Pierre Baracyetse
Belgique - La Louvière
15.01.02
Depuis le 30 novembre 2001, chaque vendredi, il se tient au Sénat belge une Commission "Grands Lacs", chargée d'enquêter sur le pillage des ressources de la République démocratique du Congo ex-Zaïre. Les débats dans cette commission sont très enrichissants. L'absence d'Africains (concernés) dans le publique est notoire.
En effet, un des intervenants a confirmé que le pillage du Congo n'a pas commencé avec la guerre en cours au Congo et "Le Soir" du 15/12/2001 titrait, sous la plume de Véronique KIESEL : Des pillages vieux comme le pays.
Dans la conférence de presse d'IPIS (International Peace Information Service), tenue ce lundi 14 janvier 2001 à Bruxelles, Monsieur Jeroen CUVELIER affirme que certaines sociétés belges ont joué un rôle important dans la poursuite de la guerre en collaborant directement avec les rebelles ou leurs alliés du Rwanda. D'autres ont financé la guerre de façon indirecte par les impôts qu'elles ont versés aux factions belligérantes. Les sociétés comme Cogecom et Sogem (filiale d'Umicore, ex-Union Minière), le groupe allemand Masingiro, Chemie Pharmacie Holland des Pays-Bas et le groupe off-shore suisse, Finmining ont été citées dans le rapport d'IPIS.
Lorsqu'en décembre 1999, j'ai écrit mon article "l'Enjeu géopolitique des sociétés minières internationales en RDC"(voir,
http://www2.minorisa.es/inshuti/minieres.htm), d'aucuns se demandaient pourquoi ce n'était qu'un Enjeu et non plusieurs !. A entendre aujourd'hui les auditions en cours dans la Commission "Grands Lacs", l'histoire commence à me donner raison car le seul mobile du crime est la richesse du sol et du sous-sol de la République démocratique du Congo. La RDC est donc victime de ses immenses ressources naturelles. A qui profite ce crime ?Comme à toute guerre il faut un prétexte vrai ou faut, les multinationales qui ont besoin de ces ressources naturelles et qui financent cette guerre ont trouvé le prétexte dans les rancœurs et les rivalités ethniques des peuples de l'Afrique Centrale.
Dans sa session du 01 au 04 octobre 2001, l'Union Européenne reconnaît également ce pillage. La Résolution du Parlement européen sur le Congo issue de cette cession a pris en considération entre-autre les points suivants :
- Près de 3 millions d'enfants, femmes et hommes ont été tués par suite de l'occupation étrangère, que plus de 2 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur des frontières de leur propre pays et que 16 millions de personnes sont menacées de mort du fait de la malnutrition, de l'absence de soins médicaux et des abus commis par les factions armées qui pillent les populations locales.
- L'exploitation illégale de ses ressources a d'ores et déjà été qualifiée de "pillage systématique" dans un récent rapport des Nations unies.
- Certains de ces produits sont importés dans des Etats membres de l'UE.
- Les hostilités sont alimentées par cette exploitation illégale.
- Ce qui s'est révélé être une catastrophe humanitaire sans précédent devrait faire l'objet d'un contrôle et d'une enquête à l'échelle internationale.
- L'Union Européenne invite les médias et les organes internationaux de presse à rompre le silence sur cette tragédie humanitaire. Pourquoi avoir gardé le silence ? et qui tirait les ficelles ?
- Elle invite également la présidence espagnole à organiser, au début de l'année 2002, une rencontre entre toutes les parties pour préparer l'application de l'accord de Lusaka. A ce sujet, il faut rappeler l'intervention de Rigoberta MENCHU Prix Nobel de la Paix 1992, au cours d'un séminaire sur la paix en Colombie, le 6 septembre 1999 qui avait dit : "Pour faire des propositions viables, il est fondamental d'écouter la totalité des participants au processus de paix. Si vous n'avez pas accès à toutes les parties, il faut tisser des liens et y parvenir, c'est de cette façon que vous ferez naître cette harmonie qui donnera des résultats plus tard..."
- L'Union Européenne demande au Conseil de sécurité de l'ONU de prendre en considération les recommandations de sanctions à l'égard des pays qui se livrent au pillage des ressources de la RDC.
- Elle demande à la Banque mondiale et au FMI de cesser d'alimenter les budgets des pays contrevenants.
- Les Etats membres de l'UE doivent honorer leurs engagements concernant le contrôle des exportations d'armements, ainsi que la prévention des ventes illégales d'armements et des activités liées aux trafics, qui permettent de financer la poursuite des hostilités.
- L'Union Européenne demande à la communauté économique internationale de mettre en vigueur un code de conduite.
Ces quelques points réveillent l'espérance du peuple meurtri de l'Afrique Centrale qui croient que cette Résolution ne restera pas lettres-mortes comme beaucoup d'autres résolutions prises par l'ONU au sujet du conflit dans cette Région des Grands Lacs d'Afrique. Les populations africaines espèrent aussi que cette Résolution réveillera la bonne volonté des hommes car cette Commission du Parlement européen sur le Pillage de la RDC a chargé sa présidente de transmettre la dite Résolution au Conseil ACP-UE, au Secrétaire général des Nations unies, à l'Union africaine ainsi qu'aux gouvernements du Burundi, de la RDC, du Rwanda, de l'Ouganda, de l'Angola, du Zimbabwe et de la Namibie.