Alerte! Ankoro mis à feu et sang


Commission de Vulgarisation des Droits de l'Homme et de Developpement «CVDHO»
Lubumbashi, Katanga
E-mail: cvdho@yahoo.fr
18.11.02


Après l'alerte donnée en son temps sur la situation d'insécurité dans les territoires de Malemba N'kulu et Kabongo, la Commission de Vulgarisation des Droits de l'Homme et de Développement, CVDHO, vient une fois de plus alerter l'opinion tant nationale qu'internationale sur le drame sanglant qui se déroule à Ankoro, cité située au confluent du fleuve Congo et la rivière Luvua, en territoire de Manono, dans la partie gouvernementale, ce, depuis le dimanche 10 novembre 2002.

Vers 14 heures, les militaires des forces armées congolaise (FAC) de la 93è brigade composée des bataillons 'Requins' et 'Caméléons', sous les ordres du Commandant Emile (ancien lieutenant sous Mobutu et très connu sous cette appellation), se sont mis à saccager, piller, incendier et à tirer à coups de roquette et de lance-flamme dans le quartier nord d'Ankoro. Jusqu'à ce samedi 16 novembre 2002, des colonnes de fumée et des tirs étaient encore perceptibles dans Ankoro-Sud.

Et pour causes: après que des soldats des FAC aient arrêté, passé à tabac et désarmé un élément des forces d'autodéfense populaire, couramment appelé 'Maï-Maï' qui accompagnait ses deux épouses aux champs, en date du samedi 9 novembre 2002, les compères de l'infortuné ont rendu la pareille à un soldat qui était tombé dans leur traquenard, le dimanche 10 novembre.

Informé de ces faits, le Commandant Emile, après avoir tenu au courant le Commissaire de District de ses sinistres intentions, rangera ses troupes en ordre de bataille et ordonnera la destruction de la cité, ce, depuis maintenant une semaine.

Bilan encore provisoire:

- Plus de 1200 maisons incendiées, à la date du 15 novembre,
- Plus de 29 corps calcinés trouvés dans les décombres, d'autres ayant été jetés dans le fleuve Congo ou en train d'être trouvés,
- Pillage et destruction des biens des populations civiles en fuite,
- Destruction et pillage de l'hôpital de référence de la place,
- Destruction et pillage du dépôt des vivres destinés aux déplacés de guerre, dépôt ravitaillé par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et supervisé par la Vision Mondiale,
- Déplacement de plus de 75.000 personnes vers la brousse et les contrées voisines, le personnel humanitaire du CICR et de la Vision Mondiale ayant pu se sauver vers Manono, en territoire rebelle,
- Situation humanitaire précaire et qui vire déjà à la catastrophe à cause de la pénurie des aliments et des médicaments, la survenue des maladies diarrhéiques et tous les aléas qui accompagnent souvent de telles situations.

La CVDHO, tout en rappelant que si les mêmes causes ont produit les mêmes effets à Kabongo, à Malemba N'kulu et maintenant à Ankoro; elle tient à relever toutefois quelques faits d'importance:

1. Le Commandant Emile dont il est question ici n'en est pas à son premier forfait. Tenez:
- En septembre 2000, une attaque sur Ankoro fut organisée par lui, et près de vingt (20) maisons furent incendiées, dont celles de SINDWE Simon qui y fut trouvé mort, de MUHOYA, de MUPENDA, etc.
- Du 6 au 8 août 2001, sous ses ordres, une cinquantaine de maisons furent brûlées, 14 décès des civils furent déplorés, dont entre autres KAOLO, Guylain KALENGE, NYUMBA IJA, KANGAUSI. A cette occasion, une mission gouvernementale conduite en son temps par le Ministre de l'ordre public fut dépêchée sur place.

2. En date du 8 novembre 2002, une escarmouche a failli avoir lieu à Ankoro entre les éléments des FAC et des soldats Hutu. On soupçonne même que ces derniers auraient prêté main forte, avec les civils, aux Maï-Maï.

3. Les autorités politico-administratives et militaires de la province ont été tenues au courant de ce drame, mais au lieu de montrer un signe d'apaisement, des avions sont allés déposer des renforts qui seraient partis de Kamina et de Lubumbashi pour - apprend-on - mater ce qui est en passe d'être donné pour une rébellion.

Aussi, la CVDHO:

· Attire solennellement l'attention de l'opinion tant nationale qu'internationale sur ce macabre drame que l'on pourrait faire passer, pour des raisons politiciennes, en un fait divers.

· Lance un cri d'alarme à tous les hommes épris de paix et de justice de prendre à cour cette situation, qui prélude déjà ce qui risque d'être l'après-guerre en République Démocratique du Congo, afin d'apporter à la fois une assistance humanitaire aux populations plus que sinistrées et de soutenir des initiatives de paix, de résolution et de prévention des conflits dans toutes les parties du pays où de tels situations sont susceptibles de survenir.

· Exige au gouvernement d'assurer un bon encadrement de ses militaires en payant la solde, en distribuant les grades de manière équitable et juste et de procéder sans tarder au désarmement de tous les groupes armés ne faisant pas partie de l'armée traditionnelle.

· Demande l'ouverture d'une enquête sans complaisance pour que les responsabilités soient établies et les fauteurs de troubles punis conformément à la loi.

· Recommande aux organisations de droit de l'homme, aux humanitaires, aux Eglises et autres composantes représentant les forces vives, à la communauté internationale et aux hommes de bonne volonté de voler au secours des populations en péril de la cité d'Ankoro.