America Mineral Fields est déjà là...


Marc Rozen
Le Soir
20.05.97


Jean-Raymond Boulle, le principal actionnaire et fondateur de la petite compagnie minière américaine America Mineral Fields, a signé un contrat d'un milliard de dollars avec l'Alliance de Laurent Kabila, portant sur la remise en état de la mine de cuivre et de zinc de Kipushi et sur le retraitement du cobalt de Kolwezi. Ce natif de l'île Maurice, citoyen britannique de 46 ans, fait aujourd'hui trembler les géants miniers, sud-africains comme européens.

Sa contribution à l'effort de guerre de l'Alliance n'est pas négligeable: mise à la disposition de Kabila de son avion personnel, ouverture d'un comptoir d'achat de diamants à Kisangani, permettant de vendre des pierres en échange d'espèces trébuchantes, et contacts avec les gestionnaires de patrimoines londoniens pour qu'ils visitent Kipushi. Belle satisfaction pour cet amoureux de l'Afrique qui nourrit depuis des lustres une brûlante ambition: ne plus être l'éternel «junior» du petit monde des mines.

* Quel peut être l'avenir minier du Zaïre?

e Il ne fait aucun doute que dès que Kabila aura pris le pouvoir à Kinshasa [l'interview a été réalisée la semaine dernière, NDLR], nous pourrons enfin exercer notre métier en paix. La tâche de réhabilitation de l'industrie minière est énorme: le Zaïre qui produisait 500.000 tonnes de cuivre par an n'en produit même plus que 20.000. Le cobalt, dont le Zaïre produisait jadis la moitié du tonnage mondial, est tombé à un niveau ridiculement bas. Un nombre important de compagnies internationales, dont la nôtre, ont signé des accords avec la société d'Etat Gecamines, avant même l'irruption de Kabila sur la scène, afin de moderniser et de relancer l'exploitation minière. Alors que sous Mobutu régnait le trafic d'influence, sous Kabila, il y a davantage de transparence dans l'octroi des contrats.

* L'ouverture par America Minerals Fields d'un comptoir d'achat de diamants à Kisangani est-elle une manière de concurrencer au Zaïre la De Beers, numéro un mondial des pierres au monde?

e Non. C'est à la demande de Kabila que nous avons ouvert ce bureau d'achat pour monnayer les diamants détenus par la population qui avait besoin de liquidités pour vivre. C'était nécessaire pour stabiliser l'économie des régions contrôlées par l'Alliance. Ce fut un succès. Cela n'a rien à voir avec la De Beers qui avait reçu la même requête mais n'y a pas donné suite.

* Connaissez-vous bien le Zaïre?

e Quand j'étais jeune, j'ai travaillé pour la De Beers dans ce pays. Par la suite, j'y suis retourné à plusieurs reprises, mais sans y faire des affaires. J'ai commencé à m'y intéresser, d'un point de vue commercial, il y a deux ans. L'objectif de notre groupe est d'investir dans les gisements de minerais de qualité supérieure. Le parallèle avec le Chili, qui a souffert d'un sous-investissement minier sous Pinochet, est frappant. Aujourd'hui, ce pays est le théâtre d'une véritable ruée des groupes internationaux sur ses richesses minières. L'économie chilienne est la plus performante de l'Amérique du Sud. Et le sous-sol zaïrois est encore plus riche que celui du Chili.

* Certains discernent derrière vous la «main» des Etats-Unis désireux de chasser les Européens des Grands Lacs?

e Je ne fais pas de politique. La principale richesse du Zaïre est son sous-sol. Les groupes miniers français ne semblent guère intéressés par ce qui se passe dans ce pays francophone. Quant à l'Union Minière belge, elle semble limiter ses activités aux fonderies. C'est pour cela que tout semble se jouer entre les compagnies sud-africaines et américano-canadiennes. Notre groupe associe des entreprises de taille mondiale et des «juniors». Nos gens sont expérimentés dans ce type de travail et très désireux de répéter l'expérience au Zaïre.



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