Accord à Paris entre pays belligérants en RDC, Chirac pour une signature rapide


AFP
Paris
28.11.98


Les pays en conflit en République démocratique du Congo (RDC) se sont engagés samedi à Paris à cesser les combats et le président Jacques Chirac les a pressés de concrétiser rapidement cet engagement.

"L'ambition c'est que la signature du cessez-le-feu intervienne avant la réunion de l'Organisation de l'unité africaine les 17 et 18 décembre à Ouagadougou", a déclaré le président français au cours d'une conférence de presse à l'issue du XXème sommet franco-africain au Carrousel du Louvre à Paris.

Six pays africains sont impliqués militairement dans le conflit en RDC, qui a commencé au début du mois d'août: le Rwanda et l'Ouganda, aux côtés de la rébellion qui contrôle l'est du pays, le Zimbabwe, l'Angola, le Tchad et la Namibie, en soutien du président de la RDC Laurent-Désiré Kabila.

Un accord de principe pour un cessez-le-feu entre ces protagonistes a été obtenu par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, avait indiqué une source de l'ONU avant la conférence de presse du président Chirac. La rébellion congolaise, dont l'effort de guerre dépend beaucoup du soutien du Rwanda et de l'Ouganda, n'était pas représentée officiellement au sommet de Paris.

M. Annan avait réuni, en marge du sommet, les présidents de la RDC Laurent-Désiré Kabila, de l'Ouganda Yoweri Museveni, du Rwanda Pasteur Bizimungu, et du Zimbabwe Robert Mugabe, représentant de la SADC (Communauté de développement des Etats d'Afrique australe) également impliqué dans le conflit.

Les présidents angolais Jose Dos Santos et tchadien Idriss Deby n'avaient pas fait le voyage de Paris, mais étaient représentés à la réunion autour de Kofi Annan.

Le président du Burkina Faso Blaise Compaore, en sa qualité de président en exercice de l'organisation de l'unité africaine (OUA), participait également à cette rencontre, organisée en liaison avec M. Chirac.

Au cours de sa conférence de presse, le président français a jugé que l'accord permettra de mettre "un terme à cette guerre absurde et si douloureuse pour les populations". Il a été "rendu possible par un mouvement qui a été réalisé par chacun des protagonistes".

Il a observé que l'Ouganda et le Rwanda avaient "fait clairement part de leur volonté de sécurité à leur frontière et exigé des engagements" en ce sens.

"Le président de la RDC a pris des engagements en termes de démocratisation et d'ouverture du dialogue. Chacun a bougé et nous ne pouvons maintenant que soutenir les efforts du secrétaire général" déclaré le président français.

M. Chirac a assuré qu'il n'y avait "pas lieu de mettre en doute" l'engagement souscrit par les protagonistes. "Ils s'y sont engagés devant le secrétaire général et devant le président de l'OUA", a-t-il souligné.

Interrogé sur l'accueil à Paris de M. Kabila, M. Chirac a répondu: "Moi, je ne diabolise personne pour une raison simple, ce qui m'intéresse c'est le retour à la paix".

"La France n'est pour rien dans l'accès à la primature du président Kabila mais elle est extrêmement soucieuse des populations, et fait tout ce qu'elle peut pour soutenir les efforts de l'OUA et de l'ONU", a-t-il conclu.

Samedi, juste avant la fin du sommet, M. Chirac et le président Museveni ont eu un échange assez vif sur le conflit.

A M. Museveni qui invoquait "la loi de Moïse, oeil pour oeil, dent pour dent", M. Chirac a répliqué qu'il regrettait que certains en soient toujours à la loi du talion dont "l'histoire a toujours montré qu'elle était toujours porteuse de haine et de violence", a-t-on appris auprès de son entourage.

"C'est ce dont précisément il faut essayer de guérir l'Afrique", a conclu le président français.