SOCIETE CIVILE DU
SUD-KIVU
BUREAU DE
COORDINATION PROVINCIALE
BP. 43 Bukavu Tél
: 98 62 58 69 Courriel :
sociv_bureausk@yahoo.fr
REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
RÉFUGIÉS BANYAMULENGE AU RWANDA ET AU BURUNDI
Mise au point de la Société civile du Sud-Kivu
Les événements qui secouent la Province du Sud-Kivu depuis le
début de la Transition politique en RDC répondent à un schémas qui, avec le
temps qui court, révèle de plus en plus les desseins de leurs planificateurs.
Les déclarations diffusées sur les ondes des radios concernant les
Banyamulenge réfugiés au Rwanda lors des événements de mai-juin 2004, avec la
débâcle du Colonel Jules Mutebutsi, ont conduit la Société Civile du Sud-Kivu à
analyser les faits et gestes politiques des dirigeants des institutions de la
Transition en mission à Bukavu.
1. Les événements
survenus au Sud et au Nord-Kivu pendant le séjour de Me Azarias Ruberwa à l'Est du pays
a) Le 07 août 2004, à
son arrivée à l'aéroport de Kavumu il y
a eu mutinerie qui a coûté la vie
à trois soldats ; quand les soldats fidèles à la composante
RCD exigeaient le contrôle de
l'aéroport en remplacement des unités
des Forces armées de la RDC qui y étaient désignées. Déjà, le 03 août 2004, dans les environs de l'aéroport de Kavumu et dans les villages de cette contrée, entre autres Katana,
Kakondo, Luhihi, Birava, Buhandahanda,
Nyamakana, Bushumba, Miti,
Kavumu-centre, nous avons remarqué la présence des militaires infiltrés, vêtues en civils.
b) A Bukavu, Me Azarias
Ruberwa a déclaré qu'il sévit une
crise d'autorité politique et militaire
au Sud-Kivu. Dans la foulée, à Kigali au Rwanda, le 11 août 2004, il a déclaré
qu'un génocide se préparait en RDCongo.
c) Le mercredi 11
août 2004, une attaque a été orientée sur la résidence du Vice Gouverneur de Province du Sud-Kivu,
Monsieur Didace Kaningini par des militaires de la garde rapprochée de Me
Azarias Ruberwa.
d) La délégation
officielle du Sud-Kivu conduite par le Gouverneur de Province, mobilisée pour participer aux obsèques des victimes
de Gatumba au Burundi s'est vu refusée l'autorisation de traverser les
frontières de deux pays voisins pendant que celle de la Province du Nord-Kivu
conduite par son Gouverneur Eugène Serufuli n'a connu aucun
problème.
A Goma, au Nord-Kivu, sous le prétexte d'organiser le deuil sur le massacre de Gatumba, Me
Azarias Ruberwa y a séjourné pour rencontrer Laurent Nkunda et d'autres repris de justice. C'est au lendemain
de la fin du deuil qu'il a déclaré qu'il autorisait que Laurent Nkunda soit
arrêté alors qu'ils étaient ensemble au « deuil ». Distraction donc.
2. Le conflit des
chiffres sur le réel effectif des réfugiés accueillis au Rwanda et au Burundi
cache un coup
a. Le HCR et la MONUC
avaient identifié les réfugiés arrivés au Rwanda, tous âges et sexes confondus
et ont publié par différents canaux le chiffre de 3.000 réfugiés présents au
Rwanda dont la majorité était en famille d'accueil.
b. A l'occasion d'un
atelier de réflexion organisé par la Commission Vérité et Réconciliation du 22
au 23 juillet 2004, à Bukavu sur les
stratégies de rapatriement des réfugiés vers la RDC, en présence des dignitaires
Jean-Luc Kuye Ndondo, Benjamin Serukiza et Enock Ruberangabo et le Lieutenant
colonel Asoni. Ce dernier, de la communauté Banyamulenge, a fixé les
participants sur le nombre des réfugiés regroupés à Cyangugu : 1.500 personnes,
les autres ayant par le Burundi pris le chemin de retour vers les hauts
plateaux en RDC.
c. Plusieurs missions
gouvernementales arrivées à Bukavu ont tenté de rencontrer les réfugiés pour
négocier leur retour, s'enquérir de leur nombre et évaluer leurs besoins
urgents, mais toutes les tentatives ont été sabotées par le gouvernement
rwandais.
d. A l'issue de sa
visite au Rwanda le 11 août 2004, le
Vice Président de la République, chargé de la défense et sécurité, Me Azarias
Ruberwa la seule personne qui a été autorisée par les officiels Rwandais à
rencontrer ses frères disait-il, a avancé le chiffre de 42.300 réfugiés
accueillis au Rwanda et 8.000 autres au Burundi.
Après analyse faite, la Société Civile du Sud-Kivu s'interroge sur
le véritable mobile de ce conflit des chiffres : tantôt 1.500, des fois 3.000
et même 42.300 réfugiés.
Deux mois après la guerre, le poids numérique des réfugiés
accueillis au Rwanda ne pouvait pas s'alourdir tant il n'y avait plus poursuite
de mouvement de refuge et de plus en plus, les camps étaient désertés suite aux
conditions d'accueil insupportables.
Les Banyamulenge qui ont fui vers Cyangugu venaient de Bukavu et
les membres des autres tribus les voyaient partir. Il est établi que quelque
temps après les premières vagues des violences, certains parmi eux, au bénéfice
de la précaire stabilité, sont rentrés au pays pour multiples raisons:
changement de milieu en rentrant dans le terroir par Uvira, via le Burundi,
reprise des cours dans les universités, 600 élèves rentrés pour la présentation
des examens d'état, reprise de travail ou d'autres activités économiques à
Bukavu, ...
Dès lors que les réfugiés ayant traversé la frontière n'ont jamais
dépassé le cap de 3.000 personnes et après le retour au pays d'un important
groupe, d'où viendrait le chiffre de 42.300 réfugiés publié par Me Azarias,
Vice-président de la République ?
La Société Civile du Sud-Kivu réitère sa proposition de constituer
une commission mixte composée de la MONUC, du HCR, du Gouvernement, de la 10e
Région militaire, de la Société Civile et des Eglises afin d'identifier et de
dénombrer les réfugiés puis proposer objectivement des solutions appropriées à
leurs besoins humanitaires.
3. Des massacres des réfugiés à Gatumba au Burundi
La localité de Gatumba qui avait accueilli les réfugiés
Banyamulenge venus de la RDC se situe à 4 Kms de la frontière congolaise. Les
réfugiés sont installés entre deux camps burundais, celui de la gendarmerie à
200 mètres et celui de l'infanterie à 2 Kms. Pourtant, c'est là que dans la
nuit du 13 au 14 Août 2004 se sont perpétrés les massacres ignobles, vite
revendiqués par le groupe de l'opposition armée burundais dénommé Front
National de Libération ''FNL".
Aussitôt annoncés, ces massacres ont été récupérés par l'axe
Kigali-Bujumbura-RCD/Goma avant toute enquête, pour accabler la République
Démocratique du Congo et la culpabiliser dans une affaire qui prenait de
l'ampleur et dont le coût politique devrait écrouler le processus transitionnel
en RDC et même au Burundi.
Le Vice-président de la République, Me Azarias Ruberwa, dont les
alliances politiques avec le Rwanda et l'armée Burundaise ne favorisant pas
l'autonomie du processus congolais de
paix, alors qu'il venait dans la même soirée de visiter le camp attaqué,
a vite sauté sur l'occasion. Il a accusé les Maï-Maï et les Interahamwe allant
jusqu'à appeler à un arrêt de la transition qu'il a qualifiée de « transition
génocidaire ».
Le mouvement politico-militaire burundais "FNL", en
revendiquant l'attaque, a livré ses raisons et
dénié la coalition dans le coup avec d'autres groupes qui viendraient de la RDC.
Me Azarias Ruberwa a été rejoint par le célèbre Général mutin
Laurent Nkunda et la cohorte des parlementaires dissidents de son mouvement
avec lesquels il a menacé de reprendre la guerre contre toutes les institutions
de la transition en RDC.
La Société Civile du Sud-Kivu veut interpréter l'acharnement de
LL.EE. Ruberwa et Kagame d'une part, et du Chef d'Etat Major de l'armée
burundaise d'autre part, à vouloir incriminer la RDC dans un carnage survenu au
Burundi, entre deux camps militaires, contre des congolais venus quémander
protection, et qui étaient longuement attendus par leurs frères en territoire
d'origine.
La Société Civile du Sud-Kivu rappelle que les tragédies qui
accompagnent le Vice-président Azarias Ruberwa au Sud-Kivu, à chacune de ses
visites depuis le début de la transition ne l'innocentent plus. Les curieuses
coïncidences qui couronnent ses visites sont lourdes d'interprétations : il
quitte Bukavu le 30/01/2004, le 03/02/2004, le colonel Jules Mutebutsi attaque
son chef, le Général Prosper Nabyolwa basé à Bukavu : le bilan fait état de
deux soldats tués. Presque au même moment, une attaque à la roquette contre le
Général Padiri Bulenda est maitrisée à Kisangani.
Lorsque Jules Mutebutsi démarre sa mutinerie à Bukavu le
26/05/2004, Me Azarias Ruberwa se trouve à Bujumbura, à 142 kms de Bukavu, dans
un déjeuner de prière. Nous en connaissons le bilan..
Le dernier séjour de Me Azarias Ruberwa à Bukavu a été couvert
par une forte sensibilisation des
leaders provinciaux du RCD et des délégations des membres des institutions de
la transition venus de Kinshasa, en mission à Bukavu pour une acceptation des
insurgés Laurent Nkunda et Jules Mutebusi, plaidoyer contraire à l'approche
choisie par le gouvernement de transition: celui de traduire en justice les
deux criminels.
La Société Civile du Sud-Kivu déclare que les massacres des
innocents dans le camp de Gatumba est la conséquence directe de l'action
inconséquente de Nkunda et Mutebusi, deux sujets se réclamant de la communauté
des victimes.
La Société Civile du Sud-Kivu réitère sa recommandation au
Gouvernement de la RDC et à la Communauté Internationale de diligenter une
enquête indépendante et neutre qui doit établir les responsabilités et que des
sanctions sévères soient appliquées contre les auteurs de cette barbarie
sauvage.
La Société Civile du Sud-Kivu est convaincue que seule la justice
peut décourager les terroristes qui banalisent la vie dans la Région des Grands
Lacs Africains et mettre fin au règne
de l'impunité qui nous conduit vers l'apocalypse.
4. Pour mieux comprendre
les massacres de GATUMBA
a) A son arrivée à
Bukavu, Me Azarias Ruberwa lance sans le voiler qu'il y a crise d'autorité
aussi bien politique que militaire au Sud-Kivu. Ainsi pour lui, le fait que le
Colonel Mutebutsi et l'ex-Gouverneur Ciribanya soient partis des affaires à
Bukavu, aucune autre autorité ne peut plus compter.
b) A sont arrivée à
Kigali au Rwanda, le 11 août 2004, il déclare qu'un génocide se prépare en RDC.
Comment pouvait-il le savoir et en sa qualité de chef de la plus haute Autorité
de défense, politique et sécurité et attendre que la fatalité s'abatte contre
les siens sans aucune mesure préventive ? N'avait-il pas un intérêt politique
espéré qui a forcé l'inaction ?
c) Avant sa démission
ou la suspension de sa participation aux institutions de la Transition, Me
Azarias Ruberwa par ses responsabilités contrôlait l'armée, la politique et la
sécurité. Ainsi, les Maï-Maï membres de l'armée sous ses responsabilités ne
pouvaient commettre des actes qui ne soient imputables aux autres dirigeants
qui ne soient lui. Pour le même motif, la politique de rapatriement des
Interahamwe vers le Rwanda relève de ses prérogatives. Qu'il accuse sa patrie
pour des axes des responsabilités qui lui reviennent révèle les omissions
intentionnelles sensées dérégler la gouvernance pendant la transition.
d) Me Azarias Ruberwa
dit que les assaillants pour attaquer le camp des réfugiés, sont passés par la
Sucrerie de Kiliba en faisant le contour dans le marais. Les militaires
Burundais sont placés tout le long de la rivière Ruzizi qui sépare nos deux
pays et sécurisent les postes frontaliers burundais. L'attaque a eu lieu de 22
heures à minuit. Peut-on expliquer que les assaillants aient franchi la
frontière, exécuté leur sale besogne durant deux heures et soient rentrés
bonnement sans que personne n'en ait fait le moindre signalement. Comment
expliquer que les abris des réfugiés en bâches plastiques aient brûlé toute la
nuit et la journée jusqu'à 16 heures le lendemain. Selon Me Azaris Ruberwa, les
assaillants étaient Interahamwe (Rwandais), FNL (Burundais) et Maï-Maï
(Congolais). En somme des bandes venant de trois pays. Pourtant c'est contre
l'ambassade de la RDC à Bujumbura que ses hommes s'attaquent allant jusqu'à
déchirer le drapeau Congolais oubliant le drapeau du Rwanda et celui du
Burundi. Parmi les exaltés, un curieux rescapé : BIZIMA KARAHA, député national
issu du RCD et ex-ministre des affaires étrangères. La chose devient plus
claire.
Après les massacres certaines pistes sont à documenter
- Me Azarias Ruberwa
aurait après sa visite du camp attaqué, installé dedans des soldats Rwandais
avec armes et munitions pour une opération militaire contre la RDC dès le
lendemain du jour des massacres.
- Me Azarias Ruberwa
aurait tenu une réunion stratégique à Bujumbura dans Novotel et les secrets
auraient transpiré au point d'inciter les rebelles Burundais du FNL à freiner la mise en marche de ses résolutions
dont ils se sentaient cibles.
- L'armée burundaise
n'aurait pénétré dans le camp qu'après le retrait des combattants FNL. Les
soldats Burundais sont arrivés pour constater les cadavres des soldats Rwandais
qu'ils ont évacués nuitamment vers Bujumbura, brûlant ceux qu'ils n'ont pas pu
évacuer.
- L'armée burundaise,
pour effacer les traces des combats aurait éparpillé les grains de maïs,
visibles sur toutes les photos tirées après le massacre, pour cacher les
douilles des cartouches dans le camp des réfugiés. Les images du lieu du crime
à Gatumba montrent les cadavres des hommes couverts aux figures avec des
pagnes, tandis que les femmes et les enfants sont laissées à découvert.
Certains cadavres portent des effets militaires dont ceinturons,
porte-cartouches etc.
- L'appropriation des
supputations et discours incendiaires du RCD par les leaders de l'UDPS en temps
utile pour le Rwanda, pousse les libres penseurs à analyser les intérêts
communs de ces deux camps opposés à la transition. Les préoccupations du peuple
congolais ne sont pas au centre de leurs prises de position si on s'en tient à
leur volonté de nuire à la diplomatie du pays en lui collant une image
génocidaire.
La Société Civile
sollicite :
1. Que le RCD comme
parti politique respecte les accords conclus et donne la chance à la transition
en laissant la justice faire son travail ;
2. Que le gouvernement
de la RDC trouve une solution urgente et définitive au problème du Nord-Kivu
rendu source d'insécurité pour tout le pays ;
3. Que les partis
politiques RCD et UDPS s'amendent de leurs déclarations gratuites et
incendiaires qui frisent la haute trahison de la nation ;
4. Que le HCR au Burundi présente la liste des personnes
tuées avec tous les détails, conformément au registre de leur identification à
l'admission dans le camp des réfugiés ;
5. Que tout différend
entre les signataires de l'Accord global et inclusif soit négocié dans le cadre
rationnel, c'est-à-dire, au sein des institutions de la transition et non en
dehors du processus en cours ;
6. Que la République
Burundaise et le HCR au Burundi répondent de la non assistance aux personnes
sous leur responsabilité et en danger, nous disons les victimes de Gatumba ;
7. le gouvernement de
transition de la RDC s'occupe sans distraction de l'intégration de notre armée
et de la sécurisation de la population de l'Est du pays menacée d'extermination
;
8. Que les
institutions de la transition poursuivent l'application sans faille de la
constitution de transition, et prennent acte de la démission de Me Azarias
Ruberwa du poste de Vice-président de la République et pourvoient à son
remplacement dans le délai imparti par la loi.
Fait à Bukavu ce 23 août 2004
Pour la Société Civile du Sud-Kivu
Les signataires