BBB (témoin de la défense)
26.03.01
Je, soussigné, BBB (témoin de la défense), fais la déclaration suivante:
1. Je suis en dehors du Rwanda depuis 2000. J'étais membre du FPR au Rwanda depuis 1993. Je suis d'origine Tutsi né à Taba. Je connais Jean-Paul Akayesu depuis ma jeunesse. Je connais sa femme depuis longtemps.
2. À la fin de la guerre, je suis éntré à Taba le 27 juin 1994. Tout le monde parlait de Silas Kubwimana comme provocateur de tueries et non de Jean-Paul Akayesu.
3. Nous avons appris vers septembre ou octobre 1995 que Jean-Paul Akayesu avait été arrêté en Zambie. Je n'avais jamais entendu parler des crimes commis par Jean-Paul Akayesu avant les nouvelles de son arrestation.
4. En apprenant des nouvelles de son arrestation, nous nous demandions pourquoi il avait été arrêté parce qu'il n'était pas soupçonné de crimes.
5. L'Association Ibuka de Kigali commençait à rencontrer les gens de Taba à cette époque. La personne dont je me souviens est Régis Rukundakuvuga qui s'est impliqué. J'ai parlé avec lui personnellement. Nous nous sommes réunis à Kigali avec Régis Rukundakuvuga, témoin G, moi-même, Ephrem Karangwa, Témoin V. Ephrem Karangwa, comme Inspecteur de police judiciaire, devait témoigner devant le Tribunal. Nous n'avions pas de preuves. Nous nous sommes dit qu'il serait nécessaire d'inventer les preuves par des faux témoignages. Ephrem nous a demandé le temps de se préparer. Il faudrait chercher des gens et les manipuler pour dire les mensonges contre Jean-Paul Akayesu. Régis Rukundakuvuga serait responsable de parler avec les réprésentants du Tribunal.
6. La deuxiéme rencontre a eu lieu à Kigali avec les mêmes personnes environ un semaine après. Ephrem Karangwa a fait un rapport qu'il va témoigner sur la destruction de sa maison et sur le meurtre de ses petits frères. Ceci n'était pas vrai. Il a dit qu'il n'avait pas été témoin de ces évènements mais qu'il pourrait témoinger sur les événements quand même. Je savais déjà qu'il était parti de Taba le 18 avril, la journée où Jean-Paul Akayesu était allé à une rencontre à Gitarama pour demander du renfort. M Karangwa m'a avait parlé de son départ bien avant. Ephrem Karangwa nous a dit qu'il demanderait à ses voisins de dénoncer Jean-Paul Akayesu si des enquêteurs du Tribunal venaient à Taba. (Quant à la mort de ses frères, son histoire n'est pas vrai. Simon Mutijima est son frère mais Ephrem m'avait dit qu'il est mort à Kigali au quartier Gikondo au tout début du génocide. Thaddée Uwanyiligira et Jean-Chrystostome Gakuba ne sont pas ses frères. Je connais Ephrem Karangwa et toute sa famille depuis 1984. Il y avait cinq enfants, deux filles et trois garçons.)
7. La troisiéme rencontre a eu lieu à Kigali après une rencontre de M Karangwa et les enquêteurs du Tribunal. Il nous a décrit cette rencontre: il dirait au Tribunal comment il a quitté Taba et la destruction de sa maison, ce qui s'est passé à Kabgayi, comment Jean-Paul Akayesu a commencé à tuer des gens etc. Il était inquiet des questions des enquêteurs: les armes utilisés etc. Sa fausse histoire pourrait être exposé. Il avait peur que les témoins de Taba témoignaient contre lui en disant la vérité. On a décidé de trouver des gens et de les aider à témoigner en préparant les faux témoignages.
8. A la prochaine rencontre, à Taba cette fois-ci, il y avait plusieurs personnes présentes: environ une dizaine, les dames: witness G, witness K, Witness N, une autre femme, un dénommé Witness W, le préfet-major Sewanyana et les personnes des autres rencontres. On a décidé qu'il faudrait des témoins de près de chez Ephrem Karangwa, des Hutu, witness E(absent). Witness G devait aller témoigner même si elle était à Kigali pendant le conflit et qu'elle n'avait rien vu. Elle m'avait dit qu'elle n'était pas à Taba pendant le génocide. Witness K était inquiète. Son mari lui avait dit de ne pas aller témoigner. Karangwa a parlé avec lui pour qu'elle aille à Arusha. Quand le préfet-major est arrivé, tout le monde devait dire qu'ils était prêts à témoigner. Witness N était manipulé par Witness W. W a insisté qu'il faillait témoigner contre Akayesu parce qu'il n'a pas sauvé tous les Tutsi. Il est un extrémiste. On m'a demandé de témoigner mais j'ai dit que je ne pouvais pas. Mes enquêtes personnelles m'avait convaincu et j'avais peur que s'il y avait une enquête approfondie du Tribunal le mensonge serait exposé. De plus, je n'étais pas à Taba pendant le génocide.
9. La dernière rencontre, M Karangwa nous a invité. Ont assisté: moi, M Karangwa, Claude Kabibi, Witness W, witness G et witness V. Karangwa nous a expliqué qu'il a trouvé witness E qui va témoigner pour les Hutu, que witness K est d'accord, que Gonsalve Muyombana témoignerait, qu'il a trouvé d'autre témoins pour Kamonyi près de chez lui, qu'il avait essayé de convaincre les Hutu et les Tutsi. Witness E avait peur de témoigner mais, selon Ephrem Karangwa, il savait qu'il irait en prison comme génocidaire s'il ne témoignait pas. Le président d'Ibuka à Taba, Alphonse (nom de famille ?), un vétérinaire, avait été contacté. Alphonse devait sensibiliser la population pour que, s'il y avait une enquête du Tribunal, les gens diraient qu'Akayesu était responsable. Les gens d'Ibuka s'occuperaient de la population.
10. Ephrem m'avait dit que le prefet était faché avec moi parce que je ne voulais pas témoigner.
11. Witness V n'était pas à Taba depuis le 19 avril 1994. En juillet 1994, il m'avait dit qu'il avait quitté Taba après la rencontre de Gishyeshye. Jean-Paul Akayesu lui avait suggéré de fuir parce qu'il devenait trop dangéreux pour les Tutsi. Il n'avait pas vu Jean-Paul Akayesu commettre un crime quelconque.
12. Witness A. M Karangwa m'a dit qu'il a convaincu witness A de témoigner. Il pourrait sauver son poste de secrétaire ainsi.
13. Witness S: M Karangwa dit l'avoir convaincu de témoigner sur les événements de Musambira. J'ai compris, comme d'ailleurs nous tous, que cela voulait dire donner de fausses preuves.
14. Ephrem Karangwa: il a quitté Taba le 18 avril pour aller à Kabgayi selon ce qu'il m'a toujours dit. Il est parti le 18 avril pour Kabgayi avec les réfugiés de Runda. Il m'a jamais parlé des événements de Musambira où on aurait tué "ses trois frères". De plus, il m'a dit qu'il a jamais vu la destruction de sa maison. Il m'a dit qu'il a vu Jean Paul à Kabgayi quand Jean Paul sauvait les gens et les amenait à Kabgayi.
15. Les témoins de viol: approximativement au début 1997 selon mon souvenir, on a commencé à parler des témoins de viol. Avant il n'y avait pas question de preuve de viol. M Karangwa m'a dit qu'il y a des veuves et d'autres qui sont faciles à manipuler pour témoigner sur le viol. Je n'a participé à aucune rencontre concernant les témoins de viol.
16. J'ai quitté le Rwanda en 2000. Au Rwanda, il est impossible de parler des faits mentionnés ici sous peine d'emprisonnement ou de mort.
17. J'ai été mis en contact avec l'avocat de M Akayesu fin février 2001 qui m'a rencontré le 24 et 25 mars 2001.
18. Je vais collaborer avec tout enquête du Tribunal à ce sujet. Je pourrais indiquer d'autres témoins sur place qui pourraint confirmer mes affirmations et d'autres faits importants concernant M Jean-Paul Akayesu. Ces témoins ont besoin de protection.
19. Je veux dire la vérité au Tribunal et témoigner pour que la vérité se sache.
(signature)
(signé BBB)
(sceau du notaire instrumentant)