loin que des villages flambaient et brûlaient. Tout était incendié au fur et à mesure que ces gens progressaient. Donc, le bilan n'est pas encore établi sur ces lieux mais il est un fait évident que les villages ont été brûlés mais nous, n'étant pas sur terrain de Mushinga, nous ne savons pas identifier combien de maisons ont été brûlées et combien de cadavres il y a eu.

Radio Maria: Et le viol des femmes?

Abbé Ndejeje: Les viols ont eu lieu. Nous avons entendu des femmes et des filles qui se plaignaient d'avoir été violées par les militaires.

Radio Maria: Parmi les militaires, est-ce que vous pouvez confirmer la présence des éléments de l'APR?

Abbé Ndejeje: Disons qu'au niveau de la physionomie, on peut bien identifier en passant sur la route Walungu - Burhale, on voit bien la physionomie de ce genre de personnes.

Et l'Eglise catholique?

Radio Maria: Pratiquement, combien de paroisses sont fermées dans le territoire de Walungu?

Abbé Ndejeje: Pour le moment, disons que Burhale est fermée totalement. Il y a aussi Mubumbano. Ce sont les 2 paroisses qui sont fermées complètement. Pour le cas de Walungu, on fonctionne au ralenti ainsi qu'à Kaniola.

Radio Maria: L'Eglise a donc connu des pertes dans des paroisses?

Abbé Ndejeje: Oui, hier, en vérifiant avec les délégations venues de Bukavu, nous avons été sur terrain. Nous avons effectivement vérifié. Tous nos bâtiments aussi bien que nos presbytères que l'église paroissiale et nos bureaux, les couvents des soeurs à Cirhundu ainsi qu'à Kamangala et le lycée Kamangala ont été détruits. Par-ci par-là, les portes ont été défoncées à coups des fusils et les portes métalliques ont été aussi détruites et alors, il faut noter que nos maisons sont occupées par les forces du RCD. Ces forces occupent toutes les maisons des communautés religieuses. Aussi bien au-dedans qu'au dehors. Tout notre entourage n'est pas facilement habitable aujourd'hui.

Radio Maria: Alors, comme vous venez de quitter le territoire de Walungu en général et votre paroisse en particulier, quel regard vous jetez sur le climat qui règne présentement là-bas?

Abbé Ndejeje: Oui, avant de répondre à la question, je dirai d'abord ce que j'ai oublié de mentionner ci-haut. Nos bâtiments, aujourd'hui, servent de dortoirs pour ces forces armées du RCD mais aussi des cuisines. Nous n'avons pas d'accès à nos bâtiments. Quant à ce qui est du regard à jeter sur cette paroisse, là, disons que la situation devient totalement intenable depuis lundi passé aussi bien pour nous que pour les villageois qui sont là.

Le RCD a essayé de faire appel aux gens depuis le lundi passé mais personne n'a osé se présenter par crainte qu'ils se fassent peut-être massacrer ou capturer. Donc, les gens sont dans la panique généralisée depuis Karhundu et Izirangabo et même dans les villages lointains de Mulindja, Cihambe et jusque dans les villages de Njove. Cela est dû au fait que non seulement on craint la présence des militaires du RCD mais aussi des forces qui se disent FAC Mai-mai, qui habitent les villages de Njove, Mudirhi, Nyamarhege, Bulonge et Mulamba.

Tous les villages abandonnés par le Mudundu 40 sont récupérés par les forces qui se disent Fac/ Mai-mai. Ces forces-là y exercent des pillages, le jour comme la nuit et ce sont des pillages des bêtes (vaches, chèvres, moutons, poules et même les cobayes). Tout ce qu'on peut ramasser, on le ramasse et on le fait transporter par les villageois eux-mêmes. Voilà pourquoi, les gens redoutent et aujourd'hui ils ne passent plus la nuit dans leurs maisons mais plutôt dans des brousses ou des bananeraies ou bien dans des champs de manioc ou aux bords des cours d'eau. Et aussi la nuit, les bétails ne restent plus à la maison mais on les cache le long des cours d'eau ou aux fonds des bananeraies, évitant qu'ils soient pillés par ces forces qui viennent de la partie Sud.

L'objectif de tout cela?

Radio Maria: Aujourd'hui, l'objectif du RCD était de raser tout ce qui est Mudundu 40. Est-ce que l'on peut dire que le RCD a atteint sa mission?

Abbé Ndejeje: Je ne sais pas si cette mission a été atteinte comme telle, mais seulement, ces gens se sont dispersées dans des villages et un peu plus loin. Les uns se sont peut être dirigés du côté de Mulamba, les autres du côté de Nyamarhege, Mudhirhi, Muzinzi et j'ai appris que les autres ont fui du côté de Ntondo. Ils ont donc quitté Mushinga. Voilà, on ne sait pas dénombrer les cadavres chez les militaires parce qu'on a pas été avec eux mais on attend dire qu'il y a des débandades chez les militaires Mudundu 40.

Radio Maria: D'après vous, quel est l'avenir de Walungu?

Abbé Ndejeje: Disons que comme territoire, on n'est pas sûr de l'avenir parce que, en y passant, on trouve que la panique est aussi généralisée. Nous apprenons que les gens y travaillent pendant la journée mais le soir, ils ne passent pas la nuit chez eux mais ils vont dans des villages un peu lointains ; le matin, ils se réveillent pour aller au champ mais la panique demeure généralisée. On ne sait pas dire quel est l'avenir comme tel.

Radio Maria: Votre dernier mot?

Abbé Ndejeje: Ce qu'on pourrait peut-être dire en dernière analyse est qu'il faut que les autorités militaires et civiles au niveau du RCD et au niveau local doivent voir comment se concerter avec d'autres forces vives de la région pour ramener plus de paix et pour les populations civiles qui sont aujourd'hui abandonnées à elles-mêmes. D'autant plus que toutes ces forces qui se bagarrent, aussi bien les miliciens comme les militaires font leurs retombées sur les populations qui sont déjà démunies et appauvries mais aussi qui sont soumises à des taxes par toutes ces forces. C'est ce qu'on appelle ISOKO depuis déjà 2 ans. Il impose aussi des taxes sur les bétails. C'est le cas de Nyamarhege, Mudirhi, Bulonge, Mulamba où on doit payer pour une vache 3$. Ce qu'ils appellent Kibali ya Ngombe. Il faut qu'une vache qui est au pâturage puisse payer 3$ pour qu'elle soit sécurisée par tel groupe ou telle autre force pour éviter le pillage. Et si une vache a été pillée dans le milieu, il faut payer 10$ pour la récupérer et si on fait la vente de la vache, il faut aussi prévoir une taxe à remettre à ces forces-là. Et les gens se trahissent entre eux-mêmes et cela crée la panique, on n'a plus de confiance les uns vis à vis des autres.

Voilà pourquoi, à mon avis, il faut voir comment marcher dans la ligne des accords qu'on a signés au niveau de l'Etat et aussi les appliquer pour que les gens soient au moins sécurisés dans le milieu. Sinon, j'estime que si cela continuait, les populations civiles rurales vont fuir peut être vers la ville ou ailleurs et ce sera alors un abandon de tous nos milieux ruraux et la vie sera de plus en plus difficile à tenir.

Radio Maria: Merci, monsieur l'abbé.