Bruits des bottes au Kivu: le Rwanda amorce la troisième guerre à l'est de la République Démocratique du Congo


Bwana MUSEMA KWELI
01.11.03


Il y a quelques jours, les membres de la société civile, des Eglises du Kivu et certaines agences de Presse dénonçaient la présence massive au Nord-Kivu principalement dans le territoire de RUTSHURU à KANYABAYONGA, des militaires des forces de Défense du Rwanda (ex A.P.R.) . Les politiques se sont jetés dans la danse en essayant de minimiser les faits dont la gravité était pourtant confirmée par les indélicatesses et autres maladresses des girouettes du R.C.D. Goma .

En effet, après que le gouvernement rwandais ait soutenu qu'aucun de ses militaires ne se trouvait encore sur le sol congolais après octobre 2001 à travers les déclarations sournoises de son ministre des Affaires Etrangères, Charles MURIGANDE dépêché à Kinshasa pour flouer les congolais, plusieurs témoignages sont venus confirmer les allégations sur cette nouvelle agression contre la R.D.Congo .

Et pour corroborer les inquiétudes des populations du Kivu, la MONUC a été empêchée par le R.C.D. Goma de pénétrer au camp militaire de RUMANGABO en territoire de Rutshuru où il fallait procéder à l'identification des fameux militaires rwandais dont la présence était signalée par plusieurs sources .

Les responsables de la MONUC ont dénoncé cette violation délibérée des prescrit de l'accord global et inclusif par le R.C.D. Mais l'ex-rébellion toujours soutenue par Kigali n'a pas manqué de surprendre l'opinion à travers les déclarations tapageuses et maladroites de son porte-parole, sieur LOLA KISANGA qui a reconnu les faits tout en osant hélas, avouer que le R.C.D. avait procédé à des mouvements de troupes du Sud-Kivu vers le Nord-Kivu constituées essentiellement des « militaires rwandophones ».

L'expression est de LOLA KISANGA qui a précisé sur Radio Okapi qu'il s'agissait des sujets tutsi-Banyamulenge .

Pour ce responsable patenté du R.C.D., ce sont ces 30.000 militaires banyamulenge partis des collines du Sud-Kivu vers le Nord-Kivu que les gens confondent avec les rwandais car avoue-t-il, pendant ces années de guerre, le R.C.D. a reçu le soutien matériel de l'A.P.R . Et donc, il est normal que ces militaires revêtent les uniformes de l'armée rwandaise sur lesquels on a pris le soin d'effacer le logo «A.P.R.» . Voilà ce qui a jeté l'huile au feu et le voleur a tout simplement été pris dans son propre piège.

LOLA KISANGA a bien aidé les congolais qui ont enfin compris qu'ils devaient s'attendre à l'incorporation des soldats rwandais (A.P.R.) dans la nouvelle armée nationale intégrée et restructurée .

En effet, l'on se souviendra que lors des négociations ayant entouré la constitution de l'Etat-major général des FAC, le R.C.D. avait soutenu qu'il disposait d'une armée de ± 45.000 hommes. En réalité, les Forces du R.C.D. ne pouvaient pas dépasser les 15.000 hommes si l'on doit tenir compte des effectifs des anciens FAC en poste dans l'Est de la R.D.C. au 2 août 1998, du nombre des recrues R.C.D., des morts sur les champs de bataille et même des déserteurs ayant décidé de rejoindre le camp du gouvernement de la République .

Même en prenant en compte les milices entretenues par SERUFULI, KANTITIMA et CHIRIBANYA au Kivu, le R.C.D. ne peut pas disposer de plus de 20.000 hommes. Il est établi aujourd'hui que le R.C.D. a hérité des troupes de l'A.P.R. estimées à ± 30.000 hommes . Il s'agit des effectifs que le Rwanda a laissé à l'Est de la R.D.C. en Octobre 2001 après qu'il ait amorcé le retrait de ses 23.000 militaires, retrait constaté et confirmé par la MONUC et la tierce partie .

Les 30.000 militaires rwandais incorporés dans les rangs du R.C.D. constituent le trop plein de l'armée rwandaise que Kigali ne sait pas entretenir et qu'il veut maintenir de force au Congo avec la mission de continuer à y défendre les intérêts du Rwanda. Ces enfants perdus comme on les appelle à Kigali n'obéissent qu'aux seuls officiers rwandais devenus officiers congolais par la magie du R.C.D. Ils ont reçu la consigne de s'opposer a tout transfert loin des frontières du Rwanda.

Certains de ces officiers de l'A.P.R. ont été promus dans les rangs des FAC et ont tout simplement refusé sur injonction de Kigali, de venir à Kinshasa. A ce groupe, il faut ajouter les congolais achetés par Paul KAGAME et recrutés parmi les repris de justice et autres délinquants formés pour s'opposer a toute idée de réconciliation nationale car pour eux, le Rwanda reste et demeure leur mère protectrice qu'il faut servir par tous les moyens. Ils pensent que leur salut réside dans cette collaboration - traîtrise avec le Rwanda et dans la préparation d'une troisième guerre de «sécession» au Kivu qu'il faut maintenir dans le juron de Kigali.

Dans le Sud-Kivu, le Rwanda s'est rendu compte qu'il était en train de perdre le terrain avec l'arrivée du commandant de la 10ème région militaire, le général de Brigade Prosper NABIOLWA nommé par Kinshasa. Celui-ci s'est mis au travail en réunissant sous la bannière des FAC, toutes les unités des combattants nationalistes mai-mai et en réorganisant les structures de l'armée au Sud-Kivu à la grande satisfaction de la population connue pour sa résistance active a l'occupation rwandaise et le soutien au gouvernement de la République.

Le Rwanda n'a pas vu cela de bon oeil et a décidé de reprendre la guerre au Kivu. Ce Jeudi 30 Octobre 2003, des troupes rwandaises appuyées par des chars de combat et des hélicoptères, ont été déployées à Bugarama et Kamanyola dans la plaine de la Ruzizi. On a justifié ce déploiement à Kigali par la décision du gouvernement rwandais d'envoyer des unités dans l'Ouest afin d'y contrer les infiltrations des interahamwe et des ex FAR. Cependant, il faut noter que le vendredi 31 Octobre, 1.500 militaires rwandais ont traversé la frontière en se dirigeant vers les hauteurs de LEMERA ou s'organisent des camps retranchés en préparation d'une attaque probable contre les villes de BUKAVU et UVIRA .

Le même jour, 4 camions militaires de l'APR ont traversé la rivière Ruzizi par le pont de la Ruzizi I. Le gouverneur R.C.D. du Sud-Kivu, CHIRIBANYA s'est opposé à la décision du général NABIOLWA qui voulait savoir ce que ces camions transportaient. Escortés par une centaine de militaires rwandais, ces camions ont pris la direction de la résidence du fameux gouverneur. Et la nouvelle a circulé dans toute la ville où l'on a commencé à spéculer sur les signes annonciateurs visibles d'une nouvelle agression contre la R.D. Congo.

La tension est vive à l'Est et c'est le moment de poser quelques questions aux dirigeants du R.C.D. dont l'attitude désinvolte et irresponsable inquiète les congolais .

- Pourquoi le R.C.D. marque-t-il les pas devant l'urgence qu'il y a à remplacer ses officiers ayant refusé de rejoindre Kinshasa ?

- Qui dirige réellement le R.C.D. ? Est-ce le Vice-Président RUBERWA ou alors Paul KAGAME qui fait et défait les dirigeants de ce pseudo-parti politique ?

- Qu'elle est le nombre exact des militaires du R.C.D. présents à Kinshasa ? Sont-ils recensés au niveau de l'Etat-major des FAC ?

- A quand l'identification réelle des militaires du R.C.D. et leur intégration dans les FAC ?

Ces interrogations strictement d'ordre militaire appellent à des considérations politiques nécessitant d'autres réflexions sur le devenir de la transition politique au Congo-Kinshasa. Pour les populations du Kivu, le R.C.D. est une épine collée au pied du congolais et il faut user de toutes ses capacités pour l'arracher et cicatriser la plaie qu'elle a provoquée. C'est pareil pour toutes ces brebis galeuses, ces rebelles habillés aujourd'hui en peaux d'agneaux.

Que sera le Congo demain ? Wait and see ...