Correspondant d'AfroAmerica Network
Gisenyi, Rwanda
25.12.99
Dans une série d'attaques survenues les trois derniers mois, l'Armée de Libération du Rwanda (ALIR) a frappé plusieurs cibles militaires dans le Nord-Ouest du Rwanda.
Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1999, ALIR a mené un raid très courageux qui lui a permis d'occuper pendant plusieurs heures le camp militaire de Bigogwe. Des combats vigoureux ont opposé les rebelles à l'Armée Patriotique Rwandaise pendant deux jours dans la commune de Mutura. Le correspondant d'AfroAmerica Network a dénombré 31 cadavres de soldats de l'armée gouvernementale.
Plusieurs soldats de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) ont été tués par un bataillon de rebelles munis d'armes lourdes selon les soldats gouvernementaux, appelés en renfort. Le campement militaire a été saccagé et plusieurs maisons ont été brûlées et écroulées par les combattants de l'ALIR avant de se replier. Une quantité de munitions, d'armes légères et lourdes ont été emportées par les rebelles. Plusieurs véhicules de l'armée ont été brûlés.
Au cours des derniers mois, des attaques similaires ont été victorieusement menées dans le camp militaire de Mukamira situé à environ 16 kilomètres du camp militaire de Bigogwe. D'après les sources indépendantes, ALIR a alors libéré plusieurs prisonniers et tués 100 soldats gouvernementaux. En outre, les rebelles ont capturé un équipement militaire important comprenant des armes, des munitions et des lances roquettes portables.
Les commandants militaires du secteur et les leaders politiques de la région reconnaissent que la dernière attaque était très bien coordonnée, mobile et dévastatrice. Les dirigeants militaires ont tenté de minimiser la gravité de ces attaques. Dans un bref communiqué fourni à la presse après l'attaque de Bigogwe,ces dirigeants ont tout simplement déclaré que les «rebelles Hutu ont tué environ trente civiles durant l'attaque sur un camp de regroupement gouvernemental hébergeant quelques centaines de civiles de l'ethnie tutsi». «C'est de la propagande. Nous n'avons jamais attaqué les civiles. Vous pouvez vérifier vous-même aller sur place vérifier la véracité de ces allégations. La vérité est que nous avons attaqué le Camp militaire de Bigogwe, tué près de 200 soldats de l'Armée Patriotique Rwandaise et capturé un lot important d'armes», dit un commandant de l'ALIR exhibant plusieurs armes neuves AK-47, des grenades, des uniformes et plusieurs piles de munitions emportés du camp.
Ces attaques constituent un sérieux revers pour le gouvernement qui tente de mâter la rébellion attaquant cette fois-ci de l'intérieur du pays, alors que le front avancé de l'armée rwandaise en République démocratique du Congo se situe à quelques centaines de kilomètres de là. Il apparaît que les rebelles de l'ALIR ne sont pas inquiétés outre mesure et peuvent opérer leurs actions avec plus d'efficacité.
Entre-temps, des rwandais de tous les horizons comprenant aussi bien les hutu que les tutsi proches du pouvoir continuent de fuir le pays et cherchent asile en grand nombre en Europe, en Amérique et dans divers pays africains.
Les leaders Hutu qui ne parviennent pas à quitter le pays sont inquiets pour leur sort. Plus de 150.000 Hutu appartenant pour la plupart à l'élite intellectuelle et commerçante, au clergé et à la société civile croupissent dans les prisons mouroirs depuis cinq ans sans espoir d'obtenir un jugement.
Les prisons rwandais sont les plus surpeuplées, les plus dangereuses et les plus inhumaines au monde. Aujourd'hui, des centaines de milliers de personnes sont incarcérées dans des containers, des usines abandonnées, des vielles toilettes, des cachots imprégnés d'eau et tout endroit pouvant servir d'internement. Les geôles surpeuplées sont utilisées en même temps comme salle de toilettes, de dortoir ou même de salle de séjour. Les prisonniers sont régulièrement torturés. Des milliers d'entre eux ont déjà perdus leur jambes, souffrent de maladies chroniques de la peau, de bronchites aiguës ou sont tout simplement agonisants.