La guerre en République Démocratique du Congo et les aides financières de l'Union Européenne aux pays impliqués dans le conflit, en particulier au Rwanda. Propositions pour que ces aides deviennent des instruments de paix


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Introduction

Il y a peu plus de deux ans, lorsque le peuple congolais espérait reprendre souffle après la guerre, dite de «libération», une nouvelle guerre éclatait, qu'on a appelé «d'occupation»1. Il a fallu beaucoup de temps pour que l'ONU parle de violation, de la part de l'Ouganda et du Rwanda (l'implication du Burundi est presque toujours oubliée2), de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la RDC3. Avec l'ONU, la généralité des États n'a pas osé donner à cette guerre son véritable nom: guerre d'agression. Bien nombreux sont les témoignages de la Société Civile et des Églises à cet égard de la nature de ce conflit4.

Dans le document que nous présentons, fruit d'expérience directe et de l'écoute de la Société Civile et des réactions dans le monde à ces événements, nous présentons l'urgence du problème qui nous a poussés à interpeller l'Union Européenne, en particulier Mr. le Commissaire au Développement. Nous traiterons ici seulement de la situation dans l'Est de la RDC, et des abus commis par les troupes d'invasion avec leurs hommes de façade congolais, les ainsi dits «rebelles». Nous ne nions pas que d'autres forces, telles que les Mayi-Mayi, les délinquants locaux, les «Interahamwe», le FDD, commettent des abus sur la population5. Mais les grands protagonistes de ces abus sont les forces rwando-ougando-burundaises, avec des Banyamulenge et avec une collaboration secondaire des Congolais qui travaillent pour eux dans le RCD. C'est des effets sur la population de leurs agissements que nous parlons ici. Nous sommes convaincus que l'ordre retournerait et ces forces seraient maîtrisées si on mettait fin à l'occupation du pays.

Nous développerons ci-dessous ces aspects:

1. La situation en République Démocratique du Congo et au Rwanda.

1.1 Un cri nous parvient de la République Démocratique du Congo.

1.2 Le Rwanda, au de la de la façade

2. Les aides financières de l'Union Européenne.

3. Propositions pour que les aides financières deviennent instruments de paix.

Nous sommes heureux du dialogue qui nous est ouvert, signe de démocratie. La nôtre n'est pas qu'une dénonce, elle est aussi la mise en évidence des chances formidables qui sont dans les mains de la Commission Développement pour reconduire la paix dans des pays de la Région.

1. La situation en République Démocratique du Congo et au Rwanda

1.1 Un cri nous parvient de la République Démocratique du Congo

«Les conséquences de cette guerre sont nombreuses: pertes énormes en vies humaines, propagation des maladies, pillage éhonté de notre patrimoine économique, destruction systématique de la faune, de la flore et des infrastructures socio-économiques du pays et de l'Eglise. Une pauvreté extrême se fait sentir à travers tout le pays. L'insécurité règne dans toutes les provinces. Tout ceci engendre frustrations et mécontentements, divisions et rancœurs, haines et règlements de comptes6

a) Massacres

Comme l'a reconnu le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en RDC, Mr. Roberto Garreton, toute la population de la RDC souffre du piétinement des droits de l'homme, mais nulle part comme dans l'Est du pays7. La population dans les territoires orientaux occupés est au bout de souffle. Un organisme de recherche des États Unis, International Rescue Committee (I.R.C), dans son rapport du juin dernier, évaluait à un million sept-cent mille les morts à cause de la guerre dans l'Est de la RDC, lors des vingt-deux derniers mois8. Il serait trop long d'énumérer ici les massacres dont la population a été victime. Ci-joint, toutefois, nous vous en donnons une liste. Liste de massacres chiffrés, derrière lesquels il y a des noms, des visages d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards inermes tués en représailles, tués des façons les plus inhumaines, qu'on a voulu détruire même dans leurs dépouilles mortelles9. Auteurs de ces massacres sont les forces coalisées des régimes rwandais ougandais et burundais, ainsi que leurs alliés, la partie des Tutsi-Banyamulenge qui partage la solution violente, appuyés par des Congolais du RCD/Goma et RCD-ML. Lorsque un massacre se passe, on se dit : peut-être est-ce l'œuvre d'un groupe de fanatiques. Mais que dire lorsque les événements se répètent, lorsque ceux qui en sont les directes responsables gardent leurs charges et se déplacent en toute liberté10, lorsque les autorités minimisent ou jettent d'une façon invraisemblable la faute sur des autres11?

b) Exactions

«Les conséquences de ces conflits sont telles qu'aujourd'hui nos familles font l'objet de tracasseries de tous ordres: des pillages systématiques, des enlèvements nocturnes, des arrestations arbitraires sous prétextes divers, des villages entiers sont brûlés avec comme conséquence le déplacement de milliers de personnes sans assistance de sorte que des calamités comme la famine, des personnes sans abri, des épidémies diverses sont à craindre dans un proche avenir. Nous ne pouvons pas passer sous silence des violences exercées particulièrement sur les femmes et les jeunes filles : des viols et l'entraînement des filles à la prostitution forcée...»12. Combien de femmes ont été violées et cela même sous les yeux de leur famille ! Il faut considérer que beaucoup de ces militaires sont porteurs du virus HIV13.

La jeunesse est victime des conséquences de la guerre: «Quasi tous les niveaux d'enseignements sont sinistrés physiquement et culturellement: classes délabrées et surpeuplées, maître impayés, programmes dépassés...Les guerres qui sévissent depuis quatre années n'ont fait que renforcer la situation d'abandon des enfants et de la jeunesse... La déscolarisation se manifeste à tous les niveaux de la scolarité...Dès lors que l'école leur est fermée, les jeunes n'ont d'autres solutions que d'aller en exode vers les villes ou les carres miniers, de s'enrôler dans l'armée qui offre la meilleure solde, ou de trouver une arme avec laquelle ils pourront spolier les habitants en coupant les routes ou en pillant les villages dans la nuit tombée»14.

Dans la Plaine de la Ruzizi, en ces mois, un autre extermination à petit feu a lieu: dans des dizaines de champs de manioc, de riz, de mais, d'arachides, de bananiers, les envahisseurs, armes à la main, ont fait entrer leurs vaches, qui ont mangé la récolte. On arrive même à faire vider le panier du manioc fraîchement récolté devant les vaches, pour qu'elles mangent. La population, déjà confronté avec la sécheresse, est à la famine15. Et pourtant le Kivu était le grenier d'Afrique! Une aide alimentaire de l'UE ou du PAM ne peut ignorer ce drame.

Dans son message de Noël '99, l'Archevêque de Bukavu mgr. Kataliko dénonçait: «Tout ce qui a de la valeur est pillé, saccagé et amené à l'étranger, ou simplement détruit. Les impôts collectés, qui devraient être investies pour le bien commun, sont détournés. Des taxes exorbitantes n'étranglent pas seulement le grand commerce et l'industrie, mais aussi la maman qui vit de son petit commerce». Dans l'Est du pays, en effet, le pouvoir militaire est aussi le pouvoir politique et administratif. Les taxes servent au Rwanda et à son représentant au Congo, le RCD/Goma, ou bien à l'Ouganda et à son représentant à l'Est le RCD/ML, pour soutenir l'effort de guerre16.

c) Pillage des ressources nationales

Ce qui se fait au marché, tirant en l'air et faisant fuir des pauvres mamans pour leur arracher le peu de poissons qu'elles vendent, se fait aussi à grande échelle, à l'égard des infrastructures et des minéraux du pays. «On détruit les centres de santé, on brûle les hôpitaux et d'autres infrastructures sociales»17. Combien d'infrastructures n'ont pas été démantelées, pour être transportées au Rwanda, ou, si cela n'était pas possible, pour être tout simplement détruites18? Le Conseil de Sécurité de l'ONU à donné, sur sa demande, au Secrétaire Général l'autorisation à constituer une commission indépendante pour faire lumière sur ce problème. Ce qui se passe toutefois est sous les yeux de tout de monde19. «Les chefs militaires rwandais et ougandais s'assurent le contrôle de carres miniers de coltan, titane, cassitérite, or, diamant, etc., de même que certains hommes d'affaires locaux agissant sous leur protection»20. D'ailleurs, la carte du déploiement des forces militaires correspond exactement aux gisements miniers du pays. Olivier Vallée, expert français en trafic de diamants africains, membre du Comité Fowler21, affirme: «Aujourd'hui, Kigali est en train de devenir une plaque tournante. La capitale rwandaise concentre de plus en lus d'activités liées à l'achat et à l'exportation de diamants et, dans le même temps, importe des armes en nombre croissant. Ces armes ne sont pas achetées avec les seules ressources du Rwanda! Leur achat repose sur un deal armes-diamants. Certaines pierres proviennent des zones contrôlées par les troupes rwandaises au Congo, pour une valeur estimée entre 5 et 6 millions de dollars par mois. D'autres sont fournies par l'UNITA» . En Avril 2000, des sources renseignées de la Région disent que tout d'un coup les Rwandais sont devenus de grands marchands d'or, et les Ougandais, des exportateurs de diamants. or, les deux minéraux respectivement n'existent pas dans les deux pays exportateurs. Et selon une source locale, dans la Zone de Walikale, les Rwandais sont dans les centres et dans les mines d'or. Un hélicoptère porte directement l'or au Rwanda. Néanmoins, dans leurs discours, les autorités ougandaises et rwandaises nient le pillage du Congo.

d) Déplacement des populations

Ce qui apparaît désormais clair à la Société Civile Congolaise locale c'est le fait que les attaques dans les villages et paroisses autour de Bukavu sont l'œuvre de faux Interahamwe, comme le signale le fait que des militaires tutsis sont toujours vus parmi les assaillants et que les forces du RCD, bien que tout proches, n'interviennent qu'une fois que les faits sont accomplis22. La Société Civile, en montrant par une carte - ci-jointe - que les lieux des attaques de juin-juillet 2000 dessinent un cercle tout autour de Bukavu, affirme23: «Chaque fois qu'une attaque des Pseudo-Interahamwe est faite, un contingent de l'APR s'installe sur les lieux: la population apeurée se déplace vers la ville, et l'encerclement devient effectif». C'est une façon de résoudre le problème du surpeuplement des prisons et de justifier la présence rwandaise au Congo24. Ainsi Bukavu grandit et est affamée à démesure et tout autour l'encerclement des campements militaires rwandaises se complète. Pour arriver où? Le plan d'occupation de l'Est de la RDC semble être devenu effectif25..

e) Remplacement par des populations importées

La tactique de l'inondation démographique, c'est-à-dire de remplacer les habitants par des Rwandais nouveaux venus se montre un peu partout. Un document de la Société Civile, du 14/11/'98 dit: «Pour renforcer leur présence au Sud-Kivu ils ont procédé dernièrement au déplacement de toute la population Tutsi-Bavyura (à peu-près vingt mille personnes) résidente dans la zone de Moba, au Nord-Est du Katanga. Ils sont en train de les installer dans la Zone d'Uvira, au grand mépris des populations congolaises qui se voient confisquer leurs terres et ravager leurs champs par les troupeaux de vaches des nouveaux venus»,26. A Bukavu, le quartier riche et frontalier de Nguba a perdu beaucoup de ses habitants originaires: ce sont des Rwandais qui les ont remplacés. Le cas plus grave est l'affrontement entretenu par des militaires ougandais (ou par les Ougandais tout court?) en Ituri. En mai 2000, a Bunia et Mahagi, les Walendu et les Bahema s'affrontent encore: il y a déjà plus de dix mille morts et 150.000 familles déplacées en ces zones du Kibali-Ituri. Des sources déclarent que l'Ouganda et le RCD-ML de Wamba continuent à aider les civils hema, alliés aux agresseurs et du même groupe ethnique des maîtres d'Ouganda, Rwanda et Burundi, à tuer et intimider la population lendu, dans le cadre d'une campagne qui vise de chasser les Lendu, qui habitent des zones riches en or et bois27. Et on pourrait citer d'autres cas28.

f) L'extermination d'un peuple

Ce que nous voyons c'est l'extermination et l'anéantissement par des voies multiples d'un peuple qui a su résister à l'agression, et qui ne demande que d'habiter son pays en paix. Où est sa faute? Peut-être celle d'avoir été terre d'accueil pour les réfugiés rwandais, hutus ou tutsis, selon les événements? Celle d'avoir exigé des Banyamulenge qu'ils demandent la nationalité? Dans la vie publique, ils avaient des places prestigieuses. La chasse même violente contre eux ne se fit qu'en '96, lorsque les Congolais ouvrirent les yeux sur le trafic d'armes qu'ils avaient réalisé, en préparant la guerre sur la terre même qui les hébergeait. D'ailleurs, nombreux parmi eux, et les plus sages depuis longtemps, ont compris que le pouvoir en place au Rwanda s'est servi d'eux pour ses desseins en RDC et qu'il ne veut pas d'eux et cherchent des voies de paix29. Beaucoup de militaires congolais n'ont pas eu de choix, après que leur chefs avaient été massacrés à Kavumu par les milices d'occupation en août 1998. Jusqu'à présent, affamés, exploités par leurs maîtres, ils ne peuvent quitter les rangs du RCD sinon au prix d'un risque mortel. Dans tout pays il y a des gens qui se rallient avec le pouvoir n'importe quel. Cela ne donne pas le droit de dire que cette guerre c'est l'affaire des congolais. C'est une guerre contre la population, conduite par la coalition rwando-ougando-burundaise, qui veut atteindre, coûte que coûte, son projet d'occupation30. Que dire des morts à la Kermesse de Bukavu le 29 août dernier? Les indices ne manquent pour en reconnaître les auteurs. Ainsi, les militaires rwandais présents à la kermesse ont disparu avant l'éclatement, conseillant aussi à quelques civils de s'enfuir avant. Et d'autres31.

g) La situation en RDC est-elle vraiment sans issue?

On peut avoir l'impression que la situation en RDC est sans issue et destinée à se perpétuer. Le gouvernement de Kinshasa rejette les Accords de Lusaka et propose une rencontre avec Rwanda, Ouganda et Burundi, qui n'en veulent pas et affirment rester fidèles à Lusaka. Les Accords de Lusaka d'ailleurs présente de nombreux points faibles et semblent faits pour perpétuer la présence des troupes étrangères. Ils ne considèrent les Mayi-Mayi que des milices à désarmer. Ils conditionnent le départ des troupes étrangères à la tenue d'un dialogue intercongolais - comme si c'était le démocratie au Congo le souci de la coalition d'agression. Et le gouvernement congolais a entamé un chemin qui laisse à côté le projet de dialogue formulé par Mr. Masire. L'ONU est de moins en moins motivé pour réaliser le déploiement des 5537 casques bleus prévus dans la résolution 1291 du Conseil de Sécurité. Il n'y a qu'une issue: que toutes les forces étrangères rentrent chez elles. Le peuple congolais saura, petit à petit, par la voie des élections, se donner la forme de gouvernement convenable.

1.2 Le Rwanda, au delà de la façade

a) La conquête du pouvoir

Ce n'est pas notre tâche de tracer ici l'historique du Rwanda au cours de cette dernière décennie. Nous tenons seulement à souligner un fait étonnant : l'histoire du Rwanda de cette dernière décennie s'est rétrécie dans la conscience collective jusqu'à ne durer que trois mois et demi: du 7 avril au 19 juillet 1994. Bien de choses devraient encore être mises en lumière de ces terribles mois, et tout d'abord lumière devrait être faite sur l'accident d'avion qui coûta la vie au Président Habyarimana, au Président du Burundi Ntaryamira et à douze autres personnes et qui marqua le déclenchement des événements32. Sans justifier l'inertie de l'ONU, il faudrait se demander si elle n'avait pas été voulue par quelqu'un. Il est défendu d'appeler génocide le martyre du peuple congolais. Il ne faut pas exagérer, dit-on: il y a des massacres et il n'y a qu'un génocide, que des cranes bien étalés rappellent à tout visiteur. Cette année on est allé jusqu'à déterrer les morts. Ce qui est plus étrange est le fait qu'on cherche en même temps à effacer ceux qui ont suivi.

b) L'exploitation du génocide

Le Rwanda nous montre que la guerre se fait désormais sur plusieurs fronts dont celui des armes n'est qu'un: elle se fait dans les agences de presse, se fait dans les livres d'histoire et de géographie, se fait au niveau de psychologie sociale, en attisant et exploitant le sens de culpabilité de la conscience internationale. Le régime rwandais est encore traumatisé par le génocide, dit Mr. Moussalli33, comme si ce n'était rien ce qui s'est passé avant et après. Cela passe à travers les médias de l'intérieur comme de l'extérieur du pays : le Rwanda reste un pays de veuves et d'orphelins de '94. Les veuves et les orphelins créés par le nouveau régime n'ont pas le droit de pleurer publiquement leurs morts, ni à l'intérieur ni à l'extérieur du pays : ne sont-ils pas tous des génocidaires34? Les aides internationales sont l'un des fruits de cette stratégie35.

c) La situation à l'intérieur du pays

Mais au Rwanda -dira quelqu'un- les choses ont mieux marché. On est en train de bâtir un pays démocratique. Si c'était vrai! Nous ne manquons pas de témoignages qui surgissent comme un j'accuse face aux prétendues ouvertures démocratiques du pouvoir. Qui gouverne, tout d'abord? Ce n'est pas l'ensemble des Tutsi: les immigrés tutsis ont du mal à y vivre; et ceux qui ont survécu au génocide se sentent souvent regardés d'un air douteux: «Pourquoi es-tu encore là?»36.

Ceux qui détiennent le pouvoir n'est qu'une poignée de familles qui sont venues de l'Ouganda. L'ancienne Akazu du Président Habyarimana a été remplacée par une autre mafia politico-économique37. Innombrables sont les dénonciations du climat de terreur et de la pauvreté généralisé de la grande majorité exclue du pouvoir38.

En août '99, Me Alipye Nkundiyaremye écrit: «Cinq ans après l'un des deux génocides que la communauté internationale a dénommé le génocide des Tutsis, le FPR a installé au Rwanda un régime de terreur et de marginalisation de l'immense majorité des Rwandais, hutu comme tutsi qui n'appartiennent pas au cercle restreint des tenants du régime. Cette terreur se traduit par des emprisonnements arbitraires, des enlèvements et disparitions, des assassinats et l'exil pour ceux qui le peuvent».

Dans son rapport sur les droits humains au Rwanda au premier semestre 2000, Amnesty International écrit: «Le nombre des meurtres au Rwanda est diminué par rapport à 1998, mais des meurtres de civils non armés et 'disparitions' ont été encore enregistrées pendant tout l'an 1999. Le gouvernement a réalisé une politique nationale qui a rendu nécessaire l'abandon de leur maison de la part de beaucoup de monde, pour s'établir dans de nouveaux «villages», appelés localement imidugudugu (...) Jusqu'à la fin du 1999 les conditions de vie pour des centaines de milliers de personnes -spécialement dans la zone nord occidentale- sont restés très misérables». Les prisons aux conditions inhumaines ne sont que le sommet d'une situation de piétinement des droits de l'homme39.

L'abbé Murengerantwali cite les catégories en train de souffrir plus durement: les femmes et les enfants dont les maris ou les pères sont en prison, les veuves et les orphelins («On assiste aujourd'hui à des associations informelles qui, sous prétexte de défendre les plus dépourvus des rescapés du Génocide, les entraînent plutôt dans des actes ignobles en vue d'acquérir des gains non mérités»), les victimes de verdicts injustes: «D'un simple procès résulte très facilement une peine capitale. Pas mal d'accusés d'aujourd'hui sont, dans la plupart des cas, surpris du jugement prononcé, car la procédure tient rarement compte de la défense de l'accusé40».

Me. Nkundiyaremye affirme encore: «L'aide destinée à mettre en oeuvre les mécanismes de protection des droits de l'homme et des libertés publiques et individuelles, a servi plutôt à développer des moyens pour renforcer la marginalisation et la persécution des Hutus et des Tutsi modérés, à l'institutionnalisation de fait de l'apartheid, de l'esclavage et d'un Etat policier41».

2. L'aide financière de l'U.E. au Rwanda et à ses alliés

Au nom de la Société Civile de l'Est de la RDC nous affirmons que les aides aux régimes du Rwanda et des autres pays agresseurs renforcent leurs capacité de nuisance. Si le but de ces aides est celui de limiter les dégâts et la souffrance provoquées par ces régimes, nous pensons avoir témoigné qu'il n'en est pas ainsi. Si leur raison d'être ce sont des engagements déjà pris (par exemple les Accords de Lomé), nous rappelons qu'avec d'autres régimes africains on a su interrompre et conditionner fermement les aides: nous rappelons le Togo, le Libéria.

2.1 Quelques chiffres:

Voici un rappel des aides internationales au Rwanda que les médias nous ont fait connaître:

* Juin 1998: le FMI approuve une aide à l'ajustement structurel (ESAF) du Rwanda de près de 100 millions de $ US sur 3 ans. Malgré l'augmentation des dépenses militaires de Rwanda au delà des limites convenues, le FMI continue a débourser cette aide après le début de la guerre au Congo. En août 19991 même la deuxième tranche, c'est-à-dire 11 millions de $, a été versée, en portant ainsi le total versé à ce moment-là à 16,7 millions de $.

* 31.03.'99: La Banque Mondiale a approuvé un «Rwanda Economic Recovery Credit» de 75 millions de $ US, dont 40 millions ont été déboursés immédiatement.

* 18.05.99: l'UE débloque une aide budgétaire de 68 millions d'Euros (50 millions de $) en faveur du Gouvernement rwandais. L'aide avait été bloquée depuis six mois, lorsque le Rwanda avait envoyé ses troupes à combattre au Congo.

* 10.03.2000: l'UE a délivré une première tranche de 110 millions d'euros au titre de la reprise du Programme indicatif national, dans le cadre du VIII Fond Européen de Développement (FED). On reprend ainsi les relations interrompues pendant le génocide de '94.

* 17.06.2000: 16 millions de $ US ont été prévus dans un accord entre IFAD (Fond International pour le Développement de l'Agriculture) et le Ministre rwandais des Finances. Le projet vise: la bonne gestion de l'administration, un réseau de communications, égouts, réseau hydrique; encourager la production agricole et de la vaccination des animaux; des prêts à moyen terme pour faciliter l'accès au monde du travail42.

* Septembre.2000: Le gouvernement américain a octroyé 4,5 millions de dollars au gouvernement rwandais en faveur de la démocratie, de la justice et des programmes de bonne gouvernance dans le pays, selon un communiqué émanant du ministère des finances cité par l'Agence rwandaise d'information (ARI). Cette somme sera remise par l'agence américaine pour le développement international (USAID). Le communiqué a indiqué qu'un total de 4 millions de dollars a été réuni par le biais d'un programme du gouvernement américain 'Great Lakes Justice Initiative' (GLJI). Le GLJI est un programme spécial lancé en 1998 par le président Bill Clinton pour renforcer les systèmes judiciaires dans les pays de la région des Grands Lacs. L'ARI a fait observer qu'avec cette dernière contribution, le gouvernement américain aura alloué 14 millions de dollars au Rwanda dans le cadre du GLJI43.

Mr. Nils Tcheyan, directeur de la BM pour la région des Grands Lacs, avait dit en juillet '97: «Au Rwanda, les interventions ont été triplés en trois ans, et entre 1997 et 2000 les prêts pour l'Ouganda seront d'environ 490 millions de $, 730 pour l'Angola, 130 pour le Rwanda»44. A tous ces financements, il faut ajouter les aides financières données au gouvernement rwandais par les gouvernements de différents pays. Sans oublier les aides des multinationales pour soutenir l'effort de guerre45.

L'Ouganda aussi reçoit bien de confiance:

* A mi-décembre '98, le Club de Paris (avec d'autres) a annoncé la destination de plus de 2 milliards de $ à l'Ouganda.

* 28/08.'99: le FMI débloque une aide malgré la forte augmentation des dépenses militaires.

* 2/05/2000: L'Ouganda a été déclaré éligible au titre de l'initiative HIPC.

2.2 Réaction de la population congolaise

La Société Civile nous signale le 27/05/'99 que face à la nouvelle donnée le 20 mai 1999 par la Voix de l'Amérique de l'octroi d'une aide de 50 millions de $ au Gouvernement rwandais «les Congolais...on éprouvé un sentiment de profonde déception (...) et se pose des questions (...) Au nom de cette population, qui vient juste de constater ces derniers jours l'emploi par les forces rwandaises basées au Kivu d'armes encore plus sophistiquées, nous adressons aux responsables de l'Union Européenne une vibrante protestation contre l'aide financière accordée au Rwanda»46.

«Malgré la reconnaissance effective de l'Ouganda et du Rwanda de leur implication dans la guerre en RDC, les institutions financières internationales ont renouvelé un prêt à long terme au premier et financé le déficit budgétaire du second. Cela donne l'impression que ces deux pays mènent une guerre juste en RDC. Par contre, le Zimbabwe, appelé au secours de la RDC, a vu son aide suspendue par ces mêmes institutions et pour la même cause!47»

Qu'est-ce qui pousse les Etats Unis, le FMI, la BM et même l'Union Européenne à donner des aides au Rwanda? Si c'est le sens de culpabilité par rapport aux événements de '94, le risque est là que, dans peu de temps, un pareil sens de culpabilité nous prenne tous par rapport aux deux génocides suivants, celui des Hutus au Zaïre-RDC et celui du peuple congolais. Nous sommes dans le cours des événement: on peut intervenir! Si la ligne des aides au régime rwandais était fructueuse pour la population congolaise et même rwandaise, on l'aurait déjà vu, mais malheureusement il s'avère que les massacres et les violences continuent selon un plan qui semble bien pré-établi48.

D'ailleurs, pourquoi ce régime, qui n'est pas moins brutal que celui de Serbie ou d'Iraq reçoit des aides, alors que les autres pays, dans la même situation, ont subi des interventions militaires et/ou ont été soumis à embargo? Il suffit d'interpeller les gens, de trouver le moyen d'écouter en vérité ce que vit la population rwandaise, ce que c'est en vérité la façade de démocratie que le régime se donne. «Comment -se demande encore la Société Civile49- le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, pays sans ressources et minés à l'intérieur par des mouvements tenaces de rébellion, pourraient-ils à eux seuls soutenir une guerre de longue haleine comme celle qui se déroule actuellement au Congo? Ne se demande-ton pas comment un si petit pays peut conduire depuis quatre ans une guerre au Congo»50?

Et la Cojeski de dénoncer le 1er janvier 2000: «...on multiplie les aides à ceux que l'assemblée générale de l'ONU reconnaît comme agresseurs...»51. Y a-t-il -se demandent les gens- la connivence inavouée avec le plan de conquête du Rwanda-Ouganda-Burundi? Peut-être y a-t-il dans les milieux internationaux la conviction que la RDC est ingouvernable et son peuple incapable de se gouverner et qu'il faut un «pouvoir fort» dans la Région et surtout favorable aux investisseurs étrangers. Peut-être pense-t-on que le moment est venu d'élargir les trois Etats de la frontière est de l'RDC, aux dépens de cette dernière. Mais a-t-on jamais refusé en RDC l'hospitalité aux immigrés?

«Les aides humanitaires bien qu'urgentes et nécessaires -affirme Emma Bonino52- en certains pays africains se transforment en appui à la guerre, en libérant les gouvernements des dépenses pour la santé, l'école, les routes... en favorisant ainsi leur engagement pour soutenir et augmenter la guerre (achat d'armes). L'humanitaire fait ce qu'il peut, et coûte peu (le 0,1% du bilan de l'Union Européenne), mais nous manquons d'un instrument politique et super-national qui l'accompagne, essentiel pour prévenir un conflit, avant que les crises n'explosent».

3. Propositions

Face à cette situation, ayant écouté la voix de la Société Civile de la RDC, du Rwanda et d'ailleurs, et pris conscience de notre responsabilité53, nous proposons à la DG au Développement de la Commission Européenne:

1. De soutenir la population rwandaise, dont les droits essentiels ne sont pas respectés, par des aides qui transitent par le canal des organisations non gouvernementales fiables54.

2. Que toute aide financière au régime rwandais, et en général aux gouvernements des pays agresseurs , soit bloquée jusqu'à ce que:

* il ne retire pas ses forces de la RDC;

* il n'entame pas un dialogue national, sous l'égide de l'ONU et de l'OUA, où toutes les composantes de la population puissent s'exprimer et participer à la gestion du pays.

3. En vue d'une co-responsabilité dans l'utilisation des aides et dans le respect des droits humains, de désigner au niveau de la DG au Développement de la Commission Européenne la figure d'un Responsable, chargé de la politique des Droits de l'Homme dans sa politique étrangère de coopération. Ce Responsable aura comme rôle d'assister le Haut Représentant pour la PESC à affiner et à rendre plus cohérente la politique étrangère de l'UE en matière de droits de l'homme par le biais de la Coopération au Développement.

4. De déployer des efforts financiers pour participer:

* au déploiement des forces de la MONUC, en faisant d'abord, comme U.E., pression politique pour une redéfinition de sa mission; dans cet esprit, il est proposé que les forces de la MONUC, avec un mandat sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, soient aussi déployées tout au long des frontières pour la sauvegarde de l'intégrité territoriale de la RDC;

* à la préparation d'une Conférence Régionale de Paix.

5. Que dans le souci d'une véritable pacification, la DG au Développement fasse pression sur les autres Services pour une politique commune entre les Etats membres relative à un réel embargo sur les armes lourdes et légères pour tous les pays en conflit.

Conclusion

Le peuple congolais ne mérite pas le drame qu'il est en train de vivre, ne mérite pas qu'on fasse des analyses seulement une fois que la tragédie sera achevée. De même, le peuple rwandais, de même, a le droit de respirer liberté et de parcourir les chemins d'une vraie pacification. L'Union Européenne peut les aider et peut faire beaucoup. Aucun régime aujourd'hui n'est insensible à l'opinion publique internationale. Aucun régime n'est insensible aux aides financières, et surtout ceux de Rwanda, d'Ouganda et du Burundi, qui survivent grâce aux aides internationales. La DG au Développement de la Commission Européenne a dans ses mains la possibilité d'une vraie et efficace ingérence humanitaire. Les peuples le demandent par leur cri. Nous aussi, citoyens de l'Union Européenne, nous comptons sur les institutions que nous nous sommes données. Nous comptons sur les hommes et femmes qui nous représentent devant le monde.

Pour le secrétariat de «Paix pour le Congo»

 

Notes

1. Selon l'expression du Chef Munyamulenge Müller Ruhimbika, qui déjà en février '98 déclarait aux radios internationales qu'il ne se trouve plus dans la politique de Kabila, qui est pire que Mobutu : «La guerre de libération est terminée et la guerre d'occupation commence. Nous avons pour cela 6000 hommes bien entraînés» (cité dans une analyse de la Société Civile du Sud-Kivu, «Menace d'une agression étrangère au Sud-Kivu?», du 6/06/'98). Le document signale des faits qui «prouvent à suffisance qu'une guerre d'occupation d'une partie de la RDC est en préparation». On n'écouta pas cet appel. «Quatre mois après, ces craintes devenaient une réalité...» (Message de Paix de la Société Civile du Sud-Kivu à l'occasion du 39ème anniversaire de l'Indépendance de la RDC, Bukavu, le 12 juin 1999). Dans un document du 22 août 1998, titré «Craintes et espoirs de la population congolaise», une source de la Société Civile, le S.I.C., affirme: «Cette nouvelle rébellion ... est bel et bien ressentie comme une nouvelle invasion et occupation militaire de la part des troupes rwandaises et ougandaises».

2. Seulement le 8.11.'98, le Prés. Buyoya reconnaissait la présence de ses troupes en RDC, mais le 3 juin suivant la niera encore.

3. La résolution n. 1234 prescrivait au Rwanda, à l'Ouganda et au Burundi d'évacuer la RDC en tant que « Pays non invités ». Rien ne s'ensuivit. Le 24 février 2000, le Conseil de Sécurité adopte à l'unanimité la résolution 1291, qui permet d'envoyer 5537 casques bleus en RDC, avec la mission d'observer et planifier le désarmement des milices, auquel s'ensuivrait le retrait de toutes les troupes étrangères. Les troupes d'occupation sont encore appelées «forces non invitées» (cfr. point n. 2). Aucune mesure n'est prise pour pousser les agresseurs à rentrer chez eux. La résolution n° 1304, du 16/06/2000, suite aux événements de Kisangani, exige que Uganda et Rwanda «qui ont violé la souveraineté et l'intégrité territoriale de la RDC, retirent leurs forces du territoire de la RDC sans plus tarder», de même que les autres forces étrangères, selon le calendrier prévu les Accords de Lusaka et le plan de désengagement de Kampala du 8 avril 2000.

4. «Depuis le 2 aout 1998, l'Est de la République Démocratique du Congo se trouve plongé dans une guerre orchestrée par l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi en complicité avec certaines puissances étrangères et quelques congolais agissant à leur compte. Cette guerre importée est considérée par la population des territoires occupés comme honteuse, injuste et inutile» («Memorandum de la population du Sud-Kivu à l'occasion du passage de S.E. le Président de la RDC à Nairobi», Nairobi, le 22/05/'99). Et les Femmes du Sud-Kivu, dans leur message à l'occasion de la Journée internationale de la Femme, écrivent le 5 mars 2000: «Aujourd'hui les pays limitrophes de la RDC, principalement le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, sont utilisés et soutenus pour déstabiliser notre pays. Cet état de choses a comme conséquence l'occupation de notre pays par des armées de ces pays sans qu'une condamnation soit prise à leur endroit d'une façon ferme et ce ci au mépris des dispositions du droit international...». Les Evêques catholiques de la RDC, dans le message «Courage, le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi », rédigé lors de l'Assemblée plénière qui a eu lieu à Kinshasa du 15 au 20 juillet dernier, affirment. «Depuis bientôt deux ans, notre pays est divisé par une guerre d'agression et d'occupation. Dans les territoires occupés, les armées d'agression et d'occupation en provenance du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda règnent en maîtres. Dans le territoire sous contrôle gouvernemental, la population se plaint des exactions posées par des soldats incontrôlés et indisciplinés. Par ailleurs, des milices tuent, pillent et spolient les populations. Des tensions ethniques sont exacerbées, poussant jusqu'à des massacres horribles. Le pays donne l'impression d'être devenu un domaine sans propriétaire où les étrangers vont et viennent, font tout ce qu'ils veulent et comme ils veulent. C'est le règne de la confusion et de l'anarchie. Quelle humiliation que d'assister impuissants au spectacle macabre de mort et de désolation parmi la population civile congolaise ! Un spectacle orchestré par deux armées étrangères venues jusqu'au cour de notre pays, à Kisangani, à plus de 1.000 km de leurs frontières, pour se battre entre elles, causant la mort de ceux qu'ils prétendent libérer!» (n. 3).

5. «Depuis le déclenchement de la nouvelle guerre... du 2/08/'98, la province du Nord-Kivu n'a pas cessé de vivre des atrocités et barbaries commises contre sa paisible population par, d'une part, les militaires rwandais et ougandais présents sur ce territoire, et d'autre part, par les milices Mayi-Mayi, Interahamwe et certains ex-FAZ (Forces Armés Zaïroises)... Les Congolais ont une part de responsabilité dans les exactions et diverses violations perpétrées par les saboteurs de la paix» (Club «Le Baobab Junior», Rapport synthèse sur les violations des droits de l'homme à l'Est de la RDC, de mai '97 à juillet '99, p. 5.21).

6. Evêques catholiques de la RDC, message cité, n. 4.

7. «Dans les territoires contrôlés par le Rassemblement congolais pour la démocratie règne un véritable climat de terreur, d'humiliation et un sentiment de rejet par la population des autorités en place. Les atteintes au droit à la vie sont nombreuses et les libertés publiques systématiquement bafouées. Il n'y a pas d'organe d'information et les rares qui existaient ont été interdits» (de la présentation orale de Mr. Roberto Garreton à la 56ème session de la Commission des Droits de l'Homme à Genève, le 29 mars 2000).

8. «...les conclusions des enquêtes sont les suivantes: La guerre dans l'Est de la RDC a directement ou indirectement causé 1.700.000 morts en excès (...) pendant ces derniers vingt-deux mois (...). Cela signifie environ septante sept mille morts par mois et la IRC pense que le chiffre n'est pas exhaustif. (...) Deux mille six cent morts en excès par jour marqueront le temps dépensé dans l'attente de la paix» (International Rescue Committee, le 5/06/2000).

9. Prenons le cas de Katogota: S.I.C., dans le document « Massacres de civils congolais à Katogota », du 24 mai 2000 signale: «Dans la journée de lundi 15 mai, près d'une quarantaine de cadavres ont été ramasses pour être enterres dignement. Un certain nombre de cadavres ont été retires des trous des latrines. Les nombreuses traces de sang bien visibles sur la route goudronnée située entre le village et la rivière Ruzizi qui marque la frontière avec le Burundi, montraient très clairement que la plupart des cadavres des victimes du massacre avaient été traînés et jetés dans la rivière. Apres l'annonce de ce nouveau massacre par les médias internationaux, les dirigeants du RCD-Goma se sont presses de démentir en avançant, comme d'habitude, la version, dans ce cas tout a fait mensongère, d'une attaque menée par une coalition de rebelles burundais FDD, May-May et Interahamwe. En même temps, ils ont tout mis en oeuvre pour faire disparaître toute trace de ce crime odieux, avant que des journalistes et des membres d'organisations internationales, comme ils ont annonce, ne soient prochainement achemines sur les lieux. C'est ainsi que dans la nuit du 21 au 22 mai, un certain nombre de cadavres enterres par les gens la semaine précédente ont été déterres pour les faire disparaître».

Un autre cas emblématique, tout récent, nous est ainsi rapporté par le CADDHOM (Collectif d'Actions pour le Développement des Droits de l'Homme, une expression de la Société Civile congolaise), le 28 août dernier: «... depuis les combats intenses du 30-31 juillet qui ont opposé les troupes de l'armée patriotique du Rwanda-Rassemblement rebelle congolais pour la Démocratie et les résistants Mai-Mai des commandants Padiry et Nakiliba pour le contrôle de la cité minière de Lulingu, dans la zone rurale de Shabunda au mois de juillet 2000, (...) la population de Lulingu a été prise en otage par les deux belligérants : plus de tiers de citoyens ont été entraînés dans la forêt par les combattants Mai-Mai qui ont coulé le pont de la rivière Lugulu pour empêcher aux forces d'occupation de les poursuivre. Cette situation a poussé les autorités rwando-rebelles de se réunir pour arrêter les stratégies efficaces. Ainsi, se sont-ils réuni dans le jardin de la résidence officielle du gouverneur au bord du Lac, dans la nuit du 8 août 2000. Les autorités suivantes y avaient pris part: le commandant Kadume (sujet Tutsi ruandais) de la Vième Brigade rebelle; le Commandant Elias (Tutsi Ruandais); le Commandant Mugabo de l'APR en préfecture ruandaise de Cyangugu et directeur de l'ANR (RCD) à Bukavu; M.Benjamin Serukiza, vice-gouverneur rebelle de Sud-Kivu; M.Kantitima Bashengezi, gouverneur rebelle du Sud-Kivu; le Commandant Macumu, du RCD. Le vice-gouverneur chargé de l'administration, Dr.Mundjo, originaire de Shabunda fut empêché de participer à la réunion. Au cours de cette réunion de sécurité, il fut décidé la demande de M.Kadume d'envoyer à Shabunda une expédition punitive avec pour mission de raser tout ce qui bouge de l'autre côté de la rivière Lugulu. Et le lendemain, le commandant Macumu chargé d'exécuter la mission débuta l'opération par l'envoi des renforts à Lulingu. Et depuis le 18 jusqu'au 24 août 2000, tous les villages entre Lulingu et Nzovu ont été rasés. Le bilan provisoire fait état de plus de 3000 maisons brûlées, le bétail pillé, et plus de 300 personnes invalides, enfants et femmes enceintes et malades tués» (Le Caddhom annonce la publication prochaine des noms et des chiffres).

10. «Les pays agresseurs, ne subissant aucune pression de la part de la Communauté internationale, perpètrent en toute liberté des massacres de population civile en représailles à des revers militaires sur terrain dans les milieux ruraux. Ces massacres n'ont jamais été condamnés et leurs auteurs, bien connus par ailleurs, jamais inquiétés ni poursuivis en justice» (Du «Message des religieux et religieuses du Sud-Kivu aux confrères et consœurs de l'Eglise», du 29 octobre '99, n. 10). C'est le cas de l'Afande Mukengezi Miringitsi (Sebahire Muheto), nommé Shetani (Diable), qui commandait les militaires Banyamulenge, rwandais et burundais qui ont perpétré dans la nuit de fin d'année 1998 le massacre de Makobola (814 civils massacrés). Et, comme derniers responsables de ces crimes de guerre répétés, on pourrait nommer les commandants des armées rwandaises et ougandaise en RDC et leur respectifs chefs d'États. Ils ont été dénoncés à la Magistrature belge par l'ong congolaise Avocats Sans frontières, le 2 août 2000. Une décision juste serait celle de nier le visa d'entrée à ces personnes.

11. Ainsi, en date 22/05/2000, une semaine après les massacres de Katogota, le Prés. Kagame a-t-il rejeté les accusations selon lesquelles l'armée rwandaise avait perpétré des atrocités contre des civils en RDC. «Ces accusations n'ont aucun fondement, aucune preuve», a-t-il répondu à Reuter.

12. Du discours aux autorités prévus par les femmes du Comité Organisateur de la Journée internationale de la Femme 1999, a Bukavu. La manifestation fut interdite.

13. «Violence et viol sont parmi les armes utilisées pour terroriser systématiquement la population. Si une partie de ce terrorisme est le fait de groupes armées formés de délinquants ou de milices, une autre partie semble répondre à une volonté délibérée de déstabiliser, sinon d'éliminer la population régionale. Les signes de cette volonté se manifestent de multiples façons:... viols individuels et collectifs des femmes mariés et des jeunes fille, parfois dans l'intention de les contaminer parle sida... Dès lors qu'elle a été violée, une femme ou une jeune fille ne peut plus espérer créer de liens matrimoniaux normaux dans sa communauté. Les maris s'en désintéressent, et l'opprobre s'installe sur elles» (Collectif Vigilance Kivu, «Contexte guerrier au Kivu et abandon de la jeunesse», juin 2000, p. 6). Un villageois de la Plaine de la Ruzizi, du juillet 2000, témoigne: «Si une fille va puiser l'eau, ils lui volent l'eau et ils se lavent, alors que l'eau est à deux kilomètres du village. Après s'être lavés, ils prennent la fille et tout d'en coup elle devient leur femme. Leur besoin terminé, ils la renvoient à la maison, et ils arrivent jusqu'à retenir ses vêtements. La fille arrive nue devant son frère et ses parents... Aujourd'hui dans toute la partie Est du Congo nous sommes victimes de l'AIDS, à cause de ces Banyamulenge. Nos épouses, nos sœurs, nos mamans sont violées par ces sanguinaires et victimes du contage de cette maladie.»

14. Collectif Vigilance Kivu, doc. cité, p. 7.

15. Dans la zone de Walungu et Kabare les militaires APR sont toujours plus nombreux et continuent les pillages et les tortures sur les Congolais: les habitants sont obligés à porter des poids pour de longues distances ; ils saisissent des vaches, de l'argent et d'autres biens .Hommes et jeunes s'enfuient jusqu'à Bukavu, qui est de plus en plus remplie de réfugiés (source : Cojeski, 29/07/2000).

16. «La surtaxation des produits importés et exportés par les opérateurs congolais tandis que les opérateurs rwandais et ougandais échappent à cette taxation, car leurs produits entrent et/ou sortent toujours convoyés par les militaires. En plus du café, du thé, du bois, du coltan, de l'or, de la cassitérite, du diamant et autres matières précieuses pillées par les pays impliqués dans la guerre, les recettes douanières de Beni-Butembo sont toujours virées à Kampala » (du «Rapport synthèse sur les violations des droits de l'homme à l'Est du Congo Démocratique, de mai '97 à juillet '99», du Club «Le Baobab Junior», C.B.J., de Bukavu, n. 3). Il en est de même pour le Sud Kivu par rapport au Rwanda. Dès le 4/12/'98 la S.I.C. dénonce comme un fait indéniable, de la part du «RCD, notamment de sa composante politico-militaire tutsi », « le contrôle et la gestion des principaux services étatiques générateurs de recettes : Banques, SNEL (électricité), REGIDESO (eau), OFIDA et OCC (douanes), DGM (migration), Transport et Communication... sans payer le moindre salaire aux fonctionnaires congolais». Pourtant, selon IRIN du 8 septembre 2000, la centrale hydroélectrique de Bukavu est en ruines. Trois des quatre générateurs sont hors d'usage, le quatrième est détérioré et surchargé. La SNEL dit qu'il faudrait environ 6 millions de $ pour la réparation et cherche des bailleurs de fonds pour un prêt. Pour rappel, la centrale électrique est dirigée par les Rwandais, elle est sous la garde permanente des soldats rwandais. Et pourtant «Les factures de la REGIDESO et SNEL sont devenues exorbitantes» (Les Intellectuels Chrétiens Catholiques de Kadutu, lettre à Mr. Kofi Annan, du 4.06.2000).

17. Lettre ouverte des Intellectuels chrétiens catholiques de Kadutu/Bukavu à Mr. Kodi Annan, du 4/06/2000.

18. Le Collectif Vigilance Kivu affirme: «Si une partie de ce terrorisme est le fait de groupes armés formés de délinquants ou de milices, une autre partie semble répondre à une volonté délibérée de déstabiliser » Et le document de citer, entre autres la « destruction gratuite des stocks de vivres que ne peuvent emporter les groupes armés (...) ; destruction et empoisonnement des médicaments destinés aux enfants lorsqu'on n'en a pas besoin pour combattre» (doc. cité, p. 6). Cojeski, en date 29.07.2000 affirme: «Rwanda et RCD continuent de piller le Kivu: des usines et des infrastructures sociales ont été démantelées et envoyées au Rwanda. Cette semaine, c'était le tour de l'IRS/Lwiro. La semaine dernière, les derniers bulldozers de l'Office des Routes et de l'Amsar ont été conduits au Rwanda. Il y a un mois, les centrales hydroélectriques de Shabunda, Lugushwa et Kalima ont été démontées et embarquées pour le Rwanda par avion».

19. Prenons le cas de Kisangani. Pourquoi sont ils morts les sept cent congolais? Le journaliste Claudio Monici dans l'article "Diamants à Kisangani", paru dans le journal italien Avvenire du 2/07/2000, à la p. 4, affirme : "Un diamante da un carato trovato nella foresta è venduto in città per 200 $. Sul mercato europeo la stessa gemma, "tagliata" e pronta per essere incastonata, è venduta a poco meno di 17 mila $.Questo mercato, i cui ricavi, non è un segreto, vengono impiegati per l'acquisto di armi, è nelle mani di pochi e comunque sotto il controllo governativo. Almeno fino a quando Kisangani non era ancora occupata da truppe straniere, che ora sfruttano i ricavi di questa ricchezza, imponendo tasse milionarie sulle esportazioni. (...). Ci viene detto da una persona che è negli affari diamantiferi: "(...) Oggi che lo stato del Congo non esiste, sono dollari che vanno a Kigali e a Kampala" ». Le Magistrat rwandais Alype Nkundayiremye, dont on parlera ci-dessous, écrivait dans son témoignage d'août '99. «Actuellement, pour l'essentiel de son trésor en devises, l'Etat ne compte plus que sur l'aide extérieure et les matières premières pillées en République Démocratique du Congo (or, diamant, etc.)».

20. Collectif Vigilance Kivu, «Contexte guerrier au Kivu et abandon de la jeunesse», juin 2000, p. 2.

21. cité dans l'article de Sébastien Spitzer, « Diamants de guerre », du 21 mars 2000.

22. Cfr. Lettre du 4/06/2000 des Intellectuels chrétiens catholiques de Bukavu à Mr. Kofi Annan. C'est ce qu'écrit aussi M.me Colette Braeckmann dans Le Soir du vendredi 8 septembre 2000 , après avoir voyagé dans l'Est de la RDC et avoir interpellé la Société Civile: «Nos interlocuteurs confirment aujourd'hui ce qui, en avril dernier, n'était qu'un soupçon: il apparaît que des Hutus venus du Rwanda et extraits des prisons, ou des groupes d'Interahamwes retournes sont aujourd'hui pousses en avant par l'armée rwandaise, qui les lance a' l'attaque des paroisses du Sud-Kivu! Ce sont de faux Interahamwes, assurent nos témoins. Contrairement aux miliciens de 1994, ils ont l'air bien nourri, certains portent des bottes noires, et il sont souvent accompagnes de Tutsis dotes d'un Motorola (appareil de communication) et qui semblent diriger les opérations. Alors que naguère, les réfugiés et miliciens hutus chasses des camps et qui erraient en foret attaquaient les villageois pour se procurer de la nourriture ou des médicaments et emportaient des couvertures et des casseroles, ces assaillants-ci visent d'autres prises: ils emmènent des équipements médicaux, électroménagers, audiovisuels, qui ne serviraient a' rien en foret mais peuvent par contre être revendus sur les marches des villes... Nos témoins, qui relèvent que tous ces assaillants s'expriment en kinyarwanda, ont également observe' que la plupart des attaques ont lieu a' proximité des camps militaires et qu'appèles a' la rescousse, jamais les militaires n'interviennent... D'où le soupçon, sinon la certitude, selon laquelle les militaires rwandais injecteraient désormais de faux Interahamwe au Sud-Kivu, afin de terroriser la population et l'obliger a' fuir, afin aussi d'utiliser ces attaques pour justifier la pérennité' de la présence rwandaise au Kivu!»

23. Selon IRIN du 16/08/2000, des populations rwandophones sont conduites à Kibirizi et alentours, près de Butembo. Selon RCD/ML et le Rwanda, ce sont des habitants du lieu qui avaient quitté Kibirizi en '95, mais les habitants du lieu ne les connaissent pas. Il s'agirait de personnes conduites par les autorités de Kigali pour occuper les villages abandonnés par leurs habitants, suite à des incendies volontaires. Les vrais habitants de ces maisons sont réfugiés à Kanyabayonga et à Luofu, à 20 Km de Kibirizi et plusieurs centaines parmi eux seraient morts de choléra.

24. IRIN, 16/06/2000, Réaction du Rwanda à la demande du Secrét. Général de l'ONU de se retirer du Congo: «Le fait de suggérer que nous devons nous retirer du Congo alors que l'accord de Lusaka définit clairement le calendrier du retrait de toutes les troupes étrangères, est un signe da mauvaise foi. Ceci n'est pas nouveau pour nous, les Nations Unies étaient ici à l'époque du génocide et elles avaient alors ordonné le retrait de leurs troupes, et qu'est-il arrivé ? Nous ne partirons pas tante que la sécurité de nos frontières n'est pas garantie ». Le 6/09/2000, dans un interview à Reuter, le prés. Kagamé défend son occupation en RDC : il doit «veiller à empêcher une répétition du génocide de 1994». Cfr. Aussi: Lettre des Intellectuels chrétiens catholiques à Mr. Kofi Annan, du 4 juin, à la p. 7.

25. «Paul Kagame a exprimé clairement son intention d'occupation de ces territoires congolais à Mr. Louis Michel, Ministre belge des Affaires Etrangères, lors de sa visite à Kigali pour le 6ème anniversaire du génocide. C'est ce qu'écrit Marc Reynebeau dans le magazine KNAK du 12 avril 2000. Ce plan d'occupation semble se confirmer par la mise en place la plus récente au niveau di commandement de l'armée du Sud-Kivu. En proximité des frontières communes du Congo avec le Rwanda et le Burundi, on place les commandants rwandais et banyamulenge avec leurs troupes d'occupation, tandis que les troupes congolaises, avec leurs commandants, sont repoussées plus loin à l'intérieur du Congo, en direction du front. (...) On constate que le remplacement des soldats congolais par des militaires rwandais ou banyamulenge coïncide avec la prolifération des actes de violence, de pillage et de tueries dans les zones contrôlées par eux» («Stratégie de terreur au Sud-Kivu», document du 5 juin 2000 du S.I.C., Source Indépendante du Congo). Le 2/09/2000, dans une lettre ouverte à Mr. Emile Ilunga, Président du RCD, le Société civile du Sud-Kivu dénonce entre autre l'initiative d'établir le fédéralisme comme étape de la sécession: « Le décret 026/2000 signé par le Président du RCD au mois d'août dernier instaurant le fédéralisme comme forme d'Etat est sans base constitutionnelle. La précipitation avec laquelle le RCD veut régler une question aussi capitale que celle-là conforte la thèse de plus en plus répandue selon laquelle ce fédéralisme n'est qu'une couverture pour cacher la sécession qui ne veut pas dire son nom».

26. «Une population qui vit entre espoir et découragement», du S.I.C. Le document continue «Tout l'effort d'assistance humanitaire des rares Organisations encore présentes et actives au Kivu est détourné en faveur de cette opération».

27. Source congolaise à Kampala. Cfr. L'inquiétude d'Amnesty International concernant les massacres et exactions sur la population Lendu de la part des troupes ougandaises, en Ituri, exprimée le 30/06/2000. Selon IRIN (28/8/2000), la crise hema-lendu a fait plus de 40 mille morts l'année dernière.

28. Selon IRIN du 16/08/2000, des populations rwandophones sont conduites à Kibirizi et alentours, près de Butembo. Selon RCD/ML et le Rwanda, ce sont des habitants du lieu qui avaient quitté Kibirizi en '95, mais les habitants du lieu ne les connaissent pas. Il s'agirait de personnes conduites par les autorités de Kigali pour occuper les villages abandonnés par leurs habitants, suite à des incendies volontaires. Les vrais habitants de ces maisons sont réfugiés à Kanyabayonga et à Luofu, à 20 Km de Kibirizi et plusieurs centaines parmi eux seraient morts de choléra.

29. «Une partie des Banyamulenge commence a réagir contre la guerre. Elle constitue la majorité du groupe et se rend de plus en plus compte qu'elle a été manipulée par ceux qui ont le pouvoir: qu'elle a perdu plus qu'elle n'a gagne': que ses enfants continuent de mourir. Cette tendance envisage de plus en plus une solution pacifique, fondée sur le dialogue, la cohabitation pacifique et la recherche de l'unité entre congolais. En effet, dans la mini conférence sur la paix, organisée du 9 au 12 juillet 2000 a' l'initiative de ADEPAE (Action pour la Paix et le Développement entre les ethnies), une Ong locale créée et dirigée par un Munyamulenge, on a entendu certains des participants Banyamulenge aller presque jusqu'a demander pardon pour les actes graves dans lesquels ils sont impliques malgré eux depuis 1996 » (d'après S.I.C., du 2.08.2000).

30. La population en est convaincue: c'est l'occupation le but de la présence de ces forces. Comment expliquer qu'on défende les frontières à 1000 Km des frontières elles-mêmes ? Et comment expliquer qu'on ne s'attaque pas à ces Interahamwe qu'on déclare être la raison de cette présence militaire ? Et d'ailleurs, il n'y a pas eu un seul geste qui montre que la RDC veuille attaquer le Rwanda.

31. «Quelques rescapes ont été' sauves de justesse parce que les mêmes soldats rwandais leur avaient dit de quitter les lieux au moment de la première coupure de courant. Le fait que le courant a été' coupe' sur la ville, dans la partie entre Nyawera et La Botte, de 20 heures 15 a 20 heures 30, et encore a' quelques secondes après l'explosion de la bombe établit clairement le fait que l'action était bien planifiée.» (Journal La Référence Plus du 6.09.2000, de Kinshasa). Cfr. Colette Braeckmann, article cité, et les réflexions de la Société Civile de Bukavu.

32. Le 25/04/2000, Me. François Roux, un avocat français qui défend Ignace Bagilisema, ancien maître de Mabanza, a demandé la publication du document gardé sous clé par la juge sud-africaine Navanethem Pillay, président du TPIR. Ce document «met explicitement en cause ceux qui sont actuellement au pouvoir au Rwanda». M.me Pillay avait déclaré le 7 avril qu'elle avait mis sous clé un document préparé « sur sa propre initiative » par un ancien enquêteur du TPIR, l'australien Michael Hourigan, relatif à l'attentat contre Habyarimana. Ce document -dit la juge- n'avait pas été transmis au TPIR à l'époque de sa rédaction. Roux a déploré que le Tribunal juge seulement « une des parties en conflit au Rwanda». En 1994 le président des Interahamwe était un Tutsi. Et le président de la rébellion était un Hutu. «L'ethnie - a dit encore Mr. Roux - a été instrumentalisée pour garder ou conquérir le pouvoir». Stephen Smith, en «Libération», dit que lorsque l'information concernant l'accident de l'avion du Prés. Habyarimana a été transmise à Louise Arbour, alors Président du TPIR, elle a mis fin à l'enquête. Le rapport, daté 1/08/'97, signale la transmission des informations au juge Arbour. L'attentat coûta la vie à douze personnes. Auteur : une cellule secrète Network. L'opération fut décidée le 15 mars '94 (cfr. aussi la relation du 10/8/'99 de Mr. Hakizibera). Déjà en '94 l'ONU avait fait disparaître le rapport d'enquête d'un américain, Robert Gersony, qui accusait le FPR d'avoir massacré des dizaines de milliers d'Hutus entre avril et août, à l'ombre du génocide dont les Tutsis ont été les victimes. En automne '96, grâce à Médecins Sans Frontières, est révélée la persécution, à travers 1500 Km en RDC, des réfugiés hutus. Plus de 200.000 parmi eux ont été tués par des «unités spéciales» du FPR . Stephen Smith, en «Libération», dit que lorsque l'information concernant l'accident de l'avion du Prés. Habyarimana a été transmise à Louise Arbour, alors Président du TPIR, elle a mis fin à l'enquête. Le rapport, daté 1/08/'97, signale la transmission des informations au juge Arbour. L'attentat coûta la vie à douze personnes. Auteur : une cellule secrète Network. L'opération fut décidée le 15 mars '94 (cfr. aussi la relation du 10/8/'99 de Mr. Hakizibera). Déjà en '94 l'ONU avait fait disparaître le rapport d'enquête d'un américain, Robert Gersony, qui accusait le FPR d'avoir massacré des dizaines de milliers d'Hutus entre avril et août, à l'ombre du génocide dont les Tutsis ont été les victimes. En automne '96, grâce à Médecins Sans Frontières, est révélée la persécution, à travers 1500 Km en RDC, des réfugiés hutus. Plus de 200.000 parmi eux ont été tués par des «unités spéciales» du FPR .

33. En Mars 2000, Mr. Michel Moussalli, Représentant spécial du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'homme au Rwanda, a loué les efforts du Rwanda pour promouvoir les droits humains, mais le peuple reste toujours traumatisé par le génocide (du '94). Dans la même ligne, la Commission de l'ONU pour les Droits de l'homme a exhorté toutes les parties en conflit, étend le mandat de Mr. Garreton. Pour le Rwanda, elle a exprimé sa préoccupation pour le fait que la plus grande partie des coupables du génocide de '94 reste toujours en liberté. Elle a invité le gouvernement à poursuivre les efforts pour réduire la population emprisonnée et a demandé une aide internationale au développement pour le reconstruction et la stabilité à long terme. Elle salue les efforts du gouvernement pour bâtir une nation basée sur l'état de droit et le respect des droits humains.

34. «Personne ne peut justifier le génocide qui a eu lieu au Rwanda en 1994... Aussi ce génocide ne doit pas faire oublier le génocide des réfugiés rwandais sur le territoire congolais commencé depuis la guerre de 1996. Malgré toute la documentation à ce sujet, l'opinion publique internationale ne retient qu'un seul génocide: celui de '4. Le mot « génocide » ne peut être utilisé que par ceux qui ont gagné la guerre?» (Message des religieux et religieuses du Sud-Kivu, le 29/10/'99). Dans sa «Lettre ouverte au Président Paul Kagame», du 5 avril 2000, l'abbé Théophile Murengerantwali affirme: «La population n'ignore pas qu'elle a souvent été victime des exactions cruelles de certains membres mal intentionnés de l'APR, que ce soit pendant la guerre dite de '90, que ce soit '94 et surtout pendant la guerre au Congo.. Qu'on le sache très bien, la mémoire publique de toutes ces nombreuses victimes n'est pas admise. Les membres des familles éprouvées sont tenus à cacher leurs larmes. Ils n'on pas droit au dédommagement (...) On voit que les victimes du génocide de '94 ont, quant à elles, droit à la mémoire».

35. «Le plus gros capital dont dispose le Rwanda à l'heure actuelle, c'est le génocide. Puisque la Communauté internationale se sent profondément coupable de ne rien avoir fait lorsqu'on a massacré huit-cent mille personnes et le régime actuel joue de ce capital politique au maximum» (Gérard Prunier, chercheur CNRS et spécialiste de la Région des Grands Lacs, interwieuvé par Ghislaine Dupont le 31/03/2000 à RFI).

36. «Il y a un certain nombre de Tutsis civils et libéraux qui pensent que la politique du FPR conduit à la catastrophe. D'abord, bien sûr, parce qu'elle opprime l'immense majorité des Hutus, mais aussi parce qu'il s'agit d'une politique militariste largement engagée dans une guerre d'aventure au Congo, dont on ne voit pas l'issue, qui est de plus en plus coûteuse et qui se transforme en une entreprise de pillage sous le fallacieux prétexte de se protéger des Interahamwe, des anciens génocidaires. Donc, c'est une politique globale, une politique d'oppression ethnique oui, mais aussi une politique d'aventure militariste et aussi de confiscation du pouvoir par un petit nombre de Tutsis venus d'Ouganda même par rapport à l'ensemble des Tutsis (Gérard Prunier à la BBC, le 22 mars 2000).

37. «Rwanda ou le pouvoir au main d'une akazu entre crimes et guerre», texte anonyme d'un «patriote déçu».

38. Nous signalons le dossier volumineux du 9 août '99 du Magistrat Alype Nkundiyaremye, titré « Note sur la situation socio-politique du Rwanda actuel ». De juin '97 à juillet '99 , il a été Président du Conseil d'Etat et Vice-Président de la Cour Suprême du Rwanda. Puis, il a démissionné et il est parti en exil. Il est mort en Belgique en novembre '99.

39. Mr. Nkundiyaremye dit encore : « Plus de 130 mille prisonniers s'entassent dans les prisons connues, tandis qu'au moins autant croupissent dans des containers, voire des maisons privées, où ils servent de main d'œuvre gratuite avant d'être physiquement éliminés ou expédiés sur le front au Congo. Des syndicats de délateurs, dont l'association IBUKA, présidée par le Bâtonnier du Barreau National, sont l'instrument de la chasse à l'homme, forçant les emprisonnements, menaçant les avocats et les témoin de la défense. Les rares procès furent inéquitables et des innocents furent condamnés à mort et certains exécutés (en public et en présence du Président de la Cœur Suprème)».

En Avril 2000, Amnesty Int. A invité le Rwanda à revoir son projet de loi sur les systèmes «gacaca»: il n'y aurait pas d'avocat de défense et les juges seraient sans compétence juridique ou intéressés. Le même jour, Human Rights Watch aussi a publié un rapport sur le Rwanda, dénonçant que, sous des prétextes de sécurité, les autorités rwandaises violent les droits humains. 40. Lettre citée, p. 3.

41. «Note sur la situation socio-politique du Rwanda actuel », du S.I.C. Le document continue : « L'aide humanitaire et d'autres moyens d'appui institutionnel, y compris l'aide en soins de santé et l'aide alimentaire, ne font que conforter les forces du mal qui s'en servent même pour exporter la violence à l'étranger, exposant l'Etat et ses citoyens à des hostilités (génocide et massacres au Congo, tentative de prise de pouvoir au Congo, appui aux forces de l'UNITA en Angola condamnées par la Communauté internationale, appui aux forces de l'Erythrée en guerre contre l'Ethiopie, assassinats politiques et terrorismes au Kenya, en Ouganda, etc.) Un témoignage du journaliste et ancien collaborateur de Paul Kagamé, Jean Pierre Mugabe, montre que même le ministre de la santé, le Colonel Joseph Karemera, a vendu les aides en médicaments en Ouganda, contre toute règle de la déontologie médicale. Il n'y a personne pour poursuivre et punir pareils criminels».

43. Source: IRIN 25 septembre 2000. Voici le texte en anglais de la nouvelle : US gives $4.5 million to support democracy The US government has disbursed US $4.5 million to the Rwandan government to support democracy, justice and good governance programmes in the country, the Rwanda News Agency (RNA) quoted a ministry of finance communiqué as saying The money will be processed through the US Agency for International Development (USAI"D). The communiqué said a total of $4 million has been made available through the US government's Great Lakes Justice Initiative (GLJI). GLJI is a special programme launched by President Bill Clinton in 1998 to strengthen justice systems in countries of the Great Lakes region. RNA noted that with this increment, the US government will have made available US $14 million to Rwanda under the GLJI. The communiqué further underscored that the GLJI funds to be made available to Rwanda this year will be used to expand the rule of law and governance activities, with particular emphasis on technical and logistical support to the ministry of justice. It will be used to assist in processing the genocide caseload and to promote long term development of justice sector institutions. The funds are also to be used to support education and conflict mediation activities at the national university of Rwanda; English and Kinyarwanda language reporting on the International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR) and gacaca [traditional justice] trials; local NGOs engaged in promoting awareness of and respect for human rights and the work of the gacaca tribunals. The statement also said that through the agreement with the Rwandan government, the US will continue its support to journalists based in Arusha, Tanzania who are reporting on the work of ICTR."

44. «Avvenire», 2/07/1997. Cela malgré le fait que Rwanda et Ouganda aient augmenté du 400% leur budget militaire, alors que BM avait établi une diminution de ce budget.

45. Mr. Pierre Baracyetse, rwandais, ingénieur civile des mines, dans son document de décembre 1999 «L'enjeu géopolitique des Transnationales Minières au Congo», publié par SOS.RWANDA-BURUNDI, affirme: «La guerre du Zaïre (comme celle du Rwanda en 1990) fut présentée comme une guerre interne de libération politique pour destituer le Maréchal Mobutu. L'AMFI apporta un appui financier, militaire et logistique déterminant aux organisations coalisées au sein de l'AFDL. Aujourd'hui les armes, les munitions, les équipements militaires sophistiqués qui ont permis à l'AFDL de remporter la victoire sur les Forces Armées Zaïroises, continuent d'être mis à la disposition du Rwanda, de l'Uganda et du Burundi par la même société AMFI, dans la guerre que ces trois pays mènent au Congo» (p. 19). Qui est-ce que l'AMFI? L'American Mineral Fields Inc (AMFI) «créée en 1995, a été forgée comme un instrument destiné à exécuter en Afrique la volonté de domination économique des financiers occidentaux et particulièrement d'assouvir en RDC les desseins des sociétés américaines dont les dirigeants participent aux grands enjeux stratégiques mondiaux qui relèvent de la science, de la technologie, des finances, des industries ou de la politique.» (p.10).

46. SIC: «Protestation adressée aux pays de l'Union Européenne et appel à un engagement sincère en faveur de la paix».

47. Message des Religieux et Religieuses du Sud-Kivu aux Confrères et Consœurs de l'Eglise », Bukavu, 29/10/'99, n. 11.

48. «L'essentiel du budget de l'Etat est consacré à l'armée. La gabegie généralisée fut dénoncée par des membres du FPR même lors du congrès de décembre 1998. La loi des finances n'est qu'un leurre pour les bailleurs de fonds, car, de façon généralisée, la gestion économique et financière du pays ne respecte aucune norme ou plan et les prédateurs ne comptent que sur l'élargissement de l'assiette de l'impôt et l'aide extérieure pour gérer leurs ponctions» (Alype Nkundiyaremye, Note sur la situation socio-politique du Rwanda actuel).

49. La S.I.C., en «Pourquoi pousser les populations du Kivu à une violence irréfrénable?», du 19/11/'98. Et le Collectif Vigilance Kivu, de même, affirme, en juin 2000: «Les populations du Kivu se demandent comment des pays pauvres comment le Rwanda et l'Ouganda trouvent assez d'argent pour s'armer de la sorte e venir faire la guerre sur leur territoire. Elles reprochent aux Occidentaux - en particulier aux USA - de tolérer et même d'organiser cet armement. Elles ne comprennent pas pourquoi certains pays comme la France s'opposent encore à un total embargo sur les armes, pour les pays belligérants en dehors de leurs territoires respectifs» (doc. cité, p. 9).

50. «Chaque jour, des hélicoptères défilent dans l'air sud-kivutien pour transporter troupes, armes et munitions à l'intérieur. Sur terre, c'est par milliers que des convois des soldats s'attaquent aux villages sous prétexte de rechercher les Mai-Mai» («Cri de détresse? Dénonciation? Ultimatum? Memorandum de la Société Civle du Sud-Kivu à la MONUC », Bukavu, 14/12/'99). «Les armées d'occupation disposent d'un armement moderne et de nombreuses roquettes».

L'hebdomadaire anglais Flight International, dans l'édition du 17 novembre 1999, nous informe que le Rwanda a acheté une flotte d'hélicoptères ultra-modernes de combat. Ils sont du type Mil MI-8MTV, prévus pour le transport de troupes, et de type MI-17MD. Ce sont des hélicoptères que les russes ont perfectionné après l'expérience de la guerre en Afghanistan. Ces hélicoptères disposent aussi de missiles.

51. «L'An 2000 : jubilé dans le sang au Sud-Kivu?».

52. Cfr. Interview à Radio Vatican du 26/02/'99 et à Famiglia Cristiana, du 28/02/'99.

53. Ecrivait encore Mr. Nkundiyaremye: «Parce que la survie du régime de Kigali est largement tributaire de l'appui politique et surtout financière que lui apporte la communauté internationale, celle-ci et à travers elle, chacun des pays acteurs, est responsable de l'avenir du Rwanda».

54. Mr. Nkundiyaremye demandait entre autre d'intervenir «en gelant toute aide vers le secteur public rwandais, à moins que cette aide ne soit gérée directement par une institution ou une ONG crédible (PNUD, Caritas, ...) ; ceci afin d'éviter d'une part toute prédation et d'autre part le désengagement financier du gouvernement rwandais, lui permettant de financer son armée, sa milice et la guerre au Congo».